Le Négrier (Corbière)/Chapitre 7

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Dénain et Delamare (p. 1-52).

LE NÉGRIER.

7.

LA TRAVERSÉE.


Encore le capitaine Niquelet. — Morale maritime. — Leçons pour les passagers. — Mœurs des équipages. — Le bonhomme Tropique. — Le baptême. — Ιvοn prend le nom de M. de Livoniêre. — Une nuit et un lever de soleil sous le tropique. — La pêche à bord. — Le feu Saint-Elme. — La cagne.

Combien, après avoir passé par toutes les angoisses que nous venions d’éprouver, un marin se sent soulagé, lorsqu’il se trouve en pleine mer, affranchi, pour ainsi dire, de toutes les tribulations auxquelles il laisse les habitans de la terre en proie ! Il n’a plus qu’à combattre les élémens qui se doutent sa vie, et cette lutte ne saurait effrayer son courage, ni lasser sa patience. Son âme au contraire aime à s’élever au niveau des dangers, qu’il a mille fois affrontés, et à grandir dans les périls nouveaux qu’il prévoit encore. Viennent les Anglais et les tempêtes, me disais-je ! j’ai de quoi leur tenir tête. Avec un vaillant capitaine, un bon navire, et l’Océan à parcourir comme notre domaine, nous n’avons rien à craindre ; et en effet, tous les marins, dès qu’ils ont mis le pied à la mer et qu’ils ont perdu la vue des côtes, semblent être chez eux, et dans un asile désormais inviolable !

Le capitaine de la Gazelle ne tarda pas à me prendre en affection, non pas sans doute pour cette gentillesse dont s’étaient enivrées Rosalie et madame Milliken, mais bien parce qu’il remarqua en moi un zèle excessif, et une activité qui était en lui. Car, je dois le faire remarquer ici en l’honneur des marins, à terre, ils peuvent bien témoigner de l’amitié à ceux qui leur plaisent le plus ; c’est là, pour eux, comme pour les autres hommes, une affaire de goût ou de fantaisie ; mais, une fois à la mer, ce n’est guère qu’aux plus dévoués et aux plus capables qu’ils accordent leur estime, et cette estime se manifeste quelquefois d’une manière assez bizarre : vous allez en juger par un fait.

Le capitaine Niquelet, par exemple, que j’avais trouvé si aimable, en racontant une de ses aventures, dans le café de Rosalie, ne me parut pas, une fois au large, le même homme. Ce n’était plus ce corsaire si délié, si sémillant, et si bon enfant enfin. Il s’était fait ours ou loup, après quelques jours de mer. Deux jolies passagères, papillonnant autour de lui, quand il se promenait gravement sur le gaillard-d’arrière, parvenaient à peine à lui arracher un sourire, à lui qui, à terre, aurait peut-être jeté toute une fortune par la fenêtre, pour obtenir un seul regard d’une de ces femmes qui, à bord, cherchaient si inutilement à l’agacer. Le second ou le troisième jour de notre sortie de la Manche, il me tutoya : c’était déjà bon signe. Il m’avait grondé sept à huit fois : c’était encore de meilleure augure. Je faisais de mon mieux, en travaillant et en grimpant jour et nuit, pour obtenir un mot approbateur de lui, et néanmoins les mots encourageans ne venaient pas encore. Mais lorsque, devant le capitaine, un officier du bord me donnait ce qu’on appelle un poil, je voyais que Niquelet souffrait. Il m’annonça brusquement, à la suite d’un grain furieux pendant lequel je m’étais vaillamment employé, que je compterais désormais pour second lieutenant à bord, et que je serais second de quart avec l’officier qui me câlinerait le moins. Comme je recevais cette marque d’intérêt, avec un air apparent d’indifférence, Niquelet me demanda si je n’étais pas content.

— Si fait, capitaine, lui répondis-je, mais…

— Mais, quoi ?… que te faut-il de plus ?

— Un mot consolant de vous : je crains que vous ne m’aimiez pas…

— Eh bien ! dit-il en me serrant brusquement le poignet, avec la seule main qui lui restât, est-ce que tu as besoin de pleurer, en me disant cela, enfant que tu es !

Et le bon, le brave capitaine, avait lui-même la larme à l’œil. Mais, comme s’il s’était repenti de ce mouvement de sensibilité, il me repoussa avec vivacité, en ajoutant : « Ne parlons plus de tout cela : fais toujours bien ton petit devoir, et puis… » J’étais déjà pressé sur son cœur ; et tous les passagers souriaient d’une douce satisfaction, à cette scène d’attendrissement, entre un vieux marin et un jeune commençant.

