Le petit Poucet et la Grande Ourse/Avant-propos
Ce travail, qui a déjà paru dans le tome premier des Mémoires de la Société de linguistique de Paris, est imprimé sous cette nouvelle forme, revue, corrigée et augmentée, depuis bientôt trois ans. S’il n’a pas été publié plus tôt, c’est que je désirais le munir d’une préface que je n’ai pas écrite. Je ne comptais pas la faire bien longue, car ç’eût été charger mon petit héros d’un fardeau disproportionné, mais précisément parce que je voulais dire beaucoup de choses clairement et en peu de mots, je n’ai pu jusqu’ici trouver en même temps le loisir et la disposition nécessaires. J’aurais exposé dans cette préface l’état actuel de la science dans la question de l’origine des contes ; j’aurais émis à ce sujet quelques vues personnelles, et surtout j’aurais indiqué la méthode qui, suivant moi, doit être appliquée à ce genre d’investigations. Je regrette de n’avoir pas écrit cette dernière partie : mon mémoire, tel qu’il est, pèche précisément du côté de la méthode, et je tenais à montrer que je n’ignorais pas les règles qu’on peut me reprocher de n’avoir pas rigoureusement suivies. Mon étude sur Poucet, qui paraît avec la date de 1875, remonte à 1868 ; elle est en réalité mon premier pas dans un domaine nouveau pour moi. Je ne me dissimule pas qu’on y sent quelque tâtonnement. J’ai suivi l’ordre dans lequel les faits et les idées se sont successivement présentés à moi, plutôt que celui dans lequel ils s’enchaînent en eux-mêmes. La conclusion peut paraître aventurée, et elle a été, dans le sein de la Société où j’ai lu mon travail, l’objet de critiques dont certaines sont peut-être fondées. J’aurais aussi voulu répondre à ces objections, mais si je remets encore à beaucoup de lendemains, mon petit livre ne sortira jamais de la prison noire où comme Daümling lui-même, il est enserré depuis si longtemps. L’occasion de dire ce que je voudrais dire sur ces questions se retrouvera ; celle de mettre au jour ce petit volume se présente si bien que je la saisis. Chargé de représenter l’école des hautes Études au jubilé trois fois séculaire de l’Université de Leyden, je n’ai pas voulu arriver les mains tout-à-fait vides : c’est un bien petit cadeau que j’offre à mes savants collègues ; puissent-il dire : δόσις γ’ ὀλίγη τε φίλη τε !
Je joins encore ici une variante languedocienne qui m’a été communiquée l’année dernière par M. Langlade, le félibre de Lansargues, que j’en remercie vivement. M. Mistral m’a dit que le conte, sous une forme très-voisine, était populaire en Provence ; le héros y porte le nom, difficile à traduire, mais explicable par les inconstances de sa naissance (cf. Pantagruel, II, 27) de Pedoun-Pedet. Quant à celui de Peperelet, il est identique au Grain-de-poivre grec.
I’aviè na fes una fenna que faguèt un enfant tan pichotet, pichotet, pichotet, qu’èra pas pus gros qu’una fura : es pèr acò que lou batejèroun Peperelet. Mès amai seguesse pichotet èra talamen brave que sa maire n’èra bauja. Tabe quand s’en anèt soul pèr la paga, qu’èra tan brave, d’un sugaman ie faguèt un parel de braietas, una camisa, un pichot bourdou, un boumbetet et una bounetela : emb’ acò semblava un omenet.
Un jour que sa maire aviè quioch, ie fai : « Peperelet, vai t’en pourtà quela fouasseta à toun paire e à tous fraires que buscaioun dines lous bos. » E Peperelet qu’èra de bona commanda : « Oui, s’hou dis, maire, ie vou. » Pren la fouasseta jouta soun brasset, e dran dran s’en vai coum’ un omenet. En camin véi veni lou loup ; pecaire ! se dona pòu e vai se rescondre jout’un caulet. Lou loup passet sens lou véire ; mès la vaca que trevava pèr aqui mangèt lou caulét amai lou paure Peperelet.
Après un brieu, sa maire que lou vei pa veni, vai defora en lon sounan : res ie respond. A la fin qu’a proun sounat : « Peperelet ! Peperelet ! » ausis una vosseta que ie respond : « Soùi aici, maire. — Ounte ? — Dins lou ventre de la vaca. » La maire mena la vaca à la jassa, e quand caguèt, caguèt Peperelet embè la bousa. Alors sa maire lou prén, lou mes dins una gauda plena d’aiga, pioi lou lava ben, l’assuya ben, ie lava sa fata, e quand saguèt seca, ie carga sa camiseta, sas braietas, soun pichot gourdoun, soun boumbetet, e lou gal cantèt, e la sourneta feniguét.