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Le Nouveau Spectateur, 01 avril 1776/Auteurs

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AUTEURS, MUSICIENS, ACTEURS, &c.

Allainval, (Léonor-Jean-Christine Soulas d’) Abbé, né à Chartres, mort à Paris en 1753.

Il n’est resté au Théâtre qu’une Comédie de cet Auteur, intitulée : l’École des Bourgeois. Elle est d’un très-bon comique ; aussi la voit-on avec un grand plaisir, quand elle n’est pas jouée par ce que’on appelle la doublure. Il y a d’excellentes choses dans sa Comédie de l’Embarras des Richesses, que l’on remettra peut-être un jour au Théâtre. Cet homme était si indigent, qu’il n’avait aucune demeure fixe. Cette mauvaise fortune, qui dura constamment, ne lui permit pas de cultiver ses talens, & de travailler ses Ouvrages avec soin.

[1] Auseaume. (M.), né à Paris le … Secretaire, Répétiteur de la Comédie Italienne, est un des principaux Auteurs de ce Théâtre, & auparavant, de celui de l’Opéra-Comique. Ce fut sur le Théâtre de l’Opéra-Comique, que M. Auseaume exposa ses premiers essais. Il débuta par un Prologue intitulé : la Vengeance de Melpomene, & donna ensuite le Chinois poli en France, le Monde renversé, les Amans trompés, la fausse Aventurière, le Peintre amoureux de son Modèle, le Docteur Sangrado, le Médecine de l’Amour, Cendrillon, l’Ivrogne corrigé, les Epreuves de l’Amour, le Maître d’Ecole, le Procès des Ariettes & des Vaudevilles, le Soldat Magicien ; & à la Comédie Italienne, l’Isle des Foux, Mazet, le Milicien, les deux Chasseurs & la Laitière, l’Ecole de la Jeunesse, la Clochette, le Tableau parlant, la Coquette de Village, la Ressource comique, & a fait tous les Complimens de clôture au Théâtre Italien.

Outre les Ouvrages dont on vient de parler, M. Auseaume a eu part à quelques autres, tels que Berthold à la Ville, le Dépit généreux, la nouvelle Troupe, &c. Il ne s’attribue même qu’en partie plusieurs des Pièces que nous avons nommées. C’est ce qu’il a toujours eu soin de déclarer ; mais les Pièces imprimées sous son seul nom n’appartiennent qu’à lui seul, & ce sont, à coup sûr, les meilleures. Pourquoi disputer à un Auteur des Ouvrages qu’il assure être de lui, & que nul autre Ecrivain ne réclame ? Cette manie est des plus communes dans notre siècle ; en est-elle moins injuste ? Elle vise à décourager les talens, & trop souvent elle y réussit. Mais revenons à ceux de M. Auseaume. Le genre auquel il s’est particuliérement livré, celui des Pièces mêlées d’Ariettes, n’est pas celui de la vraie Comédie ; cependant il a ses difficultés : il exige de la légéreté, de la combinaison, une coupe relative à cette espèce de Drame, l’art de ménager au Musicien ses avantages, sans lui sacrifier ceux du Poëte. M. Anseaume a connu ces principes, & s’en est rarement écartée, sur-tout lorsqu’il a travaillé seul. Il connaît l’effet théâtral d’une scène, & ne met en chant que ce qui est susceptible d’expression ou d’image. On remarque dans son dialogue & de l’aisance & de la justesse : il l’étend ou le restreint avec une égale facilité. En un mot, ses Ouvrages sont en général marqués au coin du talent dirigé par le goût & éclairé par la réflexion. Le Peintre amoureux de son Modèle, le Médecin de l’Amour & l’Ecole de la Jeunesse, trois Pièces que personne ne lui dispute, peuvent aller de pair avec certaines Comédies restées au Théâtre, & qu’on y revoit toujours avec applaudissement. L’Ecole de la Jeunesse sur-tout est, aux Ariettes près, une Comédie du meilleur genre. Que manque-t-il donc à son Auteur pour tenir un rang plus distingué parmi nos Poëtes Dramatiques ? Un autre Théâtre.