Les leçons de morale maritime que me donnait quelquefois, avec son âpre bonté, le capitaine Niquelet, portaient toujours l’empreinte d’une méditation assez profonde. Tu te rappelles, me disait-il, pendant un quart que je faisais avec lui, ta boutade de l’autre jour ? Je t’avais un peu rudoyé, il est vrai ; mais c’est comme cela qu’un chef doit agir avec ses subordonnés à la mer. As-tu remarqué le ton avec lequel je dis à un matelot dont je suis content : Va à la cambuse, demander un coup d’eau-de-vie ?

— Oui, capitaine ; mais il me semble que vous lui dites quelquefois : « Allons jean f…, va-t-en à la cambuse pocharder un coup d’eau-de-vie ! »

— Eh ! c’est justement ainsi qu’il faut leur parler, si l’on veut donner du prix à la moindre chose qu’on leur accorde ; c’est faire alors de justice une faveur, et c’est assaisonner à leur goût ce qu’on doit leur donner. J’ai essayé d’abord à leur parler comme à d’autres humains : ils me prenaient, le diable m’emporte, pour une demoiselle. Aujourd’hui, tout en me montrant équitable et bon avec eux, je leur parle comme à un caniche, et ils disent tous que je suis un vrai matelot et un brave homme au fond, parce qu’ils ont su, sous ma brusquerie calculée, trouver le fond de mon caractère. Saisis-tu bien l’allégorie, petit bougre ?

— Oh ! oui, et à merveille, mon capitaine.

— Observe donc tout, jusqu’aux choses en apparence les plus indifférentes, si tu veux savoir un jour commander à des forbans comme ceux que tu vois là, et à qui je ferais enlever, pour dix gourdes et une double ration, le premier bâtiment français que nous rencontrerions.

Il ne se flattait pas : personne n’était plus aimé que lui de ses matelots. Il leur causait peu ; il les battait même quelquefois quand ils paraissaient s’ennuyer à bord, vouloir se mutiner ou avoir besoin d’émotions vives, comme il le disait. Niquelet appelait cela ranimer le sentiment. Mais d’un seul mot, il aurait fait, à n’importe lequel de ces hommes, tuer père et mère. C’était là l’empire qu’il était le plus jaloux d’exercer sur son équipage, non pour en abuser criminellement, mais pour en obtenir tout ce qu’il jugeait nécessaire au bien du service.

Ivon s’employait bien à bord ; mais il ne pouvait se faire au commandant de la Gazelle. Ces deux hommes, tout en s’estimant beaucoup, ne se disaient pas une parole dans une semaine.

Une longue traversée pourrait offrir à l’esprit de l’observateur un fécond sujet d’études morales. Il y a tant de froissemens dans les caractères, les habitudes et les passions de ces hommes, quelquefois si divers, qui se trouvent réunis au milieu des périls, dans cet espace étroit que l’on nomme un navire ! Et n’est-ce pas l’image abrégée de la société et d’une monarchie absolue, que ce bâtiment sur lequel règne despotiquement un capitaine, avec ses officiers qui sont ses ministres, et ses matelots qui sont ses sujets ! Pour moi, je sais bien que j’aurais de bons conseils à donner aux passagers qui se hasardent à traverser les mers sous la conduite de ces marins qu’ils connaissent si peu. Grand dommage est que j’aie bien des événemens à raconter dans mon journal de mer. Sans la spécialité de la tâche que je me suis imposée dans la narration de mes aventures, je me livrerais ici à des leçons de conduite qui pourraient devenir utiles aux terriens qui s’embarquent pour la première fois. Mais, avant tout, je dois aller à mon but, et ne pas trop perdre de temps en route. Cependant je vais tracer succinctement ici quelques régles de bien vivre pour ceux qui me liront, et à qui il prendrait envie d’entreprendre quelque jour un voyage de long cours.

La première réserve que doit s’imposer un passager qui veut plaire à son capitaine, c’est d’éviter, autant que possible, de s’immiscer dans les choses qui concernent le service du bord. Il n’est pas de marin qui ne se sente vexé d’entendre un passager venir lui demander, quand il a jeté le loch, combien de nœuds file le navire. Bien plus importun encore est celui qui cherche à savoir, quand le capitaine trace son point sur la carte, l’endroit du monde où se trouve le bâtiment. C’est un mystère qu’il n’est donné qu’aux initiés de pénétrer, et dans cette réserve des marins, qu’on n’aille pas s’imaginer qu’il n’entre que de l’orgueil : cette discrétion est de la prévoyance. Supposez, en effet, qu’un passager sache le point du globe où est parvenu le navire, et qu’il aille indiscrètement le révéler à un équipage mal intentionné. Que deviendra le bâtiment, après une révolte qui l’aura mis dans les mains des matelots, éclairés alors sur la route qu’ils devront suivre pour attérir ? Croyez-vous que, sans les difficultés qu’offre la conduite d’un navire en pleine mer, les rébellions et les actes de piraterie ne seraient pas plus fréquens qu’ils ne le sont, avec des équipages forcés de se soumettre, comme à une Providence, à la science que possèdent leurs officiers ? On a bien souvent cherché à rendre, pour toutes les intelligences, les calculs de longitude aussi faciles que ceux de latitude ; mais ne serait-ce pas un grand mal qu’une découverte qui mettrait, dans les mains des hommes les plus grossiers, les moyens de se diriger, sans le secours des chefs, dont ils n’auraient qu’à se défaire, pour pouvoir abuser de la liberté qu’ils auraient acquise par un crime, sur un élément où les malfaiteurs instruits sont si sûrs de l’impunité ? N’est-ce pas, au contraire, par un effet de la Providence, que la science de l’homme de mer n’a été rendue accessible qu’aux hommes qui, en s’instruisant pour l’acquérir, ont été à même de se pénétrer de ces principes d’ordre, que l’étude fait presque toujours aimer ou respecter ?

