Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume I/YASNA/Hâ1.

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Traduction par James Darmesteter.
Texte établi par Musée Guimet, Ernest Leroux (I. La Liturgie (Yasna et Vispéred) (Annales du Musée Guimet, tome 21)p. 5-19).

HÂ 1


Pour que le sacrifice remplisse son objet, il faut que ceux à qui il est destiné en soient informés, afin de le recevoir. Tout sacrifice doit donc commencer par une invitation aux dieux, « Quand on les y invite (amatshân tamâ barâ karìtûnand), ils acceptent le sacrifice ; si on ne les invite pas, ils en restent éloignés à la hauteur d’une lance » (Shâyast lâ Shâyast, IX, 10-13). Cette invitation est l’objet des quatre premiers Hâs.

Le premier Hâ est composé essentiellement du nom des divinités invoquées, précédé des deux mots nivaêdhayêmi hañkârayêmi dont il importe de déterminer le sens précis, parce qu’en fait ils constituent tout le Hâ. Ils sont traduits par Anquetil « je prie et j’invoque » ; par Burnouf « j’invoque et je célèbre » ; par M. Spiegel « Ich lade ein und thue es kund » ; par M. de Harlez « j’offre et j’accomplis ce sacrifice ». Je crois que M. Spiegel se rapproche le plus du sens exact pour le premier mot et M. de Harlez pour le second. Le commentaire pehlvi traduit nivìdînam û hangartìnam, ce qui n’apprend rien, n’étant que la reproduction pehlvie de l’original ; mais il ajoute en glose : ô danâ izishn nividinam, aigh bûn obdûnam ; hangartinam, aighash rὸishâ barâ obdûnam « à ce sacrifice nividinam, c’est-à-dire que je le commence ; hangartinam, c’est-à-dire que je le termine ». Or, comme le persan nivid est l’« annonce d’une nouvelle » et que l’annonce du sacrifice en constitue en effet le premier acte, nous concluons que nivaêdhayêmi est l’annonce du sacrifice au dieu, c’est-à-dire l’invitation : ainsi traduit Fràmjî Aspandyârjî : ijan karū « j’invite ».

On serait porté à attendre, par analogie, que hañkârayêmi doive également s’appliquer à un acte déterminé du sacrifice, et qui serait l’acte final ; mais on voit par d’autres passages que hañkâray signifie « faire complètement, accomplir », par opposition à un acte imparfait et mutilé (cf. Y. LXXI, 18 [LXX, 79-80]) : c’est dans ce sens que traduit Nériosengh : sampûrnam karomi « j’accomplis, je parfais » et plus explicitement encore Frâmjî : ijishne avalthine âkharlage sampuran karū « j’accomplis le sacrifice du commencement à la fin ». Par suite, en prenant pour exemple le premier des dieux invités, la formule signifiera : « J’invite [Ahura Mazda à ce sacrifice] et j’exécute d’un bout à l’autre [ce sacrifice] pour Ahura Mazda. » Les nécessités de la concision et de la syntaxe nous forcent d’employer une traduction un peu moins précise ; « J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Ahura Mazda. »


L’énumération des divinités invoquées comprend la plus grande partie du panthéon mazdéen. Elle suit un ordre assez systématique. Elle commence par le dieu suprême et le groupe des Amesha-Speñtas. Suivent presque immédiatement les groupes de génies qui président aux diverses divisions du temps : génies des cinq parties du jour (§§ 3-7), génies des mois et des trois divisions du mois (§ 8), génies des six fêtes de saison (§ 9). Viennent ensuite les génies des astres ; puis un certain nombre d’abstractions religieuses divinisées, et les diverses parties du monde en partant du lieu où se trouve le sacrifiant.


La plupart des divinités reçoivent le titre de ashavan, ashahê ratu, que nous convenons de traduire « saint, maître de sainteté ». Ce mot de ratu, que plus d’une fois nous nous contenterons de reproduire sans le traduire, est un des termes les plus importants de la langue religieuse. Il signifie proprement maître, au sens de maître spirituel, et s’oppose à ahu, le maître matériel ; c’est celui qui donne la règle. Il a trois emplois différents :


1° Il s’applique à des dieux, comme étant la source de la règle, et c’est le cas dans notre chapitre.
2° Il s’applique au prêtre, considéré comme directeur de conscience, comme indiquant au fidèle la règle qu’il doit suivre, autrement dit comme dastô-bar (dastùr)[1] ; dans un sens plus spécial, il désigne un degré élevé de la hiérarchie ecclésiastique (voir Appendice B et Hâ XIX, Introduction).
3° Il désigne le chef qui est supposé placé à la tête de chaque classe d’êtres, comme Ahura est à la tête des dieux, et Zarathushtra à la tête des hommes. Voir Y. XIII et Vispéred I.


Les trois Hâs qui suivent, II-III-lV, sont le complément du premier Hâ. Ils font en détail ce que le Hâ I a fait d’une façon générale. Le Hâ I a annoncé aux dieux le sacrifice qui va leur être offert ; le Hâ II appelle spécialement leur attention sur deux offrandes du sacrifice, la libation et le Baresman ; le Hâ III sur les autres offrandes. Le Hâ IV marque un pas nouveau dans la marche du sacrifice : il consacre ces offrandes à ces dieux.
La liste des divinités invitées est naturellement la même dans les quatre Hâs. Mais la litanie du Hâ II contient quelques variantes d’expression, principalement dans les épithètes.


