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Le Puits de la vérité/La femme de demain

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LA FEMME DE DEMAIN



Un grand et grave journal du soir fait une enquête intitulée La Femme de demain. Comme il s’est naturellement adressé à quelques-unes des femmes les plus intelligentes d’aujourd’hui, du moins à des femmes qui écrivent et se trouvent par leur profession au courant des principales questions soulevées par le féminisme, il a eu des confidences assez intéressantes, quelquefois pittoresques, mais ce qui est plus curieux, quelquefois pleines de bon sens. Il est assez plaisant de voir une femme comme Mme Myriam Harry, qui est, ou qui serait, si elle le voulait, tout à fait indépendante, reconnaître que l’indépendance ne fait nullement le bonheur de la femme, et que ce bonheur elle ne peut le trouver que dans le mariage, dans la famille, dans les travaux et les soins de son intérieur, dans la satisfaction enfin du double besoin d’empire et de tendresse qui est en elle. Ne régner que sur soi n’est pas son affaire. N’aimer que soi ne la satisfait nullement. Elle veut se donner à chaque instant de sa vie, mais se donner en restant la maîtresse. À vrai dire, c’est moi qui ajoute ce second terme, qui s’applique si bien, joint au premier, à la femme de France. Mme Myriam Harry ne souhaite à la femme que la tendresse et le milieu où elle puisse employer cette qualité profonde qui domine, dit-elle, toute sa psychologie. Voici donc une femme distinguée, libre d’esprit, qui veut que la femme de demain ressemble à la femme d’hier, à la femme éternelle. C’est ce qui arrivera, sans l’ombre d’un doute, à moins que l’on ne croie que quelques paroles suffisent à changer une physiologie. Ne confondons pas, d’ailleurs, la femme exceptionnelle qui s’efforce, en y réussissant souvent assez mal, à n’obéir qu’à son intelligence et le troupeau féminin qui sera toujours dirigé par sa sensibilité et rejeté éternellement, qu’il le veuille ou non, vers cet ennemi qu’est l’homme, cet ennemi sans lequel la femme n’est qu’une déracinée du cœur.


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