Quand on manœuvre à bord d’un navire, les passagers doivent éviter avec soin de ne pas gêner les matelots. Ce qu’ils ont de mieux à faire dans ces circonstances importantes, c’est de se retirer dans leurs chambres, ou de se tenir dans les parties du pont où leur présence peut devenir le moins importune. En général le rôle des passagers à bord doit être tout passif. Personne n’est plus jaloux que les marins, de l’autorité et de la profession qu’ils exercent ; c’est une espèce de sacerdoce que leur métier, et ils éloignent autant qu’ils le peuvent, les profanes, du sanctuaire. Si jamais vous naviguez, vous vous ferez une idée du souverain mépris qu’ils ont pour toutes ces manières de femmelette qui réussissent si bien à terre dans vos salons. Ces hommes, habitués à régner sur la mer, sentent toute leur puissance, et ils cherchent rarement à en abuser quand vous semblez la reconnaître ; ils se contentent de mépriser vos airs coquets, et les terreurs que vous inspire, au moindre mauvais temps, l’élément avec lequel ils jouent : aussi, avisez-vous de montrer du cœur, de la dureté dans le mauvais temps même, cherchez, s’il est possible, à vous rendre utile, et vous les verrez s’apprivoiser avec vous, et vous témoigner de l’intérêt, fussiez-vous une femme. Mais pour peu que vous pâlissiez quand ils vous ont assuré qu’il n’y a rien à craindre, ils vous prendront en aversion et jetteront sur vous un de ces sobriquets qu’ils savent appliquer, avec tant de méchanceté et de justesse, sur toutes les physionomies qui leur déplaisent ; et il n’est pas d’hommes qui réussissent mieux qu’eux à trouver de ces noms ridicules qui s’attachent, comme une lèpre, à la tournure ou à la figure d’un individu. Il est, dans la marine militaire, des officiers qui n’ont jamais pu se dépêtrer des qualifications grotesques que leurs matelots avaient su lancer sur eux, comme un sort, et qui les ont accompagnés dans toute leur carrière, quelque brillante et quelque glorieuse qu’elle soit devenue.

Un navire, que j’ai connu, se perdait coulant bas d’eau à la suite d’une tempête : il fallut s’embarquer dans la chaloupe et la mer était très-grosse : on se compte ; l’embarcation ne peut contenir que l’équipage et deux passagers. Quels passagers laisserons-nous embarquer ? demande le capitaine. Ce vieux monsieur, répond un matelot, et cette brave dame. — Pourquoi cette dame, plutôt que l’officier de troupe que nous avons à bord ? — Parce que cette dame a montré du cœur comme un homme, et que cet ancien officier a eu peur comme une femme… Le malheureux officier fut laissé sur le pont, à la place même où il avait eu de la peine à se traîner, tant son effroi avait été grand pendant la tempête.

Mille exemples de la sorte prouveraient, au besoin, la bienveillance que conçoivent les marins pour les personnes chez lesquelles ils rencontrent, à la mer, un courage et une résolution qui s’accordent avec l’intrépidité qu’ils trouvent en eux-mêmes dans les momens de péril.

Les passagers, en général, se montrent trop disposés à se familiariser avec les gens de l’équipage, et c’est un tort ; car fort souvent ces hommes, dont l’originalité a quelque chose de si attrayant pour les personnes qui ne les connaissent pas, finissent par abuser de la familiarité qu’on a contractée avec eux. Rarement ils se montrent cependant quêteurs ou exigeans ; l’habitude de mendier leur est même tout-à-fait étrangère, et elle ne conviendrait pas à leur rudesse, qui n’est pas d’ailleurs sans fierté. Mais, pour la plupart, ils sont enclins à prendre un ton inconvenant avec ceux qui semblent avoir oublié leur rang, pour se donner le plaisir d’étudier leurs habitudes et leur caractère. Aussi, je ne saurais trop conseiller aux passagers de se tenir à distance de l’équipage, et d’imiter la réserve des officiers, qui ne parlent ordinairement à leurs gens que lorsque la nécessité l’exige impérieusement, pour les choses dont l’utilité leur est démontrée.

