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Le Talisman (Imagerie d’Épinal — Estampe 1893)

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PELLERIN & Cie,
imp.-édit.
LE TALISMAN IMAGERIE D’ÉPINAL, No 393

Le savant Sabbabus Timbalesco Macaroni était un homme méchant et avare. Vivant dans une tour solitaire, adonné à l’alchimie et à une foule de sciences occultes, il passait dans le pays pour sorcier. Les rares personnes qui avaient pu jeter un coup d’œil à la dérobée par l’entrebâillement de la porte de son laboratoire, racontaient en tremblant qu’elles y avaient vu mille choses étranges ou monstrueuses. On parlait surtout de certain crâne de dragon qui lui venait de l’enchanteur Merlin et qui lui était un talisman pour découvrir les trésors. Désireux de posséder ce crâne, le magicien Bibanilph Marmiki-Kasaka finit par décider, moyennant une grosse somme, le truand Pastaboth, homme hardi et aventureux, à tenter de ravir le précieux talisman.

Une nuit, alors qu’il savait le savant absorbé au plus haut de sa tour dans l’étude de la conjonction des astres, l’audacieux Pastaboth risqua une effrayante escalade et parvint ainsi à dérober le fameux crâne qu’il apporta au magicien.

Macaroni désespéré de la perte de son talisman, errait un jour dans la campagne quand il fut abordé par le gnôme Aloyaud’vau qui lui proposa, s’il voulait se montrer généreux, de lui retrouver le crâne.

Mais Macaroni était avare, il refusa. D’ailleurs il espérait rentrer en possession de son talisman sans bourse délier, car le 15 de chaque mois il lui était permis d’évoquer Satanas et de lui demander une faveur. Le 15 venu, à minuit, il appela le diable et le conjura de lui révéler où se trouvait le crâne.

Celui-ci lui indiqua la demeure du magicien Bibanilph Marmiki-Kasaka.

Dare-dare, Macaroni enfourcha son cheval. Stimulé par une drogue du pouvoir merveilleux, le cheval franchit en moins d’une heure les quarante lieues qui séparaient la tour du savant du donjon du magicien.

Une lucarne avait été par mégarde laissée entr’ouverte au-dessus de la porte. Macaroni put y atteindre en se plaçant debout sur la selle. Il était vigoureux : il s’enleva à la force des poignets et se glissa dans le donjon.

Mais le gnome veillait. Dès qu’il vit Macaroni dans la place, il fouetta vigoureusement le cheval qui détala et disparut bientôt dans la nuit. Tout heureux de la bonne revanche qu’il venait de prendre, le gnome Aloyaud’vau se blottit dans un buisson pour, de là, jouir à son aise de la déconvenue du savant.

Peu d’instants après, Macaroni, le crâne sous le bras, reparaissait à la lucarne. La nuit était si obscure qu’il ne pouvait s’apercevoir de la disparition de son cheval. Croyant retrouver la selle sous ses pieds, il se laissa aller dans le vide…

…et fit une belle chute ! Dans son émoi, il avait lâché le crâne qui s’était brisé sur le sol, et lui-même presqu’aussitôt venait s’asseoir sur les débris au grand dommage de son vêtement et de la chair qu’il couvrait.

Dans l’état de désarroi moral et de détérioration physique où il se trouvait, Macaroni ne mit pas moins de quinze jours à regagner sa demeure. Quand il fut rentré dans son laboratoire, il venait à peine de s’asseoir sur un bon cataplasme de diachylum qu’il vit soudain se dresser devant lui le gnôme Aloyaud’vau : « Que viens tu faire ici, méchant avorton ! s’écria-t-il d’une voix courroucée, prétends-tu me narguer ? — Point, dit l’autre d’un ton guoguenard, je viens seulement rappeler à vos méditations pour les longs jours de repos qui vont vous être imposés un petit proverbe que vous ne semblez pas connaître, c’est que : « quelle que soit la puissance dont on dispose, on a souvent besoin d’un plus petit que soi. »