Le Prince/Chapitre 19

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Chapitre 18 Le Prince Chapitre 20



CHAPITRE XIX.


Qu’il faut éviter d’être méprisé et haï.


Après avoir traité spécialement, parmi les qualités que j’avais d’abord énoncées, celles que je regarde comme les principales, je parlerai plus brièvement des autres, me bornant à cette généralité, que le prince doit éviter avec soin toutes les choses qui le rendraient odieux et méprisable, moyennant quoi il aura fait tout ce qu’il avait à faire, et il ne trouvera plus de danger dans les autres reproches qu’il pourrait encourir.

Ce qui le rendrait surtout odieux, ce serait, comme je l’ai dit, d’être rapace, et d’attenter, soit au bien de ses sujets, soit à l’honneur de leurs femmes. Pourvu que ces deux choses, c’est-à-dire les biens et l’honneur, soient respectées, le commun des hommes est content, et l’on n’a plus à lutter que contre l’ambition d’un petit nombre d’individus, qu’il est aisé et qu’on a mille moyens de réprimer.

Ce qui peut faire mépriser, c’est de paraître inconstant, léger, efféminé, pusillanime, irrésolu, toutes choses dont le prince doit se tenir loin comme d’un écueil, faisant en sorte que dans toutes ses actions on trouve de la grandeur, du courage, de la gravité, de la fermeté ; que l’on soit convaincu, quant aux affaires particulières de ses sujets, que ses décisions sont irrévocables, et que cette conviction s’établisse de telle manière dans leur esprit, que personne n’ose penser ni à le tromper ni à le circonvenir.

Le prince qui a donné de lui cette idée est très-considéré, et il est difficile que l’on conspire contre celui qui jouit d’une telle considération ; il l’est même qu’on l’attaque quand on sait qu’il a de grandes qualités et qu’il est respecté par les siens.

Deux craintes doivent occuper un prince : l’intérieur de ses États et la conduite de ses sujets sont l’objet de l’une ; le dehors et les desseins des puissances environnantes sont celui de l’autre. Pour celle-ci, le moyen de se prémunir est d’avoir de bonnes armes et de bons amis ; et l’on aura toujours de bons amis quand on aura de bonnes armes : d’ailleurs, tant que le prince sera en sûreté et tranquille au dehors, il le sera aussi au dedans, à moins qu’il n’eût été déjà troublé par quelque conjuration ; et si même au dehors quelque entreprise est formée contre lui, il trouvera dans l’intérieur, comme j’ai déjà dit que Nabis, tyran de Sparte, les trouva, les moyens de résister à toute attaque, pourvu toutefois qu’il se soit conduit et qu’il ait gouverné conformément à ce que j’ai observé, et que de plus il ne perde point courage.

Pour ce qui est des sujets, ce que le prince peut en craindre, lorsqu’il est tranquille au dehors, c’est qu’ils ne conspirent secrètement contre lui ; mais, à cet égard, il est déjà bien garanti quand il a évité d’être haï et méprisé, et qu’il a fait en sorte que le peuple soit content de lui ; chose dont il est absolument nécessaire de venir à bout, ainsi que je l’ai établi. C’est là, en effet, la plus sûre garantie contre les conjurations ; car celui qui conjure croit toujours que la mort du prince sera agréable au peuple : s’il pensait qu’elle l’affligeât, il se garderait bien de concevoir un pareil dessein, qui présente de très grandes et de très nombreuses difficultés.

On sait par l’expérience que beaucoup de conjurations ont été formées, mais qu’il n’y en a que bien peu qui aient eu une heureuse issue. Un homme ne peut pas conjurer tout seul : il faut qu’il ait des associés ; et il ne peut en chercher que parmi ceux qu’il croit mécontents. Or, en confiant un projet de cette nature à un mécontent, on lui fournit le moyen de mettre un terme à son mécontentement ; car il peut compter qu’en révélant le secret, il sera amplement récompensé : et comme il voit là un profit assuré, tandis que la conjuration ne lui présente qu’incertitude et péril, il faut qu’il ait, pour ne point trahir, ou une amitié bien vive pour le conspirateur, on une haine bien obstinée pour le prince. En peu de mots, le conspirateur est toujours troublé par le soupçon, la jalousie, la frayeur du châtiment ; au lieu que le prince a pour lui la majesté de l’empire, l’autorité des lois, l’appui de ses amis, et tout ce qui fait la défense de l’État ; et si à tout cela se joint la bienveillance du peuple, il est impossible qu’il se trouve quelqu’un d’assez téméraire pour conjurer ; car, en ce cas, le conspirateur n’a pas seulement à craindre les dangers qui précèdent l’exécution, il doit encore redouter ceux qui suivront, et contre lesquels, ayant le peuple pour ennemi, il ne lui restera aucun refuge.

Sur cela on pourrait citer une infinité d’exemples, mais je me borne à un seul dont nos pères ont été les témoins.

Messire Annibal Bentivogli, aïeul de messer Annibal actuellement vivant, étant prince de Bologne, fut assassiné par les Canneschi, à la suite d’une conspiration qu’ils avaient tramée contre lui : il ne resta de sa famille que messer Giovanni, jeune enfant encore au berceau. Mais l’affection que le peuple bolonais avait en ce temps-là pour la maison Bentivogli fut cause qu’aussitôt après le meurtre il se souleva, et massacra tous les Canneschi. Cette affection alla même encore plus loin : comme après la mort de messer Annibal, il n’était resté personne qui pût gouverner l’État, et les Bolonais ayant su qu’il y avait un homme né de la famille Bentivogli qui vivait à Florence, où il passait pour le fils d’un artisan, ils allèrent le chercher, et lui confièrent le gouvernement, qu’il garda en effet jusqu’à ce que messer Giovanni fût en âge de tenir lui-même les rênes de l’État.

