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Le Puits de la vérité/L’Histoire

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Le Puits de la véritéAlbert Messein (p. 54-55).



L’HISTOIRE



Comme j’ai assez peu pratiqué les études historiques, au cours de ma vie, chaque fois que j’y entre un peu profondément, j’en reviens avec de grandes surprises et je crois que j’y ferais des découvertes si j’avais plus de persévérance. La plus singulière serait sans doute que tout s’est toujours passé à peu près comme cela se passe aujourd’hui et aussi que chaque époque a vécu dans la persuasion qu’elle avait atteint le plus haut point possible de civilisation. Je sais bien qu’il y a eu des époques sombres où une partie de la population avait conscience de sa misère et doutait qu’elle fût normale et nécessaire, mais il y a toujours eu aussi une autre partie de la population qui jouissait de ses privilèges et trouvait la vie excellente. Notre temps a vu s’accroître notablement le nombre des privilégiés, qui ne sont pas toujours ceux que l’on pense, mais ils sont toujours très nombreux ceux qui se croient le droit de détester la société et qui se jugent victimes de son organisation. C’est que, aujourd’hui comme toujours, la vie est beaucoup moins une réalité qu’une représentation. En d’autres termes, ceux-ci étant un peu trop philosophiques, la vie n’est autre chose que l’idée que nous en avons, et cette idée dépend du tempérament particulier à travers lequel nous ressentons et nous voyons les choses. C’est si vrai que la plupart des progrès matériels ne sont d’aucune utilité à la masse du peuple et que le peuple néanmoins les tient pour des bienfaits. C’est un pur effet d’imagination et quelque chose de plus, en effet, si je puis dire, de solidarité imaginative. Même, ceux qui pourraient ressentir directement ces bienfaits matériels, les subissent beaucoup plus qu’ils n’en jouissent. Il faudrait ici des développements que je ne puis faire. Qu’on pense, par exemple, aux automobiles, au téléphone, etc. Le bonheur n’a rien à voir avec tout cela. Le paysan du xiie siècle qui ne vivait que de son pain, de son fromage, de sa bonne amie et de son salut, était dans des conditions de bonheur tout à fait équivalentes à celles qui sont offertes aux contemporains de l’aviation. Le tout est de toucher la limite et croire qu’elle est une limite.


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