Le petit Poucet et la Grande Ourse/Notes
1. Dictionnaire étymologique de la tangue wallonne, par Ch. Grandgagnage. 1e partie (Liège, 1837), p. 153. — Tous les philologues regrettent vivement que ce beau travail n’ait pas été terminé par l’auteur ; la seconde partie, parue en 1850, ne va pas jusqu’à la fin de la lettre o ; la suite n’a pas été publiée.
2. Voy. Schwarz, Sonne, Mond und Sterne (Berlin, 1864), p. 275 ss. — Ἔσπερος, ὃς κάλλιστος ἐν οὐρανῷ ἴσταται ἀστήρ (Hom. Il. XXII, 318).
3. Max Müller, Lectures on the Science of Language, second series (London, 1864), p. 359. — Traduction française (Paris, 1867), Nouvelles Leçons, t. II, p. 83.
4. Gr. ἄμαξα, lat. plaustrum lang. rom. carrum, lang. slav. wos, all. wagen D’après Dupuis, Origine de tous les cultes (éd. de 1822), t. VI, p. 189, les Égyptiens appelaient le chariot vehiculum Osiridis. — Le plus ancien exemple français est ce vers de Wace : Tot dreit devers Setentrion Que nos char el ciel apelon (Rou, v. 98).
5. Les peuples slaves accentuent même ce trait, car plusieurs d’entre eux appellent la constellation « roues » au lieu de « char ».
6. Voy. Preller, Rœmische Mythologie, 2e éd. (Berlin, 1865), p. 291. — On explique généralement ce nom de temo par « char », c’est-à-dire que la partie serait prise pour le tout ; il est clair en tout cas que cette partie ne saurait faire défaut, et que si on appelait un char temo, c’était un char qui avait un timon. M. Max Müller doute que jamais le nom de temo ait réellement désigné la constellation tout entière. « Varron, dit-il (l. l. p. 365 ; trad. fr. p. 88), dit qu’on l’appelait boves et temo, « bœufs et timon », mais non pas qu’on la nommait soit « bœufs » soit « timon » ; nous pouvons bien nous représenter les quatre étoiles comme des bœufs, et les trois de devant comme le timon ; ou encore les quatre étoiles comme le char, une comme le timon, et deux comme les bœufs ; mais personne, je pense, n’a pu appeler les sept ensemble « le timon ». On objectera que temo, en latin, signifie non-seulement « timon » mais « char », et doit être pris pour l’équivalent de ἅμαξα. Cela pourrait être ; seulement on n’a jamais démontré que temo signifiât « char » en latin ; Varron l’affirme sans doute, mais nous n’en avons pas d’autre preuve. » L’auteur montre en effet que, dans les passages où on a l’habitude d’interpréter temo par « char », il signifie simplement « timon ». — Mais le passage de Varron est d’autant plus probant qu’il ne semble pas à cet endroit l’appliquer à la constellation : « Temo… et plaustrum appellatum, a parte totum, ut multa (De ling. lat. VII, 75). » D’ailleurs l’analogie de l’anglo-saxon, que M. Müller cite lui-même, paraît décisive. — En outre il m’est impossible d’admettre que boves et temo doive être regardé comme une seule expression ; je ne me figure ni l’une ni l’autre des représentations admises par M. Müller ; je comprends qu’on voie dans la Grande-Ourse un char à timon, ou, sans s’occuper du timon, un char traîné par trois bœufs (boves et plaustra dans Properce, III, 5, 35) ; je conçois aussi qu’on ait pris les sept étoiles pour sept bœufs (voy. ci-dessous à propos de septemtriones), mais je ne pourrais comprendre qu’on eût appelé la constellation « les bœufs et le timon » ; et en fait on ne trouve jamais cette expression, seule admissible d’après M. Müller, de boves et temo. On trouve temo seul, et, soit qu’il signifie « le char », soit qu’il veuille dire simplement « le timon », ce nom implique toujours la conception des quatre étoiles comme formant un char. Que signifierait un timon tout seul placé devant quatre bœufs ? — Le passage de Varron est fort peu clair ; on y lit (éd. O. Müller) : « Has septem stellas Graeci vocant ἅμαξα, nostri eas septem stellas boves et temonem et prope eas axem ». Par axis, il faut entendre, je crois, bien que ce mot ait signifié « char », le pôle arctique, qu’on trouve souvent ainsi désigné.
