Le Roi Lear/Traduction Hugo, 1872/Scène IX

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Le Roi Lear/Traduction Hugo, 1872
Traduction par François-Victor Hugo.
Œuvres complètes de ShakespearePagnerre9 (p. 288-301).
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Scène IX.


[Devant le château de Glocester.]


Kent est toujours dans les ceps. Entrent Lear, le fou, un gentilhomme.
lear.

— Il est étrange qu’ils soient ainsi partis de chez eux — sans me renvoyer mon messager.

le gentilhomme.

J’ai su — que la nuit précédente ils n’avaient aucune intention — de s’éloigner.

kent.

Salut à toi, noble maître !

lear.

Quoi ! — Te fais-tu un passe-temps de cette ignominie ?

kent.

Non, monseigneur. —

le fou.

Ha ! ha ! vois donc ! il porte là de cruelles jarretières ! Les chevaux s’attachent par la tête, les chiens et les ours par le cou, les singes par les reins, et les hommes par les jambes : quand un homme est trop gaillard de ses jambes, alors il porte des chausses de bois.

lear.

— Et qui donc a méconnu ton rang — jusqu’à te mettre là ?

kent.

C’est lui et elle, — votre fils et votre fille.

lear.

Non.

kent.

Si fait.

lear.

Non, te dis-je.

kent.

Je vous dis que oui.

lear.

Non, non, ils ne feraient pas cela (43).

kent.

Oui, ils l’ont fait.

lear.

Par Jupiter, je jure que non.

kent.

Par Junon, je jure que oui.

lear.

Ils n’auraient pas osé le faire ; — ils n’auraient pas pu, ils n’auraient pas voulu le faire. C’est pis qu’un assassinat — de faire au respect un si violent outrage. — Réponds-moi avec toute la promptitude raisonnable : comment — as-tu pu mériter, comment as-tu pu subir un pareil traitement, — venant de notre part ?

kent.

Seigneur, je venais d’arriver chez eux — et de leur remettre la lettre de Votre Altesse ; avant même que j’eusse redressé l’attitude — de mon hommage agenouillé, est survenu un courrier fumant — et ruisselant de sueur : à demi essoufflé, il a balbutié — les compliments de Goneril sa maîtresse, — et a présenté une lettre que, sans souci de mon message, — ils ont lue immédiatement. Sur son contenu, — ils ont réuni leurs gens, sont vite montés à cheval, — m’ont commandé de les suivre et d’attendre — le loisir de leur réponse, en me jetant un regard glacial. — Ici, j’ai rencontré le messager — dont l’ambassade avait empoisonné la mienne : — c’est ce même drôle qui, dernièrement, s’est montré si insolent envers Votre Altesse. — Écoutant mon sentiment plus que ma réflexion, j’ai dégaîné : — le lâche a par ses hauts cris mis en émoi toute la maison. — Votre fils et votre fille ont trouvé cette infraction digne — de l’humiliation qu’elle subit ici.

le fou.

— L’hiver n’est pas encore fini, si les oies sauvages volent dans cette direction.

Les pères qui portent guenilles
Font aveugles leurs enfants ;
Mais les pères qui portent sacs
Verront tendres leurs enfants.
Fortune, cette fieffée putain,
Jamais n’ouvre sa porte au pauvre.

Bah ! après tout, tu auras de tes filles plus de douleurs que tu ne pourrais compter de dollars en un an !

lear.

— Oh ! comme cette humeur morbide monte à mon cœur ! Historica passio (44) ! Arrière, envahissante mélancolie, — c’est plus bas qu’est ton élément !… Où est-elle, cette fille ?

kent.

— Avec le comte, ici dans le château.

lear.

Ne me suivez pas. — Restez ici.

Il entre dans le château.
le gentilhomme, à Kent.

— N’avez-vous pas commis d’autre offense que celle que vous venez de dire ?

kent.

Aucune. — Mais comment le roi vient-il avec un si mince cortége ?

le fou.

Si tu avais été mis aux ceps pour cette question-là, tu l’aurais bien mérité.

kent.

