Le Voyage dans la Lune/4

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Tresse (p. 133-162).

ACTE QUATRIÈME




SEIZIÈME TABLEAU


LE CLOS DES POMMIERS
Un clos de pommiers. — Tous les arbres sont chargés de fruits. — Plusieurs sont praticables et, au lever du rideau, de jeunes garçons (travestis) sont grimpés dans les branches et jettent des pommes dans les tabliers des jeunes filles placées au-dessous d’eux. — Des couples se promènent enlacés amoureusement et mordent à pleines dents dans les pommes.




Scène PREMIÈRE

FLAMMA, STELLA, ASPHODÈLE, etc.
INTRODUCTION

CHŒUR.

Allons ! que chaque fillette,
Ici tende son panier !
Achevons notre cueillette,
Dépouillons chaque pommier !

RONDE
I

ADJA.

Ces fruits si bons, ces fruits charmants
Qu’enfin nous pouvons connaître,
Mordons-y tous à pleines dents,
Et que l’amour règne en maître.


CHŒUR.

Mordons-y tous à pleines dents !


ADJA.

En avant, garçons et filles !
En avant, pas de façons !
Formons de joyeux quadrilles
Trémoussons-nous, chantons, dansons !


TOUTES.

En avant, garçons et filles,
Etc.

II

FLAMMA.

Aujourd’hui, nous savons charmer,
Désormais plus d’ignorance,
La femme est faite pour aimer,
Usons de notre puissance.


CHŒUR.

La femme est faite pour aimer !


FLAMMA.

En avant, garçons et filles !…
Etc…


FLAMMA.

Ah ! que c’est bon de croquer des pommes ! Il me semble que je n’étais née que pour ça…


STELLA.

Et moi aussi… j’en croquerais tout le temps !


ADJA.

Et moi donc !…


TOUTES.

Et moi ! et moi !…


FLAMMA.

Qui en veut encore ? j’en ai plein mon panier…


TOUTES.

Moi ! moi !

Elles entourent Flamma et puisent à pleines mains dans son panier. — Entrent Popotte et Fantasia.

POPOTTE, les regardant.

Allons ! ça marche ! ça ! marche !


FANTASIA.

Vous trouvez !… quand Caprice est en prison…


POPOTTE.

Oui, avec mon cher Microscope… mais ça ne fait rien, j’ai bon espoir.


FANTASIA.

Comment cela ?…


POPOTTE.

Innocente, qui n’a pas compris !… c’est pourtant bien simple… L’obus arrivé de la terre contenait encore des pommes en quantité… La curiosité des femmes a fait le reste… elles ont dévalisés l’obus et maintenant les pommes ont produit des pommiers, les pommiers ont produit des pommes et les pommes ont produit — ce que vous voyez…


FANTASIA.

Eh bien ?


POPOTTE.

Eh bien ! maintenant que nous avons les femmes pour nous, nous pouvons être tranquilles.


FANTASIA.

C’est vrai… quel bonheur !…


Scène II

Les Mêmes, COSMOS.

COSMOS.

Que vois-je !


POPOTTE.

Le roi !


TOUTES.

Le roi !


FANTASIA.

Papa !


COSMOS.

Que signifie tout cela ? Répondez, madame ! répondez, mesdemoiselles !…


FANTASIA.

Oh ! mon Dieu, c’est bien simple, ces demoiselles et nous…


POPOTTE.

Nous cueillons des pommes.


COSMOS.

Des pommes ! Et l’on chante !… et l’on s’embrasse !…


FLAMMA.

Dame ! c’est si gentil !


TOUTES.

Oh !


COSMOS.

Qu’est-ce qui a dit : c’est si gentil ?


FLAMMA, levant la main.

Moi !


ASPHODÈLE, même jeu.

Moi !


STELLA, même jeu.

Moi !


TOUTES, à tour de rôle.

Moi !…


FLAMMA.

Ne nous grondez pas…


ITA.

Mon bon Cosmos.


TOUTES, l’entourant.

Mon bon petit Cosmos !


COSMOS, les regardant avec envie.

Cristi ! sont-elles jolies…


POPOTTE, s’approchant doucement.

Mon ami…


COSMOS.

Son ami… ah !


POPOTTE.

Cela ne vous tente donc pas ?