Zôt et Râspi ensemble :


1. J’annonce et j’offre [ce sacrifice] au créateur Ahura Mazda, brillant et glorieux[2] ; le plus grand, le meilleur, le plus beau [des êtres][3] ; le plus ferme, le plus intelligent, le plus parfait de forme[4] ; suprême en
sainteté[5] ; sage pour le bien[6], qui donne la joie à plaisir[7] ; qui nous a créés, qui nous a formés[8], qui nous a entretenus ; qui est l’Esprit très Bienfaisant[9].


2(5)[10] J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Vohu Manô[10], à Asha Vahishta[10], à Khshathra Vairya[10], à Speñta Ârmaiti[10], à Haurvatât[10] et Ameretât[10] ;
Au Corps du Taureau, à l’Âme du Taureau[11] ;

Au Feu[12] d’Ahura Mazda, le plus prompt à venir[13] des Amesha-Speñtas[14].
3(7). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] aux Génies des veilles [15], maîtres de sainteté ;

À Hàvani[16], saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Sàvanhi et à Vîsya [15], saints, maîtres de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Mithra[17] maître des vastes campagnes, qui a mille oreilles, qui a dix mille yeux, divinité invoquée par son nom[18], et à Ràma Hvàstra [19].


À partir d’ici le Zôt récite seul ; le Râspi jette des parfums sur le feu.

 

4(10). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Rapithwina[20], saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Frâdat-fshu et, à Zaṅtuma [15], saints, maîtres de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Asha Vahishta[21] et au Feu d’Ahura Mazda.

5(13). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Uzayêirina [22], saint, maître de sainteté.
J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Fràdat-vîra et Dahyuma[23], saints, maîtres de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] au grand, au souverain Apām Napât [24] et aux eaux créées par Mazda.

6(16). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Aiwisrûthrima Aibigaya[25], saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Frâdat-vîspām-hujyàiti[23], et au Zarathustrôtema saints, maîtres de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] aux Fravashis des justes [26] et aux Femmes (divines) avec leurs troupes d’hommes[27] ;

et au Bonheur de l’année[28] ;

et à la Force bien faite et de belle taille, à Verethraghna, créé par Ahura, et à l’Ascendant destructeur[29].

7(20). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Ushahina[30], saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Berejya et à Nmânya[23] saints, maîtres de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] au pieux Sraosha[31], dévot, victorieux,

qui accroît le monde ; et à Rashnu Razishta[32], et à Arshtàt[33], qui accroît le monde, qui fait grandir le monde.

8(24). J’annonce et j’accomplis [ce sacrifice] aux Mois[34], saints, maîtres de sainteté.

J’annonce et j’accomplis [ce sacrifice] à la Nouvelle Lune[35], sainte, maîtresse de sainteté.

J’annonce et j’accomplis [ce sacrifice] à la Pleine Lune[35] et au Vîshaptatha [35], saints, maîtres de sainteté.

9(26). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] aux Fêtes de saison[36], saints, maîtres de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Maidhyôi-zaremaya [36], saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Maidhyôi-shema [36], saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Paitish-hahya[36], saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Ayàthrima[36] où la chaleur tombe et où se fait la saillie des troupeaux ; saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Maidhyàirya[36] où le froid règne ; saint, maître de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Hamaspathmaêdaya[36], saint, maître de sainteté[37].
J’annonce et j’offre [ce sacrifice] aux Années, saintes, maîtres de sainteté.

10(33). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à tous ces Maîtres, maîtres de sainteté, au nombre de trente-trois, qui s’approchent d’ici à l’heure de Hàvani[38]; maîtres de la Sainteté parfaite, enseignés par Mazda, proclamés par Zarathushtra[39].
11(34). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Ahura et à Mithra [40], grands, impérissables et saints ;

et aux Étoiles, créations de l’Esprit Bienfaisant [41] :

à Tishtrya, étoile brillante et glorieuse[42] ;

à la Lune, qui contient le germe du Taureau[43] ;

au Soleil, aux chevaux rapides, œil d’Ahura Mazda ;

à Mithra, maître des pays[44].

Ici le Zôt invoque le jour et le mois ; les manuscrits donnent pour exemple le premier Jour du premier mois, c’est-à-dire le jour Ormazd du mois Farvardin :

[(36-37). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à Ahura Mazda, brillant et glorieux.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] aux Fravashis des justes.]

12(38). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à toi [45], ô Feu, fils d’Ahura Mazda, avec tous les autres feux.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] aux bonnes eaux[46] et à toutes les eaux créées par Mazda[47], à toutes les plantes créées par Mazda.
13(40). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à la Parole Divine[48], sainte, qui exprime le désir du Seigneur[49] ;

à la Loi ennemie des Daêvas[50], la loi de Zarathushtra ;

à la longue Tradition[51] ;

à la bonne Religion Mazdéenne[52].

14. J’annonce et j’offre [ce sacrifice] au mont Ushidarena [53], créé par Mazda, siège de sainte félicité, et à toutes les montagnes, sièges de sainte félicité[54], sièges de pleine félicité créées par Mazda.

à la Gloire des Kavis, créée par Mazda[55]
 ;
à la Gloire insaisissable[56] créée par Mazda ;

à la bonne Richesse (Ashi)[57], à la bonne Sagesse (Cisti)[58], à la bonne Pensée (Erethé)[59], au bon Penser (Rasâstât)[60] ;

à la Gloire et au Bien-Être, créés par Mazda.

15(44). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à la bonne Bénédiction du

<poem>

juste[61] et au juste lui-même, saint ; et à la Pensée de malédiction du sage, Divinité redoutable et puissante[62].