Pourquoi, fou ?

le fou.

Nous t’enverrons à l’école chez la fourmi, pour t’apprendre qu’il y a chômage en hiver. Tous ceux qui suivent leur nez sont dirigés par leurs yeux, excepté les aveugles ; et entre vingt aveugles il n’est pas un nez qui ne flaire l’homme qui pue… Lâche la grande roue, si elle roule en bas de la côte : tu te romprais le cou en la suivant ; mais si elle remonte la côte, fais-toi remorquer par elle. Quand un sage te donnera un meilleur conseil, rends-moi le mien. Je veux qu’il n’y ait que des coquins à le suivre, puisque c’est un fou qui le donne.

Celui qui sert par intérêt, messire,
Et n’est attaché que pour la forme,
Pliera bagage dès qu’il pleuvra,
Et te laisseras dans l’orage.

Mais, moi, je demeurerai : le fou veut rester
Et laisser le sage s’enfuir.
Coquin devient le fou qui s’esquive ;
Et fou, pardi ! n’est pas le coquin.

kent.

— Où avez-vous appris ça, fou ?

le fou.

Pas dans les ceps, fou !


Rentre Lear, accompagné de Glocester.
lear.

— Refuser de me parler ! Ils sont malades ! Ils sont fatigués ! — Ils ont fait une longue route cette nuit ! Purs prétextes, — faux-fuyants de la révolte et de la désertion ! — Rapportez-moi une meilleure réponse.

glocester.

Mon cher seigneur, — vous connaissez la nature bouillante du duc, — combien il est inébranlable et déterminé — dans sa résolution.

lear.

— Vengeance ! peste ! mort ! confusion ! — Il s’agit bien de bouillante nature ! Eh ! Glocester, Glocester, — je veux parler au duc de Cornouailles et à sa femme.

glocester.

— Mais, mon bon seigneur, je viens de les en informer.

lear.

— Les en informer… Çà, me comprends-tu, l’homme (45) ?

glocester.

Oui, mon bon seigneur.

lear.

— Le roi veut parler à Cornouailles ; le père chéri — veut parler à sa fille et réclame ses services : — sont-ils informés de cela ?… Souffle et sang !… — Bouillant ! le duc bouillant !… Dis à ce duc ardent que… — mais non, pas encore !… Il se peut qu’il ne soit pas bien : — la maladie a toujours négligé les devoirs — auxquels s’astreint la santé. Nous ne sommes plus nous-mêmes, — quand la nature accablée force l’esprit — à souffrir avec le corps. Je prendrai patience. — J’en veux à mon impétueuse opiniâtreté — de prendre la boutade morbide d’un malade — pour la décision d’une saine volonté… Mort de ma vie !

Regardant Kent.

Pourquoi — est-il assis là ? Cet acte me prouve — que la réclusion du duc et de ma fille — n’est qu’un artifice.

Haussant la voix.

Qu’on me rende mon serviteur.

À Glocester.

— Allez dire au duc et à sa femme que je veux leur parler. — Vite, sur-le-champ ! Dites-leur de venir m’entendre, — ou j’irai à leur porte battre le tambour, — jusqu’à ce que mes cris tuent leur sommeil !

glocester

— Je voudrais tout arranger entre vous.

Il sort.
lear.

— Oh ! mon cœur !… mon cœur se soulève !… Allons, à bas ! —

le fou.

Crie-lui, m’n oncle, ce que la ménagère criait aux anguilles, au moment où elle les mettait toutes vives dans la pâte. Elle leur frappait la tête avec une baguette en criant : « À bas, coquines, à bas ! » C’est le frère de celle-là qui, par pure bonté pour son cheval, lui beurrait son foin.


Entrent Cornouailles, Régane, Glocester et leur suite.
lear.

— Bonjour à tous deux.

cornouailles.

Salut à Votre Grâce !

On met Kent en liberté.
régane.

— Je suis heureuse de voir Votre Altesse.

lear.

— Je le crois, Régane, je sais que de raisons — j’ai pour le croire. Si tu n’en étais pas heureuse, — je divorcerais avec la tombe de ta mère, — sépulcre d’une adultère.