COSMOS.

Oh ! si ! oh ! si !… Mais je lutte, madame, je lutte !… oh ! cela me coûte beaucoup, mais je suis roi avant d’être homme, et mon royaume est mis en danger par le fléau… À tout prix, je veux l’endiguer, et je l’endiguerai !…


FANTASIA.

Mais…


COSMOS, avec force.

Je l’endiguerai, mademoiselle !… Et, pour commencer, je vais faire un exemple… Les trois misérables qui sont cause de tout le mal vont être extraits de leur prison, et on va les juger à l’instant.


FANTASIA.

Les juger !


TOUTES.

Ah !


COSMOS.

Ici même, sous ces arbres, qui témoignent de leur crime.


FANTASIA.

Ah !


POPOTTE.

Mon Dieu !


UN HUISSIER, annonçant.

La cour !


COSMOS.

Les voici, on les amène.


Scène III

Les Mêmes, Des Gardes, UN HUISSIER, Les Juges,
puis VLAN, MICROSCOPE et CAPRICE.
Musique. — Les juges arrivent en dansant, précédés d’une fanfare joyeuse.

CHŒUR.

Voici le tribunal,
Il est joyeux, original,
D’humeur bouffonne,
Et folichonne,
Allons y donc gaiement
D’un petit jugement !

Pendant le chant, on a installé le tribunal. — Une table pour Cosmos et les juges. — Un banc pour les accusés et deux petites tables réservées à la défense et à l’accusation.

L’HUISSIER, annonçant.

Les accusés !

Des gardes amènent Vlan, Caprice et Microscope.

MICROSCOPE, à Vlan.

Vous entendez ?… les accusés… Ah ! je suis bien inquiet…


VLAN.

Pas moi… je te dis qu’il y a malentendu, et voilà tout… Il n’est pas possible qu’entre confrères… je vais dire deux mots à Cosmos, et…


CAPRICE, apercevant Fantasia.

Ah ! papa, elle est là !


FANTASIA, poussant un cri.

Caprice !


CAPRICE.

Fantasia !


POPOTTE.

Mon Microscope !

Toutes deux envoient des baisers.

MICROSCOPE.

Oh ! merci !


COSMOS, furieux.

Huissier, faites faire silence.


L’HUISSIER, avec une petite voix.

Silence !


COSMOS.

Asseyez-vous !


CAPRICE.

Tout va s’arranger… parle papa.


VLAN.

J’ai deux mots à dire à mon collègue… (Se levant et se dirigeant vers lui.) Mon cher Cosmos…


COSMOS.

Parlez-moi de votre banc.


VLAN, retournant à sa place.

Ah !… de mon banc, humiliation ! (Il s’assied.) Mon cher Cosmos… j’ai une proposition à vous faire…


MICROSCOPE.

Avantageuse pour tout le monde.


CAPRICE.

Vous allez voir que tout peut s’arranger.


COSMOS.

Parlez…


VLAN.

Après tout, que s’est-il passé ?


CAPRICE.

Rien du tout.


MICROSCOPE.

Absolument rien.


FANTASIA et POPOTTE.

C’est vrai !


COSMOS.

Taisez-vous, ma fille ! (À Vlan.) Ah ! vous trouvez ça, vous ?


VLAN.

Il a fait son devoir de jeune homme.


CAPRICE.

Rien de plus.


VLAN.

Mais il est prêt à en subir les conséquences, et j’ai l’honneur de vous demander la main de votre fille pour mon fils.


FANTASIA.

Ah !


CAPRICE.

Bravo, papa.


LES FEMMES.

Bravo ! bravo !


COSMOS.

Allez vous asseoir.


VLAN, à Caprice et Microscope.

Je vous l’avais bien dit, l’affaire est arrangée, il accepte.


COSMOS.

Je ne répondrai même pas à une proposition dont messieurs les juges ont sans doute déjà apprécié la haute inconvenance…

Les juges éclatent de rire.

VLAN.

Hein ! voyons, mon cher collègue…


COSMOS.

Taisez-vous et commençons.


VLAN.

Ah ça ! on va donc vraiment nous juger ?… sous des pommiers ?


CAPRICE.

Et au milieu de toutes ces petites femmes.


VLAN.