16 (45). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à ces lieux et ces contrées ; à ces campagnes, ces demeures, ces étables 62 [63] ; à ces eaux, ces terres, ces plantes ; à cette terre et ce ciel ; au vent saint, aux étoiles, à la lune, au soleil, à la Lumière infinie créée d’elle-même 63 [64] ; à toutes les créatures de l’Esprit Bienfaisant, saintes, maîtres de sainteté.

17 (46). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] au Grand Maître de sainteté 64 [65] ; aux maîtres des jours, des veilles, des mois, des fêtes de saisons, des années, maîtres de sainteté ; au maître Hâvani 65 [66].


18 (47). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] aux Fravashis des saints, redoutables et victorieuses ; aux Fravashis des premiers fidèles 66 [67], aux [68]Fravashis des proches parents 67 [69], à la Fravashi de mon âme à moi-même.

19 (48). J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à tous les maîtres de sainteté.

J’annonce et j’offre [ce sacrifice] à toutes les divinités 68 [70] bienfaisantes du monde spirituel et de ce monde 69 [71], à qui il faut offrir le sacrifice et la prière 70 [72] avec une sainteté parfaite 71 [73].

20 (50). O Hâvani, saint, maître de sainteté !

O Sâvanhi, saint, maître de sainteté 72 [74] !

O Rapithwina, saint, maître de sainteté !

O Uzayêirina, saint, maître de sainteté !

O Aiwisrûthrima Aibigaya, saint, maître de sainteté !

O üshahina, saint, maître de sainteté !

21 (56). Si je t’ai offensé 73 [75] en pensée, en parole ou en action, avec intention ou sans intention 74 [76] ; pour cela, je te loue [de nouveau] ; je t’invite [de nouveau au sacrifice], si je t’ai manqué en quelque chose dans le sacrifice et la prière.

22 (60). Vous tous Ratus, très grands, saints, maîtres de sainteté ; si je vous ai offensés en pensée, en parole ou en action, avec intention ou sans intention ; pour cela, je vous loue de nouveau ; je vous invite de nouveau [au sacrifice], si je vous ai fait tort en quelque chose du sacrifice et de la prière.


Zôt et Râspi ensemble :


22 (65). Je me déclare adorateur de Mazda, disciple de Zarathushtra, ennemi des Daêvas, sectateur de la loi d’Ahura :

En l’honneur de Hâvani, saint, maître de sainteté ; pour lui sacrifier, le prier, le réjouir, le glorifier ;

En l’honneur de Sâvanhi et de Vîsya, saints, maîtres de sainteté ; pour leur sacrifier, les prier, les réjouir, les glorifier ;

En l’honneur des Génies du jour, des veilles, des mois, des saisons, des années, pour leur sacrifier, les prier, les réjouir, les glorifier.