À Kent.

Ah ! vous voilà libre ! — Nous parlerons de cela dans un autre moment… Bien-aimée Régane, — ta sœur est une méchante… Ô Régane, elle a attaché — ici, comme un vautour, sa dévorante ingratitude.

Il met la main sur son cœur.

— Je puis à peine te parler ; tu ne saurais croire — avec quelle perversité… ô Régane !

régane.

— Je vous en prie, sire, prenez patience. Vous êtes, je l’espère, — plus apte à méjuger son mérite — qu’elle ne l’est à manquer au devoir.

lear.

Eh ! qu’est-ce à dire (46) ?

régane.

Je ne puis croire que ma sœur ait en rien — failli à ses obligations. Si par hasard, sire, — elle a réprimé les excès de vos gens, — c’est pour des motifs et dans un but si légitimes — qu’elle est pure de tout blâme.

lear.

— Ma malédiction sur elle !

régane.

Oh ! sire, vous êtes vieux. — La nature en vous touche à la limite extrême — de sa carrière : vous devriez vous laisser gouverner et mener — par quelque discrète tutelle, mieux instruite de votre état — que vous-même. Aussi, je vous en prie, — retournez auprès de ma sœur, — et dites-lui que vous avez eu tort, sire.

lear.

Moi, lui demander pardon ! — Voyez donc comme ce langage ferait honneur à une famille : — « Chère fille, je confesse que je suis vieux ; — la vieillesse est parasite ; je demande à genoux — que vous daigniez m’accorder le vêtement, le lit et la nourriture. »

régane.

— Bon sire, assez ! ce sont des plaisanteries peu gracieuses. — Retournez près de ma sœur.

lear.

Jamais, Régane. — Elle a restreint ma suite de moitié, — m’a jeté de sombres regards, et m’a frappé — au fond du cœur de sa langue de serpent. — Que toutes les vengeances accumulées du ciel tombent — sur sa tête ingrate ! Frappez ses jeunes os — de paralysie, souffles néfastes !

cornouailles.

Fi ! Sire ! fi !

lear.

— Vous, éclairs agiles, dardez vos aveuglantes flammes — dans ses yeux dédaigneux ! Empoisonnez sa beauté, — vapeurs aspirées des marais par le puissant soleil, — et flétrissez sa vanité.

régane.

Ô dieux propices ! — vous ferez les mêmes vœux pour moi, dans un accès de colère.

lear.

— Non, Régane ; jamais tu n’auras ma malédiction. — Ta nature palpitante de tendresse ne t’abandonnera pas — à la dureté. Son regard est féroce ; mais le tien — ranime et ne brûle pas. Ce n’est pas toi — qui voudrais lésiner sur mes plaisirs, mutiler ma suite, — me lancer de brusques paroles, réduire mon train, — et, pour conclusion, opposer les verrous — à mon entrée. Tu connais trop bien — les devoirs de la nature, les obligations de l’enfance, — les règles de la courtoisie, les exigences de la gratitude ; — tu n’as pas oublié cette moitié de royaume — dont je t’ai dotée.

régane.

Bon sire, venez au fait.

Bruit de trompettes.
lear.

— Qui donc a mis mon homme aux ceps ?

cornouailles.

Quelle est cette fanfare ?


Entre Oswald.
régane.

— Je la reconnais, c’est celle de ma sœur : sa lettre annonçait en effet — qu’elle serait bientôt ici.

À Oswald.

Votre maîtresse est-elle arrivée ?

lear.

Voilà un maraud dont la fierté d’emprunt — s’étaie sur la capricieuse faveur de celle qu’il sert… — Hors de ma vue, varlet !

cornouailles.

Que veut dire Votre Grâce ?

lear.

— Qui a mis aux ceps mon serviteur ? Régane, j’aime à croire — que tu n’en savais rien… Qui vient ici ?


Entre Goneril.
lear, continuant.

Ô cieux, — si vous aimez les vieillards, si votre doux pouvoir — encourage l’obéissance, si vous-mêmes êtes vieux, faites de cette cause la vôtre, lancez vos foudres et prenez mon parti.