7. Voy. Grimm, Deutsche Mythologie, 3e éd. (Gottingen, 1854), page 687 ; cf. ibid. page 138.
8. Grimm dit (D. M., p. 688) que ce moi désigne en tchèque Bootes ; mais je pense qu’il y a là une erreur, à moins que ogka, diminutif de oge, « timon, » n’ait été appliqué à Bootes comme au voisin du véritable timon.
9. On sait qu’anciennement pour battre le blé on faisait passer dessus des bœufs dont les pas pesants remplaçaient nos fléaux actuels ; on emploie encore en Orient, en Espagne, un procédé très-analogue. — On se rappelle le touchant précepte de la loi juive (Deuter. XXIV, 4) : « Tu ne lieras pas la bouche à ton bœuf quand il bat le blé dans l’aire ».
10. C’est ce qui avait fait donner à la constellation, en grec, le nom de ἑλίκη ; on peut voir dans le Thésaurus, aux mots ἑλίκη et στρόφας, de nombreux passages qui prouvent que les Grecs avaient fait attention a ce phénomène. — Dupuis, Origine de tous les cultes, t. I, p. 194, dit que les courses de char figuraient, par leur retour sur elles-mêmes, le mouvement de ces sept étoiles. — Je reparlerai plus loin de cette particularité.
11. Grimm, D. M., p. 687. — Un mot du langage neuchatelois se rapporte probablement à cette croyance : « Char voinguet. Se dit du mouvement de va-et-vient d’un objet quelconque. Appliqué aux personnes, ce terme signifie : aller et venir (Bonnote, Glossaire neuchatelois, Neuchâtel, 1867, p. 290). » C’est une allusion au va-et-vient perpétuel de la Grande-Ourse, qui doit s’appeler ou s’être appelée char voinguet en neuchatelois. La seconde partie du mot est une altération du wagen allemand, ou peut-être de Woonswaghen, Woenswaghen, char de Wuotan (cf. Grimm, D. M., p. 138), — Cf. aussi Kuhn, Sagen, Gebrauche und Mærchen aus Westfalen (Leipzig, 1859), t. II, p. 87.
12. On trouve aussi en allemand Siebenstern ou Siebengestirn pour la Grande-Ourse ; voy. Schambach et Müller, Niedersœchsische Sagen (Gœttingen, 1855, p. 68). Elle a été appelée en grec ἔπταστρον.
13. Voici le passage obscur et altéré de Varron (notez qu’il suit immédiatement celui que j’ai cité plus haut, et qu’il semble confirmer par conséquent (enim) l’interprétation de boves comme appellation indépendante) : « Triones enim boves appellantur a bubulcis etiam nunc maxime quom arant terram ; e quis ut dicti valentes glebarii qui facile proscindunt glebas, sic omnis qui terrant arabant a terra terriones unde triones ut dicerentur e detrito. »
14. Les passages de Servius où l’explication de Varron se trouve reproduite n’ont sans doute pas d’autre base que cette explication même, comme le montrent ces mots : « Varro ait boves triones dici (Ad Aen. III, 516, éd. Lion). » Mais il est possible qu’il ait eu sous les yeux un texte de Varron meilleur que le nôtre, où se serait trouvée l’étymologie de terere pour *teriones triones (cf. O. Müller sur Varron), d’après cet autre endroit : « Proprie triones sunt boves aratorii qui terram terunt (I, 743) » ; il est vrai que tes trois derniers mots manquent dans beaucoup de manuscrits. — On trouve également dans Festus (éd. Egger, p. 225) : « Septentriones septem stellae appellantur a septem bobus junctis, quos triones a terra rustici appellant, » et il est possible que l’auteur, qui substitue rustici aux bupulci de Varron, ait connu par lui-même cet usage populaire du mot. Cependant il est plus probable que Verrius Flaccus (dont Festus n’est, comme on sait, que l’abréviateur) avait puisé ce mot à la même source que Varron ; voyez la note suivante.