Ce n’est pas sérieux !… ce n’est pas sérieux !


COSMOS.

Vous allez voir !… Commençons !…


CAPRICE.

Un instant ! on ne peut pas nous juger, nous n’avons pas d’avocat.


COSMOS.

Rassurez-vous, vous en aurez un.


VLAN.

Oh ! mais, nous ne voulons pas du premier venu.


COSMOS.

Ne craignez rien. On vous donnera le meilleur… Il n’y en a qu’un. Ainsi…


VLAN.

Comment ! Il n’y a qu’un avocat dans la lune !


MICROSCOPE et CAPRICE.

Allons donc !


COSMOS.

Ah ça ! est-ce que vous croyez qu’on va laisser les avocats pulluler ici ?… ce serait trop dangereux… Et si même on pouvait ne pas en avoir du tout…


CAPRICE.

Ça, c’est assez juste…


VLAN.

Mais a-t-il du talent, au moins, votre avocat ?


COSMOS.

Un talent énorme. Il est d’une éloquence… du reste, vous le connaissez, c’est…


L’HUISSIER, annonçant.

Monsieur l’avocat !


COSMOS.

Ah ! le voici ! (Entre Cactus.)


VLAN.

Comment ! Lui ?


CAPRICE.
Cactus !

Scène IV

Les Mêmes, CACTUS.

CACTUS, en robe d’avocat portant une serviette bourrée de papiers. — Il est très essoufflé.

Pardon ! je suis un peu en retard…


VLAN, stupéfait.

Lui avocat !


CAPRICE.

Un homme qui ne parle jamais !


COSMOS.

Oui, dans la vie privée.


CACTUS.

Je me ménage.


CAPRICE.

Voyez-vous ça !


VLAN.

Comme il cachait son jeu ! Eh bien, nous allons vous expliquer notre cause en deux mots…


CACTUS.

Inutile… je n’étudie jamais mes affaires.


CAPRICE.

À la bonne heure, il est franc, il l’avoue, lui !…


COSMOS.

Maintenant, nous pouvons commencer. (À Cactus.) La parole est à la défense.

Cactus se lève et se dirige majestueusement vers le banc de la défense. L’huissier a placé sur sa table un énorme sablier. — Rumeurs flatteuses dans la foule.

VLAN, à Cactus.

Dites donc, soyez éloquent…


CACTUS, avec un sourire.

N’ayez pas peur… (Mouvement d’attention prolongé, avec la plus grande volubilité.) Messieurs, la rapidité, la spontanéité, et la volubilité de ma parole alerte et vertigineuse suffiront à peine pour énoncer dans tous ses points, creuser, scruter, disséquer les phases extraordinairement multiples et ondoyantes de cette cause qui vous passionne, vous remue, vous excite et vous émeut ! (Bravos dans la foule. Il s’essuie le front et reprend.) Au moment d’aborder un pareil sujet, je l’avouerai moi-même, messieurs, je suis ému, bien ému…

Mouvement dans l’auditoire.

MICROSCOPE.

C’est magnifique !


CAPRICE.

Quel talent ! Il n’en a jamais tant dit.


VLAN, allant lui serrer la main.

Grand orateur, merci !


CACTUS, reprenant.

Oui, je suis bien ému, car j’en ai la conviction intime, mes clients ne sont pas coupables, et je le prouve.


VLAN.

Ah ! Il le prouve… écoutez ceci.


COSMOS.

C’est assez !


VLAN.

Comment c’est assez ?


CACTUS, continuant.

Je le prouve.


COSMOS, à Cactus.

Je vous dis que c’est assez… regardez donc votre sablier, vous avez fini votre temps.


CACTUS, regardant le sablier.

Ah ! pardon… c’est juste… plus de sable, je m’arrête… (Il quitte sa place.) La loi est formelle…


VLAN.

Comment, comment… c’est une mauvaise plaisanterie, votre sablier.


MICROSCOPE.

Une très mauvaise plaisanterie.


COSMOS.

Maintenant la parole est à l’accusation.

À ce moment, Cactus change de place et se dirige du côté opposé.

CACTUS.

Messieurs…


VLAN.

Hein ! permettez !


MICROSCOPE.

Il y a erreur.


CAPRICE.

Monsieur est notre avocat.