Les longues privations auxquelles sont assujétis les marins finissent par les soumettre à des règles d’abstinence qui tiennent plus à la coutume encore qu’à la résignation. Ils supportent volontiers la nécessité de ne boire qu’une demi-bouteille d’eau pourrie et de ne manger qu’une demi-livre de biscuit rongé des vers. Les passagers, au bout d’une pénible traversée, se délectent en pensant au jour désiré où ils pourront s’étendre dans un bon lit et se repaître de légumes frais et de viandes succulentes, autour d’une table bien servie ; mais rarement un marin, quelque dur qu’ait été son voyage, se livre à ces rêves de gourmandise : il sait qu’après avoir resté un mois à terre, il faudra se soumettre à de nouvelles privations, et il pense qu’autant vaut se faire une habitude d’être mal, que de se laisser aller aux douceurs d’une vie qui ne doit pas être la sienne. Quand arrive l’occasion de se dédommager dans les excès de toutes les contraintes qu’il s’est imposées, il a bien garde de la laisser échapper ; mais au large il ne s’amuse guère à se créer de riantes illusions qu’un coup de mer peut détruire ou qu’un naufrage peut lui ravir avec la vie. On ne sait pas assez combien il y a de philosophie instinctive dans l’existence de ces êtres si insoucians des dangers qu’il courent, et si imprévoyans pour un avenir qui leur appartient encore beaucoup moins qu’à tous les autres hommes.

Quelquefois sur les attérages, au moment le plus décisif et le plus périlleux d’une longue traversée, vous voyez, quand le mauvais temps se déclare, le capitaine veiller avec inquiétude sur le pont, et ne pas pouvoir prendre, dans son anxiété, un seul moment du repos qui lui serait pourtant si nécessaire. Eh bien ! dans ces circonstances terribles qui doivent décider du sort de toute la campagne et quelquefois de la vie de tout l’équipage, vous entendez les hommes de quart soupirer après l’heure où leurs camarades viendront prendre à leur tour la responsabilité des événemens qui se passeront sur le pont ; mais quant à eux, dès que le quart est fini, ils se couchent en chantant, qu’il vente, qu’il tonne, et quels que soient les dangers qui les menacent : c’est le capitaine qui répond de tout, c’est une chose tacitement convenue, et il semble que la conservation de leur vie et les soins du salut commun ne regardent que leurs chefs. Ils diraient volontiers, en parlant de leur capitaine : S’il nous noie, tant pis pour lui ; ce n’est pas notre affaire. Et croyez-vous que sans cette stupide imprévoyance, providence des hommes condamnés à naviguer pour cinquante francs par mois, il existerait des matelots ?

Mais c’est trop m’occuper des mœurs des équipages français, et de ces détails sur lesquels je reviens avec trop de complaisance, quand ils se rencontrent sous ma plume. De tels objets peuvent encore avoir leur charme pour celui qui se les rappelle comme des souvenirs liés aux premières émotions de sa vie ; mais ils doivent quelquefois rebuter ceux à qui on les raconte. Revenons à la Gazelle.

À travers quelques accidens ordinaires aux voyages de mer, notre goëlette approchait du Tropique, et l’équipage entrevoyait, avec joie, le jour où le capitaine Niquelet lui permettrait de solenniser la cérémonie consacrée dans cette phase remarquable des longs voyages. Le jour des saturnales maritimes arriva enfin. Le navire, dès le matin, prit un air de fête. L’équipage et les passagers revêtirent leurs habits de dimanche, et ces derniers se disposèrent, avec ceux qui n’avaient pas encore vu le Bonhomme-Tropique à recevoir le copieux baptême qui devait les initier à ces burlesques mystères des pontifes équatoriaux et tropicaux. Une petite chapelle fut dressée sur le gaillard d’arrière.

On commença, comme chose obligée, par faire voir, à la longue-vue, le cercle du Tropique du Cancer, à tous nos passagers, en plaçant un cheveu sur l’objectif de la lunette. Chacun d’eux s’étonna, comme d’habitude, que l’on pût apercevoir ainsi un des cercles de la sphère céleste. Jamais on n’avait voulu croire à ce prodige ; mais il fallait bien se rendre à l’évidence. On apprend tant de choses en naviguant ! À terre, il n’y a que des illusions. C’est à la mer qu’il faut aller, pour commencer à faire connaissance avec les réalités.

Un gros gabier, affublé d’une robe blanche et d’une longue barbe d’étoupes, monta sur les grandes barres, un harpon à la main. Toutes les bailles et tous les seaux avaient été remplis sur le pont. La pompe d’étrave jouait depuis le matin, et faisait ruisseler à pleins tuyaux l’eau sacrée du baptême. Tout nous annonçait que les aspersions ne seraient pas épargnées. Dès la veille aussi, on avait eu la prévoyance de barbouiller, avec de la peinture noire, les deux petits mousses du bord, destinés à devenir les Diablotins du Dieu grotesque de l’Océan.