__________________________



a


  1. Littéralement : « celui qui porte la règle » : v. Études iraniennes, 1, 115, note et Yasna XLVI [XLV], note 30.
  2. Ahura Mazda, le dieu suprême, voir l’Appendice A. — hvarenaṅuhatὸ « qui possède le Hvarenô », c’est-à-dire « la Gloire », la lumière surnaturelle qui est l’expression de toute vertu, de toute puissance, de toute félicité : v. Yasht XIX. On pourrait aussi traduire « fortuné », car cette lumière est identifiée à la fortune divine : le pehlvi traduit Hvarenô par Gadâ, nom de la fortune et du dieu de la fortune chez les Sémites, et l’adjectif hvarenaṅuhaūt a donné le persan farrukh « fortuné ». (farrukh = farnukh = * farnah-vañt ; farnah est la forme perse de hvarenὸ, f étant sorti de hv par inversion (f = vh), et a donné le persan farr « la majesté royale et divine », doublet de khurra, qui représente la forme zende hvarenὸ).
  3. « Très grand [de corps] ; très bon [de valeur] ; très beau [à voir] » (Commentaire Pehlvi). Auhrmazd n’est donc pas incorporel. Voir note 4.
  4. hukereptemahè : « c’est-à-dire que ses membres sont bien proportionnés » (Comm. P.). Ahura n’est pas incorporel ; il n’est qu’invisible ou du moins peut se rendre tel, non seulement aux hommes, mais même aux Amsha-Spañdas (Y. IV, 7, 12, texte et note). Quand Ardà Virât comparaît devant Auhrmazd, Auhrmazd lui parle : il l’entend, mais ne voit qu’une lumière [Ardà Virâf, CI, 10-12). Zoroastre, plus heureux, le voit sous forme humaine et vêtu comme un homme, mais ne peut prendre sa main, parce qu’il est intangible (Shâyast là Shâyast, XV, 1-2). Enfin nous avons un portrait authentique d’Auhrmazd dans un bas-relief de Naqshi-Rustem qui date des débuts de la dynastie sassanide. Le bas-relief représente deux cavaliers dont l’un reçoit respectueusement un anneau des mains de l’autre (Dieulafoy, L’Art antique de la Perse, V, p, 114 et planche XIV). Le cavalier qui reçoit l’anneau est Ardashìr, le fondateur de la dynastie, reconnaissable à ses traits et à sa coiffure qui sont ceux qui paraissent sur ses monnaies : une inscription pehlvie-grecque donne d’ailleurs son nom et ses titres. L’autre cavalier, plus grand, monté sur un cheval plus grand, et dominant Ardashìr de sa taille, tient dans la main gauche le bâton de commandement : c’est Auhrmazd conférant l’empire à Ardashìr, et pour enlever tout doute, une inscription pehlvie-grecque, placée près du grand cavalier, nous dit Patkar zani Auhrmazd Hahâ, τουτο το προσωπον Διοζ θεου « ceci est le portrait du dieu Auhrmazd » (Auhrmazd, étant le dieu suprême, est rendu en grec par Ζεύζ ; ; cf. Hérodote, I, 131). Il n’en faudrait point conclure que ce fût là la forme consacrée d’Auhrmazd ; nous avons affaire ici à une œuvre d’art et à un symbole historique : le prince a voulu exprimer d’une façon figurée l’idée que Darius exprime si souvent dans ses inscriptions : « Auramazda m’a conféré l’empire » ; et guerrier, il a naturellement représenté Auhrmazd sous les traits d’un guerrier. Le vrai corps d’Auhrmazd, c’est la lumière infinie qui est dite son « lieu » (Bundakish, 1, 2 ; cf. Yasna XXXVI, 6, 14 ; LXXI, 4 [LXX, 11], et avec atténuation spiritualiste, Plutarque, Isis et Osiris, 41 : έσικέναι φωτì μάλστα τών αίσθητών). Voir plus bas Appendice A.
  5. « De ceux qui sont sainteté incarnée (tan ahlâyîh ; cf. tanu-màthra) il est le plus grand » (Comm. P.).
  6. hudàmanὸ, hùdànâkfrârûn dànâk (Nériosengh : uttamajṅànì, kila sadvijápârajńânì).
  7. vouru-rafnańhὸ : kâmak râmînitar, aîgh aìshàn pun apàyast pun râmishn yâmatùnêt « qui réjouit suivant désir, c’est-à-dire qu’il vient réjouir les gens selon désir » (à son désir ou à leur désir ?).
  8. tan àìvînak « notre image corporelle » (N. : tanu-bimbam).
  9. Mainyush speñtôtemὸ : v. Appendice A.
  10. a, b, c, d, e, f et g Amesha-Speñta : Appendice A.
  11. Le premier des êtres animés qu’Auhrmazd créa sur la terre fut « un taureau unique » Gaush aèvὸdâta, du corps duquel sortirent plus tard toutes les espèces animales et qui est à la fois le prototype et la source de la vie animale (Bund. X, et plus bas note 42). Son âme, Géush Urvan, est le génie qui veille sur les animaux ; voir Yasna XXIX et Yasht IX.
  12. Âtar, le feu ; généralement appelé « fils d’Ahura Mazda » ; voir Yasna II, 4, 15, etc. Sur les divers feux, v. Yasna XVII, 11, 62-70, avec l’Appendice qui suit.
  13. yaètushtemài, matàrtûm « celui qui vient le mieux » (de yat ; cf. yayata « venez », Vd. XXI, 2, 3). Glose : dakhshak ê mâ olà kulâ 2 mat yakôyamùnêt, mînôi u gitii, khurg u barag « il a pour caractéristique de venir dans les deux mondes, terre et ciel, [dans l’un] comme charbon brûlant (p. khurg, traduit angàro ; cf. Shikan G. XIV, 25), [dans l’autre] comme éclair » (jyotis).
  14. Le titre d’Amesha-Speñta « Immortel bienfaisant » est généralement, mais non pas nécessairement, limité aux six lieutenants d’Ahura (v. Appendice A) : tous les dieux y ont titre, étant tous immortels et bienfaisants : cf. plus bas, note 36.
    Le Vendidad Sadé ajoute ici la formule suivante, destinée au Vendidad même :