COSMOS.

Eh bien ?


CAPRICE.

Eh bien, il vient de nous défendre, il ne peut pas nous accuser…


COSMOS.

Au contraire… il n’a qu’à retourner son plaidoyer… (À Cactus.) Vous pouvez commencer.


CACTUS.

Messieurs, ce que vient de dire mon honorable contradicteur est absolument faux, et je le prouve…


TOUS TROIS.

Hein ?…


CACTUS, s’animant.

Les trois misérables que vous voyez devant vous ont mérité les supplices les plus affreux, et c’est avec confiance, messieurs les juges, que j’appelle sur eux toute votre impartiale sévérité…

Murmure d’admiration parmi les juges.

MICROSCOPE, se levant.

Non ! je ne permettrai pas ça ! C’est monstrueux !


CAPRICE.

On ne se conduit pas comme ça !


VLAN.

Je ne reviendrai plus me faire juger dans la lune !…


COSMOS.

Ah ! vous n’êtes pas contents ! Eh bien ! soit, je clos les débats, et je prononce le jugement moi-même.


MICROSCOPE.

Comment ! sans délibération !


COSMOS, dépliant un papier.

C’est inutile, il était fait d’avance… (Lisant.) Attendu que… etc, etc. La peine de mort n’existant pas dans la lune…


CAPRICE.

C’est toujours ça…


COSMOS, continuant.

« Les nommés Vlan, Caprice et Microscope ne sont condamnés qu’à passer cinq ans dans l’intérieur d’un volcan éteint. »


MICROSCOPE.

Fichtre !


VLAN.

C’est raide !


MICROSCOPE.

Enfin, heureusement qu’il est éteint.


COSMOS, continuant.

« Où ils seront absolument privés de toute espèce de nourriture. »


CAPRICE.

Comment, privés de nourriture !


VLAN.

Et vous dites que la peine de mort n’existe pas ?


COSMOS.

Oui… Mais c’est un biais.


FANTASIA, à part.

Oh ! Caprice, je ne t’abandonnerai pas !


POPOTTE, de même.

Mon Microscope, je te vengerai.


COSMOS.

Qu’on emmène les prisonniers !

Deux gardes seulement emmènent Vlan, Caprice et Microscope. — Les autres ont pris des femmes par la taille. — La ronde reprend avec force.
Changement à vue.




DIX-SEPTIÈME TABLEAU




LA GLACIÈRE
Une glacière au sommet d’une montagne. — C’est une grotte formée de stalactites et de blocs de glace. — On y arrive par une ouverture naturelle placée en pan coupé à gauche. — À droite une autre ouverture qui communique avec le cratère d’un volcan. — Des roues énormes avec poulies et engrenages sont établies à même sur le roc et sont censées de continuer dans la coulisse, au dessus du cratère.




Scène PREMIÈRE

UN GARDE, VLAN, CAPRICE et MICROSCOPE.

LE GARDE, les introduisant.

Entrez là… Tout à l’heure on va vous descendre.


CAPRICE.

Nous descendre !


VLAN.

Il dit cela tranquillement, lui…


MICROSCOPE.

Et par où nous descendra-t-on ?


LE GARDE, lui montrant la droite.

Par là… Voici le système.


MICROSCOPE.

Ah ! oui ! j’aperçois la mécanique… Voyons… C’est que ça me connaît, les mécaniques…


CAPRICE, qui s’est penché.

Dieu ! que c’est profond !


VLAN, de même.

Oui… et voilà le panier qui va nous mener en bas. Vois-tu le panier ?… (Se retournant vers le garde.) Merci, mon ami… c’est très gai, tout ça…


LE GARDE.

Vous avez cinq minutes pour vous recueillir…

Il sort.

Scène II

VLAN, CAPRICE et MICROSCOPE.

VLAN.

Eh bien ! mes enfants, recueillons-nous…

Moment de silence.

MICROSCOPE, éclatant tout à coup.

Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! quel avenir !


VLAN.

Ma carrière brisée !…


CAPRICE.

Voyons, voyons, papa, un peu de courage… Fais comme moi, du moment que je ne puis pas avoir Fantasia, tout m’est égal, et, ma foi, à tout prendre, je ne serai pas fâché de voir un volcan.


VLAN.

