Le Renard et l’Écureuil (Collinet)

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Le Renard et l’Écureuil


Il ne se faut jamais moquer des misérables,
Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux ?
Le sage Ésope dans ses fables
Nous en donne un exemple ou deux ;
5Je ne les cite point, et certaine chronique
M’en fournit un plus authentique.
Le renard se moquait un jour de l’écureuil,
Qu’il voyait assailli d’une forte tempête :
« Te voilà, disait-il, près d’entrer au cercueil
10Et de ta queue en vain tu te couvres la tête.
Plus tu t’es approché du faîte,
Plus l’orage te trouve en butte à tous ses coups.
Tu cherchais les lieux hauts et voisins de la foudre :
Voilà ce qui t’en prend ; moi qui cherche des trous,
15Je ris, en attendant que tu sois mis en poudre. »
Tandis qu’ainsi le renard se gabait,
Il prenait maint pauvre poulet
Au gobet ;
Lorsque l’ire du Ciel à l’écureuil pardonne :
20Il n’éclaire plus, ni ne tonne ;
L’orage cesse ; et le beau temps venu,
Un chasseur ayant aperçu
Le train de ce renard autour de sa tanière :
« Tu paieras, dit-il, mes poulets. »
25Aussitôt nombre de bassets
Vous fait déloger le compère.
L’écureuil l’aperçoit qui fuit
Devant la meute qui le suit.
Ce plaisir ne lui dure guère,
30Car bientôt il le voit aux portes du trépas.
Il le voit ; mais il n’en rit pas,
Instruit par sa propre misère.




Notes
Fable non publiée du vivant de l’auteur, présente dans le manuscrit Conrart (Arsenal, Ms. 5418, p. 533).
Correction
5 : « Il ne les cite point » dans le manuscrit, corrigé par « Je ne les cite point » depuis l’édition des Œuvres inédites de La Fontaine par Paul Lacroix (Hachette, Paris, 1863).