Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume I/YASNA/Formules d’introduction.

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Traduction par James Darmesteter.
Texte établi par Musée Guimet, Ernest Leroux (I. La Liturgie (Yasna et Vispéred) (Annales du Musée Guimet, tome 21)p. cxix-4).







YASNA

INTRODUCTION


Deux Mobeds qualifiés[1] entrent dans l’enceinte du sacrifice et lient leur kosti : l’un d’eux, celui qui doit jouer le rôle de Râspî, lave et consacre les instruments du sacrifice et les prépare conformément au cérémonial du Paragra (v. plus haut) : après quoi, il pose la main sur le Barsom et s’assied.


Le Mobed qui doit jouer le rôle de Zôt prononce un Ashem vohû :

1. Ashem vohû. La sainteté est le bien suprême, et c’est aussi le bonheur. Le bonheur à celui qui est saint de la sainteté suprême !


Puis, debout devant la cuve à laver les instruments (la kundi), il prononce un Ahunvar :

Yathâ ahû vairyô [2]. Le désir du Seigneur est la règle du bien.

Les biens de Vohu Manô aux œuvres faites en ce monde pour Mazda !

Il fait régner Ahura, celui qui secourt le pauvre[3].


Il lave ses deux mains l’une après l’autre, en disant à chaque fois :

Khshnaothra Ahurahê Mazdâo. Ashem Vohû. « Réjouissance à Ahura Mazda ! Ashem Vohû. »

 

Les mains lavées, il se tourne vers le feu, le visage vers l’Orient, et dit :
Nemase tê[4] …Prière à toi, ô Feu d’Ahura Mazda, divinité bienfaisante et très grande !

Khshnaothra… Réjouissance à Ahura Mazda ! Ashem Vohû.

Fravarânê[5]… Je me déclare adorateur de Mazda, disciple de Zarathushtra, ennemi des Daêvas, sectateur de la loi d’Ahura ;

offrant sacrifice, prière, réjouissance et glorification à Hâvani[6], saint, maître de sainteté ;

offrant sacrifice, prière, réjouissance et glorification à Sàvaṅhi[6] et Vìsya[6] , saints, maîtres de sainteté ;

2. offrant sacrifice, prière, réjouissance et glorification au Feu, fils d’Ahura Mazda ; à toi[7] ô Feu, fils d’Ahura Mazda !

 

Le Zôt.
Le désir du Seigneur … — que le Zaotar me le dise !..

 

Le Râspi.
Le désir du Seigneur… — que ce prêtre Zaotar me le dise !..

 

Le Zôt.
C’est la règle du bien. Que l’homme de bien qui la connaît la proclame[8] !


Ensuite le Zôt s’approche du siège bas où il doit s’asseoir (le hindôrà) : il monte en récitant deux Ahunvar, l’un en mettant le pied droit, l’autre en mettant le pied gauche, et se tient debout sur le siège. Alors le Zôt et le Râspì font, s’il y a lieu, le Khoshnùman[9] de la personne ou du Génie à l’intention de qui est offert le sacrifice ; puis, joignant les mains, toujours debout, et le pouce du pied droit placé sur le pouce du pied gauche, ils disent :

 

4[10]. Frastuyê… Je loue et appelle les bonnes pensées, les bonnes paroles, les bonnes actions dans ma pensée, dans ma parole, dans mon action.

Je m’empare de toute bonne pensée, toute bonne parole, toute bonne action ; et je m’abstiens de toute mauvaise pensée, toute mauvaise parole, toute mauvaise action.

5. Je vous donne, ô Amesha-Speñtas, sacrifice et prière. Je vous donne ma pensée, ma parole, mon action. Je vous donne mon âme et la vie de mon corps.

6. Je fais l’éloge de la sainteté[11] : « La sainteté est le bien suprême et c’est aussi le bonheur. Le bonheur à celui qui est saint de la sainteté suprême ! »


Ici le Zôt plonge les mains dans la cuve, verse quelques gouttes sur le lien du Barsom, tourne le Barsom sur le Màhrù avec les deux mains, le prend dans la main gauche et dit :

 

7. Fravarânê… Je me déclare adorateur de Mazda, disciple de Zarathushtra, ennemi des Daêvas, sectateur de la loi d’Ahura ;

offrant sacrifice, prière, réjouissance et glorification à Hâvani, saint, maître de sainteté ;

offrant sacrifice, prière, réjouissance et glorification à Sâvañhi et Vîsya, saints, maîtres de sainteté ;

offrant sacrifice, prière, réjouissance et glorification aux Génies des jours, des veilles, des mois, des fêtes de saison, des années.