15. « Quare quod ἅμαξαν Græci vocant, nos septentriones vocamus ?… Vulgus grammaticorum septentriones a solo numero stellarum dictum putat, triones enim per sese nihil significare aiunt… Sed ego quidem cum L. Aelio et M. Varrone sentio, qui triones rustico certo vocabulo boves appellatos scribunt, quasi quosdam terriones, hoc est arandae colendaeque terrae idoneos. Itaque hoc sidus… nostri veteres a bubus junctis septentriones appellarunt, id est a septem stellis, ex quibus quasi juncii triones figurantur (A. Gell., II, 21). »
16. Trio se trouve bien expliqué par bos (oss en allemand) dans un glossaire du moyen-âge (voy. Diefenbach, Glossarium latino-germanicum), mais le mot provient sûrement de Varron.
17. Tacite mentionne un Fulcinius Trio, et on a plusieurs médailles d’une famille Lucretius Trio. Une de ces médailles porte, en allusion au nom de la famille, la lune et les sept étoiles (voy. Eckel, Doctrina numorum veterum, t. V, p. 259).
18. On sait combien les noms d’animaux sont fréquents comme surnoms romains ; je citerai Anser Aquila Asellus Asina Barrus Bestia Burdo Buteo Caper Capella Corvus Lupus Merula Murena Mus Masca Mustela Noctua Ovicula Pulex Pullus Scrofa Stellio Taurus Turdus Ursus Vacca Vaccula Verres Vitulus.
19. Hygin, Poet. Astron., IV, Artophylax. Cette légende ne se retrouve pas complète ailleurs ; la plupart des autres récits ne parlent pas du char et s’intéressent surtout à Erigone ; voy. p. ex. Apollodore, Bibl. III, 14, 3 (éd. Heyne, p. 361) ; Sckol. Iliad., X, 29 (éd. Bekker, 5 88 a), etc. Icarios (appelé aussi en latin Icarus, p. ex. par Tibulle, IV, I, 10) est pourtant souvent mentionné comme menant au ciel un char ou des bœufs : Flectant icarii sidera tarda boves (Properce, cf. Max Müller, I. 1.) ; plus souvent on parle du chien d’Icarios, qui est la Canicule.
20. Remarquez ici la plus ancienne histoire, sans doute, qui se rapporte à ce qu’on peut appeler le cycle du chien de Montargis. M. Guessard ne l’a pas citée dans l’érudite et piquante Préface de son Macaire.
21. Hygin, ibid., s’appuyant sur Petellides de Gnose ; je n’ai pas rencontré ce récit ailleurs.
22. Grimm parle également du hongrois Gontzol, qui aurait inventé le premier char ; la Grande-Ourse s’appelle en magyare Gontzol szekere, « le char de Gontzol. »
23. Voici quelques variantes de cette histoire. « Les habitants de Horn voulaient à toute force manger du saumon ; un jour, croyant qu’un charretier qui passait par chez eux en conduisait, ils l’épièrent et le tuèrent. Le meurtrier est condamné à mener éternellement un char (Kuhn, Westfælische Sagen, Leipzig. 1859, t. I, p. 222). » On voit qu’ici on a oublié que le char et le charretier sont au ciel. — À Brème on raconte qu’un charretier, malgré des présages significatifs, attela le vendredi saint ses trois chevaux à son char et les excita ; comme ils ne voulaient pas marcher, il leur cria : En avant, au nom de Satan ! sur quoi il disparut, et depuis lors il est obligé tous les soirs de conduire, au ciel, un char à reculons (Ib. p. 223). — Un paysan voulait, le vendredi saint, aller chercher du bois dans la forêt, comptant que le garde n’y serait pas ce jour-là, etc. Le paysan a été transporté dans le ciel et il y conduit éternellement le Chariot (Schambach et Müller, no 95, 2), — Un charretier ait qu’il donnerait sa part de paradis pour mener toujours sa voiture. Aussi a-t-il été transporté dans le ciel avec son char pour le conduire éternellement. Jusqu’à minuit il monte, depuis minuit il redescend (Ib., no 95, 2). Ce dernier trait se retrouve dans Kuhn et Schwartz, Norddeutsche Sagen, Leipzig, 1848, no 424. Il se rapporte à ce qui a été dit plus haut (p. 10 et note 11). — Un charretier marchait le jour de Pâques ; sa voiture s’arrêta subitement ; il attacha alors ses trois chevaux à la file du côté gauche. Il est condamné à conduire éternellement au ciel (Ib. p. 345). Ce trait est fort ancien ; il cherche à expliquer la disposition particulière des trois étoiles de devant de la Grande-Ourse. — Le bon Dieu avait un charretier qui le servait très-mal, et qu’il punit en le condamnant à mener éternellement le char céleste (Müllenhoff, Schleswig-Holsteinsche Sagen, Kiel, 1845, p. 300). — On voit que le charretier éternel est tantôt puni, tantôt récompensé ; l’un et l’autre motif est moderne, comme tous ceux du même genre : l’ancienne tradition se bornait au récit d’un fait : le sentiment a voulu ensuite donner à ce fait une signification morale ou religieuse. C’est là un trait presque universel dans l’histoire des légendes.