Encore une fois donc, un prince qui est aimé de son peuple a peu à craindre les conjurations ; mais s’il en est haï, tout, choses et hommes, est pour lui à redouter. Aussi les gouvernements bien réglés et les princes sages prennent-ils toujours très grand soin de satisfaire le peuple et de le tenir content sans trop chagriner les grands : c’est un des objets de la plus haute importance.

Parmi les royaumes bien organisés de notre temps, on peut citer la France, où il y a un grand nombre de bonnes institutions propres à maintenir l’indépendance et la sûreté du roi ; institutions entre lesquelles celle du parlement et de son autorité tient le premier rang. En effet, celui qui organisa ainsi la France, voyant, d’un côté, l’ambition et l’insolent orgueil des grands, et combien il était nécessaire de les réprimer ; considérant, de l’autre, la haine générale qu’on leur portait, haine enfantée par la crainte qu’ils inspiraient, et voulant en conséquence qu’il fût aussi pourvu à leur sûreté, pensa qu’il était à propos de n’en pas laisser le soin spécialement au roi, pour qu’il n’eût pas à encourir la haine des grands en favorisant le peuple, et celle du peuple en favorisant les grands. C’est pourquoi il trouva bon d’établir la tierce autorité d’un tribunal qui pût, sans aucune fâcheuse conséquence pour le roi, abaisser les grands et protéger les petits. Une telle institution était sans doute ce qu’on pouvait faire de mieux, de plus sage et de plus convenable pour la sûreté du prince et du royaume.

De là aussi on peut tirer une autre remarque : c’est que le prince doit se décharger sur d’autres des parties de l’administration qui peuvent être odieuses, et se réserver exclusivement celles des grâces ; en un mot, je le répète, il doit avoir des égards pour les grands, mais éviter d’être haï par le peuple.

En considérant la vie et la mort de plusieurs empereurs romains, on croira peut-être y voir des exemples contraires à ce que je viens de dire, car on en trouvera quelques-uns qui, s’étant toujours conduits avec sagesse, et ayant montré de grandes qualités, ne laissèrent pas de perdre l’empire, ou même de périr victimes de conjurations formées contre eux.

Pour répondre à cette objection, je vais examiner le caractère et la conduite de quelques-uns de ces empereurs, et faire voir que les causes de leur ruine ne présentent rien qui ne s’accorde avec ce que j’ai établi. Je ferai d’ailleurs quelques réflexions sur ce que les événements de ces temps-là peuvent offrir de remarquable à ceux qui lisent l’histoire. Je me bornerai cependant aux empereurs qui se succédèrent depuis Marc-Aurèle, jusqu’à Maximin, et qui sont : Marc-Aurèle, Commode son fils, Pertinax, Didius Julianus, Septime-Sévère, Antonin-Caracalla, son fils, Macrin, Héliogabale, Alexandre-Sévère et Maximin.

La première observation à faire est que, tandis que dans les autres États le prince n’a à lutter que contre l’ambition des grands et l’insolence des peuples, les empereurs romains avaient encore à surmonter une troisième difficulté, celle de se défendre contre la cruauté et l’avarice des soldats ; difficulté telle, qu’elle fut la cause de la ruine de plusieurs de ces princes. Il est très difficile, en effet, de contenter tout à la fois les soldats et les peuples ; car les peuples aiment le repos, et par conséquent, un prince modéré : les soldats, au contraire, demandent qu’il soit d’humeur guerrière, insolent, avide et cruel ; ils veulent même qu’il se montre tel envers le peuple, afin d’avoir une double paye, et d’assouvir leur avarice et leur cruauté. De là vint aussi la ruine de tous ceux des empereurs qui n’avaient point, soit par leurs qualités naturelles, soit par leurs qualités acquises, l’ascendant nécessaire pour contenir à la fois et les peuples et les gens de guerre. De là vint encore que la plupart, et ceux surtout qui étaient des princes nouveaux, voyant la difficulté de satisfaire des humeurs si opposées, prirent le parti de contenter les soldats, sans s’inquiéter de l’oppression du peuple.

Ce parti, au reste, était nécessaire à prendre ; car les princes, qui ne peuvent éviter d’être haïs par quelqu’un, doivent d’abord chercher à ne pas l’être par la multitude ; et, s’ils ne peuvent y réussir, ils doivent faire tous leurs efforts pour ne pas l’être au moins par la classe la plus puissante. C’est pour cela aussi que les empereurs, qui, comme princes nouveaux, avaient besoin d’appuis extraordinaires, s’attachaient bien plus volontiers aux soldats qu’au peuple ; ce qui pourtant ne leur était utile qu’autant qu’ils savaient conserver sur eux leur ascendant.

C’est en conséquence de tout ce que je viens de dire, que des trois empereurs Marc-Aurèle, Pertinax et Alexandre-Sévère, qui vécurent avec sagesse et modération, qui furent amis de la justice, ennemis de la cruauté, humains et bienfaisants, il n’y eut que le premier qui ne finit point malheureusement. Mais s’il vécut et mourut toujours honoré, c’est qu’ayant hérité de l’empire par droit de succession, il n’en fut redevable ni aux gens de guerre ni au peuple, et que d’ailleurs ses grandes et nombreuses vertus le firent tellement respecter, qu’il put toujours contenir tous les ordres de l’État dans les bornes du devoir, sans être ni haï ni méprisé.

