Le Talisman du pharaon/13

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Librairie Beauchemin, Limitée (p. 71-73).


XIII

SAUVÉE


Dans le silence du désert, une détonation avait retenti.

Une haute dune de sable formant une énorme barrière, cachait l’autre partie de la plaine sablonneuse à un cavalier monté sur un splendide cheval de pure race arabe, d’un gris doux et aux longs crins noirs.

Inquiet, voulant savoir, le cavalier, un beau jeune homme de vingt-cinq ans, portant avec aisance le superbe costume des Pachas Égyptiens, monta à vive allure au sommet de la dune.

Son regard tomba sur la jeune fille et sur son poursuivant. Sans hésiter, il dévala la colline, se dirigeant vers Ahmed qui, à sa vue, fit demi-tour et détala, peu soucieux d’expliquer sa conduite.

Le cavalier, abandonnant le traître, s’approcha de la jeune fille.

Le teint animé par la course et l’émotion, les lèvres écarlates, les yeux brillants, noyée dans le flot d’or de ses cheveux dénoués, Yvaine était si belle que le jeune homme ne put s’empêcher de la regarder avec admiration…

Quand les doux yeux bleus d’Yvaine se portèrent vers son sauveur, qu’elle remarqua son visage régulier, au teint doré, aux longs yeux noirs, sa bouche garnie de dents magnifiques, blanches et régulières, elle n’eut qu’une pensée : pensée d’amour, de regret et d’espoir :

— Oh ! Sélim ! dit-elle dans son cœur.

Pour l’aider à se relever, le jeune homme lui tendit la main, et Yvaine remarqua cette main fine et soignée, nerveuse et forte, main d’aristocrate ou d’artiste.

Il s’approcha ensuite du cheval abattu, dont il frotta les naseaux d’un peu d’eau-de-vie et qu’il remit sur pied.

Dans un anglais nuancé d’un doux accent oriental, le jeune Égyptien dit alors :

— Me permettrez-vous, Miss, de vous escorter jusqu’à votre camp ?

— Je vous en serai reconnaissante, répondit Yvaine dans la même langue, car le camp de M. de Kervaleck, mon père, doit être très éloigné d’ici… Je me suis égarée…

Un cri, venu du plus profond de son âme monta aux lèvres du jeune Pacha :

— Yvaine ! s’écria-t-il.

La jeune fille avait compris. Tant de joie inonda son cœur, qu’elle pensa qu’il allait se rompre…

— Oh ! Sélim !… murmura-t-elle, si émue que sa voix tremblait.

— Que je suis heureux, murmura ardemment l’Égyptien, quittant pour le beau parler de France la langue d’Albion, que je suis heureux de vous revoir !…

Comme il est vrai, le vieil adage qui dit que l’amour appelle l’amour, et qu’à la jeunesse il faut la jeunesse.

Yvaine qui venait de courir un danger effroyable se sentit si rassurée par la présence du jeune Pacha que bientôt Ahmed fut loin de sa pensée.

Tout au bonheur de leur réunion, sans songer à briser le charme de cette rencontre providentielle, ils passèrent de douces heures à dévider, dans une mutuelle confiance, l’écheveau d’or de leurs beaux rêves !