8. [12] Réjouissance[13] à Ahura Mazda, brillant et glorieux ; aux Amesha-Speñtas ;

à Mithra, maître des vastes campagnes, et à Râma Hvâstra ;

9. au Soleil immortel, brillant, aux chevaux rapides ;

à Vayu, le triomphant, qui écrase toutes autres créatures ; — à cette partie de toi, ô Vayu, qui appartient à l’Esprit du Bien ;
à la très droite Cista, créée par Mazda, sainte ;

à la bonne Religion mazdéenne ;

10. à la Parole Divine, sainte, qui exprime le désir du Seigneur ;

à la Loi ennemie des Daêvas, la loi de Zarathushtra ;

à la longue Tradition de la bonne Religion mazdéenne ;

à la Propagande de la Parole Divine ;

à l’Intelligence qui retient la Religion mazdéenne ;

à la Connaissance de la Parole Divine ;

à l’Intelligence naturelle, créée par Mazda ; à l’Intelligence acquise par l’oreille, créée par Mazda ;

11. au Feu, fils d’Ahura Mazda ;

à toi, ô Feu, fils d’Ahura Mazda, avec tous les autres feux ;

au mont Ushi-darena, créé par Mazda, siège de sainte félicité ;

12. à toutes les divinités saintes du monde spirituel et de ce monde ;

aux redoutables, victorieuses Fravashis des saints ;

aux Fravashis des premiers fidèles ;

aux Fravashis des proches parents ;

Pour sacrifice, prière, réjouissance et glorification.

 

13.
Le Zôt.
Le désir du Seigneur… que le Zaotar me le dise !..

 

Le Râspî.
Le désir du Seigneur… que ce prêtre Zaotar me le dise !..

 

Le Zôt.
C’est la règle du bien. Que l’homme de bien qui la connaît la proclame !

 

Ashem vohû (3 fois).

 

14. Réjouir Ahura Mazda ! écraser Angra Mainyu ! C’est le désir le plus ardent des fidèles loyaux. — Ashem vohû (3 fois).

15. Yathâ ahû vairyὸLe désir du Seigneur est la règle du bien.

Les biens de Vohu Manô aux œuvres faites en ce monde pour Mazda !

Il fait régner Ahura, celui qui secourt le pauvre (4 fois).

 

Le Zôt continue à tourner le Barsom sur le Màhrù : au quatrième Ahunvar, il répète par trois fois le mot final dadat vàstàrem « il secourt ».


  1. Ayant accompli les rites du grand Khôb (voir au Paragra).
  2. Voir le commentaire de cette prière au Hà XX.
  3. Voir le commentaire au Hà XIX. — Le nombre des Ahunvars dépend du caractère de la cérémonie : 10 pour le Yasna du jour Ormazd (le 1er du mois) ; 8 pour celui d’Ardà Frôhar ou des Gêthas ; 5 pour celui de Srôsh ; 4 pour celui des Gâhânbârs ; 2 pour celui du Sirôza ; 7 pour celui du Minô Nâvar.
  4. Âtash Nyàyish, IV.
  5. La profession de foi mazdéenne.
  6. a, b et c Voir Yasna I, Appendice B.
  7. Il s’adresse au feu du sacrifice, qu’il a eu face de lui.
  8. Forme dialoguée de l’Ahunvar : voir l’introduction au Hà XI..
  9. Formule exprimant que la cérémonie a lieu pour le Khoshnùman (khshnùmainê ; cf. Y. III, 1 ; VII, 1), c’est-à-dire pour la satisfaction ou réjouissance de telle personne ou telle divinité. Tahmuras donne comme exemple le Khoshnùman du Minô-nâbar qui débute ainsi : « Que ces bonnes pensées, ces bonnes paroles, ces bonnes actions viennent en Khoshnùman (en satisfaction) du Minô-nâbar et des Fravashis de tous les saints ! »
  10. §§4-5 — Yasna XI, 17-18 (Sp. XII) ; voir là le commentaire.
  11. staomi ashem : c’est-à-dire « je récite l’Ashem vohù. »
  12. 12. Les §§ 8-12 = Y. XXII, 23-27 [24-33] ; voir là le commentaire.
  13. khshnaothra, à la fin du § 12.