Quand à Pertinax, les soldats, contre le gré de qui il avait été nommé empereur, ne purent supporter la discipline qu’il voulait rétablir après la licence dans laquelle ils avaient vécu sous Commode : il en fut donc haï. À cette haine se joignit le mépris qu’inspirait sa vieillesse, et il périt presque aussitôt qu’il eut commencé à régner. Sur quoi il y a lieu d’observer que la haine est autant le fruit des bonnes actions que des mauvaises ; d’où il suit, comme je l’ai dit, qu’un prince qui veut se maintenir est souvent obligé de n’être pas bon ; car lorsque la classe de sujets dont il croit avoir besoin, soit peuple, soit soldats, soit grands, est corrompue, il faut à tout prix la satisfaire pour ne l’avoir point contre soi ; et alors les bonnes actions nuisent plutôt qu’elles ne servent.

Enfin, pour ce qui concerne Alexandre-Sévère, sa bonté était telle, que, parmi les éloges qu’on en a faits, on a remarqué que, pendant les quatorze ans que dura son règne, personne ne fut mis à mort sans un jugement régulier. Mais, comme il en était venu à passer pour un homme efféminé, qui se laissait gouverner par sa mère, et que par là il était tombé dans le mépris, son armée conspira contre lui et le massacra.

Si nous venons maintenant aux empereurs qui montrèrent des qualités bien opposées, c’est-à-dire à Commode, Septime-Sévère, Antonin-Caracalla et Maximin, nous verrons qu’ils furent très cruels et d’une insatiable avidité ; que, pour satisfaire les soldats, ils n’épargnèrent au peuple aucune sorte d’oppression et d’injure, et qu’ils eurent tous une fin malheureuse, à l’exception seulement de Sévère, qui, par la grandeur de son courage et d’autres qualités éminentes, put, en se conservant l’affection des soldats, et bien qu’il accablât le peuple d’impôts, régner toujours heureusement ; car cette grandeur le faisait admirer des uns et des autres, de telle manière que les peuples demeuraient frappés comme d’étonnement et de stupeur, et que les soldats étaient respectueux et satisfaits. Sévère, au surplus, se conduisit très habilement comme prince nouveau : c’est pourquoi je m’arrêterai un moment à faire voir comment il sut bien agir en renard et en lion, deux animaux dont, comme je l’ai dit, un prince doit savoir revêtir les caractères.

Connaissant la lâcheté de Didius Julianus, qui venait de se faire proclamer empereur, il persuada aux troupes à la tête desquelles il se trouvait alors en Pannonie, qu’il était digne d’elles d’aller à Rome pour venger la mort de Pertinax, que la garde impériale avait égorgé ; et, sans découvrir les vues secrètes qu’il avait sur l’empire, il saisit ce prétexte, se hâta de marcher vers Rome avec son armée, et parut en Italie avant qu’on eût appris son départ. Arrivé à Rome, il fut proclamé empereur par le sénat épouvanté, et Julianus fut massacré. Ce premier pas fait, il lui restait, pour parvenir à être maître de tout l’État, deux obstacles à vaincre : l’un en Orient, où Niger s’était fait proclamer empereur par les armées d’Asie qu’il commandait ; l’autre en Occident, où Albin aspirait également à l’empire. Comme il voyait trop de danger à se déclarer en même temps contre ces deux compétiteurs, il se proposa d’attaquer Niger et de tromper Albin. En conséquence, il écrivit à ce dernier que, nommé empereur par le sénat, son intention était de partager avec lui la dignité impériale : il lui envoya donc le titre de César et se le fit adjoindre comme collègue, par un décret du sénat. Albin se laissa séduire par ces démonstrations, qu’il crut sincères. Mais lorsque Sévère eut fait mourir Niger, après l’avoir vaincu et que les troubles de l’Orient furent apaisés, il revint à Rome et se plaignit dans le sénat de la conduite d’Albin, l’accusa d’avoir montré peu de reconnaissance de tous les bienfaits dont il l’avait comblé, et d’avoir tenté secrètement de l’assassiner ; et il conclut en disant qu’il ne pouvait éviter de marcher contre lui pour le punir de son ingratitude. Il alla soudain l’attaquer dans les Gaules, où il lui ôta l’empire et la vie.

Telle fut la conduite de ce prince. Si l’on en suit pas à pas toutes les actions, on y verra partout éclater et l’audace du lion et la finesse du renard ; on le verra craint et révéré de ses sujets, et chéri même de ses soldats : on ne sera par conséquent point étonné de ce que, quoique homme nouveau, il pût se maintenir dans un si vaste empire ; car sa haute réputation le défendit toujours contre la haine que ses continuelles exactions auraient pu allumer dans le cœur de ses peuples.

Antonin-Caracalla, son fils, eut aussi comme lui d’éminentes qualités qui le faisaient admirer du peuple et chérir par les soldats. Son habileté dans l’art de la guerre, son mépris pour une nourriture recherchée et les délices de la mollesse, lui conciliaient l’affection des troupes ; mais sa cruauté, sa férocité inouïe, les meurtres nombreux et journaliers dont il frappa une partie des citoyens de Rome, le massacre général des habitants d’Alexandrie, le rendirent l’objet de l’exécration universelle : ceux qui l’entouraient eurent bientôt à trembler pour eux-mêmes ; et un centurion le tua au milieu de son armée.