Oui, mais voir un volcan pendant cinq ans.


MICROSCOPE.

Et sans aucune espèce de nourriture.


CAPRICE.

Bah ! nous nous y ferons peut-être…


MICROSCOPE.

Ô désespoir !


VLAN.

Ô abîme de désolation !


MICROSCOPE.

Pourquoi sommes-nous venus dans la lune ?


VLAN.

C’est ta faute…


MICROSCOPE.

Comment !


VLAN.

Certainement, c’est toi qui as inventé le canon.


MICROSCOPE.

Mais permettez…


VLAN.

Tais-toi, ta seule excuse, c’est que tu n’as pas inventé la poudre…


CAPRICE.

Allons ! allons ! Pourquoi récriminer… Après tout, je ne regrette pas d’être venu ici, moi, cela nous a fait voir du pays…


VLAN.

Un joli pays…


CAPRICE.

Et des femmes.


VLAN.

Parlons-en, des femmes !… tu vois où elles nous ont menés…


MICROSCOPE.

Oh ! j’aime encore mieux celles de la terre… (À part.) Ô Cascadine ! Cascadine ! comme elle doit s’ennuyer là bas… Sans compter que sa tante n’est peut-être plus malade… Elle n’a plus rien à faire. (À ce moment, on entend une sonnerie. — Avec un cri.) Ah ! une dépêche !


CAPRICE, surpris.

Une dépêche…


VLAN.

Qu’est-ce que tu nous chantes ?…


MICROSCOPE.

Oui, une dépêche d’elle, de Cascadine… car vous ne savez pas, j’ai une petite liaison, sur terre, une artiste lyrique.


VLAN.

À ton âge !


CAPRICE.

Eh bien ?


MICROSCOPE.

Eh bien ! pour ne pas être tout à fait séparé d’elle, j’avais emporté un petit appareil télégraphique.


VLAN.

Tu avais un télégraphe dans ta poche et tu ne me l’as pas dit, animal ! Nous aurions pu avoir des nouvelles… Voyons, ta dépêche ?


MICROSCOPE.

C’est que c’est peut-être tout intime… enfin… (Il ouvre sa dépêche et lit.) « Mon bon lapin, affaires vont mal » Ah ! diable, elle va encore me demander de l’argent. (Reprenant.) « Si roi Vlan pas revenir bien vite, roi Vlan perd couronne. »


VLAN et CAPRICE.

Hein ?


MICROSCOPE, continuant.

« Si roi Vlan perd couronne, toi perds position, si toi perds position, moi lâche toi. — Un baiser. — Cascadine. » Ah bien ! ah bien !


VLAN.

Si roi Vlan pas revenir bien vite, roi Vlan perd couronne !… Eh bien ! elle est gentille, ta dépêche !


CAPRICE.

Revenir !… comme si c’était facile !…


MICROSCOPE.

Je m’en chargerais bien encore… Seulement il faudrait être libres et nous avons nos cinq ans de volcan à faire…


Scène III

Les Mêmes, LE GARDE, COSMOS.

LE GARDE, reparaissant.

Les cinq minutes sont écoulées, on va vous descendre. Voici le roi.


TOUS LES TROIS.

Cosmos !…


COSMOS.

Oui, mes amis… je vais descendre avec vous pour vous installer… ah ! seulement, moi je remonterai, tandis que vous…


VLAN.

Un instant, mon cher collègue, j’aurais deux mots à vous dire. Je viens de recevoir une dépêche de la terre… Des affaires très graves me rappellent chez moi et je vous demande un petit congé.


COSMOS, riant.

Un congé !


VLAN.

Oh ! je reviendrai… le temps d’aller et de venir.


COSMOS.

Ah ! ah ! ah ! vous êtes gais, vous !


CAPRICE.

Mais non, c’est très sérieux.


MICROSCOPE.

Excessivement sérieux !


VLAN.

Tenez, voici la dépêche… « Si roi Vlan pas revenir bien vite, roi Vlan… »


COSMOS.

Oui, oui… je vous crois, mais en attendant vous allez descendre. Le panier est tout prêt.


VLAN.

Mais…


COSMOS.

Pas d’observations ! Je vous dit que le panier est prêt.


VLAN.

Y tient-il à son panier !


