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Le brave chevalier Landry (Imagerie d’Épinal — Estampe 1896)

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PELLERIN & Cie,
imp.-édit.
LE BRAVE CHEVALIER LANDRY IMAGERIE D’ÉPINAL, No 351

Il était une fois un roi puissant, père d’une fille belle comme le jour et douée de toutes les qualités du cœur et de l’esprit. La reine étant morte peu de temps après la naissance de cette fille, le roi avait reporté sur celle-ci tout son affection, et il était bien payé de retour, car elle le chérissait et l’entourait des soins les plus tendres et les plus dévoués. Ce prince, aimé de ses sujets et respectés de ses voisins, eut été le plus heureux des mortels sans un dragon redoutable qui désolait son royaume. Toutes les tentatives faites contre le monstre avaient échoué ; les plus braves chevaliers y avaient succombé, et personne n’osait plus tenter l’aventure. En cette extrémité, les conseillers du roi lui déclarèrent qu’il n’était, suivant eux, qu’un moyen de susciter de nouveaux dévouements : c’était de promettre au vainqueur, quelqu’il fût, une récompense telle qu’il ne s’en pût concevoir de plus haute. Et pressés de préciser, ils durent ajouter, non sans embarras, qu’ils entendaient parler de la main de la princesse.

Adopter ce parti suprême, c’était exposer sa fille chérie à tomber sur quelque batailleur indigne que le sort favoriserait ! Après de bien cruelles hésitations, le roi s’y décida pourtant.

Il en fut fait une proclamation dans tout le royaume ; mais la terreur était si grande qu’un seul champion répondit à cet appel. C’était un jeune chevalier du nom de Landry, dont le père, ruiné par les Croisades, ne lui avait laissé pour tout bien que l’armure qu’il avait portée en Palestine. S’en étant revêtu il se présenta au roi, qui, ravi de sa bonne mine, lui fît cadeau d’un magnifique coursier ; l’enfourchant aussitôt, le jeune brave se dirigea résolument vers les montagnes qui servaient de retraite au monstre.

Comme il s’engageait dans une sombre forêt, il rencontra une pauvre vieille qui lui demanda où il allait ainsi : « Combattre le dragon, bonne mère, répond-il. — Hélas ! beau chevalier, vous courez à la mort ! — Qu’importe ! répondit Landry, je n’ai rien à perdre si je suis vaincu, et tout à gagner si je suis vainqueur. Mais quel chemin dois-je prendre ? — Mon enfant, les deux routes qui s’ouvrent devant vous mènent à la caverne du monstre. Allez donc et que Dieu et Saint Georges vous protègent. »

Cela dit, la vieille s’éloigna. En bon chevalier, Landry, avant de s’engager sur le chemin qui devait le conduire à la victoire ou à la mort, mit pied à terre et, ayant planté dans le sol son épée dont la garde symbolisait la croix, s’agenouilla devant elle pour adresser une fervente prière à Dieu et à Saint Georges.

Puis il se mit en route plein de courage et d’espoir. Au bout de trois jours, il arriva devant la caverne du dragon. Celui-ci, entendant les pas du cheval, sortit aussitôt de son antre en poussant des sifflements terribles et en dressant ses trois horribles têtes. Landry recommanda son âme à Dieu et piqua droit sur lui, la lance en arrêt, avec une telle vigueur qu’il le perça de part en part. Cette blessure n’arrêta pas le monstre, qui faisant subitement volte-face, envoya d’un coup de sa queue puissante cheval et cavalier rouler sur le sol. Un instant étourdit par la violence du choc, le chevalier put néanmoins se relever assez à temps pour reprendre la lutte.

À ce moment, en effet, le dragon se jetait de nouveau sur lui : d’un formidable coup d’épée Landry tranche net l’une des trois têtes ; mais, malgré sa valeur, c’en est fait du brave chevalier, car deux gueules menaçantes se dressent encore devant lui et saisissent son bouclier pour le désarmer…… Quand, ô miracle ! elles se rejettent en arrière en exhalant une fumée noire et infecte. Le bouclier, qui avait appartenu à son père, avait été jadis béni par le Patriarche de Palestine, et le dragon s’y était brûlé. Profitant de son trouble, Landry abat les deux autres têtes et le monstre expire à ses pieds.

Le jeune héros commença par remercier Dieu et Saint Georges, son patron ; puis, ayant attaché les trois têtes du dragon à sa selle, il les rapporta au roi qui fut émerveillé de son courage.

Le roi mit aussitôt à exécution sa promesse et lui donna la main de sa fille en se félicitant d’avoir trouvé un gendre aussi noble et aussi valeureux. Le brave chevalier Landry devint un grand prince, et, après la mort de son beau-père, hérita du pouvoir royal qu’il exerça toujours avec gloire et sagesse.