Une observation importante résulte de ce fait : c’est qu’un prince ne peut éviter la mort lorsqu’un homme ferme et endurci dans sa vengeance a résolu de le faire périr ; car quiconque méprise sa vie est maître de celle des autres. Mais comme ces dangers sont rares, ils sont, par conséquent, moins à appréhender. Tout ce que le prince peut et doit faire à cet égard, c’est d’être attentif à n’offenser grièvement aucun de ceux qu’il emploie et qu’il a autour de lui pour son service ; attention que n’eut point Caracalla, qui avait fait mourir injustement un frère du centurion, par lequel il fut tué, qui le menaçait journellement lui-même, et qui néanmoins le conservait dans sa garde. C’était là sans doute une témérité qui ne pouvait qu’occasionner sa ruine, comme l’événement le prouva.

Pour ce qui est de Commode, fils et héritier de Marc-Aurèle, il avait certes toute facilité de se maintenir dans l’empire : il n’avait qu’à suivre les traces de son père pour contenter le peuple et les soldats. Mais, s’abandonnant à son caractère cruel et féroce, il voulut impunément écraser le peuple par ses rapines ; il prit le parti de caresser les troupes et de les laisser vivre dans la licence. D’ailleurs, oubliant tout le soin de sa dignité, on le voyait souvent descendre dans l’arène pour combattre avec les gladiateurs, et se livrer aux turpitudes les plus indignes de la majesté impériale. Il se rendit vil aux yeux mêmes de ses soldats. Ainsi, devenu tout à la fois l’objet de la haine des uns et du mépris des autres, on conspira contre lui, et il fut égorgé.

Il ne me reste plus qu’à parler de Maximin. Il possédait toutes les qualités qui font l’homme de guerre. Après la mort d’Alexandre-Sévère, dont j’ai parlé tout à l’heure, les armées, dégoûtées de la faiblesse de ce dernier prince, élevèrent Maximin à l’empire ; mais il ne le conserva pas longtemps. Deux choses contribuèrent à le faire mépriser et haïr. La première fut la bassesse de son premier état : gardien de troupeaux dans la Thrace, cette extraction, connue de tout le monde, le rendait vil à tous les yeux. La seconde fut la réputation de cruauté qu’il se fit aussitôt ; car, sans aller à Rome pour prendre possession du trône impérial, il y fit commettre par ses lieutenants, ainsi que dans toutes les parties de l’empire, des actes multipliés de rigueur. D’un côté, l’État, indigné de la bassesse de son origine, et, de l’autre, excité par la crainte qu’inspiraient ses barbaries, se souleva contre lui. Le signal fut donné par l’Afrique. Aussitôt le sénat et le peuple suivirent cet exemple, qui ne tarda pas à être imité par le reste de l’Italie. Bientôt à cette conspiration générale se joignit celle de ses troupes : elles assiégeaient Aquilée ; mais, rebutées par les difficultés du siège, lassées de ses cruautés, et commençant à le moins craindre depuis qu’elles le voyaient en butte à une multitude d’ennemis, elles se déterminèrent à le massacrer.

Je ne m’arrêterai maintenant à parler ni d’Héliogabale, ni de Macrin, ni de Didius Julianus, hommes si vils qu’ils ne firent que paraître sur le trône. Mais, venant immédiatement à la conclusion de mon discours, je dis que les princes modernes trouvent dans leur administration une difficulté de moins : c’est celle de satisfaire extraordinairement les gens de guerre. En effet, ils doivent bien, sans doute, avoir pour eux quelque considération ; mais il n’y a en cela nul grand embarras, car aucun de ces princes n’a les grands corps de troupes toujours subsistants, et amalgamés en quelque sorte par le temps avec le gouvernement et l’administration des provinces, comme l’étaient les armées romaines. Les empereurs étaient obligés de contenter les soldats plutôt que les peuples, parce que les soldats étaient les plus puissants ; mais aujourd’hui ce sont les peuples que les princes ont surtout à satisfaire. Il ne faut excepter à cet égard que le Grand Seigneur des Turcs et le Soudan.

J’excepte le Grand Seigneur, parce qu’il a toujours autour de lui un corps de douze mille hommes d’infanterie et de quinze mille de cavalerie ; que ces corps font sa sûreté et sa force, et qu’en conséquence il doit sur toutes choses, et sans songer au peuple, ménager et conserver leur affection.

J’excepte le Soudan, parce que ses États étant entièrement entre les mains des gens de guerre, il faut bien qu’il se concilie leur amitié, sans s’embarrasser du peuple.

Remarquons, à ce propos, que l’État du Soudan diffère de tous les autres, et qu’il ne ressemble guère qu’au pontificat des chrétiens, qu’on ne peut appeler ni principauté héréditaire, ni principauté nouvelle. En effet, à la mort du prince, ce ne sont point ses enfants qui héritent et règnent après lui ; mais son successeur est élu par ceux à qui appartient cette élection ; et du reste, comme cet ordre de choses est consacré par son ancienneté, il ne présente point les difficultés des principautés nouvelles : le prince, à la vérité, est nouveau, mais les institutions sont anciennes, ce qui le fait recevoir tout comme s’il était prince héréditaire. Revenons à notre sujet.

