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Le Trésor de Mr. Toupie/08

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Librairie Hachette (p. 42-53).

CONCURRENTS OU MYSTIFICATEURS



Charles et Arthur, ce dernier encore très vexé d’avoir été dépouillé de son argent par les pickpockets, quittèrent Rennes le lendemain de la mésaventure. Charles voulait se rendre directement à Dol, mais son ami s’attristait de ne pas connaître Saint-Malo ; il fut décidé qu’on pousserait jusqu’à cette vieille ville et qu’on s’y installerait. De là, les voyageurs se rendraient à Dol à bicyclette. Arthur ne quittait plus Charles, et quand celui-ci lui donna un peu d’argent pris sur la caisse du voyage, il ne l’accepta qu’en jurant qu’il n’y toucherait pas.

« Ce n’est pas nécessaire, ajouta-t-il, puisque je m’attache à tes basques. »

Charles avait souri. Combien de fois avait-il entendu de ces belles promesses ! Il avait envoyé une carte illustrée à son frère, mais n’y faisait pas allusion à l’équipée d’Arthur : elle n’avait pas eu de suites sérieuses et la raconter aurait plongé leurs parents dans une légitime inquiétude. À quoi bon, puisque Arthur était sain et sauf ?

Le train longea le canal d’Ille-et-Rance, ombragé de peupliers et de saules. Au loin s’étendaient des champs de bruyères roses parsemés, çà et là, de rochers gris. Les deux garçons se tenaient à la portière du wagon, parlant peu, ne voulant rien perdre du paysage. Un peu avant Saint-Malo, Charles tira un calepin sur lequel il écrivait son « journal », ses dépenses, et qui contenait, en première page, les conditions du concours ; rapidement il y inscrivit chiffres et notes.

« Voilà Saint-Malo ! annonça Arthur. Regarde, c’est beau ! »

Il n’y avait pas un souffle d’air sur la mer. Elle était d’huile, comme disent les marins ; doucement elle venait couvrir et découvrir les rochers de la baie.

Charles se rendit immédiatement à l’hôtel de Paris pour s’y installer avec son ami. Puis, avant le dîner, ils allèrent faire un tour en ville. Arthur s’amusa de l’anecdote que lui conta Charles pendant leur promenade sur le port.

Il fut un temps très ancien où le port de Saint-Malo était confié à la garde de dogues redoutables, descendant, disait-on, des chiens de guerre des Gaulois. Ils furent supprimés en 1770 pour avoir mordu les mollets d’un gentilhomme. Alors un auteur de l’époque fit cette chanson que l’on connaît encore :


Bon voyage, cher du Mollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage.

Bon voyage, cher du Mollet,
Et revenez si ce pays vous plaît…


Le soir, pendant que les deux chercheurs de trésor dînaient dans la salle à manger de l’hôtel, Charles eut tout à coup un sursaut : dans le monsieur et les deux jeunes gens qui venaient de s’asseoir à la table voisine de la leur, il avait reconnu le groupe déjà rencontré à Rennes et qu’il supposait être un précepteur voyageant avec ses élèves. Ils étaient bruyants et ne cessaient de parler.

« Oui, disait l’un des jeunes gens. Il faut être à Dol à cinq heures du matin. Il n’y à pas un instant à perdre.

— À cinq heures ! À cinq heures ! répondit l’autre ; alors il faudra se lever à trois heures !

— Non, dit celui que Charles qualifiait de « précepteur », partons ce soir… Nous coucherons à Dol… sans cela nous risquons fort d’être devancés.

— Moi, je reste ici… je suis fatigué…

— Si tu es fatigué pour si peu !… »

Charles allongea dessous la table un coup de pied à Arthur.

« Il y a moyen de tout arranger, continua le précepteur : que Doudou reste ici dans son lit, tandis que nous irons à Dol.

— Mais je ne veux pas rester seul ici, s’écria celui qui répondait au nom de Doudou.

— Oh ! là ! là ! Quel emplâtre ! Quel empoté ! » s’écrièrent ses compagnons d’un air mécontent.

Arthur souffla tout bas à Charles :

« Seraient-ce des concurrents ? En tout cas ils n’ont pas l’air bien élevés. »

Charles ne répondit rien ; il écoutait.

Mais leurs voisins continuèrent leur repas sans prononcer un mot et les deux amis n’entendirent pas ce qu’ils décidèrent pour leur expédition. Dès qu’ils eurent achevé de dîner, Arthur supplia Charles de partir à l’instant même pour Dol.

« Je parie que ce sont des concurrents… Tu vois, ils vont arriver avant nous, et s’ils allaient mettre la main sur le trésor !… Oh ! je t’en prie, Charles, partons. Il n’y a que vingt-trois kilomètres de Saint-Malo à Dol, nous pouvons les franchir rapidement. Il est huit heures et demie : avant dix heures nous serons à Dol et nous…

— Nous ne verrons rien du tout… Eux non plus, du reste, s’ils y vont. Cette idée est absurde.