    « J’annonce et j’offre [le sacrifice] à la Loi (Dàtài) avec ses annexes (hadhadàtài), [la Loi] ennemie des Daêvas, la loi de Zarathushtra, sainte, maître de sainteté. » Comme l’expression Dàtài hadhadàtài, d’après la place où elle paraît, doit désigner le Vendidad Sadé, c’est-à-dire l’ensemble du Vendidad, du Yasna et du Vispéred, il faut supposer que Dàtài désigne ici le Vendidad proprement dit, auquel d’ailleurs il a donné son nom (voir § 13 et note 49), et que hadhadàtà, littéralement : « ce qui est avec le Dàtà », représente le reste. En effet dans le Vendidad Sadé, le Vendidad est le seul élément qui ait une existence propre et forme un Nask indépendant.
    Un manuscrit unique, K4, remplace cette formule par la suivante, que nous traduisons d’une façon hypothétique, le secours de la tradition faisant défaut :
    « J’annonce et j’offre [le sacrifice] à la Parole Divine (Màthra Speñta), avec les Commandements (hadha-màthra), qui a été révélée dans les entretiens (zaini-parshta), que l’on récite en se levant (upairi gàtubyὸ gerepta), sainte, maître de sainteté. »
    Màthra Spenta, plus général que dàtà, désigne toute la parole révélée (note 47), et par suite est moins propre que le mot dàtà à désigner le Vendidad Sadé : c’est peut-être la raison pour laquelle la masse des manuscrits le rejettent.
    hadha-màthra serait traduit en pehlvi Ivatâ farmân « avec les commandements » ; il s’agit très certainement du Vendidad propre. Les commandements du Vendidad sont donnés sous forme de réponse aux questions de Zoroastre, ce qui fait qu’on les appelle quelquefois speñta frashna « les questions divines » : de là l’épithète zaini-parshtaparshta est la chose demandée ; zaini est un ἅπαξ qui se rattache peut-être à zan « savoir, » et zaini-parshta serait : « qui sait les questions »,
    c’est-à-dire « qui sait la réponse des questions ». Le prêtre récite le Vendidad Sadé en se levant au Gâh Ushahin : de là upairi gàtubyὸ gerepta, litt. : « saisi en se levant du lit » (cf. âsitὸ-gàtùm, Yasna LXII, 5 [LXI, 12]).
  15. a, b et c Sur les Asnyas, Génies des parties du jour ou veilles, voir Appendice B.
  16. Génie de la matinée : voir ibid. Le Vendidad Sadé, se récitant au Gâh Ushahin, commence l’invocation des Asnyas, par Ushahina, §§ 7 et 20. Le Yasna Sadé, au contraire, se récite au Gâh Hàvani : c’est pourquoi il commence par l’invocation de Hàvani : de là le désordre apparent dans la classification des Génies locaux, qui commence par Vîsya au lieu de Nmànya : v. Appendice B.
  17. Mithra, Mihr : dieu de la lumière solaire, dieu des campagnes, dieu de la bonne foi. Voir au Yasht de Mithra (Yt. X) l’explication des épithètes qui suivent. Mithra est mis en rapport avec Hàvani, le Génie du matin, parce qu’il triomphe avec le soleil levant (Yt. X, 13).
  18. aokhtè-nàmanὸ ; c’est-à-dire invoqué nommément, et non dans des formules anonymes et générales : cf. V, 3, 6 ; XV, 1 et 2 [XVI, 2, 6] ; Yt. XIII, 79.
  19. Ràma Hvàstra, Ràmishu Khvàrὸm : Génie de l’atmosphère et celui qui donne leur saveur aux aliments : voir le Yasht de Ràm (Yt. XV).
  20. Génie de midi : v. Appendice B.
  21. Invoqué en sa qualité de Génie du feu. Rapithwina étant le moment de la plus grande chaleur du jour.
  22. Génie de l’après-midi ; voir Appendice B.
  23. a, b et c Sur les Asnyas, Génies des parties du jour ou veilles, voir Appendice B.
  24. Apām Napât, ancienne divinité indo-iranienne, qui représentait le feu, fils des eaux, c’est-à-dire l’éclair sorti de la nuée. Voir son histoire au Yasht VIII, 34.
  25. Génie de la première partie de la nuit : voir Appendice B.
  26. Fravashi (* Fravarti), Farvart et Frôhar (le Férouer d’Anquetil) : la force intérieure dans chaque être qui le fait subsister et grandir ; éternelle, antérieure à l’être et lui survivant ; se confond en pratique, pour les morts, avec l’âme des ancêtres. Pour plus de détails, voir l’introduction du Yasht XIII.
  27. ghenanāmca vìrὸ-vāthwanām : ces femmes sont définies dans le commentaire Artâifarvart, c’est-à-dire ashaonām fravashayὸ « les Fravashis des justes », adorées comme un génie collectif. Ces troupes d’hommes sont les fils qu’elles donnent à ceux qui leur offrent le sacrifice (Yt. XIII, 52).
  28. yàiryayâosca hushitὸish ; c’est la prospérité d’une année dont toutes les périodes apportent ce qu’elles doivent.
  29. Ama « la Force » ; Verethraghna « la Victoire » ; Vanainti Uparatât « l’Ascendant, la Supériorité, qui détruit » [l’ennemi]. Ama et Uparatât sont restées à l’état d’entités abstraites ; Verethraghna est devenu une personne ; c’est le Bahrâm de l’époque sassanide et moderne ; voir plus de détails le Yasht de Bahrâm (Yt. XIV).
  30. Le Génie de la seconde moitié de la nuit ; voir Appendice B.
  31. Sraosha, Srôsh, le Génie qui incarne l’obéissance à la loi. C’est l’obéissance active, d’où ses luttes contre les démons et les méchants. Voir les Yashts de Srôsh (Yasna LXVII et Yasht XI).
  32. Rashnu Razishta, ph. Rashn razistak, p. Rashn râst ; le Génie de la vérité (Satyapati) ; voir le Yasht de Rashn (Yt. XII).
  33. Arshtàt, ashtàd « la Loyauté » ; abstrait formé de arsh « vrai ».
  34. Sur les mois, voir Appendice C.