Quiconque réfléchira sur tout ce que je viens de dire, verra qu’en effet la ruine des empereurs dont j’ai parlé eut pour cause la haine ou le mépris, et il comprendra en même temps pourquoi les uns agissant d’une certaine manière, et les autres d’une manière toute différente, un seul, de chaque côté, a fini heureusement, tandis que tous les autres ont terminé leurs jours d’une façon misérable. Il concevra que ce fut une chose inutile et même funeste pour Pertinax et pour Alexandre-Sévère, princes nouveaux, de vouloir imiter Marc-Aurèle, prince héréditaire ; et que, pareillement, Caracalla, Commode et Maximin se nuisirent en voulant imiter Sévère, parce qu’ils n’avaient pas les grandes qualités nécessaires pour pouvoir suivre ses traces.

Je dis aussi qu’un prince nouveau peut et doit, non pas imiter, soit Marc-Aurèle, soit Sévère, mais bien prendre, dans l’exemple de Sévère, ce qui lui est nécessaire pour établir son pouvoir, et dans celui de Marc-Aurèle ce qui peut lui servir à maintenir la stabilité et la gloire d’un empire établi et consolidé depuis longtemps.


Chapitre 18 Le Prince Chapitre 20


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CAPITOLO XIX.


Che si debbe fuggire l’essere disprezzato e odiato.


Ma perchè circa le qualità, di che di sopra si fa menzione, io ho parlato delle più importanti, l’altre voglio discorrere brevemente sotto queste generalità, che il Principe pensi, come di sopra in parte è detto, di fuggire quelle cose che lo faccino odioso o vile; e qualunque volta fuggirà questo, arà adempiuto le parti sue, e non troverà nell’altre infamie pericolo alcuno. Odioso lo fa soprattutto, come io dissi, lo esser rapace, ed usurpatore della roba, e delle donne de’ sudditi; di che si deve astenere. Qualunque volta alle università degli uomini non si toglie nè roba nè onore, vivono contenti, e solo s’ha a combattere con l’ambizione di pochi, la quale in [p. 70 modifica]molti modi e con facilità si raffrena. Abietto lo fa l’esser tenuto vario, leggiero, effeminato, pusillanimo, irresoluto; di che un Principe si deve guardare come da uno scoglio, ed ingegnarsi che nelle azioni sue si riconosca grandezza, animosità, gravità, fortezza; e, circa i maneggi privati de’ sudditi, volere che la sua sentenzia sia irrevocabile, e si mantenga in tale opinione, che alcuno non pensi nè ad ingannarlo, nè ad aggirarlo. Quel Principe che dà di sè questa opinione, è riputato assai; e contro a chi è riputato assai con difficultà si congiura, e con difficultà è assaltato, purchè si intenda che sia eccellente e reverito da’ suoi. Perchè un Principe deve avere due paure: una dentro per conto de’ sudditi; l’altra di fuori per conto de’ potenti esterni. Da questa si difende con le buone arme e buoni amici; e sempre, se arà buone arme, arà buoni amici; e sempre staranno ferme le cose di dentro, quando stieno ferme quelle di fuori, se già le non fossero perturbate da una congiura; e quando pure quelle di fuori movessero, se egli è ordinato, e vissuto come io ho detto, quando non si abbandoni, sosterrà ogni impeto, come dissi che fece Nabide Spartano. Ma circa i sudditi, quando le cose di fuori non muovino, s’ha a temere, che non congiurino segretamente; del che il Principe si assicura assai, fuggendo l’essere odiato e disprezzato, e tenendosi il popolo satisfatto di lui; il che è necessario conseguire, come di sopra si disse a lungo. Ed uno de’ più potenti rimedi che abbi un Principe contro le congiure, è non essere odiato o disprezzato dall’universale; perchè sempre chi congiura crede con la morte del Principe satisfare al popolo; ma quando ei creda offenderlo, non piglia animo a prendere [p. 71 modifica]simil partito; perchè le difficultà che sono dalla parte de’ congiuranti, sono infinite. Per esperienzia si vede molte essere state le congiure, e poche aver avuto buon fine; perchè chi congiura non può esser solo, nè può prendere compagnia, se non di quelli, che crede essere malcontenti; e subito che a uno malcontento tu hai scoperto l’animo tuo, gli dai materia a contentarsi, perchè, manifestandolo, lui ne può sperare ogni comodità; talmentechè veggendo il guadagno fermo da questa parte, e dall’altra veggendolo dubbio e pieno di pericolo, convien bene o che sia raro amico, o che sia al tutto ostinato nimico del Principe ad osservarti la fede. E, per ridurre la cosa in brevi termini, dico, che dalla parte del congiurante non è, se non paura, gelosia, sospetto di pena che lo sbigottisce; ma dalla parte del Principe è la maestà del Principato, le leggi, le difese degli amici e dello Stato che lo difendono; talmentechè aggiunto a tutte queste cose la benivolenza populare, è impossibile che alcun sia sì temerario, che congiuri. Perchè per l’ordinario dove uno congiurante ha a temere innanzi alla esecuzione del male, in questo caso debbe temere ancora dappoi, avendo per nimico il popolo, seguíto l’eccesso, nè potendo per questo sperare rifugio alcuno. Di questa materia se ne potria dare infiniti esempi; ma voglio solo esser contento d’uno, seguíto alla memoria de’ padri nostri.