— Pas du tout. Nous allons ce soir à Dol. Nous y couchons et, demain, à l’aube, bien avant nos concurrents, nous saurons si oui ou non le trésor est dans ces parages. »

Ces considérations finirent par ébranler Charles. Après tout, Arthur avait raison, il fallait arriver les premiers au Mont Dol et le seul moyen était de partir sur-le-champ.

« Eh bien, oui… c’est peut-être mieux… Filons dès ce soir. Mais n’éveille pas l’attention. Nous laissons nos bagages ici. Je vais dire au bureau de l’hôtel que nous partons pour une excursion et prier qu’on nous les garde. Nous prenons seulement nos bicyclettes.

— Entendu. Dépêchons-nous… Allons un peu nous promener près de la mer, » ajouta Arthur à haute voix, pour dépister tout soupçon.

Charles et Arthur prirent leurs bicyclettes dans le garage de l’hôtel, et sautèrent sur leurs machines. Charles avait une carte de la région et son Guide Bleu dans sa poche ; il trouva immédiatement la route qui conduit à Dol et il s’y engagea résolument.

« Pédalons ferme », cria-t-il à Arthur.

Tous les deux trouvaient fort drôle cette sorte de fuite.

Il faisait encore jour, mais les nuages au loin, sur l’horizon, donnaient une teinte sombre à la mer dont Les vagues venaient mourir sur le rivage avec un bruit sourd. Nos deux voyageurs quittèrent bientôt les bords de la mer pour pénétrer dans le pays.

Arthur, contre son habitude, restait silencieux. Il ne songeait qu’à augmenter sa vitesse, car la nuit allait bientôt venir. Charles, que cette course excitait, se mit au contraire à causer.

« Nous allons passer à La Gouesnière, près du château de Bonaban qui date du xviiie siècle. »

Mais Arthur, qui pédalait avec rage, fit à peine attention à ce que lui disait son ami.


les convives d’une table voisine attirèrent l’attention
de charles.

Le ciel s’assombrissait peu à peu. Au loin, quelques mouettes sillonnaient le ciel, comme pour s’enivrer d’espace avant de se reposer dans les creux de rocher, pendant la nuit. Parfois un cri subit d’oiseau, appel éperdu d’une mère ralliant ses petits, s’échappait d’un arbre solitaire, que nos coureurs dépassaient rapidement. La route était déserte ; on aurait dit que bêtes et gens s’endormaient sur la terre entière. À La Gouesnière, quelques paysans se tenaient encore sur le devant de leurs portes, mais ils ne firent pas attention aux deux bicyclistes qui reprirent toute leur vitesse dès qu’ils furent en plein champ. Le pays devenait plus triste ; une vaste plaine à moitié cultivée, à moitié marécageuse, s’étendait à perte de vue : des ajoncs, des bruyères et des rochers, voilà tout ce que l’on apercevait autour de soi.

« Il faudrait allumer nos lanternes, dit Charles, tout à coup.

— Oui, car si nous rencontrions des gendarmes, nous aurions des contreventions. »

Charles ralentit peu à peu : Arthur l’imita.

« Tu as des allumettes ? demanda-t-il vivement.

— Oui.

— Oh ! que tu es étonnant ! » s’écria Arthur, plein d’admiration pour un camarade qui avait pensé aux lanternes et aux allumettes !


CHARLES ET ARTHUR ÉVITÈRENT UNE VOITURE
LANCÉE À FOND DE TRAIN.

Puis, ils reprirent leur course. Ils ne pouvaient plus aller aussi vite, car la nuit était complète maintenant. Charles en lui-même commençait à regretter son équipée.

Ils traversèrent Lillemer. Tout à coup, dans le silence de la nuit, ils entendirent le bruit très lointain d’un grelot. De temps à autre, quand le vent, très faible du reste, soufflait, il résonnait, puis cessait.

« Qu’est-ce que ce bruit ? demanda Arthur.

— Oui… un son de grelot ; la route fait des courbes, c’est pourquoi il ne nous parvient qu’irrégulièrement.

— Écoute : on dirait le roulement d’une carriole.

— Oui… les pas d’un cheval…

— Le bruit se rapproche.

— C’est une voiture de paysan, dit Charles ; fais attention, garde bien la droite… La nuit, quelquefois, les chevaux ont peur et font des écarts… »

La voiture arrivait au grand trot, et bientôt le son des grelots s’entendit très distinctement. Le cheval ne marchait pas droit. Son allure était saccadée tantôt il paraissait aller sur la droite, tantôt sur la gauche. On aurait dit qu’un homme ivre le conduisait.

« Arthur, descendons et restons près de cette borne… il ne s’agit pas d’être accrochés par ces paysans.

— Si nous allions plus vite qu’eux ? proposa Arthur.