Cela fait, à midi, le Bonhomme-Tropique, perché sur les grandes barres, cria dans un porte-voix, en faisant mine de greloter de froid, malgré la peau de mouton dont il avait les épaules couvertes :

Ho ! du navire, ho !

Hola ! répondit au porte-voix le capitaine, monté gravement sur son banc de quart.

— D’où vient le navire ?

— De Saint-Malo.

— Où allez-vous ?

— À la Martinique.

— Comment se nomme le navire ?

La Gazelle.

— Quel est le nom du capitaine ?

— Jean-Baptiste Niquelet.

— Le navire est-il déjà venu dans mon empire ?

— Jamais, Bonhomme-Tropique.

— Consens-tu à payer pour lui le tribut ?

— Oui, Bonhomme-Tropique.

— Que veux-tu donner pour que mes sapeurs n’abattent pas la figure de la Gazelle, et pour racheter ton bâtiment ?

— Double ration à l’équipage, et quelque chose pour toi.

— As-tu beaucoup de gens, dans ton équipage, qui ne soient pas venus dans mon empire ?

— Douze. En voici la liste.

Le capitaine nomma les douze néophytes, au nombre desquels je me trouvais. Le Bonhomme-Tropique reprit, toujours en grelottant :

— Consentent-ils tous à être baptisés ?

— Tous sans exception.

— À la bonne heure !

Alors les prêtres du Dieu tropical allèrent le chercher en cérémonie. On jeta quelques gouttes d’eau sur la figurine de la Gazelle, et les haches qui avaient été levées sur elle, pour le cas où le capitaine se serait refusé à payer la rétribution, quittèrent les mains des exécuteurs, pour faire place à des seaux remplis jusqu’aux bords. Une grêle de pois verts tomba des barres sur nos têtes. Après l’explosion de ce météore d’un nouveau genre, chaque néophyte fut assis, les yeux bandés, sur une planche mobile soutenue par des rebords d’une grande baille d’eau salée. Chaque aspirant au baptême faisait sa confession à l’oreille du Bonhomme-Tropique, et lui promettait de ne jamais faire la cour à la femme d’un marin. Un filet de goudron, bien liquide, était passé sur le menton du néophyte, que l’on rasait ensuite avec un sabre de bois. C’est alors qu’une messe était dite en son honneur ; et, au mot d’amen, la planche qui lui servait de siège lui manquait, et il se trouvait plongé le derrière le premier dans la baille, où une douzaine de seaux d’eau de mer lui étaient lancés avec promptitude et vigueur. Nos deux dames furent seules un peu ménagées, et moyennant quelques pièces blanches et une entière soumission, tous les nouveaux catéchumènes furent quittes de cette épreuve, qui n’est désagréable que pour ceux qui ne veulent pas se prêter de bonne grâce à cette burlesque initiation, source de gaîté, et prétexte de petits profits pour des malheureux qui n’ont que trop rarement l’occasion de se réjouir, et d’oublier leurs fatigues et leur cruel isolement.

Ivon, voulant, comme le font souvent les vieux marins fiers de leur expérience, ajouter un incident inattendu à la célébration du passage du Tropique, s’avança avec solennité vers Niquelet : Capitaine, lui dit-il, comme il est d’usage que ceux qui vont dans les colonies pour y faire leurs affaires, retournent, sens dessus-dessous, leurs anciens noms en passant par ici, je vous demande un nom de guerre de noblesse, à la place du mien qui est trop court. Il y a assez long-temps que je suis roturier ; je veux devenir, à mon tour, comte, marquis, ou n’importe quoi enfin.

— Comment vous nommez-vous, sans plaisanterie ? répond Niquelet, avec gravité.

— Sur les fonts baptistaux on m’a donné le nom d’Ives-Marie, sans mon consentement.

— Eh bien ! mon ami, il faut anoblir ce nom-là en vous faisant appeler M. de Livonnière ; ce sobriquet-là vous chausse-t-il ?

— Comme une paire de bas de soie, capitaine.

À ce mot bas de soie, qu’Ivon parut regretter d’avoir lâché, l’équipage, qui connaissait notre affaire à bord du Vert-de-Gris, se prit à rire aux éclats. Ivon aurait bien eu envie de réprimer le mouvement de gaîté qu’il avait très-involontairement provoqué ; mais le jour où l’on passe le Tropique, il est défendu de se fâcher à bord.

Il fut donc décidé que mon ami Ivon serait reconnu désormais sous le nom de M. de Livonnière. Il voulait aussi me faire abjurer mon nom patronymique, en m’assurant que cette petite apostasie ajouterait à la considération qu’on ne manquerait pas d’avoir pour nous dans la colonie ; mais je ne jugeai pas à propos de suivre ni cet avis ni l’exemple qui venait de m’être donné.