Messer Annibale Bentivogli, avolo del presente Messer Annibale, che era Principe in Bologna, essendo da’ Canneschi, che gli congiurarono contro, ammazzato, nè rimanendo di lui altri che Messer Giovanni, quale era in fasce, subito dopo tale omicidio si levò il popolo, ed ammazzò tutti i [p. 72 modifica]Canneschi. Il che nacque dalla benivolenza popolare che la casa de’ Bentivogli aveva in quei tempi in Bologna; la qual fu tanta, che non vi restando alcuno che potesse, morto Annibale, reggere lo Stato, ed avendo indizio come in Firenze era un nato de’ Bentivogli, che si teneva fino allora figliuolo di un fabbro, vennero i Bolognesi per quello in Firenze, e li dettono il governo di quella città, la quale fu governata da lui fino a tanto che Messer Giovanni pervenisse in età conveniente al governo. Conchiudo adunque, che un Principe deve tenere delle congiure poco conto, quando il popolo gli sia benivolo; ma quando gli sia inimico, ed abbilo in odio, deve temere di ogni cosa e di ognuno. E gli stati bene ordinati, e li Principi savi hanno con ogni diligenza pensato di non far cadere in disperazione i grandi e di satisfare al popolo, e tenerlo contento, perchè questa è una delle più importanti materie che abbia un Principe. Tra i Regni bene ordinati e governati a’ nostri tempi è quello di Francia, ed in esso si trovano infinite costituzioni buone, donde ne dipende la libertà e sicurtà del Re, delle quali la prima è il Parlamento, e la sua autorità; perchè quello che ordinò quel Regno, cognoscendo l’ambizione de’ potenti e la insolenza loro, e giudicando esser necessario loro un freno in bocca che gli correggesse; e dall’altra parte cognoscendo l’odio dell’universale contro i grandi, fondato in su la paura, e volendo assicurarli, non volse che questa fusse particolar cura del Re, per torli quel carico che e’ potesse avere con i grandi, favorendo i popolari, e con i popolari, favorendo i grandi; e però constituì un giudice terzo, che fusse quello, che senza carico del Re, battesse i grandi, e favorisse i minori. [p. 73 modifica]Nè potè essere questo ordine migliore, nè più prudente, nè maggior cagione di sicurtà del Re, e del Regno. Di che si può trarre un altro notabile, che li Principi debbono le cose di carico fare sumministrare ad altri, e quelle di grazie a lor medesimi. Di nuovo conchiudo, che un Principe debbe stimare i grandi, ma non si far odiare dal popolo.

Parrebbe forse a molti, che, considerata la vita e morte di molti Imperatori Romani, fussono esempi contrarii a questa mia opinione, trovando alcuno esser vissuto sempre egregiamente, e mostro grande virtù d’animo, nondimeno aver perso l’imperio, ovvero essere stato morto da’ suoi che gli hanno congiurato contro. Volendo adunque rispondere a queste obiezioni, discorrerò le qualità di alcuni Imperatori, mostrando la cagione della lor rovina, non disforme da quello che da me si è addutto; e parte metterò in considerazione quelle cose che sono notabili a chi legge le azioni di quelli tempi. E voglio mi basti pigliare tutti quelli Imperatori, che succederono nell’Imperio da Marco Filosofo a Massimino, li quali furono Marco, Commodo suo figliuolo, Pertinace, Iuliano, Severo, Antonino, Caracalla suo figliuolo, Macrino, Eliogabalo, Alessandro, e Massimino. Ed è prima da notare, che dove negli altri Principi si ha solo a contendere con l’ambizione de’ grandi e insolenza de’ popoli, gl’Imperatori Romani avevano una terza difficultà, d’avere a sopportare la crudeltà ed avarizia de’ soldati; la qual cosa era sì difficile, che la fu cagione della rovina di molti, sendo difficile satisfare a’ soldati ed a’ popoli; perchè i populi amano la quiete, e per questo amano i Principi modesti, e li soldati amano il Principe d’animo militare, e che sia insolente, e [p. 74 modifica]crudele, e rapace. Le quali cose volevano che egli esercitasse ne’ popoli, per potere avere duplicato stipendio, e sfogare la loro avarizia e crudeltà; donde ne nacque che quelli Imperatori che per natura o per arte non avevano riputazione tale, che con quella tenessero l’uno e l’altro in freno, sempre rovinavano; e li più di loro, massime quelli che come uomini nuovi venivano al Principato, conosciuta la difficultà di questi duoi diversi umori, si volgevano a satisfare a’ soldati, stimando poco l’ingiuriare il popolo. Il qual partito era necessario; perchè non potendo i Principi mancare di non essere odiati da qualcuno, si debbono prima sforzare di non essere odiati dall’università; e quando non possono conseguir questo, si debbono ingegnare con ogni industria fuggire l’odio di quelle università che sono più potenti. E però quelli Imperatori, che per novità avevano bisogno di favori straordinari, aderivano ai soldati più volentieri, che alli popoli; il che tornava loro nondimeno utile o no, secondo che quel Principe si sapeva mantenere riputato con loro.