— Non, inutile, tu vois bien que ce cheval est au grand trot. »

À peine Charles et Arthur s’étaient-ils garés sur le bord du chemin qu’une carriole passa comme une flèche devant eux. Arthur poussa une exclamation étouffée. À la lueur des deux lanternes qui projetaient une vive lumière, il avait reconnu, dans la voiture, leurs voisins de table de l’hôtel de Saint-Malo !

C’était le « précepteur » qui conduisait. Si l’on peut appeler conduire, diriger un cheval de droite à gauche sur une route.

« Eh ! s’écria Arthur, hardi ! mon vieux. Il s’agit de rattraper ces concurrents, ou au moins de les suivre à peu de distance : il ne faut pas qu’ils visitent le pays avant nous.

— Mon cher, nous avons toute la nuit pour arriver. D’ailleurs, s’ils ne tombent pas dans un fossé ou s’ils n’accrochent pas une borne avant d’atteindre le but de leur voyage, cela m’étonnerait. »

Le bruit de la voiture s’affaiblissait peu à peu et bientôt on n’entendit plus le son des grelots qu’à intervalles.

« Ça va vite, une carriole, même mal conduite ! s’écria Arthur. Nous aurions dû louer une automobile. Nous serions déjà au Mont Dol. »

Des minutes passèrent. Puis, soudain, on entendit une galopade et Charles et Arthur n’eurent que le temps de sauter à bas de leurs machines et de se jeter dans le fossé pour éviter le cheval de la carriole qui s’était emporté et, à toute allure, reprenait le chemin de son écurie, traînant après lui un des brancards de le voiture.

Arthur se mit à rire :

« Il retourne au pays,… il en a assez.

— Mais les autres… les voyageurs, que sont-ils devenus ? Peut-être sont-ils tués… blessés au moins ? s’écria Charles avec effroi.

— C’est vrai ! Allons à leur recherche… Mais je ne pensais pas à eux en voyant ce drôle de cheval qui sait si bien son chemin. »

Ils recommencèrent à pédaler. Charles ne riait pas. Il regarda avec attention si les voyageurs se trouvaient sur la route, la nuit étant très sombre.

« Ohé ! Ohé ! entendirent-ils soudain. Ohé ! Ohé ! »

— Voilà ! Voilà ! Êtes-vous blessés ?

— Non… oui… à moitié. »

La voix était encore lointaine. Charles et Arthur pédalèrent avec énergie jusqu’à ce que leur lanterne éclairât tout à coup un homme qui agitait les bras.

Charles s’arrêta.

« Êtes-vous blessé ? Nous avons vu votre cheval…

— Oui, la vilaine bête ! s’écria le « précepteur », il a accroché la borne. mes élèves sont là : l’un a une jambe cassée, je crois, quant à l’autre…

— Il est évanoui, s’écria Arthur qui, à l’aide de sa lampe électrique, avait déjà examiné le lieu de l’accident.

— Mort ? dit avec effroi le précepteur.

— Mais non… mais non… »

Charles dirigea sa lampe sur le visage du jeune garçon qui gisait à terre, tandis que le « précepteur » saisissait sa main et se penchait pour voir s’il respirait encore. Il se redressa.

« Il n’est qu’évanoui… Comment faire ?

— Nous allons vous aider ! » dit Charles tout en regardant les voyageurs attentivement.

Le précepteur — ou du moins celui auquel il donnait ce titre — n’avait pas une figure sympathique. Il était brun, coiffé les cheveux en arrière, avec des traits réguliers, mais ses yeux se dérobaient lorsqu’on s’adressait à lui.

Il paraissait âgé d’environ trente-cinq ans ; les jeunes garçons qu’il accompagnait n’avaient pas plus de douze à treize ans. Celui dont la jambe, au dire du précepteur, était cassée, et qui était assis par terre, poussait des cris douloureux.

« Satané cheval ! Fichu pays ! murmurait le précepteur… Que faire dans cette nuit noire ?… Impossible d’aller chercher du secours… Maudite situation !

— Calmez-vous, nous allons nous rendre à Dol et vous envoyer une voiture, dit Arthur. Pour nous, à bicyclette, ce n’est rien. N’est-ce pas, Charles ?

— Mais oui, répondit Charles.

— Je vous suis très reconnaissant… Je voyage avec deux enfants qu’on m’a confiés, commença le précepteur. Je suis répétiteur dans un lycée de Paris, et, pendant les grandes vacances, j’accompagne d’habitude des jeunes gens qui voyagent pour leur instruction. Comme je voulais visiter le Mont Dol dès le lever du soleil, mes élèves et moi, nous avons eu l’idée de louer cette voiture et ce cheval, car je sais conduire… »

Arthur sourit : « oui, mal conduire ! » pensa-t-il en lui-même.


le cheval fuyait, traînant un brancard.

