Le Tombeau de Jean de La Fontaine/9

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le Tombeau de Jean de La FontaineMercure de France (p. 41-43).

LE RENARD


Francis Jammes, un jour, à l’école primaire,
Faisait passer des examens.
Que le dernier enfant il n’en savait plus guère.
Mais il est utile aux humains
Que l’un d’entre eux parfois sur les autres se pose
Sans qu’aucune vertu ni science en soit cause.
C’était le cas. Francis n’avait rien qui le pût
Désigner pour trancher les lois de la grammaire :
Aux pions il les laisse, il prend la primevère.


Il ne demanda rien qui n’eût un autre but
Que de voir la nature au travers de ta fable.
Or donc les tout petits sur la petite table
S’étaient penchés patiemment
Afin de décider si le renard vraiment
À l’égard du corbeau s’était montré coupable
En exploitant sa vanité
Jusqu’à ce point qu’il eut son fromage emporté.

Toute écolière avait, au nom de la morale,
Flétri ma race et dit qu’un aussi grand auteur
N’avait pu que blâmer cet impudent menteur,
Le renard, qui toujours fut sujet à scandale.
Or, les filles ayant conclu, tous les garçons
Se crurent obligés d’épouser leurs leçons,
Sauf l’un, qu’on me dit être aussi simple qu’un âne.
Je vois encor, telle une pomme paysanne,
Sa joue au teint rosé mais qui n’a point de fard.


Il répondit ainsi : « Je crois que le renard
Eut raison de voler au corbeau son fromage,
Car il l’alla manger, bien content, au garage. »
Cet enfant seul eut-il raison de me venger ?
N’était-ce ta façon, ô maître, de juger ?