  35. a, b et c antare-mâoṅha, perenὸ-mâoṅha, vîshaptatha : la traduction pehivie ne fait que répéter les noms zends : andarmàh, pûrmàh, vlshaptatmàh ; le second de ces termes est seul clair : perenὸ-mâoṅha est la pleine lune ; il suit de là que antare-mâoṅha, litt. : « la lune intérieure, la lune rentrée » est la nouvelle lune, comme l’a déjà vu Anquetil (la [nouvelle] lune qui [est comme] en elle-même) : mais que sera vîshaptatha ? Anquetil, et après lui Burnouf y voient une épithète de la lune, « qui fait tout grandir » ( viçvatata) ; les traductions nouvelles en font une partie du mois, indépendante de la nouvelle lune et de la pleine lune, mais dont elles ne déterminent pas la place : M. Spiegel reproduit le nom propre sans le définir ; M. Justi y voit une période de cinq jours, dont le mois contient six ; M. de Harlez le place entre la pleine lune et la nouvelle lune. Passons au pehlvi : la glose définit les trois termes du texte : panjaki fartûm, panjakl datigar usatigar (Pt4) « la première pentade, la seconde et la troisième pentade ». Mais ces pentades ne peuvent appartenir toutes les trois, comme je l’ai supposé dans ma traduction anglaise des Yashts, à la première quinzaine du mois, puisque le vîshaptatha vient après la pleine lune : il doit donc désigner une période de la fin du mois. Le Grand Bundahish en donne la définition précise : « andarmâh va du 1er au 15 (faute de copiste évidente, puisqu’il ne s’agit que d’une pentade ; lire : du 1er au 5) ; pûrmâh va du 10 au 15 ; vishaptat va du 20 au 25 ». Vîshaptatha marque donc la période de décroissance de la lune. En effet, le Saddar, ch. vi, recommande de réciter le Yasht de la lune trois fois par mois, « une fois à la nouvelle lune, une fois quand elle est en son milieu, une fois quand elle commence à s’affiler » (yak bâr ké bârìk shawat) : c’est la définition même du vîshaptatha.
    L’inégalité entre le mois civil de trente jours de l’année avestéenne et le mois lunaire réel fait que la nouvelle lune, la pleine lune et le vîshaptatha tombent à des dates différentes à chaque mois ; mais les cinq jours complémentaires qui ferment l’année étant hors de compte, l’excès des jours solaires sur les jours lunaires n’est que de cinq jours dans l’année, de sorte que le temps de l’andarmâh, du pûrmâh et
    du vîshaptat tombe toujours dans les limites des trois pentades indiquées ; et c’est aussi la raison pour laquelle il leur faut une période vague de cinq jours.
    Il est à noter que cette division tripartite du mois répond à celle du mois grec en mois commençant, mois médial, mois finissant : μηνὸζ ἱσταμένου, μεσοῦντοζ, φθίνοντοζ.
  36. a, b, c, d, e, f et g Les Yàiryas ou Gàhânbârs ; voir Appendice D. — Dans le Vendidad Sadé, le § 9 est remplacé par le ier chapitre du Vispéred, qui reproduit le § 9 et complète longuement l’énumération des Ratus.
  37. Ces « trente-trois maîtres de sainteté » ne peuvent être les divinités dont l’énumération précède, car aucune façon de les compter ne donne le nombre voulu. Si on les compte toutes, même en supprimant les doubles emplois, on dépasse le nombre ; si on compte seulement celles qui ont le titre de « maître de sainteté », on reste en deçà. Par la même raison, le nombre ne peut s’appliquer aux divinités qui suivent. Anquetil l’applique aux choses qui sont « auprès et autour de l’Hàvan » (le mortier où l’on broie le Haoma) et qui seraient « vingt-six vases et instruments de religion, la chair, le Hom, le Pérahom, les Darouns, les racines d’arbre, les fleur.s et les odeurs » : mais cette énumération semble arbitraire et sans autorité traditionnelle. Cette mention des trente-trois Ratus n’était pas isolée dans l’Avesta complet : d’après le Dìnkart (VIII, 7, 17), un des Nasks, le Pàjag, donnait la liste des trente-trois principaux chefs qui se tiennent tout près et tout autour de Hàvan (madam 33 ratih nazdist pîràmûn nihân : lire hàvan), avec leur hiérarchie et l’indication du monde, céleste ou terrestre, auquel ils appartiennent. La prière du Kosti célèbre « le Seigneur et les trente-trois Amshàspands », ce que Tîr Andàz interprète « les trente-trois chefs qui se tiennent près de la cour du Seigneur ».
    Il est probable que ce nombre de trente-trois était un nombre consacré de longue date ; car les Védas connaissent aussi trente-trois dieux qui se rendent au sacrifice
    (â Nàsatyà tribhir ekâdaçair iha devebhir yâtam madhupeyam Açvinâ, I, 34, 11; cf. I, 139, 11 ; IX, 92, 4, etc.).
  38. pairish-hàvanay : N. : parivartulam hàûana-samdhyâyâs.
  39. Enseignés à Zoroastre par Ormazd et par Zoroastre aux hommes.
  40. Ahhraèibya Mithraêihya ; dvandva archaïque déformé et d’idée, sur le type du dvandva védique Mitrà Varuṇà et qui s’explique de même : Ahura Mazda, comme dieu du ciel (v. Appendice A), était en union étroite avec Mithra, dieu de la lumière solaire (cf. Ormazd et Ahriman, 62-66 et Y. LYII, 2).
  41. Par opposition aux planètes, qui appartiennent à Ahriman.
  42. Tishtrya ou Sirius, le généralissime de l’armée des étoiles : v. le Yasht de Tir (Yt. YIII).
  43. gaucithra : quand le Taureau Aèvὸdàta (v. note 11) mourut sous les coups d’Ahriman, sa semence, transportée dans la sphère de la lune, y fut purifiée dans la lumière de l’astre et un couple en fut formé, d’où sortirent deux cent quatre-vingt-deux espèces (Bund., IV et X). — Le rapport établi entre la lune et le Taureau tient sans doute au croissant : le char de la lune, disaient les Persans du temps d’Albîrùnì, est traîné par un bœuf de lumière, qui a deux cornes d’or et des pieds d’argent : il parait un instant dans la nuit du 16 Dai et disparaît : si un homme fait un vœu en l’apercevant, il sera exaucé (Chronology, p, 213). Cf. l’introduction au Yasht de la Lune (Yt. VII) et Yd. XXI, 1.