« Mais ce cheval a dû manger trop d’avoine cet après-midi ; dès notre sortie de Saint-Malo, il est parti à une allure folle. Impossible de le tenir. Là, il s’est accroché à cette borne, en voulant tourner trop court ; les brancards se sont détachés, les lanternes se sont éteintes… Voilà comment nous sommes à demi morts sur cette route tandis que le cheval — satanée bête ! — retourne tranquillement à son écurie… Pardon… j’oubliais de vous dire que je m’appelle Procope ; mes élèves, Sauvageon. »

Ces paroles étaient dites pendant qu’il s’occupait de soigner ses élèves.


les deux amis prirent la route de dol.

Procope ! Quel drôle de nom ! Et puis, quelles singulières explications ! Ces voyageurs ne plaisaient pas du tout à Charles, et s’il ne se fût pas agi de deux blessés, il serait parti au plus vite.

En tout cas, il ne laisserait pas Arthur seul avec eux !

« Écoutez, dit nettement Charles en coupant court au verbiage de M. Procope, mon camarade et moi nous allons courir jusqu’à Dol… Y connaissez-vous un hôtel ?

— Oui… non… oui, répondit Procope en hésitant.

— Oui ou non ? demanda Charles nettement.

— Non…

— Bon, alors je verrai… Je vous envoie du secours… Tenez, prenez ma lanterne électrique, vous allumerez lorsque vous entendrez le roulement d’une voiture, de façon qu’on vous voie. Entendu, n’est-ce pas ?

— Mais je… » commença Arthur qui fut brusquement interrompu par Charles : celui-ci saisit sa bicyclette et lui serra le bras.

Arthur se tut, un peu étonné.

« Alors, reprit Charles, nous vous laissons et j’espère que d’ici une heure vous serez tirés de cette situation fâcheuse. »

Charles remit à Procope sa lampe électrique, remonta sur sa bicyclette, Arthur sauta sur la sienne et ils s’éloignèrent rapidement.

« Pourquoi ne voulais-tu pas me laisser auprès d’eux ? demanda Arthur lorsqu’ils furent à une cinquantaine de mètres des voyageurs.

— Parce qu’ils ont l’air bizarre. Ce n’est pas en pleine nuit, en rase campagne, qu’on reste seul avec de pareils « types ». Va, je regrette joliment notre équipée.

— Eh bien ! moi, je pense qu’elle est pleine d’imprévus et que nous ne risquons pas grand’chose. Nous serons dans un quart d’heure à Dol. »

Ils passèrent près du menhir du Champ-Dolent, distinguèrent vaguement sa haute silhouette se profilant sur le ciel. Charles poussa un soupir de satisfaction quand il aperçut dans le lointain quelques lumières.

Il était de plus en plus mécontent d’avoir cédé à Arthur et de s’être ainsi aventuré avec lui en pleine campagne à une heure aussi tardive.

Ils pédalèrent encore un bon moment avant d’atteindre la ville. Ils ne parlaient ni l’un, ni l’autre, absorbés qu’ils étaient dans leurs pensées. Arthur, lui, ne se faisait pas de bile. Qu’importait cette rencontre puisque rien de fâcheux ne leur était arrivé ? Seul le front de Charles ne se déridait pas !

En entrant dans Dol, ils prirent immédiatement la Grande-Rue qui conduit à la cathédrale, et le long de laquelle se trouvaient plusieurs vieilles maisons à toits pointus.

Sur leurs façades déjetées les poutres de chêne s’entre-croisaient dans la pierre ; leur premier étage, construit en avancée, était soutenu par des piliers, ronds ou carrés, surmontés de chapiteaux sculptés.

Entre ces piliers s’ouvraient des porches à arcade romane ou ogivale ; là, le plus souvent, s’abritait une boutique, fermée à cette heure. Tout, dans la petite ville, sommeillait : dix heures sonnaient à la cathédrale.

Non loin de la place de l’Esplanade, Charles vit l’enseigne d’un hôtel : Au Menhir du Champ-Dolent : il se précipita et poussa la porte qui était entre-bâillée. Un portier, endormi sur une chaise, tressaillit à l’entrée des deux voyageurs.

« Nous voudrions une voiture… une auto… pour des voyageurs blessés : ils sont à quelques kilomètres d’ici… sur la route de Saint-Malo. »

Le portier, un Breton à la barbe à demi rasée, à la veste noire, au gilet de velours, regardait Charles et Arthur d’un air ahuri.

« Comprenez donc, répéta avec quelque impatience Arthur. Il est arrivé un accident à trois voyageurs. Le cheval s’est emporté !… Il a filé, un des voyageurs a la jambe cassée, l’autre…

— Je comprends bien… mais il n’y a pas de voiture à c’te heure-ci.

— Comment ? Réveillez le patron de l’hôtel… Allons, dépêchez-vous ! »

Charles avait élevé la voix : il n’était pas content — Arthur non plus, — devant tant de placidité.

À ce moment descendait l’escalier, celui qui était évidemment le patron de l’hôtel. Il était en pantoufles, les cheveux ébouriffés, le gilet à moitié boutonné, la cravate défaite.

