Le Marbre ironique (Guaita)

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Alphonse Lemerre, éditeur (p. 99-100).
Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu63.png


Le Marbre ironique


Oh ! sous le soleil cru, qui nous saura décrire

Les sépulcres tout blancs, et leur éclat de rire !

C’est là votre rictus, ô crânes impudents,
Qui montrez la hideur de vos trente-deux dents !

S. de G.


Tandis que la Nature impassible et sacrée
Met son calme béni sur l’horreur des tombeaux,
Et, sur la chair humaine éparse par lambeaux
Laisse l’Oubli fleurir avec la centaurée ;

Sur la fosse récente, (oh ! le marbre insolent
Et cruel d’étaler sa candeur ironique !…)
L’homme lugubrement sacrilège et cynique,
Fait éclater de rire un grand sépulcre blanc.

Moi qui veux, pour les deuils, de compactes ténèbres,
Et les apaisements de l’éternel Oubli,
Je m’alarme de voir le marbre blanc poli
Railler la Majesté des demeures funèbres.


Octobre 1883.


Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu55.png