  44. « Le dabyupaiti des dahyus ». Glose ; « Mithra est, en dehors des Amshaspands, le grand dahyupat des pays terrestres. » Le passage correspondant du Hâ II a « le dabyupaiti de toutes les dahyus » c’est-à-dire le dahyupaiti universel. Dahyupaiti ou « chef de pays » a dû être synonyme de Shàh « roi » et au besoin de Shàhinshàh « roi des rois » ; car il est dit que la dignité de dahyupat a été établie par Hôshang : or Hìshaug est le premier roi de la Perse et il est de ceux qui ont régné sur la terre entière (Dìnkart, VIII, 13, 5 et Albiruni, p. 206). Le titre donné à Mithra revient donc ici à celui de « Roi » et dans le Hà II à celui de « Grand Roi, Roi des Rois ».
  45. Le prêtre s’adresse au feu du présent sacrifice, en face duquel il est assis (Comm. P.).
  46. « En particulier aux eaux employées dans le zôhr » (les libations du présent sacrifice) (Comm. P.).
  47. « À toutes les eaux en général » (Comm. P.).
  48. Màthra Speñta, Mahraspand. Màthra est proprement un commandement (farmân) : Màthra Speñta est l’ensemble des commandements divins et s’emploie comme un des noms des textes révélés : « c’est la parole d’Auhrmazd, l’Avesta » (Grand Bundahish, 208).
  49. verezyaṅuha : kâmak ahû, aighash kâmak pun minxishn Ivatâ zaki ahù ràst « c’est-à-dire que le désir de sa pensée est exactement en accord avec celui du maitre (N. : kâmam yat manasà saha svàminà tulyam karoti). verezyaṅuha est donc formé de verezi + ah-u (cf. 90), verezi signifiant « désir » (Études iraniennes, II, 274) et ahu « seigneur » : verezyaṅuha est la contre-partie de ahu vairyὸ.
  50. dàta vîdaèva ; l’expression intervertie a donné le nom du Vendidad : v. l’Introduction au Vendidad.
  51. daregha upayana ; dêr apar-ravishnîh ; Nériosengh le définit : çixàm adṛiçyarûpiṇm « le Génie de l’enseignement. »
  52. Daêna Màzdayasni ; litt. : « la Religion qui adore Mazda ».
  53. Ushidarena, litt. : « qui tient l’intelligence », ôsh-dâshtar ; appelée aussi Ushidà « qui donne l’intelligence » (Yt. I, 31) : la montagne inspiratrice et prophétique, l’équivalent iranien de l’Olympe grec, du Snowdon gallois, située dans le Saistàn (voir Yt. XIX, 66 et Bund. XII, 15).
  54. Asha-hvàthra pouru-hvàthra, î ahlâyîh khvàrih i pûr-khvârih : hv-âthra, opposé à duzh-àthra (Y. VIII, 17), est le persan khvàr, « à l’aise, aisé », opposé à dushâr « difficile », et n’a rien de commun avec hvarenὸ (Études iraniennes, I, 191).
  55. kavaèm hvarcuὸ « la Gloire royale », émanation de la gloire divine, qui donne à l’homme sur qui elle descend l’investiture divine, met en lui la vertu, le génie, la fortune ; cf. note 2 et voir tout le Yasht XIX. — kavi, p. kai, titre porté par les rois de la seconde des dynasties légendaires de la Perse, ou Kayanides (kayâni) ; cf. Yt. XIII, 132 ; XIX, 66-87.
  56. ahvareta, agrift (N. : agrihita) : c’est la Gloire religieuse, « la vertu sacerdotale » (khvêshkârih î asrûàn), laquelle ne peut, comme la Gloire royale, être arrachée par la force : « elle est insaisissable en ce que par l’instruction [seulement] (N. : par la vertu et l’effort) on peut se l’approprier » (apash a-griftih é aîgh pun farhang ὸ nafshà shâyat kartan). — Comparer « la lumière d’Auhrmazd, insaisissable, à la Druj » zak î Auhrmazd rôshanîh agriftâr pun Drûj (Bund., page 2, ligne 18).
  57. Ashi vanuhi, Ashish vangh (transcription du zend) et Ardishvangh (de * Arti, forme originale de Ashi), traduit par Nériosengh laxmi « la Richesse ». Ashi vanuhi est « la Bonne Richesse » : « sa bonté, dit Nériosengh, consiste en ce qu’elle protège la richesse des gens de bien et la secourt ; tous ceux qui mettent leur richesse en la possession d’Ormazd et s’en servent pour faire du bien aux bons, elle écarte d’eux leurs adversaires ». Voir le Yasht d’Ashi (Yt. XVII, texte et introduction).
  58. cisti vanuhi, farjânakîk (corriger ainsi, au lieu de farjânak, d’après Y. XXX, 9 c, d’après Nériosengh et d’après la forme du mot, cisti étant un abstrait) î shapir « la bonne science » ; Nériosengh traduit nirvâṇajhànam, ce qui revient, dans sa terminologie, à « la science du salut ». On trouve aussi la forme cista, Y. XXII, 22, 28.
  59. Erethé, Ras (simple transcription), cittam (N.) : peut-être ratio.
  60. Rasàstàt, traduit eu pehlvi ras âstishnîh ( « se tenir en Ras » ; N. : citta-sthiti), par décomposition du mot en ras-âsta. Le mot se décompose grammaticalement en * rasàt-tàt, abstrait d’une forme participiale présente. Nous le traduisons hypothétiquement comme un abstrait du précédent.
  61. Dahmayào vaṅuhyào âfritὸish ; littéralement : « la juste bonne Bénédiction » : il s’agit de la bénédiction des justes et probablement des justes décédés, car la prière qui porte ce titre (Y. LX LIX) est visiblement une bénédiction des vivants par les morts.