« Qu’y a-t-il ? Qu’y a-t-il ? »

Charles recommença son explication. Lorsqu’il eut fini, l’hôtelier se gratta la tête, fort embarrassé.

« Mais… et où… et qui ?… »

Charles comprit sa pensée.

« Nous sommes de Paris, voici nos noms et l’adresse de nos parents. (Il montra sa carte d’identité et celle d’Arthur.) Ces voyageurs qui sont blessés, nous ne les connaissons pas, mais nous les avons rencontrés tandis que nous suivions la route pour venir à Dol. Ils se trouvent au delà du menhir du Champ-Dolent. Je vais payer d’avance la voiture. Donnez-nous une chambre pour mon camarade et moi… »


charles poussa une exclamation de surprise.

L’hôtelier, voyant qu’il ne perdrait rien, puisqu’il touchait d’avance le prix de la course, se décida à agir. Il appela un garçon et lui dit d’atteler une sorte de victoria qui servait à promener les voyageurs que l’automobile fatiguait ; puis il lui expliqua longuement ce qu’il avait à faire.

« Je vais aller avec lui : comme cela il n’y aura pas d’erreur, déclara Charles.

— Moi aussi ! s’écria Arthur.

— Non, mon vieux, il n’y aurait pas de place dans la voiture. Reste ici avec les bicyclettes. Du reste, nous serons de retour dans une heure au plus… Y a-t-il un médecin dans les environs ? » continua Charles en s’adressant à l’hôtelier.

— Oui, il y en a un dans la maison voisine. Quand vous serez revenus, on ira le prévenir. »


« où suis-je ? » demanda charles en se
réveillant.

La voiture, conduite par le garçon de l’hôtel qui avait mis sur ses épaules une grande pèlerine et sur sa tête une casquette de livrée s’avança devant la porte. Charles monta sur le siège avec lui, pour lui indiquer, non pas le chemin, mais l’endroit où attendaient les blessés.

Il donna un pourboire au cocher. Celui-ci, enchanté, fouetta son cheval et la voiture s’engagea sur la route de Saint-Malo. Tout en conduisant, le garçon fit la conversation avec Charles qui apprit que le pays, depuis une quinzaine de jours, était très visité par de jeunes garçons qui allaient et venaient dans toutes les directions, aux environs de Dol.

« Il en vient plus que les autres années ?

— Eh oui ! on ne sait pas pourquoi.

— Parce que le pays est beau, dit Charles qui ne voulait pas parler du concours de M. Toupie.

— Eh oui ! il est beau. Mais il y fait joliment sombre ce soir… »

Charles avait demandé une lanterne supplémentaire, de façon à en projeter la lumière à droite et à gauche sur la route.

Lorsque la voiture atteignit la borne précédant celle à laquelle s’était accrochée la carriole conduite par Procope, Charles fit mettre le cheval au pas. Puis il cria de temps en temps :

« M. Procope ! M. Procope ! »

Mais le plus profond silence régnait autour d’eux.

Ils continuèrent à avancer. La borne ! Voilà la borne ! Charles avait noté ce qui y était marqué : 3{{lié}km. 500 de Dol. Personne…

« M. Procope ! M. Procope !

— M. Pro… co… pe ! » cria d’une voix formidable le cocher.

Toujours le même silence.

« J’ai la berlue ! Il y en avait un d’évanoui… un autre avait la jambe cassée… Impossible qu’ils aient pu fuir ! »

La voiture s’arrêta. Charles descendit, le cocher aussi, mais il n’abandonna pas la bride de son cheval. Charles, sa lanterne à la main, parcourut la route, descendit dans les fossés. Sur l’herbe foulée, il ramassa un débris de la voiture, un morceau de cuir du harnachement et, un peu à l’écart, le fouet.

Plongé dans une sorte d’ahurissement, il ne prononçait pas un mot.

« Eh bien, en v’là une histoire ! s’écria le cocher… M’est avis que c’étaient des gens louches… peut-être qui fuyaient les gendarmes… M’est avis qu’on pourrait s’en retourner.

— Évidemment, il n’y a que cela à faire. »

Charles éleva encore sa lanterne pour voir plus loin. La bruyère tremblait légèrement sous la brise venue de la mer. Il remonta à côté du cocher qui ne semblait pas très rassuré et qui mit son cheval au grand trot pour s’éloigner au plus vite de cet endroit où s’était passé un événement si mystérieux. Lorsqu’ils aperçurent les lumières de Dol, sa figure perdit son expression d’épouvante et il demanda à Charles :

« Vous êtes sûr de les avoir vus, ces voyageurs ?

— Mais oui, s’écria Charles, mon camarade aussi. Croyez-vous donc que ce soient des revenants ?

— Chut ! Taisez-vous ! dit le Breton en se signant ; faut pas parler de ça près du Champ-Dolent.

— Pourquoi ? dit Charles, dont la mauvaise humeur se dissipa en entendant cette réflexion du Breton.

