Le château de Beaumanoir/23

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Mercier & Cie (p. 152-154).

XXIV

UN SECOURS OPPORTUN.


Claire le reconnut et se précipita à sa rencontre :

— Oh ! sauvez-moi ! je suis perdue ! s’écria-t-elle.

L’énergie factice qui l’avait soutenue jusque-là l’abandonna et à demi évanouie, elle s’affaissa dans les bras de M. de Vaudreuil.

C’est alors seulement que celui-ci la reconnut.

— Comment ! c’est vous, Claire ? dit-il. Mais qu’avez-vous donc, quelle est cette épouvante ?

— C’est cet homme… j’ai peur…

— Qui donc ?

Bigot s’avança, embarrassé, et balbutia :

— Croyez, Monseigneur, que mademoiselle se méprend… sur…

— Que s’est il donc passé ? reprit M. de Vaudreuil en regardant alternativement Bigot et la jeune fille.

— Rien, Monseigneur, répondit l’intendant, rien qui vaille la peine d’en parler, rien qui puisse vous intéresser.

— Voyons, Claire, parlez, fit le gouverneur. Vous paraissez souffrante !

— Monseigneur !

— Parlez ! que craignez-vous ?

— Monseigneur, dit-elle, vous êtes noble, vous êtes puissant, vous êtes bon, protégez-moi !

— Vous protéger ? Et contre qui ?

— Contre cet homme.

Et d’un geste superbe, Claire désigna Bigot.

— Contre cet homme, ajouta-t-elle, qui a arraché à mou père la promesse de ma main, cet homme qui me force à écouter son amour quand il sait que je le méprise, cet homme qui menace de torturer mon père, si je ne l’épouse pas ?

M. de Vaudreuil regarda Bigot qui restait impassible au milieu du salon.

— Claire, dit-il, vous êtes femme et je suis gentilhomme, par conséquent vous auriez droit à ma protection ne vous fut-elle pas déjà acquise à d’autres titres. Ne craignez rien et allez rejoindre Blanche qui vous cherche, inquiète, avec Dorothée au jardin. Laissez-moi seul avec monsieur l’intendant.

Il déposa un baiser paternel sur le front de la jeune fille qui disparut bientôt dans l’obscurité du long couloir.

— Et maintenant à nous deux, M. l’Intendant, dit le gouverneur. Afin qu’il n’y ait personne pour surprendre ce que je vais avoir l’honneur de vous dire, veuillez me suivre dans mon cabinet où nous trouverons de la lumière.