Sur quelles frêles circonstances reposent ces plaisirs auxquels se livrent avec tant d’abandon les hommes de mer ! Que d’imprévoyance il leur faut pour qu’ils détournent un seul instant les yeux, des périls qui les menacent si obstinément ! Pendant que la joie éclatait à bord, et que, sous la tente élégante qui cachait nos gaillards aux rayons d’un soleil dévorant, une table improvisée réunissait les plus gais convives, le matelot placé en vigie au haut du grand mât, veillant, avec impassibilité, sur toutes les folies qu’il nous voyait faire à cinquante pieds au-dessous de lui, cria navire ! À ce mot, toujours solennel en temps de guerre, notre folâtre gaîté s’envola avec la brise, le silence succéda au tumulte. On replia les tentes, dans un clin d’œil ; la table disparut avec les plaisirs dont elle était devenue le théâtre. Plus de festin, plus d’ivresse. La fête était finie, et à l’abandon d’une orgie, succéda l’appareil imposant du combat.

Niquelet avait de bons yeux ; mais il n’avait qu’un bras, avec lequel il lui était difficile de grimper au haut de la mâture. Aussi, quand il voulait s’élever, pour observer les navires qu’on lui indiquait à l’horizon, il se faisait hisser dans une chaise à gabier, à la tête de notre grand mât de hune. Notre capitaine, en cette occasion, fit procéder à son ascension ; et, à peine était-il rendu à la hauteur du tenon du grand mât, que nous l’entendîmes rire aux éclats, balloté par le roulis, sur son siège aérien. « Imbécile, criait-il au découvreur de navire : il a pris l’eau que jette un baleinot ou un souffleur, pour la mâture d’un bâtiment. Où te reste-t-il ton bâtiment de paille ? »

— Là, par le travers, capitaine ; mais je ne le vois plus.

— Ne t’inquiète pas ! tu vas le revoir bientôt, quand il soufflera.

C’était en effet un gros souffleur qui, faisant jaillir, perpendiculairement, l’eau à une grande hauteur, nous avait donné cette fausse alerte ; et bientôt nous vîmes cet ennemi inoffensif s’approcher de nous ; en renouvelant ses ébats, comme pour nous dédommager de la peur qu’il nous avait faite.

Délivrés de toute inquiétude, du moins jusqu’au lendemain, avec quel plaisir nous sentîmes enfin la Gazelle glisser légèrement sur cette mer des vents alisés, qui semble emprunter sa transparence et sa couleur, à ce ciel qu’elle réfléchit dans ses îlots caressans et si harmonieusement mobiles ! Avec quelle volupté de marin surtout, je respirais, pour la première fois, ces parfums de la mer, et cet air tiède que la brise constante des tropiques imprègne d’une saveur si douce ! Quelles nuits délicieuses on passe sous ces latitudes que le soleil aime tant et qu’il éclaire avec une pompe et une majesté inconnues à nos tristes climats ! Quelle sublimité dans ces scènes paisibles et animées de la nature ! Tout, sur ces mers fortunées, devient un spectacle ravissant pour l’œil, l’esprit et le cœur. Des myriades de poissons volans s’élèvent sur l’avant du navire, et sont poursuivis, en retombant dans la mer, par ces rapides dorades, le plus svelte, le plus élégant des hôtes des mers, reflétant dans les flots diaphanes qu’il sillonne, ses vives couleurs de pourpre, d’argent et d’azur.

Sur les lames flexibles qui les balancent gracieusement, d’innombrables galères se déploient en éventails bordés de vert, de bleu ou de rose. Derrière vous, des mauves légères s’abaissent, en béquetant la mer, jusques sur la poupe du navire qu’elles escortent. Sous les nuages brillans qui passent avec les vents à votre zénith, nage, dans des vagues éthérées, la majestueuse frégate, dont les ailes noirâtres, dessinées en accolades, paraissent immobiles dans les régions qu’elles fendent pourtant avec la rapidité de l’éclair ; et, si quelquefois des nues, qui semblent receler la foudre et l’orage dans leurs sombres flancs, viennent interrompre l’harmonie de ces scènes attachantes, ne redoutez rien : ces grains, en apparence si terribles, se dissiperont avec la brise qui les pousse sur votre navire, et le soleil, dont ils ont un moment voilé l’éclat, va reparaître brillant et pur, comme il l’était auparavant.