« Eh ! parce que… Bah ! c’est pas des choses à dire à c’te heure… Il est minuit… entendez-vous ?

— Oui. »

L’horloge de la cathédrale de Dol sonnait lorsque la voiture pénétra dans la Grande-Rue. La lune, à ce moment-là, se dégagea des nuages qui la cachaient. Et toute la vieille ville, avec ses vénérables et pittoresques maisons, apparut empreinte d’une beauté saisissante. Charles était muet devant ce spectacle.

Mais il s’agissait de rassurer le cocher.

« Tranquillisez-vous… Je ne sais pas à qui j’ai eu affaire… Ils nous ont trompés et ils ont emporté ma lampe électrique… ce qui n’est pas la coutume des revenants. »

Lorsque l’hôtelier entendit les roues de sa voiture résonner sur les pavés, il se précipita à la porte, suivi d’Arthur.

Charles mit pied à terre en s’écriant :

« Partis ! envolés ! disparus ! »

Et, en quelques mots, il raconta à l’hôtelier et à Arthur stupéfaits qu’il n’avait trouvé personne sur la route.

« Eh bien, savez-vous ? dit l’hôtelier après quelques instants de silence, c’est un concurrent qui a voulu vous dépister et qui veut visiter le pays avant vous.

— Ils n’ont pourtant pas imaginé cet accident ! » riposta Charles.

Puis, il fit la réflexion qu’en son absence Arthur avait été bien bavard avec le patron de l’hôtel et que celui-ci connaissait le but de leur voyage.

Mais il ne communiqua pas sa remarque à son ami ce soir-là. Ils se couchèrent, l’un et l’autre à bout de forces…

Le soleil était déjà haut à l’horizon lorsque Charles ouvrit les yeux. Il se dressa sur son lit, regarda Arthur qui était profondément endormi, se frotta les yeux et réfléchit un instant. Il lui fallut quelques minutes pour rassembler ses idées.

Quelle aventure que celle de la nuit ! Charles, tout en s’habillant, méditait sur les événements de la veille.

« Que signifie tout cela ? Qui est ce Procope ?… Sans compter que je n’avance pas dans mes recherches pour le concours, et que je me lève tard. Perte de temps… bavardages… Arthur a parlé… Il va raconter notre histoire à tout le monde… En réalité, je ne sais pas suivre mon plan. »

En cet instant, Arthur recevant le soleil en pleine figure, se réveilla. Il paraissait de fort bonne humeur et à était loin de se faire des reproches comme son ami.

« Quel beau temps ! s’écria-t-il. Dis donc… il est tard. Nous allons nous remuer un peu, n’est-ce pas ? D’abord, déjeunons ; après, courons au Mont Dol… Ensuite…

— Oui, mais, il faut que j’aille aux renseignements. Pendant que tu t’habilles, je descends… Je vais voir si l’on a des nouvelles de nos mystificateurs. Dépêche-toi et viens vite me rejoindre.

— Oui, mon vieux… je te suis. dans trois minutes. »

Charles descendit. Il trouva l’hôtelier au bas de l’escalier, tenant un journal à la main, l’air très préoccupé.

« Monsieur, voulez-vous venir me parler, dans mon bureau ?… »

Et comme Charles entrait dans une petite pièce communiquant avec la salle à manger, il lui tendit un journal de la localité, en lui indiquant du doigt un écho qu’il avait entouré d’un trait de crayon bleu.

Charles le lut immédiatement :

« UN MYSTÈRE. »

« Saint-Malo est victime actuellement d’une bande de mystificateurs. Seraient-ce des voleurs ? C’est ce que les habitants de la ville et des environs voudraient savoir. La police va-t-elle un peu s’émouvoir ? Hier, cette bande audacieuse a dévalisé un paisible promeneur sur les remparts, et pendant la nuit, M. L…, loueur de voitures, a vu un de ses chevaux revenir vers minuit, sans la voiture louée, un brancard encore attaché à ses flancs. Plus de voiture, plus de voyageurs. Dans un sac, laissé chez M. L… on a trouvé le portefeuille et le porte-monnaie intacts du promeneur de la jetée ! Si ce sont des farceurs, nous leur dirons nettement que la plaisanterie n’est pas de notre goût. »

« Eh bien ! s’écria Charles lorsqu’il eut terminé sa lecture, je pense que ce sont ces gens-là, ou tout au moins quelques-uns de la bande, que nous avons rencontrés cette nuit… Après tout, je n’en sais rien… C’est aux gendarmes à s’occuper de cette affaire.


les voyageurs se dirigèrent vers le mont dol.

— Oui, monsieur, répondit l’hôtelier avec empressement, je comprends… seulement, le cocher, Fiacre…

— Fiacre ?

— Oui, c’est un garçon des environs de Pontivy ; là, il y a beaucoup de gens appelés Fiacre ; c’est un saint, vous savez.

