Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume III/Chapitre III/II

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Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1893.
Annales du Musée Guimet, Tome 24.


INTRODUCTION
CHAPITRE III
L’Avesta et les Arsacides
II.
L’état politique auquel se réfère l’Avesta est celui de l’Iran sous les Arsacides. — Les « Rois de Provinces » ou Mulûk tavâif (traduction du zend dahyupaiti).


II


L’hy|iothèse qu’une parlie de l’Avesla aurait élé rédigée sous les Arsacides explique un fait considérable, qui étonne au premier abord. C’est que l’orgaiiisalion politique de rAvcsla ne connaît pas un empire iranien avec un Roi des Rois. L’unité la plus haute de la hiérarchie politique est ladahyu, le pays, expression qui, dans les inscriptions de Darius, désignait les satrapies, les grandes provinces, et qui, dans l’Avesta même, a encore le même sens, bien que plus tard le mol ait singulièrement rétréci son extension . La dahyu se subdivise en zantu ou districts, la zantu en vis ou bourgs, le vis en nmâna ou maisons. A la lête de ces diverses subdivisions est le chef de dahyu, le dahyupaiti ; le chef de zantu, zantupaiti ; le chef de vîs, vîspaiti ; le chef de nmâna, nmânôpaiti. La hiérarchie sassanide a conservé la dahyu sous le nom de marz (ou balad), avec son gouverneur, le marz-bdn ; le zantu sous le nom de zand ou shehi’ (ou kùra, x«pa), avec le zandakpel ou xhahrig ; la vîs sur le nom de rûstdk, ou tasûg ou. astdn,diec Vaslandar ; mais au-dessus des marz est l’empire, au-dessus des inarzbân est le Shdlnnshâh -.

L’autorité politique la plus haute dans l’Avesta est donc le dahyupaiti, et l’état de guerre le plus usuel, après la guerre contre les hordes étrangères, contre les haênas, est la guerre des dahyupaitis entre eux. Le seul dahyupaiti universel que connaisse l’Avesta, le seul <- dahyupaiti de toutes les dahyus » c’est un dieu, Milhra. Ceci nous reporte à un temps oùlaréahté du pouvoir était partagée entre les chefs de province, sans chef suprême au-dessus d’eux pour établir l’ordre et la paix. La seule période de l’histoire iranienne qui réponde à cette description, nous la connaissons déjà*, c’est la période arsacide, la période des Rois de provinces, des Mu- 1. Voir vol. I, 28.

2. Voir vol. I, p. 27-32.

3. vîspanâm daliyunàm dainliupaitîm (Yasna H, II). 4. Voir plus haut, page xxvni. lùk lavtiif. Colle expression ni(>mc de Mulù/c latù’tj est la Iradurlion lilléralc du zend dahyu-paiti. Le milieu avcsléon est celui des MuU’ik lavai f. Les parties épiques de l’Avesla nous présentent, il est vrai, des princes qui sont rois de toute la terre, comme Yima, DaliAkii, Thraêlaona, Kavi-Usa, ou maîtres des peuples iraniens, comme Manushcithra, Kavi-Kavûla. Kavi-IIusravah, Kavi-Vislilàspa. Mais ce sont des héros de mylholojrio ou de légende, sans rallache à aucune réalité historique connue, régnant rnii mille ans comme Yima et Dahàka, un autre cinq cents ans comme Thraêlaona, ou cent vingt ans comme Kavi-Aurvataspaou comme Kavi-Vishl ;spa. Tous, sauf Vîshtûspa, sont antérieurs à l’apparition de Zoroaslre : Vishtàspa, le dernier, est le prolecteur de Zoroastre et avec lui finit l’histoire : la légende avestéennc proprement dite s’arrête avec lui et les chronographes ont été ohligés de le rattacher artificiellement au présent de l’Iran en lui donnant pour descendants les derniers Achéménides dont ils avaient rappris le nom des chroniques grecques. Cela revient à dire que si la légende du passé pré-zoroaslrien connaît des dynasties royales, le milieu /.oroastrien lui-même n’en connaît pas. Vîshiâspa lui-même dans les Gûlhas n’a point la physionomie d’un Roi des liois : c’est un prince qui a donné sa protection à Zoroaslre contre d’autres princes’ : rien ne le dislingue des dahvupaitis ordinaires.

1. Voir plus lias, cliapitre vi.

T. m.