Le Roi Lear/Traduction Hugo, 1872/Scène XXI

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Le Roi Lear/Traduction Hugo, 1872
Traduction par François-Victor Hugo.
Œuvres complètes de ShakespearePagnerre9 (p. 341-343).
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Scène XXI.


[Dans le château de Glocester.]


Entrent Régane et Oswald.
RÉGANE.

— Mais les troupes de mon frère sont-elles en marche ?

OSWALD.

Oui, madame.

RÉGANE.

S’est-il mis — à leur tête en personne ?

OSWALD.

Oui, madame, mais à grand-peine ; — votre sœur est un meilleur soldat.

RÉGANE.

— Est-ce que milord Edmond n’a pas parlé à votre maître au château ?

OSWALD.

Non, madame.

RÉGANE.

— Que peut contenir la lettre à lui écrite par ma sœur ?

OSWALD.

Je ne sais pas, milady.

RÉGANE.

— Au fait, c’est pour de graves motifs qu’il s’en est allé si vite. — Après avoir retiré la vue à Glocester, ç’a été une grande imprudence — de le laisser vivre : partout où il passera, il soulèvera — tous les cœurs contre nous ; je pense qu’Edmond est parti, — prenant sa misère en pitié, pour le délivrer — d’une vie vouée aux ténèbres, en même temps que pour reconnaître — les forces de l’ennemi.

OSWALD.

— Il faut que je le rejoigne, madame, pour lui remettre cette lettre.

RÉGANE.

— Nos troupes se mettent en marche demain ; restez avec nous, — les routes sont dangereuses.

OSWALD.

Je ne puis, madame ; — ma maîtresse m’a recommandé l’empressement dans cette affaire.

RÉGANE.

— Pourquoi écrit-elle à Edmond ? N’auriez-vous pas pu — transmettre son message de vive voix ? Sans doute, — quelque raison, je ne sais laquelle… Je t’aimerai fort — de me laisser décacheter cette lettre.

OSWALD.

Madame, je préférerais…

RÉGANE.

— Je sais que votre maîtresse n’aime pas son mari ; — je suis sûre de cela : la dernière fois qu’elle était ici, — elle lançait d’étranges œillades et de bien éloquents regards — au noble Edmond. Je sais que vous êtes son confident.

OSWALD.

Moi, madame ?

RÉGANE.

— Je parle à bon escient ; vous l’êtes, je le sais. — Aussi, écoutez bien l’avis que je vous donne. — Mon mari est mort ; Edmond et moi, nous nous sommes entendus ; — il est naturel qu’il ait ma main plutôt — que celle de votre maîtresse. Vous pouvez deviner ce que je ne dis pas. — Si vous trouvez Edmond, remettez-lui ceci, je vous prie.

Elle lui donne un anneau.

— Quand vous informerez votre maîtresse de ce que vous savez, — dites-lui, je vous prie, de rappeler à elle sa raison. — Sur ce, adieu. — Si par hasard vous entendez parler de cet aveugle traître, — les faveurs pleuvront sur celui qui l’expédiera.

OSWALD.

— Si je pouvais le rencontrer, madame ! je montrerais — à quel parti j’appartiens.

RÉGANE.

Adieu.

Ils sortent.