Antier (Marie), Lyonnaise, vint à Paris en 1711, & fut reçue à l’Opéra pour la grandeur & la beauté de sa voix. Elle joignait à cette voix admirable, une riche taille, une physionomie noble, fière, imposante, convenable dans les rôles de Magicienne, de Princesse & de Divinité. La Demoiselle Rochois prit plaisir à la former ; & elle a été pendant vingt-neuf ans au Théâtre avec succès. La Reine, à son mariage, lui fit présent d’une tabatière d’or, avec le portrait de Sa Majesté. M. & Madame de Toulouse la gratifièrent de plusieurs bijoux de prix & de vaisselle d’argent pour les voyages qu’elle fit à Rambouillet. Elle eut l’honneur de repréfenter les premiers rôles dans les Ballets dansés par Sa Majesté : elle quitta le Théâtre en 1741, avec une pension de 1500 liv. de l’Opéra, & mourut quelques années après.


Armand (François Huguet), plus connu sous le nom seul d’ARMAND, nâquit à Richelieu, en 1699, d’une honnête Bourgeoise du Poitou. Il eut l’honneur d’être tenu sur les Fonts de Baptême au nom de M. le Duc, aujourd’hui Maréchal de Richelieu, qui n’était alors guère plus âgé que son filleul. L’enfant fut élevé sous le nom d’Armand, qu’il a porté toute sa vie, par un sentiment de respect pour son parrain. L’Abbé Nadal, Poitevin comme lui, le plaça chez un Notaire à Paris ; mais un penchant pour les plaisirs & pour le Théâtre lui fit abandonner la Chicane. Après diverses aventures dignes de Gilblas de Santillane, il joua la Comédie en Languedoc, & revint ensuite à Paris, où il débuta sur le Théâtre de la Comédie Française, en 1723, par le rôle de Pasquin, dans l’Hommé à bonnes fortunes. La nature lui avait donné le masque le plus propre à caractériser les talens d’un Valet adroit & fourbe : c’est principalement dans ce rôle qu’il excellait. On le grava dans le personnage de Carondas, au moment où, à l’exemple du Valet de Zenon, il volait le Philosophe son maître. Ce rôle, dans la Comédie des Philosophes, celui de Fabrice dans l’Ecossaise, & celui du Garçon Libraire dans la Présomption à la mode, furent les derniers qu’il représenta dans les Pièces nouvelles. Ce Comédien mourut à Paris en 1765 : il s’était retiré du Théâtre peu de tems avant sa mort, avec une pension du Roi, après quarante-deux ans de service. Il était le Doyen des Comédiens Français.

Le caractère de cet excellent Acteur était de voir tout gaiement ; &, dans les affaires les plus sérieuses, il ne pouvait se refuser une plaisanterie. Il narrait d’une façon à faire distinguer les différens Interlocuteurs qu’il mettait en action dans ses récits : il imitait leur voix, leurs moindres gestes : on eût dit que Scaron l’avait deviné dans le personnage de la Rancune.

Armand ne fut point, à la vérité, du nombre de ces Acteurs doublement célèbres par leur jeu & par leur composition. Son mérite se bornait au talent de la représentation dans les personnages comiques ; mais il sera regretté longtems par ceux qui savent combien le naturel est rare, & combien peu il est aisé de faire rire une Nation éclairée & polie, devenue d’autant plus difficile, qu’elle a eu sous les yeux un grand nombre d’excellens modèles ; qu’elle a sacrifié à de tristes bienséances une partie de ses graces, & qu’enfin l’ancienne gaité française a presque disparu sous la froide manie du raisonnement.

L’Auteur dont nous parlons a créé plusieurs rôles, & il fut le Restaurateur de ceux de Falaise, dans la Réconciliation Normande, & de Glacignac, dans le Mariage fait & rompu. Le rôle du Commandeur de la Rocaille, dans l’Impromptu de la folie, était de son invention, ou plutôt c’était une copie parfaite d’un original qu’il avait connu. Il joua celui de Pantalon dans la Française Italienne, petite Comédie tirée du même Divertissement ; & il contrefit avec tant de vérité le Pantalon des Italiens, que celui-ci disait en le voyant : « Si je ne me sentais au Parterre, je me croirais sur le Théâtre ».

