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Études poétiques (Lacaussade)/Le Secret

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Études poétiquesAlphonse Lemerre, éditeurPoésies d’Auguste Lacaussade, tome 1 (p. 148-149).

VIII

LE SECRET


 
Tu veux lire en mes yeux — simplicité funeste ! —
Quel secret douloureux je porte au fond du cœur.
Soit I ma sincérité, le seul bien qui me reste,
Contre moi-même, enfant, armera ta candeur.

Mortes sont les vertus de mes vertes années !
Dans leur sève j’ai vu mes espoirs se flétrir :
Un songe ardent brûla mes fraîches destinées,
Et mon cœur s’est fermé pour ne se plus rouvrir !

Pure et suave enfant, sœur des Grâces décentes,
Ne sème point tes vœux sur un sol dévasté !
Dois-je, débris stérile aux tristesses croissantes,
Mêler ton rêve en fleur à mon aridité ?


Ma tendresse au bonheur ne te saurait conduire ;
Même en tes yeux l’amour me sourirait trop tard.
Fait pour aimer, mon cœur est trop haut pour séduire.
D’un bien qu’il ne peut rendre il ne veut point sa part.

A toi mon dévouaient ! ta belle âme en est digne ;
Mais seul je veux porter le poids des jours derniers.
A quelque noble arbuste enlace, ô jeune vigne !
Ta tête virginale aux rêves printaniers.

Ta place est au soleil ; moi, la mienne est dans l’ombre.
Fleuris dans la lumière, âme aux espoirs si beaux !
J’appartiens au passé : laisse le cyprès sombre
Ombrager de son deuil la pierre des tombeaux !

Inspiré de Miçkiéwicz.