À Goneril.

— Peux-tu regarder cette barbe sans rougir ?… — Ô Régane ! tu consens à la prendre par la main !

goneril.

— Et pourquoi pas, monsieur ? En quoi suis-je coupable ? — N’est pas coupable tout ce que réprouve l’irréflexion — et condamne la caducité.

lear.

Ô mes flancs, vous êtes trop tenaces ! — Quoi ! vous résistez encore !… Comment se fait-il qu’un de mes familiers ait été mis aux ceps ?

cornouailles.

— C’est moi qui l’y ai mis, monsieur ; mais ses méfaits — ne méritaient certes pas tant d’honneur.

lear.

Vous ! quoi ! c’est vous !

régane.

— Je vous en prie, père, résignez-vous à votre faiblesse. — Si, jusqu’à l’expiration de ce mois, — vous voulez retourner et séjourner chez ma sœur, — après avoir congédié la moitié de votre suite, venez me trouver alors. — Je suis pour le moment hors de chez moi, et je n’ai pas fait les préparatifs — indispensables pour vous recevoir.

lear.

— Retourner chez elle, cinquante de mes gens congédiés ! — Non ! Je préférerais abjurer tout abri, lutter contre l’inimitié de l’air, — être le camarade du loup et de la chouette, — poignantes rigueurs de la nécessité… Retourner près d’elle ! — Ah ! bouillant roi de France, qui as pris sans dot — notre plus jeune fille, j’aimerais autant — m’agenouiller devant ton trône et mendier de toi la pension d’un écuyer — pour soutenir ma servile existence !… Retourner près d’elle ! — Conseille-moi plutôt de me faire l’esclave et la bête de somme — de ce détestable valet !

Il montre Oswald.
goneril.

À votre guise, monsieur.

lear.

— Je t’en prie, ma fille, ne me rends pas fou ; — je ne veux plus te troubler, mon enfant ; adieu ! — Nous ne nous rencontrerons plus, nous ne nous reverrons plus. — Et pourtant tu es ma chair, mon sang, ma fille, — ou plutôt tu es dans ma chair une plaie, — que je suis forcé d’appeler mienne ! tu es un clou, — un ulcère empesté, un anthrax tuméfié — dans mon sang corrompu ! Mais je ne veux pas te gronder ! — Que la confusion vienne quand elle voudra ! je ne l’appellerai pas. — Je ne veux pas sommer le porte-foudre de te frapper, — ni te dénoncer au souverain juge Jupiter. — Réforme-toi quand tu pourras, deviens meilleure à ton loisir. — Je puis prendre patience ; je puis rester chez Régane, — moi et mes cent chevaliers.

régane.

Pas tout à fait, monsieur. — Je ne vous attendais pas encore, et ne suis pas préparée — pour vous recevoir convenablement. Écoutez ma sœur, monsieur ; — car ceux qui font contrôler votre passion par la raison — doivent se borner à croire que vous êtes vieux et conséquemment… — Mais Goneril sait ce qu’elle fait.

lear.

Est-ce donc là bien parler ?

régane.

— J’ose l’affirmer, monsieur. Quoi ! cinquante écuyers, — n’est-ce pas assez ? Qu’avez-vous besoin de plus, — ou même d’autant ? La dépense, le danger, — tout parle contre un si nombreux cortège. Comment, dans une seule maison, — sous deux autorités, tant de gens peuvent-ils vivre — d’accord ? C’est difficile, presque impossible.

goneril.

— Et ne pourriez-vous pas, milord, être servi — par ses domestiques en titre ou par les miens ?

régane.

— Pourquoi pas, milord ? Si alors il leur arrivait de vous négliger, — nous pourrions y mettre ordre… Si vous voulez venir chez moi, — (car à présent j’aperçois le danger), je vous prie — de n’en amener que vingt-cinq ; à un plus grand nombre — je refuse de donner place ou hospitalité.

lear.

— Moi, je vous ai tout donné.

régane.

Et il était grand temps.

lear.