Un peintre qui essaierait à rendre, sous les plus riches couleurs de sa palette, le ciel des tropiques, au lever ou au coucher du soleil, passerait, dans nos climats, pour avoir menti à la nature ; car en Europe, nos horizons ne peuvent pas nous conduire à supposer possibles les accidens que l’on admire dans le ciel de la zone torride. Souvent vous vous appliquez à trouver, dans la forme des nuages qui s’élèvent dans notre brumeuse atmosphère, des configurations bizarres ; mais, sous les petites latitudes, l’imagination, sans chercher à se créer des ressemblances de lieux sous la voûte immense qui recouvre la mer, est frappée de voir des îles, des forêts, des châteaux, se dessinant en lames d’or, sur l’azur du firmament. Combien de fois nos passagers restèrent des heures entières à contempler ce gigantesque panorama, qui leur offrait, dans les plus admirables illusions, les souvenirs de tous leurs voyages ! L’homme qui ignore les effets de soleil sous la zone torride, n’a pas vu ce qu’il y a de plus magnifique dans le spectacle que le ciel donne à la terre.

Les matelots lie sont pas, pour la plupart, fort émus de toutes ces scènes. Mais j’avouerai cependant que je n’en ai pas vu un seul qui soit resté indifférent au lever du soleil, dans ces régions. Quand derrière ces nuages, bordés à l’horizon d’une pourpre étincelante, l’astre du jour semblait cacher à nos yeux les approches de son apparition sublime, et qu’ensuite son globe de feu s’élevait majestueusement au dessus du rideau immense qui paraissait vouloir nous dérober pudiquement sa clarté, un cri d’admiration s’échappait de la bouche de tous les spectateurs attentifs. Les matelots, occupés à laver le pont, laissaient tomber leurs brossses ou la bosse de leurs seaux. Tous les regards, toutes les âmes pour ainsi dire, étaient tournés du côté du ciel, où s’accomplissait un des mystères les plus imposans de la nature.

Il ne faut pas croire que pour les marins il n’y ait pas de distractions sur ces mers où le navire court quelquefois quinze ou vingt jours avec la même brise et le même cap, sans changer d’amures. La pêche, et une pêche amusante, vient quelquefois occuper tout l’équipage, et procurer une salubre variété à sa nourriture.

La dorade, si friande de poissons-volans, est quelquefois dupe de sa voracité et victime d’une illusion que les marins savent lui préparer fort adroitement.

Sur la tige du gros hameçon d’une ligne qu’ils suspendent au bout du beaupré, ils forment, avec du linge blanc, le mannequin d’un poisson-volant armé de ses ailes, faites avec la rame d’une plume, et de manière à ce que la queue du poisson factice, couvre le dard de l’hameçon ainsi empaqueté ; puis le pêcheur, perché sur le beaupré, agite sur la surface des flots que fend le navire, le poisson trompeur ; la dorade, qui guette sans cesse les poissons-volans que le bruit du sillage fait sortir de l’eau, se jette sur l’hameçon comme sur une proie, et c’est alors qu’on le halle à bord, comme une conquête, et que l’équipage jouit du spectacle qu’offre ce spare, qui en mourant revêt sur son écaille les nuances les plus vives de l’émail le plus pur, parsemées des étoiles de l’azur le plus brillant.

Quand la dorade échappe à ce piège, en voulant saisir sa fausse proie, un matelot placé, le harpon en main, sur un quartier de panneau suspendu au dessous du beaupré, lui enfonce les pointes aiguës de son dard dans les flancs ; et tout couvert de sang et d’eau de mer, on voit remonter à bord l’adroit pêcheur, élevant au dessus du pont un poisson quelquefois aussi haut que lui. La pêche est présentée au capitaine, qui fait donner une bouteille de vin ou un coup d’eau-de-vie au harponneur.

Le requin, moins défiant et plus vorace encore que la dorade, se prend au moyen d’un énorme hameçon fixé à une chaîne, et recouvert d’un morceau de lard. Lorsque ce tigre des mers, nom que lui donnent les matelots, rôde, en forban, autour du navire, on lui jette l’émérillon, qu’il saisit en se retournant sur le dos. Bientôt tout l’équipage se porte sur le bout de filain amarré sur la chaîne, et le requin est mangé impitoyablement par les matelots, dont, à son tour, il est devenu la proie ; car ils ont soin de dire comme une maxime empruntée à la loi du talion : puisqu’il nous mange, mangeons-le.

Un de ces terribles animaux nous dévora un gabier à bord de la Gazelle. Ce malheureux, en montant dans les haubans pour passer une manœuvre, tombe à la mer : il nageait pour saisir le bout de corde qu’on lui avait jeté ; le navire ne filait qu’un nœud tout au plus. Au moment où il touchait le bout de filain, il jette un cri, lutte contre les îlots au-dessus desquels sa figure se contorsionne encore. Du sang paraît à la surface de la mer, et nous ne voyons plus notre infortuné camarade. Un gros requin, qui se tenait depuis quelques jours sous les ferrures de notre gouvernail, venait de l’entraîner avec lui pour le dévorer au fond des eaux. Le lendemain nous primes à l’émérillon ce redoutable avaleur, dans le ventre duquel nous trouvâmes encore les doigts de pied et les os du crâne de notre pauvre gabier.

