Le Salut par les Juifs/Chapitre 22

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Joseph Victorion et Cie (p. 89-92).

XXII


Prions pour les perfides Juifs, pour que le Seigneur Notre Dieu enlève le voile de leurs cœurs et qu’ils reconnaissent, eux aussi, Notre Seigneur Jésus-Christ. Sempiternel Dieu Tout-Puissant, qui ne rejetez de votre miséricorde pas même la perfidie Juive, exaucez les prières que nous déférons à vous, à cause de l’aveuglement de ce peuple, pour qu’ayant connu la lumière de votre vérité qui est le Christ, il soit arraché de ses ténèbres. »

Telles étaient et telles seront jusqu’à la fin les prières de l’Église pour l’étonnante postérité d’Abraham. Prières absolument solennelles qui ne sont récitées publiquement que le seul jour du Vendredi Saint.

En ce moment-là, sans doute, les cœurs d’autrefois s’arrêtaient de battre et le silence des colères était prodigieux, dans l’espoir universel d’entendre venir des lieux souterrains le préliminaire soupir de la conversion du Peuple obstiné.

On sentait confusément que ces hommes de crasse et d’ignominie étaient, quand même, les geôliers de la Rédemption, que Jésus était leur captif, que l’Église était leur captive, que leur consentement était nécessaire à la diffusion des allégresses et que c’était pour cela qu’un miracle persistant gardait leur progéniture.

En accomplissement de la plus impénétrable des lois, ils étaient puissamment ancrés dans leur volonté mauvaise d’assoupir la Force de Dieu et d’ajourner implacablement sa Gloire, pour qu’en effet l’une et l’autre parussent oisives en présence des désespoirs de l’humanité, — jusqu’à l’heure admirablement occulte où la Propitiation douloureuse du Verbe fait Chair serait consommée dans tous ses membres.

Et cette heure furtive, Jésus lui-même avait déclaré ne la point connaître, affirmant que « nul, excepté le Père, ne la connaissait[1] !… »

Mais où le mystère devenait intolérable complètement, c’était à l’idée que ce moment unique, désiré faméliquement, depuis tous les âges, par l’universalité des créatures, dépendait encore et toujours de ces mêmes Juifs, créanciers inexorables de l’Esprit-Saint, qui mettaient opposition sur le Sang du Christ.

Les siècles avaient coulé comme de l’eau et les générations vivantes s’étaient empilées sur les générations mortes. On avait beau produire des titres ou des cédules paraphés de ce précieux Sang et contresignés du sang de tous les Martyrs ; on ne rencontrait jamais que l’odieux visage de ces usuriers du Consolateur et la magnificence de Dieu restait close.

C’est en ce sens que les Juifs, si durement opprimés par les adorateurs de la Croix, faisaient couler en revanche tant de pleurs chrétiens derrière eux, et de si terribles pleurs qu’on aurait pu croire vraiment que la Mer rouge s’était élancée à leur poursuite… et c’est pourquoi l’Église avait le courage de prier pour eux d’un cœur déchiré.

  1. Marc, XIII, 32.