LE GARDE, les poussant à droite.

Allons, allons…


VLAN.

Passe, Microscope.


MICROSCOPE.

Après vous.


VLAN.

Ne fais donc pas de manières. (Microscope passe.) À toi, Caprice.


CAPRICE, gaiement.

Ah ! ma foi ! à la grâce de Dieu !

Il passe. Vlan le suit, puis Cosmos.

LE GARDE, se penchant.

Là ! les voilà embarqués… Il ne reste plus qu’à les faire descendre… Bonne chance !… C’est égal, ils ne vont guère s’amuser là-dessous ! Cré nom ! j’aime mieux que ce soit eux que moi !

Il sort.
Changement à vue.




DIX-HUITIÈME TABLEAU




LE CRATÈRE
Une sorte de puits par où on pénètre dans le volcan. Au changement, un énorme panier où sont Cosmos, Vlan, Caprice et Microscope, est descendu du cintre et se trouve à peu près à un mètre du sol.




Scène PREMIÈRE

COSMOS, VLAN, CAPRICE et MICROSCOPE.

COSMOS, se faisant un porte-voix de ses mains et criant.

Ohé ! là-haut !… Encore un peu ! (Le panier descend encore et arrive à toucher le sol.) Stop ! (Sortant du panier.) Messieurs, si vous voulez prendre la peine… nous sommes arrivés…


VLAN, sortant avec Caprice et Microscope.

Voyons, mon cher Cosmos, je vous assure que mes affaires me rappellent sur terre…


COSMOS.

Oui, oui, vous me l’avez déjà dit… commencez par faire votre temps et puis nous verrons.


VLAN.

Oh !


COSMOS.

Du reste, de quoi vous plaignez-vous ? Vous serez très bien ici… c’est grand, il y a de quoi se promener… Tenez, là bas, ça me parait très-gentil.


MICROSCOPE.

Gentil ! Il appelle ça gentil !


CAPRICE.

Le fait est qu’à première vue, ce n’est pas trop mal.


VLAN.

Veux-tu bien te taire ! Ne vas-tu pas lui donner raison !… ma parole d’honneur, je comprends qu’on aime le pittoresque, mais il y a des limites…


COSMOS.

Sur ce, mes bons amis, je vous dis adieu… amusez-vous bien, moi je remonte au grand air. (Criant.) Ohé ! là-haut ! y êtes-vous ?


UNE VOIX, d’en haut.

Oui !


COSMOS, criant.

Attention, vous allez me remonter… (À ce moment, la corde qui tient le panier est coupée en haut et tombe avec bruit.) Hein ? qu’est-ce que c’est que ça ?


CAPRICE.

On a coupé la corde !…


VLAN.

Oh ! elle est drôle !

Une pierre tombe d’en haut avec une lettre.

COSMOS.

Une lettre !… qu’est-ce que ça veut dire ? (Regardant la lettre.) L’écriture de Popotte ! (Il ouvre la lettre et lit.) Vous avez voulu faire périr mon Microscope, j’ai juré de le venger, je le venge, c’est moi qui viens de couper la corde…


CAPRICE, riant.

Ah ! ah ! ah ! vous ne vous attendiez pas à ça !


VLAN, de même.

Ce bon Cosmos !


MICROSCOPE, de même.

Cet excellent Cosmos ! Eh bien, écoutez, elle a du bon, votre femme, elle est aimante… et, ma foi, sans Cascadine…


COSMOS, furieux.

Mais c’est une indignité !… (Appelant.) Madame !


VLAN.

Voyons, voyons ! De quoi vous plaignez-vous ? vous serez très bien ici…


MICROSCOPE.

C’est grand, il y a de quoi se promener…


CAPRICE.

Tenez, là bas, c’est très gentil…


COSMOS.

Je vous conseille de rire…


CAPRICE.

Bah ! bah ! vous verrez que nous finirons par nous arranger ici une petite existence assez confortable… Pour ma part, je ne regrette qu’une chose, c’est d’être séparé de ma chère Fantasia.


Scène II

Les Mêmes, FANTASIA.

FANTASIA, paraissant.

Mais je suis là, mon ami.


TOUS, surpris.

Ah !


CAPRICE, avec un cri de joie.

Fantasia !


FANTASIA.