— Bon, je comprends… continuez :

— Alors, ce nigaud de Fiacre a jasé… Il a raconté aux voisins votre aventure… Il se pourrait que l’on vînt vous interroger.

— Mais cela m’est parfaitement indifférent… sauf que cela me contrarierait de perdre mon temps… À ce propos je vous demanderai de bien vouloir garder pour vous ce que mon camarade vous a dit hier pendant mon absence, sur le but de notre voyage. Je crois que je puis compter sur votre discrétion, n’est-ce pas, monsieur ?

— Monsieur, s’écria l’hôtelier avec quelque solennité, monsieur, vous pouvez compter sur moi. Ah ! vous n’êtes pas les premiers qui visitez notre ville dans cette intention !… Ah ! je pourrais vous en raconter !…

— Non ! Non ! Je préfère ne rien entendre, » s’écria Arthur, interrompant le patron de l’hôtel.

Charles, tranquille de ce côté, se rendit ensuite à la salle à manger où Arthur ne tarda pas à le rejoindre.

Le café au lait pris, il était trop tard pour entreprendre quoi que ce fût dans la matinée. Les deux garçons, dont l’appétit était d’ailleurs fortement aiguisé, décidèrent de déjeuner à onze heures et aussitôt après de se mettre en route pour le Mont Dol…

Bientôt les voyageurs aperçurent le Mont Dol, éminence granitique haute de soixante mètres, et le petit village qui est bâti à son sommet. Mais il fallait franchir une étape d’une dizaine de kilomètres avant de l’atteindre.

Les chercheurs de trésor se hâtaient. Ils quittèrent la route de Saint-Malo et s’engagèrent dans celle qui mène au Mont Dol.

Bientôt, ils abordèrent les pentes de la petite montagne isolée. Arrivés au sommet, ils poussèrent un cri d’admiration. Leur vue embrassait un splendide panorama.

Tout autour d’eux s’étendaient les marais de Dol, merveilleux de verdure.

Au loin, la mer brillait, embrasée par les rayons du soleil ; à travers les vapeurs de l’horizon, le mont Saint-Michel laissait voir sa pyramide finement découpée.

Plus près, Dol, autour des tours de sa cathédrale, pressait ses toits aigus. Plus près encore, le menhir du Champ-Dolent se dressait, énorme borne grise de granit, surmontée d’une croix, dominant de ses neuf mètres les arbres qui l’avoisinaient.

Sur le Mont Dol lui-même, s’élevaient une chapelle, deux moulins aux vastes ailes, ceux-ci auprès d’une fontaine dont les eaux, paraît-il, ne se tarissent pas, même par les plus grandes chaleurs.

Charles et Arthur jetaient des regards avides autour d’eux. Ils découvrirent le rocher sur lequel se remarque une excavation, empreinte, d’après les légendes du pays, soit du pied de saint Michel prenant son élan pour bondir du Mont Dol sur le mont qui porte son nom, soit du pied du Diable. Mais surtout leurs yeux se dirigèrent vers la tour qui supporte une statue de la Vierge.

Charles paraissait soucieux.

« Qu’as-tu donc ? s’écria Arthur un peu inquiet.

— Ne vois-tu pas que le trésor de M. Toupie ne peut se trouver ici ?

— Pourquoi ?

— Mais regarde la Vierge : elle n’est pas sur un rocher, elle est sur une tour !

— Oh ! c’est vrai !…

— Eh bien ! le programme du concours dit : « Une statue de la Vierge sur une roche. »

Arthur réfléchit quelques instants. Puis il s’écria joyeusement :

« Attends ! Attends. Mais la tour est sur un rocher.

— Sans doute, mais…

— Écoute, il ne faut pas nous décider ainsi à la légère.

— Comme tu es sérieux ! Arthur, tu m’étonnes.

— C’est que j’ai très envie que tu trouves le trésor.

— Tu es le meilleur ami du monde. »

Arthur se mit à rire. En lui-même, il se disait que Charles était bien le meilleur des deux : avec quelle indulgence il avait excusé ses gaffes et son bavardage !

Charles tira de son portefeuille le programme du concours, et les deux amis se mirent à examiner soigneusement l’endroit où ils se trouvaient et ses alentours, en se référant sans cesse au fameux programme.

Le temps passa ; ils ne s’apercevaient pas de sa fuite.

Tout à coup, cependant, ils remarquèrent que les ombres s’allongeaient singulièrement sur le sol. Le soleil allait se coucher ; il fallait songer au retour.

« Nous reviendrons demain afin de nous assurer que le trésor de M. Toupie ne peut être ici, » décida Arthur d’un ton sans réplique.

Et Charles et Arthur reprirent le chemin de Dol.

L’astre était sur le point de disparaître dans la mer, le ciel perdait de son éclat lorsqu’ils longèrent le menhir du Champ-Dolent, dont l’ombre gigantesque semblait vouloir écraser les deux jeunes voyageurs. De loin ils voyaient s’allumer une à une les lumières de la petite ville.