Pendant une nuit d’orage, on aperçut à bord, des feux qui se jouaient sur chacune des extrémités de notre vergue de fortune. Cette flamme vive et bleue, comme celle qu’on allume sur le punch que l’on sert dans les cafés, excita, pour la première fois, ma curiosité. Qu’est-ce donc que cela ? demandai-je, tout étonné, à un matelot.

— Le feu Saint-Elme, monsieur.

— Ah ! c’est le feu Saint-Elme ; jamais je ne l’avais vu encore. Ce feu-là ne brûle pas ?

— Ah ! bien oui, brûler ! dites plutôt que c’est l’ami des matelots. Voyez-vous cette manière de flamme ? Eh bien ! si l’officier de quart me disait : Monte tout seul serrer le petit hunier (qui n’est pas mal lourd tout de même pour un seul homme), j’irais le serrer en double, voyez-vous, parce que ce feu-là monterait avec moi à l’empointure pour m’aider, comme il aide tous les matelots.

— Mais comment peux-tu ajouter foi à un tel conte ? c’est tout simplement, ainsi que je crois me rappeler de l’avoir lu, un effet naturel, une aigrette électrique, qui, comme le fluide de cette espèce, recherche les pointes.

— Comment je peux croire ce conte-là ? Effet de lubricité, aigrette électrice, tant qu’il vous plaira. Mais il n’en est pas moins vrai que ce feu, qui ressemble censément à un verre d’eau-de-vie qui brûle, est l’âme d’un pauvre bougre de matelot, comme moi, qui s’est noyé à la mer dans un coup de temps. Aussi voyez-vous, quand le temps va devenir mauvais, l’âme des matelots qui ont bu un coup de trop à la grande tasse, venir avertir leurs camarades qu’il en fusillera de là haut, et qu’il y aura du foutrop.

— Ma foi, à tout hasard, je veux voir si je pourrai toucher l’âme d’un mort, et je m’en vais de ce pas sur le marche-pied de la vergue de fortune, donner une chasse à ton feu Saint-Elme.

Je montai, comme je l’avais dit, au bout de la vergue, à la grande surprise de mon interlocuteur, qui voyait une espèce de profanation dans l’intention que j’avais d’aller, sans nécessité, tracasser ce qu’il appelait l’ami des matelots. À mesure que sa main s’avançait doucement vers le feu Saint-Elme, le fluide sautillait, s’éloignait, et ne revenait qu’après que j’avais rentré ma main.

Cette espèce de petite guerre entre lui et moi, amusait beaucoup les gens de quart, qui me répétaient : « Allez, celui-là est plus malin que vous et nous. » Un matelot bas-breton me cria : « Voulez-vous que je le fasse disparaître ? » — Oui, lui répondis-je. — Et il fit le signe de la croix. Le feu en effet s’évanouit au même instant, et cette coïncidence instantanée, entre sa disparition et le signe de croix de mon dévot, ne servit pas peu à graver plus profondément encore, dans l’imagination de ces braves gens, une superstition qui, pour l’honneur de l’espèce humaine, devient heureusement de plus en plus rare chaque jour parmi les matelots.

Lorsque, fatigué de me promener pendant quatre heures de quart, à la file d’une dizaine d’hommes, qui n’avaient qu’un espace de vingt pieds à parcourir, je cédais au besoin suppliciant du sommeil ; lorsqu’enfin, après avoir frotté mes yeux apesantis, avec de l’eau de mer, et avoir trempé ma tête somnolente dans un sceau, je m’assoupissais devant, sur le bout de la drôme, c’était en vain que mon chef de quart me réveillait et me sermonnait vertement : la nuit suivante, je retombais dans ma mauvaise habitude. Il me fallait une leçon forte pour me guérir de mon indolence. Le capitaine me la fit donner.

J’étais allongé, les yeux fermés, sur ma drôme chérie. Quatre hommes montent dans les haubans, tenant chacun un sceau rempli d’eau. Au signal de Niquelet, toute cette eau de mer roule avec fracas sur moi. Au même instant on crie : Un homme à la mer ! Un homme à la mer ! Saisi, submergé, épouvanté, j’accroche un bout de corde que l’on me jette, comme si j’étais tombé le long du bord : je nage, mais à sec, sur le pont ; et ce ne fut qu’après être revenu de mon effroi et avoir reconnu la plaisanterie, que je me sentis tout honteux de m’être laissé prendre par négligence à un piège aussi grossier.

« Tous risquiez, dit en riant le chirurgien du bord au capitaine, de lui donner, avec cette fausse alerte, une maladie épileptique très-réelle.

— Tant pis, répondit Niquelet ; j’aime encore mieux qu’il ait ]’épilepsie, que la cagne. »