Da queste cagioni sopradette nacque che Marco, Pertinace, e Alessandro essendo tutti di modesta vita, amatori della giustizia, inimici della crudeltà, umani, e benigni, ebbero tutti, da Marco infuora, tristo fine; Marco solo visse e morì onoratissimo, perchè lui succedè all’Imperio per eredità, e non aveva a ricognoscer quello nè dai soldati, nè dai popoli; dipoi essendo accompagnato da molte virtù che lo facevano venerando, tenne sempre, mentre visse, l’uno ordine e l’altro dentro a’ suoi termini, e non fu mai nè odiato, nè disprezzato. Ma Pertinace fu creato Imperadore contro alla voglia de’ soldati, li quali, essendo usi a vivere [p. 75 modifica]licenziosamente sotto Commodo, non poterono sopportare quella vita onesta, alla quale Pertinace gli voleva ridurre; onde avendosi creato odio, ed a questo odio aggiunto dispregio per l’esser vecchio, rovinò ne’ primi principii della sua amministrazione. Onde si deve notare che l’odio si acquista così mediante le buone opere, come le triste; e però, come io dissi di sopra, volendo un Principe mantenere lo Stato, è spesso forzato a non esser buono; perchè quando quella università, o popolo, o soldati, o grandi che sieno, della quale tu giudichi, per mantenerti, aver bisogno, è corrotta, ti convien seguire l’umor suo, e sodisfarle; e allora le buone opere ti sono inimiche. Ma vegniamo ad Alessandro, il quale fu di tanta bontà, che tra l’altre lodi che gli sono attribuite, è, che in quattordici anni, che tenne l’imperio, non fu mai morto da lui nessuno ingiudicato; nondimanco, essendo tenuto effeminato, e uomo che si lasciasse governare dalla madre, e per questo venuto in dispregio; conspirò contro di lui l’esercito, ed ammazzollo.

Discorrendo ora per opposito le qualità di Commodo, di Severo, di Antonino, di Caracalla, e di Massimino, gli troverete crudelissimi e rapacissimi, li quali, per satisfare a’ soldati, non perdonarono a nissuna qualità d’ingiuria che ne’ popoli si potesse commettere; e tutti, eccetto Severo, ebbero tristo fine; perchè in Severo fu tanta virtù, che, mantenendosi i soldati amici, ancorchè i popoli fossero da lui gravati, potè sempre regnare felicemente; perchè quelle sue virtù lo facevano nel cospetto de’ soldati e de’ popoli sì mirabile, che questi rimanevano in un certo modo attoniti e stupidi, e quelli altri riverenti e satisfatti. E perchè le azioni di costui [p. 76 modifica]furono grandi in un Principe nuovo, io voglio mostrare brevemente quanto egli seppe bene usare la persona della volpe e del lione, le quali nature dico, come di sopra, esser necessario imitare ad un Principe.

Conosciuta Severo la ignavia di Iuliano Imperadore, persuase al suo esercito, del quale era in Schiavonia capitano, che egli era bene andare a Roma a vendicare la morte di Pertinace, il quale era stato morto dalla guardia imperiale, e sotto questo colore, senza mostrare di aspirare all’Imperio, mosse l’esercito contro a Roma, e fu prima in Italia che si sapesse la sua partita. Arrivato a Roma, fu dal Senato per timore eletto Imperadore, e morto Iuliano. Restavano a Severo dopo questo principio due difficultà a volersi insignorire di tutto lo Stato: l’una in Asia, dove Nigro capo degli eserciti Asiatici si era fatto chiamare Imperatore; l’altra in ponente di Albino, il quale ancora lui aspirava all’Imperio. E perchè giudicava pericoloso scoprirsi nimico a tutti duoi, deliberò di assaltar Nigro, e ingannare Albino; al quale scrisse, come essendo dal Senato eletto Imperadore, voleva partecipare quella dignità con lui, e mandogli il titolo di Cesare, e per deliberazione del Senato se lo aggiunse collega; le quali cose furono da Albino accettate per vere. Ma poichè Severo ebbe vinto e morto Nigro, e pacate le cose orientali, ritornatosi a Roma si querelò in Senato di Albino, che, come poco conoscente de’ beneficii ricevuti da lui, aveva a tradimento cerco d’ammazzarlo, e per questo era necessitato andare a punire la sua ingratitudine. Dipoi andò a trovarlo in Francia, e gli tolse lo Stato e la vita. Chi esaminerà adunque tritamente le azioni di costui, lo [p. 77 modifica]troverà un ferocissimo lione e un’astutissima volpe, e vedrà quello temuto e riverito da ciascuno, e dagli eserciti non odiato; e non si maraviglierà se lui, uomo nuovo, arà possuto tenere tanto Imperio, perchè la sua grandissima riputazione lo difese sempre da quell’odio che i popoli per le sue rapine avevano potuto concipere. Ma Antonino suo figliuolo fu ancor lui uomo eccellentissimo, ed aveva in sè parti eccellentissime, che lo facevano ammirabile nel cospetto de’ popoli, e grato a’ soldati, perchè era uomo militare, sopportantissimo di ogni fatica, disprezzatore di ogni cibo delicato, e di ogni altra mollizie; la qual cosa lo faceva amare da tutti gli eserciti. Nondimeno la sua ferocia e crudeltà fu tanta e sì inaudita, per avere dopo molte occisioni particulari morto gran parte del Popolo di Roma, e tutto quello d’Alessandria, che diventò odiosissimo a tutto il mondo, e cominciò ad esser temuto da quelli ancora che egli aveva intorno, in modo che fu ammazzato da un centurione in mezzo del suo esercito. Dove è da notare che queste simili morti, le quali seguitano per deliberazione di un animo deliberato e ostinato, non si possono da’ Principi evitare, perchè ciascuno che non si curi di morire, lo può fare; ma deve bene il Principe temerne meno, perchè le sono rarissime. Deve solo guardarsi di non fare ingiuria grave ad alcuno di coloro, de’ quali si serve, e che egli ha d’intorno al servizio del suo Principato, come aveva fatto Antonino, il quale aveva morto contumeliosamente un fratello di quel centurione, e lui ogni giorno minacciava, e nientedimeno lo teneva a guardia del suo corpo: il che era partito temerario, e da rovinarvi, come gl’intervenne. Ma vegniamo a Commodo, al quale era facilità [p. 78 modifica]grande tenere l’Imperio, per averlo ereditario, essendo figliuolo di Marco; e solo gli bastava seguire le vestigia del padre, ed a’ populi e a’ soldati arebbe satisfatto; ma essendo di animo crudele e bestiale, per potere usare la sua rapacità ne’ populi, si volse ad intrattenere gli eserciti, e fargli licenziosi; dall’altra parte non tenendo la sua dignità, descendendo spesso nelli teatri a combattere con i gladiatori, e facendo altre cose vilissime, e poco degne della Maiestà Imperiale, diventò vile nel cospetto de’ soldati; ed essendo odiato da una parte, e dall’altra disprezzato, fu conspirato contro di lui e morto.