— J’ai fait de vous mes gardiennes, mes déléguées, — mais en réservant pour ma suite — un nombre fixe de serviteurs. Quoi ! il faut qu’en venant chez vous — je n’en aie que vingt-cinq ! Régane, avez-vous dit cela ?

régane.

— Et je le répète, milord : pas un de plus chez moi !

lear, regardant Goneril, puis Régane.

— Ces méchantes créatures ont encore l’air bon — à côté de plus méchantes. N’être pas ce qu’il y a de pire, — c’est encore être au niveau d’un éloge.

À Goneril.

J’irai avec toi. — Les cinquante que tu accordes sont le double de ses vingt-cinq, — et ton amour vaut deux fois le sien.

goneril.

Écoutez-moi, milord. — Qu’avez-vous besoin de vingt-cinq personnes, de dix, de cinq, — pour vous suivre dans une maison où un domestique deux fois aussi nombreux — a ordre de vous servir ?

régane.

Qu’avez-vous besoin d’un seul ?

lear.

— Oh ! ne raisonnez pas le besoin. Nos plus vils mendiants — trouvent le superflu dans la plus pauvre chose. — N’accordez à la nature que ce dont la nature a besoin, — et l’homme vit au même prix que la brute. Tu es une grande dame ; — eh bien, si l’unique luxe était de se tenir chaudement, — qu’aurait besoin la nature de cette luxueuse parure — qui te tient chaud à peine ? Mais, quant au vrai besoin… — Ciel, accorde-moi la patience ; c’est de patience que j’ai besoin ! — Vous voyez ici, Ô dieux, un pauvre vieillard — accablé, double misère ! par la douleur et par les années ! — Si c’est vous qui soulevez les cœurs de ces filles — contre leur père, ne m’affolez pas — au point que je l’endure placidement ; animez-moi d’une noble colère. — Oh ! ne laissez pas les pleurs, ces armes de femme, — souiller mes joues mâles !… Non !… Stryges dénaturées, — je veux tirer de vous deux une telle vengeance — que le monde entier… Je veux faire des choses… — Ce qu’elles seront, je ne le sais pas encore ; mais elles feront — l’épouvante de la terre. Vous croyez que je vais pleurer. — Non, je ne pleurerai pas ; J’ai certes sujet de pleurer ; mais ce cœur — se brisera en cent mille éclats — avant que je pleure… Ô bouffon, je deviendrai fou !

Sortent Lear, Glocester, Kent et le fou.
cornouailles.

Retirons-nous, il va faire de l’orage.

Bruit lointain d’un orage.
régane.

— Ce manoir est petit ; le vieillard et ses gens — ne sauraient s’y loger à l’aise.

goneril.

C’est sa faute : il s’est lui-même privé d’asile ; il faut qu’il souffre de sa folie.

régane.

— Pour lui personnellement, je le recevrais volontiers, — mais pas un seul de ses gens.

goneril.

C’est aussi ma résolution. — Où est milord de Glocester ?


Glocester revient.
cornouailles.

— Il a accompagné le vieillard… Mais le voici de retour.

glocester.

— Le roi est dans une rage violente.

cornouailles.

Où va-t-il ?

glocester.

— Il commande les chevaux (47), mais je ne sais où il va.

cornouailles.

— Le mieux est de le laisser faire… Qu’il se dirige.

goneril, à Glocester.

— Milord, ne le pressez nullement de rester.

glocester.

— Hélas ! la nuit vient, et les vents glacés — se déchaînent furieusement. À plusieurs milles à la ronde, — il y a à peine un fourré.

régane.

Ah ! messire, aux hommes obstinés — les injures qu’eux-mêmes s’attirent — doivent servir de leçon… Fermez vos portes ; — il a pour escorte des forcenés, — et les excès auxquels il peut être entraîné par eux, lui — dont l’oreille est facilement abusée, doivent mettre en garde la prudence.

cornouailles.

— Fermez vos portes, milord ; il fait une horrible nuit. — Ma Régane vous donne un bon conseil. Dérobons-nous à l’orage.

Ils sortent.