Quand il établit le rôle de Pirante dans l’Etourderie, Fagan, l’Auteur de cette Pièce, prit d’abord sa manière de le rendre pour une charge, dont il ne put s’empêcher de rire ; mais, aux dernières répétitions, il lui dit sérieusement qu’il n’entrait point du tout dans le caractère de son personnage. Armand s’obstina à le rendre comme il l’avait conçu ; & ce rôle contribua au succès de l’Ouvrage.

Son humeur gaie & facétieuse ne le quitta jamais. Le commencement de sa fortune fut même l’effet de sa plaisanterie.


Arnaud, (François-Thomas-Marie de Baculard d’) né à Paris au commencement de ce siecle.

Il paraît que M. d’Arnaud a renoncé au genre Dramatique, pour se livrer aux épreuves du sentiment. Quoi qu’en ait dit le judicieux M. Palissot, on ne peut disconvenir que M. d’Arnaud ne soit un bon Ecrivain, il est vrai que son genre est un peu sombre & ses couleurs un peu noires ; mais ses Romans ne valent-ils pas la Dunciade & les Mémoires Littéraires, y compris même le Supplément ? Le Comte de Comminges, Euphémie, Fayel, Merinval, Coligny & le Mauvais Riche, sont des Drames que l’on ne peut certainement pas comparer aux Philosophies, au Méchant & aux Courtisannes ; mais qui valent autant par la force & la pureté de la diction, & qui sont cent fois au-dessus par l’intérêt que M. d’Arnaud sait mettre dans tous ses Ouvrages. Nous aurons occasion de parler du genre Dramatique qui lui est propre. Nous allons commencer par insérer dans notre Journal prochain un Discours sur la Tragédie. À bien des gens il paraîtra original, peu sensé, même extravagant. Si l’on veut y répondre par de bonnes & solides raisons, nous nous ferons un plaisir de rendre ces réponses publiques.


Arnould (Sophie). Nous ignorons l’âge & le lieu de la naissance de cette Actrice, qui a longtemps fait, & qui fait encore, les délices de l’Opéra où elle joue les rôles tendres avec le plus grand succès ; bien des gens l’ont accusée d’être méchante, mais des personnes dignes de foi & qui la connaissent, nous ont assuré qu’elle avait le cœur bon, l’esprit un peu satyrique & la tête très-bien organisée. Elle est presque la Ninon de notre siecle. Elle rassemble souvent autour d’elle des gens de tous états, de toutes conditions, mais toujours des gens d’esprit ; bien éloignée en cela de presque toutes ses camarades qui ne savent pas distinguer le brute d’avec le poli.


L’Auteur d’une piece, intitulée les Souhaits, fut un jour au parterre pour voir la premiere représentation & être plus à portée de profiter des observations du Public. La piece fut huée d’un bout à l’autre : ce malheureux Auteur ne savait quelle contenance tenir ; il prenait beaucoup de tabac, ce qui le faisait souvent éternuer. Un de ses voisnins lui dit, à vos souhaits, Monsieur. L’Auteur se retourna d’un air de courroux, ce qui fut remarqué par plusieurs. Quelques momens après il éternue encore, & tous lui répetent : à vos souhaits, Monsieur. Alors il entre dans une telle colere, qu’il en prend un par le bras & le traîne à la porte. Vous m’avez insulté, Monsieur, & je vous en demande raison. Moi, répliqua l’autre, moi vous insulter ! Oui, vous savez que je suis l’Auteur des Souhaits, & vous m’avez dit plusieurs fois avec ironie, à vos souhaits. Monsieur, je l’ignorais, mais apprenez que quand on fait une pareille piece, on ne doit jamais éternuer.


On devait un jour représenter une Pièce intitulée : La Vertu personnifiée. À l’heure de la représentation tout le monde s’assemble avec empressement ; mais le Directeur vient haranguer le Public, & lui annoncer le désespoir où il était de ne pouvoir satisfaire son engagement, attendu, ajouta-t-il, que la Demoiselle qui devant représenter la Vertu venait d’accoucher de trois enfans.

  1. Extrait des Anecdotes dramatiques.