Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume I/Introduction/Chapitre IV-1

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Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1892.
Annales du Musée Guimet, Tome 21.


INTRODUCTION
CHAPITRE IV
PARAGRA
i.
Les huit prêtres de l’Avesta. — Les deux prêtres du rituel moderne (Zôt et Raspi).

— Préparation au sacrifice : le Grand Khôb et le Petit Khôb.


La célébration du Yasna proprement dit demande un certain nombre d’opérations préliminaires, dont l’ensemble est connu dans l’Inde sous le nom de Paragra[1].
Le Yasna, et en général toutes les cérémonies religieuses, sont à présent accomplies par deux prêtres, l’un appelé Zôt ou Jôti[2], l’autre Râspì. Le Zôt récite le texte sacré et accomplit les cérémonies essentielles du sacrifice ; le Râspì prend spécialement soin du feu, assiste le Zôt dans ses opérations et l’accompagne dans certaines parties du récitatif.
Dans le rituel primitif le sacrifice mettait en action huit prêtres, dont les noms sont dans l’Avesta : Zaotar, Hâvanan, Atravakhsha, Frabaretar, Âberet, Âsnatar, Rathwishkare, Sraoshâvarez[3].
Le Zaotar, Zôt, avait pour fonction spéciale de réciter les Gâthas.
Le Hâvanan pressait le Haoma.
L’Âtravakhsha entretenait le feu, lavait trois faces de l’autel du feu et faisait les répons au Zaotar.
Le Frabaretar lavait la quatrième face du feu et portait au Zaotar les objets dont il avait besoin.
L’Asnatar lavait le Haoma et le filtrait.
Le Rathwishkare faisait le mélange du Haoma et du lait.
L’Âberet apportait l’eau.
Le Sraoshâvarez surveillait tout le sacrifice[4].
Le Zaotar se tenait devant la pierre urvîs, ayant à sa droite le Hâvanan, à sa gauche le Frabaretar ; en face de lui, de l’autre côté du feu, se tenait le Sraoshâvarez, ayant à sa droite l’Âberet, à sa gauche l’Âtravakhsha ; entre l’Âtravakhsha et le Hâvanan se trouvait l’Âsnatar ; entre le Frabaretar et l’Aberet, le Rathwishkare[5].


À présent il n’y a plus que deux prêtres, le Zôt (Zaotar) et le Râspì (Rathwishkare)[6], qui se partagent les fonctions des huit prêtres. Le Ràspì représente officiellement les sept prêtres absents et on le verra dans le Vispéred, III, 1, quand le Zaotar appelle à leur place ses différents assistants, passer successivement aux sept places qui leur sont réservées. C’est probablement le malheur des temps qui suivirent la conquête arabe et surtout l’invasion turque qui amenèrent cette réduction et cette simplification : « En ce temps de malheur, dit le Bahman Yasht, le sacrifice pourra se faire avec deux hommes, afin que la religion ne tombe pas en néant[3]. »

Encore à la fin du ixe siècle, l’auteur du Dàdistan distingue dans le sacrifice une série de prêtres spéciaux, les uns n’ayant à faire que de réciter l’Avesta [7], les autres de s’occuper du feu, le l’eau, du transport des objets (XLVIII, 23). Le Dinkart (IX, 33, 5) fait célébrer un sacrifice à la résurrection par Zoroastre : Zoroastre est Zôt et il a Vohvast pour Hàvanan, Isvand pour Âtravakhsha, Vîshtâsp pour Srôshâvarez [8]. D’autre part au sacrifice final, qui, d’après le Bundahish (XXX, 30), est célébré par Ormazd pour écraser Ahriman, Ormazd est Zôt et Srôsh est Râspì : c’est déjà le sacrifice à personnel limité.


Pour célébrer le sacrifice, il ne suffit pas d’être Mobed, il faut s’être mis en état de pureté, avoir pris le Khôb. On distingue le grand Khôb et le petit Khôb, selon l’importance de la cérémonie principale. Pour célébrer le Vendidad ou le Yasna, il faut avoir pris le grand Khôb ; autrement dit, il faut avoir pris la grande purification, le Nὸ-shab Barashnùm[9], et étant en état de Barashnùm, célébrer au matin[10] le Yasna, avec le Khashnûman du Mìnô-nâvar. L’effet du grand Khôb dure quatre jours[11] : au bout de quatre jours, il est épuisé (tamâm, khilâs), et pour célébrer les grandes cérémonies il faut de nouveau se soumettre au Barashnùm. Le voyage rompt aussi les effets du Khôb. Pour paraître devant l’Âtash Bahrâm il faut également avoir pris le grand Khôb. Le petit Khôb est nécessaire pour les cérémonies secondaires, telles que le Srôsh Darûn. Il demande la récitation des chapitres ii à vi du Yasna.



  1. Corrompu généralement en pargaṇa. — Paragra est lui-même corrompu du sanscrit prakriyâ.
  2. Jôti est la prononciation indienne, le gujrati ne possédant pas le son z.
  3. a et b Vispéred III, 1 ; Vendidad V, 57 ; VII, 17.
  4. Nous donnons ces définitions d’après le Nirangistân : voir le texte et la traduction au vol. II, Fragments.
  5. Voir la planche VI et Vispéred III, 1.
  6. Le Râspì, pehlvi Râspîg, a pris son nom du Rathwishkare, bien qu’il représente plutôt l’Âtravakhsha dont il occupe la place près du feu et qui est le personnage le plus indispensable de tous les acolytes du Zaotar.
  7. pun zag î nìtûm anbàm ìzishn pun 2 gabrâ shalìtâ yahvûnét kartan od danà dìu pun lûitîh unizârih lâ yâma tûnêt (II, 37).
  8. Vishtâsp, représentant le pouvoir temporel, est chargé de maintenir l’ordre, cf. page 283, note 40.
  9. Le Barashnùm de neuf journées : voir Vendidad IX.
  10. Le Vendidad se célébrant la nuit suivante.
  11.  : Le prêtre ainsi qualifié est dit yaozhdâthri mobed « Mobed en état de purification » et dans l’Inde Barashnûmwâlâ « qui a pris le Barashnùm ». On l’appelle aussi dans l’Inde : Pâv mahalnô kâm karnâr « qui peut accomplir les actes du lieu pur ».