  62. dàmὸish upamanahê ; dàmi et dahma sont rendus par le même groupe en pehlvi, ce qui fait que Nériosengh rend dàmi comme dahma par uttama « homme de bien » ; le sens réel de dàmi est donné Y. X, 10, 26 : dànâk « sage ». Tandis que la bénédiction, pour être active, a besoin d’être exprimée, la malédiction agit par la seule force de la pensée. Ce sage qui maudit rappelle les terribles Rishis de la légende indienne, comme upamana rappelle directement le manyu védique. — Nériosengh a sur le rapport des deux formes du souhait la glose suivante : « le souhait (âçis) des justes est double ; il est en parole ou en pensée : le (bon) souhait, tout-puissant par la parole ; la malédiction, toute-puissante par la pensée. Le souhait des justes parcourt trois fois par nuit tout le monde vivant, pour le protéger, et veille pour conserver aux justes la fortune qu’ils méritent parleur vertu ».
  63. 62. avôhvarenào, av-khvar, N. : gavâm vasatis ; le persan âkhür.
  64. 63. anaghranàm raocanhàm hvadhàtanàm, la lumière infinie, consubstantielle à Auhrmazd.
  65. 64. rathwô berezatô : Ahura Mazda (Y. LVII, — LVI, 1, 10), considéré exclusivement dans son rôle de Ratu et comme le Ratu par excellence (d’après le Grand Bundahish, ainsi nommé parce qu’il parait quatre fois dans le mois comme Ratu de jour ; cf. l’Appendice au Sîrôza). Le mot est transcrit en pehlvi au lieu d’être traduit (ratpôk barzat au lieu de ratî buland) et parait traité comme une divinité particulière dans le Shâyast lâ Sh., XI, 4.
  66. 65. Le Vendidad Sadé remplace ces mots par la formule donnée à la note 14 (K4 donne la même variante que plus haut) : les épithètes « saint, maitre de sainteté » sont réduites au seul mot « maitre ».
  67. 66. paoiryô-tkaêshanâm ; on a beaucoup discuté sur le sens de cette expression, où l’on a cru voir les fidèles d’avant Zoroastre, les représentants d’une loi antérieure dont par exemple Vivanhant, Âthwya, Thrita, Pourushaspa et les autres adorateurs de Haoma auraient été les représentants ; mais on ne voit pas ailleurs trace de l’op-
  68. position d’une première loi à une nouvelle. Le sens précis de paoiryô-tkaêsha est donné par l’expression paoiryanàm tkaèshanâm paoiryanâm sâsnô gûshâm (Y. XXVI, 3, 10 ; cf. Yt. XIII, 149) « les premiers tkaèsha, ceux qui les premiers ont écouté l’enseignement » c’est-à-dire, comme le dit explicitement le commentaire pehlvi : « les premiers disciples de Zoroastre » (Pôryôtkêshân, fartûm nyôkshishu àmôzishnân ; man fartûm hâvisht i Zartûsht yahvûnt havâ-and). Dans la littérature pehlvie lés Pôryôtkêshân sont « les anciens sages » (dânâkan î pêshînîkân ; début du Dinkart, VI).
  69. 67. nabànazdishta, littéralement : « les plus proches de nombril », le nombril étant le lien matériel d’origine. Le terme s’applique aux neuf degrés les plus proches de parenté (N. : navânvayanikatânâm) : il s’agit très probablement de la parenté directe (anvaya) et non latérale, autrement dit de neuf générations d’ancêtres (cf. Vd. IV, 5, 25 ; Comm. P. ad XIII, 3, 7). Les proches parents invoqués sont ceux du Zaotar (nabânazdishtân î Zôt ; Pt4).
  70. 68. yazataêibyô : yazata, ph. îzat, p. izad, yazd, est le terme général pour une divinité : il signifie littéralement « qui doit recevoir le sacrifice » (de yaz ; cf. le védique yajata). En persan, le pluriel yazdân est devenu le nom de Dieu.
  71. 69. Il y a deux sortes de mondes, le monde matériel et le monde spirituel ; le premier, gaêthya, est celui que nous voyons et où nous vivons ; l’autre, maînyava, est celui des esprits, le monde invisible, le monde céleste. Il y a des divinités de l’un et de l’autre ordre : nulle part on ne donne le départ des deux classes de divinités et il y en a, comme les Amesha-Spentas, qui par leur double nature, appartiennent à l’un et à l’autre : Zoroastre est le seul Izad qui soit expressément désigné comme gaêthya (Vp. II, 4, 6).
    mainyava, formé de maînyu « esprit », signifie littéralement » spirituel », c’est-à-dire « qui ne peut être perçu que par l’esprit » ; les sens d’ « invisible » et « céleste » sont dérivés, mais sont devenus si dominants que le dérivé persan minô est devenu le nom du ciel et de la matière émaillée dont on le supposait fait.
    Les deux mondes sont appelés : tantôt gaêthya et maînyava sti (sti, ce qui est, le monde) ; tantôt gaêthya et maînyava dâman (dâman, création) ; souvent (gaêthya étant remplacé par astvant « corporel », et maînyava par sou parent manahya, dérivé de manô, ou par le génitif même de manô, mananhô) ; astvaiti sti, astvant ahu (ahu, le monde en tant qu’existant et vivant), astvaîtîsh gaêthâo et maînyava sti, manahyô ou mananhô ahu.
    De gaêthya est venu le nom persan du monde, giti, et du génitif pluriel gaêthanâm le doublet jîhân (pehlvi gêhân ; Études iraniennes, I, 66, n. 2, 68, 76) : gaêthya lui-même est un adjectif dérivé de gaêtha qui semble avoir désigné d’abord une propriété rurale (ibid., II, 130 ; Vd. XIII, 10, 28 ; Béhistûn, I, 65).
  72. 70. yasnyâca vahmyàca : îzishnômand nyâyishnômand « qui reçoivent l’îzishn (yasna) et le nyàyishn (vahma) », l’un étant le sacrifice, le second la prière.
  73. 71. Ou peut-être : « à cause de leur sainteté parfaite ».
  74. 72. On invoque, selon l’heure, le Gâh présent avec son Hamkâr. — Le Vendidad Sadé remplace cette invocation par celle du Dâta, sur les deux types donnés dans la note 14.
  75. 73. « En disant rien qui soit irrégulier » (aîghash danâ mandûm adastôharih gûft).
  76. 74. « Voyant ou assoupi » (pun nikirishn… pun sûtakih ; cf. Y. XIX, 5, texte et note).