Restaci a narrare le qualità di Massimino. Costui fu uomo bellicosissimo; ed essendo gli eserciti infastiditi dalla mollizie di Alessandro, del quale ho di sopra discorso, morto lui, lo elessero all'Imperio, il quale non molto tempo possedette, perchè due cose lo fecero odioso e disprezzato: l’una esser lui vilissimo per aver guardate le pecore in Tracia (la qual cosa era per tutto notissima, e gli faceva una gran dedignazione nel cospetto di ciascuno); l’altra, perchè avendo, nell'ingresso del suo Principato, differito l'andare a Roma, ed entrare nella possessione della sedia Imperiale, aveva dato opinione di crudelissimo, avendo per li suoi prefetti in Roma, e in qualunque luogo dell'Imperio esercitato molte crudeltà; a talchè commosso tutto il mondo dallo sdegno per la viltà del suo sangue, e dall'altra parte dallo odio per la paura della sua ferocia, prima l'Affrica, dipoi il Senato con tutto il Popolo di Roma, e tutta l'Italia gli cospirò contro; al che si aggiunse il suo proprio esercito, il quale campeggiando Aquileia, e trovando difficultà nell'espugnazione, infastidito della crudeltà sua, e, per vedergli tanti nimici, temendolo meno, lo ammazzò. [p. 79 modifica]Io non voglio ragionare nè di Eliogabalo, nè di Macrino, nè di Iuliano, i quali, per essere al tutto vili, si spensero subito; ma verrò alla conclusione di questo discorso; e dico, che li Principi de’ nostri tempi hanno meno questa difficultà di satisfare straordinariamente a’ soldati ne’ governi loro, perchè nonostante che si abbi ad avere a quelli qualche considerazione, pure si risolve presto, per non avere alcuno di questi Principi eserciti insieme, che sieno inveterati con li governi ed amministrazioni delle provincie, come erano gli eserciti dell'Imperio Romano; e però se allora era necessario sodisfare a’ soldati, più che a’ popoli, era perchè i soldati potevano più, che i popoli; ora è più necessario a tutti i Principi, eccetto che al Turco ed al Soldano, satisfare a’ popoli, che a’ soldati, perchè i popoli possono più, che quelli. Di che io ne eccettuo il Turco, tenendo sempre quello intorno dodicimila fanti e quindicimila cavalli, da’ quali dipende la sicurtà e la fortezza del suo Regno; ed è necessario che posposto ogni altro rispetto de' popoli, se gli mantenga amici. Simile è il Regno del Soldano, quale essendo tutto in mano de’ soldati, conviene che ancora lui, senza respetto de’ popoli, se gli mantenga amici. Ed avete a notare, che questo Stato del Soldano è disforme da tutti gli altri Principati; perchè egli è simile al Pontificato Cristiano, il quale non si può chiamare nè Principato ereditario, nè Principato nuovo; perchè non i figliuoli del Principe morto rimangono eredi e signori, ma colui che è eletto a quel grado da coloro che ne hanno autorità. Ed essendo questo ordine anticato, non si può chiamare Principato nuovo; perchè in quello non sono alcune di quelle difficultà che sono ne’ nuovi; [p. 80 modifica]perchè sebbene il Principe è nuovo, gli ordini di quello Stato sono vecchi, e ordinati a riceverlo come se fusse loro signore ereditario.

Ma, tornando alla materia nostra, dico, che qualunque considererà al sopraddetto discorso, vedrà o l’odio, o il dispregio essere stato causa della rovina di quelli Imperadori prenominati, e cognoscerà ancora donde nacque, che parte di loro procedendo in uno modo, e parte al contrario, in qualunque di quelli uno ebbe felice, e gli altri infelice fine; perchè a Pertinace ed Alessandro, per essere Principi nuovi, fu inutile e dannoso il volere imitare Marco, che era nel Principato ereditario; e similmente a Caracalla, Commodo e Massimino essere stata cosa perniziosa imitar Severo, per non avere avuto tanta virtù che bastasse a seguitare le vestigia sue. Pertanto un Principe nuovo in un Principato non può imitare le azioni di Marco, nè ancora è necessario imitare quelle di Severo; ma deve pigliare di Severo quelle parti che per fondare il suo Stato sono necessarie, e da Marco quelle che sono convenienti e gloriose a conservare uno Stato, che sia di già stabilito e fermo.