Caprice !

Ils s’embrassent.

VLAN.

Comme on se rencontre dans un volcan !


COSMOS.

Ma fille ici !… mademoiselle, voulez-vous bien vous en al… mais non ! elle ne peut pas !


CAPRICE.

Mais comment se fait-il ?


FANTASIA.

J’ai corrompu les gardes et j’ai pu descendre avant vous. (À Cosmos.) Ah ! tu as voulu qu’il meure ! Eh bien, je mourrai avec lui.


CAPRICE.

Là ! c’est bien fait !


COSMOS.

Mais c’est impossible ! il doit y avoir une issue… cherchons !… Venez avec moi, et si nous parvenons à nous tirer de là, je vous promets votre grâce…


MICROSCOPE.

Notre grâce ?


CAPRICE.

Et la main de Fantasia ?


COSMOS.

Oui, mais d’abord il faut sortir d’ici… cherchons. Tenez, là, dans cette galerie…


MICROSCOPE.

Moi, je vais de ce côté…


VLAN.

Le premier arrivé attendra les autres.


CAPRICE.

En route, alors !


TOUS.

En route !

Cosmos, Vlan, Caprice et Fantasia s’enfoncent à droite, Microscope se dirige vers la gauche. Le décor marche avec eux, jusqu’au tableau suivant. Microscope seul n’est pas resté en vue du public.
Changement à vue.




DIX-NEUVIÈME TABLEAU




L’INTÉRIEUR DU VOLCAN
Une chambre de scories volcaniques. — Au fond, une sorte de rampe praticable formée par la lave. Sous cette rampe et vers le milieu du théâtre, un gouffre d’où s’échappent des vapeurs de soufre.




Scène UNIQUE

VLAN, COSMOS, MICROSCOPE, CAPRICE, FANTASIA.

VLAN, appelant.

Microscope ! ohé !


TOUS.

Ohé ! Microscope !


MICROSCOPE, paraissant sur la rampe du fond.

Me voici ! me voici !…


COSMOS.

Avec tout ça, je n’aperçois pas d’issue.

À ce moment, on entend un grondement sourd.

TOUS.

Oh !


FANTASIA, avec crainte.

Avez-vous entendu ?


MICROSCOPE.

Ce doit être l’écho… Voyons donc ! (Il crie.) Oh ! oh !

Nouveau grondement.

TOUS.

Ah !


MICROSCOPE, un peu effrayé.

Ah ! mais, ça, ça n’a pas l’air du tout d’être l’écho !


VLAN.

Dites donc ! dites donc, Cosmos ?… êtes-vous bien sûr qu’il est éteint, votre volcan ?


COSMOS.

Parfaitement sûr… Entre nous, je crois même qu’il ne jamais été allumé…

Musique à l’orchestre.

MICROSCOPE, qui s’est penché sur le gouffre.

Mais on dirait que ça bouillonne, là dedans… (Se mettant à tousser.) Ah ! pouah !… ça vous prend à la gorge !… (Le grondement a continué en grossissant, il se penche encore.) Mais oui… il y a du feu…

On entend une série de détonations.

TOUS.

Ah !


FANTASIA.

J’ai peur !…


MICROSCOPE, revenant vivement.

La lave !… Elle monte !…

Le décor s’est éclairé, le grondement et les détonations augmentent.

FANTASIA, se jetant dans les bras de Caprice.

Oh ! mon Dieu !… Caprice !


CAPRICE.

Sauvons-nous !

Il l’entraîne à gauche.

MICROSCOPE.

Sauve qui peut !…

La lave a continué de monter et s’élève au-dessus du gouffre.

COSMOS et VLAN.

Nous sommes perdus !


MICROSCOPE.

Une issue !… ah ! si je pouvais… à moi…

Il se sauve à droite.




VINGTIÈME TABLEAU




L’ÉRUPTION
Tout le théâtre s’emplit de feu et de fumée. Microscope s’est réfugié sur la rampe du fond qu’il gravit péniblement. À peine est-il arrivé au milieu, qu’une explosion se fait entendre. Le rocher sur lequel il se trouve est projeté avec lui dans l’espace. Vlan et Cosmos affolés parcourent le théâtre en cherchant une issue. La lave envahit la scène.




