Le Renard, le Singe, et les Animaux

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Claude Barbin & Denys Thierry (pp. 181-183).

VI.

Le Renard, le Singe, & les Animaux.


Les Animaux, au deceds d’un Lion,
En ſon vivant Prince de la contrée,
Pour faire un Roy s’aſſemblerent, dit-on.
De ſon étuy la couronne eſt tirée.
Dans une chartre un Dragon la gardoit.

Il ſe trouva que ſur tous eſſayée,
A pas un d’eux elle ne convenoit.
Pluſieurs avoient la teſte trop menuë,
Aucuns trop groſſe, aucuns même cornuë.
Le Singe auſſi fit l’épreuve en riant,
Et par plaiſir la Tiare eſſayant,
Il fit autour force grimaceries,
Tours de ſoupleſſe, & mille ſingeries :
Paſſa dedans ainſi qu’en un cerceau.
Aux Animaux cela ſembla ſi beau,
Qu’il fut élû : chacun luy fit hommage.
Le Renard ſeul regretta ſon ſuffrage ;
Sans toutefois montrer ſon ſentiment.
Quand il eut fait ſon petit compliment :
Il dit au Roy : Je ſçay, Sire, une cache ;
Et ne crois pas qu’autre que moy la ſçache.
Or tout treſor par droit de Royauté
Appartient, Sire, à vôtre Majeſté.
Le nouveau Roy baaille aprés la Finance,
Lui-même y court pour n’eſtre pas trompé.

C’eſtoit un piége : il y fut attrapé.
Le Renard dit au nom de l’aſſiſtance :
Pretendrois-tu nous gouverner encor ;
Ne ſçachant pas te conduire toy-même ?
Il fut démis : & l’on tomba d’accord
Qu’à peu de gens convient le Diadême.