« Regarde, Charles, dit Arthur quand ils se retrouvèrent dans la Grande-Rue, regarde ces vieilles maisons à arcades, aux toits pointus. Et cette ancienne cathédrale !… N’est-ce pas tout ce que réclament les données du concours de M. Toupie ? Non ! Non ! nous ne pouvons en rester là de nos recherches.

— Oui, tu as raison, » déclara Charles qui pensait comme son ami.

Une surprise les attendait à l’hôtel. Dès qu’ils franchirent la porte, Fiacre, le garçon, se précipita au-devant d’eux en s’écriant :

« Messieurs, messieurs, il y a un paquet et une lettre pour vous. »

Et il leur tendit les deux objets. Comme Fiacre était assez curieux, il resta près des jeunes gens pour savoir ce que contenait l’un et l’autre. Il affectait de ranger des chaises contre le mur, mais il ne quittait pas des yeux Charles qui ouvrait la lettre.

Charles lut à haute voix :

« Messieurs,

« Excusez-nous de vous avoir faussé compagnie l’autre nuit. Mais une automobile charitable nous a recueillis. Je vous remets la lampe électrique, espérant que vous n’avez pas pensé que nous l’avions volée.

« Dans l’espoir de vous revoir un jour, nous vous envoyons nos sincères compliments.

« Procope et ses deux élèves. »

Il y eut quelques instants de silence, puis Charles s’écria :

« Ce n’est pas un voleur, mais c’est un drôle de personnage.


la fillette était perplexe.

— Un mystificateur ?.… interrompit Arthur.

— Non, un concurrent, murmura l’hôtelier qui s’était approché et avait écouté la lecture de la lettre.

— Nous devions aller à Saint-Malo pour cette affaire, mais est-ce bien nécessaire ? dit Charles.

— Oh ! messieurs, dit l’hôtelier, je vous conseille tout de même d’aller conter cette aventure au commissaire de police de Saint-Malo. Tout ça ne me dit rien qui vaille.

— Ça, pour sûr, » déclara Fiacre à son tour.

Les deux amis se rendirent donc à Saint-Malo par le chemin de fer. Durant le voyage ils n’avaient pas l’air content et tous deux se taisaient. Charles songeait que ce n’était décidément pas au Mont Dol qu’il fallait chercher le trésor de M. Toupie. Il déplorait d’ailleurs le temps dépensé dans ce voyage à Saint-Malo. Toutefois le déplacement ne serait pas inutile, puisqu’ils rapporteraient leurs bagages dont ils avaient le plus pressant besoin. Arthur, lui, songeait à toutes les aventures qu’ils avaient traversées depuis leur départ de Versailles. Il se creusait la tête pour deviner ce que pouvait être ce Procope. Était-ce un rival ?

Pourquoi avait-il filé de cette manière ? Enfin le mystère s’éclaircirait peut-être un jour ! Après avoir tourné et retourné toutes ces questions, il renonça à s’en occuper davantage. Ce n’était pas dans son caractère de se trop tourmenter.

Leur déposition faite au commissariat, Charles et Arthur revenaient le jour même à Dol avec leurs valises. Le lendemain, ils retournaient au Mont Dol. Ils parcoururent les marais dans tous les sens, remontèrent sur le Mont. Après avoir, d’en bas, scruté tous les environs, d’en haut, ils recommencèrent du regard leur examen. Certes, on apercevait des arbres et des rochers : en face de soi on n’avait que l’embarras du choix pour fixer son attention sur l’une des maisons à toits pointus et à arcades de Dol. Deux des conditions du concours étaient donc remplies. « En face d’une église ancienne de pur style »… La donnée était assez vague. Charles dirigeait ses yeux alternativement vers la cathédrale de Dol et la chapelle du Mont Dol.

Mais où étaient le lac, la rivière distante de trois kilomètres et le vieux château en ruines à cinq cents mètres ? Et puis, surtout, la statue de la Vierge ne reposait pas sur le rocher !

« Décidément, Arthur, le trésor n’est pas ici, il faut aller le chercher ailleurs.

— Oui… c’est certain ! »

Arthur jeta encore un coup d’œil tout autour de lui, puis il prit le bras de son ami, et tous deux, sans ajouter un mot, descendirent du Mont Dol.

Fiacre eut une figure consternée en apprenant que les jeunes voyageurs partiraient le lendemain. Il savait qu’ils cherchaient un trésor et il souhaitait qu’il fût caché dans le pays et découvert par Arthur.

« Où allons-nous maintenant ? demanda Arthur en se couchant.

— Dans les Hautes-Pyrénées, à Saint-Savin, près d’Argelès. Il y a là une chapelle de Pietat ou de Notre-Dame de la Pitié, d’où, dit le Guide Bleu, on a une vue magnifique… Oh ! tu sais, j’ai travaillé sérieusement les Guides Bleus… Peut être que là ?… »