VINGT-ET-UNIÈME TABLEAU




LA PLUIE DE CENDRES
La fumée s’est épaissie. — En même temps, de tous les côtés tombe une pluie de cendres qui obscurcit tout le décor et finit par le masquer complètement.




VINGT-DEUXIÈME TABLEAU




LE SOMMET DU VOLCAN APRÈS L’ÉRUPTION


Les fumées se dissipent. — On aperçoit le sommet du volcan. — Paysage ravagé. — Partout des crevasses, des débris fumants, des cendres encore chaudes, des quartiers de roc rejetés par l’éruption. — Au fond, un immense horizon bleu où l’on commence à voir le disque de la terre qui se lève et éclaire faiblement la scène.




Scène UNIQUE

CAPRICE, FANTASIA, VLAN, COSMOS, puis MICROSCOPE, puis POPOTTE, et les Chœurs.
Caprice et Fantasia sont étendus l’un près de l’autre et évanouis ; plus loin, Cosmos et Vlan.

CAPRICE, revenant à lui et regardant autour de lui.

Mon Dieu ! où suis-je ?… Et Fantasia ?…


FANTASIA, faiblement.

Caprice !


CAPRICE, l’apercevant.

Ah ! vivante !


FANTASIA, même jeu.

Vivant !


COSMOS, remuant un bras.

Ouf !


VLAN, agitant une jambe.

Holà !


COSMOS.

C’est vous, Vlan ?


VLAN.

Oui… C’est vous, Cosmos ?


COSMOS.

Oui… Vous n’avez rien ?


VLAN, se redressant.

Je ne sais pas, je me tâte… Non, je ne crois pas. Voyons, mes enfants, faisons l’appel pour nous assurer que nous sommes au complet. (Appelant.) Caprice !…


CAPRICE.

Présent !


VLAN.

Fantasia !


FANTASIA.

Me voilà !


VLAN.

Microscope !… eh bien !… (Appelant encore.) Microscope !


TOUS.

Microscope !

On entend un gémissement qui sort d’une des crevasses.

VLAN.

Ah ! je l’aperçois ! eh bien ! il est joli !…

Il étend le bras et ramène Microscope tout couvert de cendres.

MICROSCOPE, geignant.

Holà ! holà ! prenez garde, je suis moulu !


VLAN.

Eh bien, mon garçon, je t’ai cru fricassé… Quand je t’ai vu sauter en l’air, je me suis dit : c’est fini !… Comment as-tu fait ton compte ?


MICROSCOPE.

Vous savez, un savant se tire toujours de tout.


VLAN.
Enfin, reprenons l’appel… Cosmos ?

COSMOS.

Présent !


VLAN.

Vlan ?… (Silence. — Avec inquiétude.) Vlan ?… eh bien, il ne répond pas !… Mes enfants, nous avons eu la douleur de perdre un des nôtres !…


CAPRICE.

Mais papa, c’est toi…


COSMOS et MICROSCOPE.

C’est vous !


VLAN, rassuré.

Ah ! c’est vrai… Dame, écoutez donc, après une secousse pareille, on ne sait plus ce qu’on est ou ce qu’on n’est pas… enfin, nous y sommes tous, c’est une chance.


POPOTTE, accourant avec du monde.

Ah ! les voici ! les voici !


VLAN.

Eh bien, maintenant, mon cher Cosmos, vous savez ce qui est convenu ? Nous sommes libres.


COSMOS.

Parfaitement.


VLAN.

Microscope, tu entends, il faut songer au départ.


MICROSCOPE.

Ah !… mais…


VLAN.

Pas d’observation !


MICROSCOPE.

Dame ! ça prendra peut-être un peu de temps… (Par réflexion.) Au fait, si je suis embarrassé, j’enverrai une dépêche sur terre.


COSMOS.

Tenez, la voici qui se lève, la terre.


TOUS.

Terre ! terre !





VINGT-TROISIÈME TABLEAU




LE CLAIR DE TERRE
La terre s’est levée tout à fait au fond du théâtre et l’éclaire vivement comme une aurore boréale. — La scène s’emplit de monde

CHŒUR FINAL

Nous te saluons, ô terre !
Ô bel astre argenté !
Toi dont la lumière
Éclaire l’immensité !



FIN