24. « Son chariot (au charretier éternel) est la Grande-Ourse ; quatre des étoiles représentent les roues, les trois autres sont les trois chevaux attelés (Schambach et Müller, l. l., no 95, 1). — « Hackelberg (voy. ci-dessous, note 25) est dans le char céleste ; son valet est sur l’un des chevaux (Ib, p. 345). » — « Le charretier est la petite étoile au-dessus du timon (Kuhn et Schwartz, l. l., no 424). » — « Le charretier éternel est assis au-devant du char (Kuhn, Westfælische Sagen, II, no 270). » — « Les quatre étoiles qui forment un carré sont les roues du char ; les trois étoiles de devant sont les trois chevaux ; sur te cheval du milieu est le charretier (Ib. no 271). » — « La petite étoile au-dessus du timon est le charretier (Ib. no 272). » — « L’ancien valet du bon Dieu a son siège sur le timon du chariot céleste (Müllenhoff, l. l.). »
25. Il ne faut pas confondre avec les croyances relatives à un conducteur réel du char celles qui attribuent le char à un personnage mythique dont il porte le nom. Celles-là sont vraisemblablement postérieures : elles sont nées, comme un très-grand nombre de légendes analogues, du désir de rapporter une tradition très-populaire à un nom également illustre (cf. p. ex. Revue critique, 1870, t. I, art. 31). C’est ainsi que le chariot s’appelait char d’Osiris chez les Égyptiens (ci-dessus, n. 4) » qu’il s’est appelé en France chariot de David, en Normandie char saint Martin, en Allemagne char d’Élie (Kuhn, Westfælische Sagen, no 272), de saint Pierre (ib. no 272). Je range dans la même catégorie la dénomination de char de Thor (Grimm, D. M., p. 607 ; Manhbardt, Germanische Mythen, Berlin. 1858, p. 142, note 3) en Suède » celle de char de Hackelberg dans certaines parties de l’Allemagne, celle de char de Charles (c’est-à-dire sans doute de Charlemagne) en Scandinavie (Kartvagn) et en Angleterre Charleswain), si toutefois ces derniers noms doivent être expliqués ainsi, et n’ont pas plutôt le sens général de l’expression suisse herra-waga, « char du seigneur » (Grimm, D. M., p. 687). On remarquera que la plupart de ces personnages ont dans leur légende quelque rapport avec un char (pour Charlemagne voy. Histoire poétique de Charlemagne, p. 440), ce qui a déterminé le nom donné au char céleste. Il en est peut-être autrement pour le nom allemand de char de Wuotan ; j’en reparlerai plus tard.
26. P. 125.
27. D’après Bayer, les Arabes donneraient aussi à cette étoile le nom d’alcor, qui signifierait « cavalier ; » voyez son Uranometria, Ulm, 1697, p. 4 ; et Grimm, D. M. p. 689, assure que les traditions orientales sont d’accord sur ce point. Toutefois M. Defrémery a bien voulu m’avertir que d’une part cette dénomination lui est inconnue et que d’autre part le mot alcor, qui a en arabe beaucoup de significations, n’a nullement celle de « cavalier ». Je ne saurais pas dire à quelles sources a puisé Bayer pour établir la nomenclature arabe des étoiles. — On trouve aussi en allemand reiterlein, knechtfink (Grimm, ib.).
28. Le valet chassé par le bon Dieu s’appelait Hans Dümke (Müllenhoff) ; le charretier s’appelle ailleurs Dümeken (Kuhn, no 271) ; en Westphalie, il s’appelle aussi zupdümken (Kuhn, no 270 ; altéré dans le no 271 en supdümeken que personne ne comprend plus), parce que « jusqu’à minuit il monte, à minuit il retourne sa voiture, zupt he torügge » ; cf. ci-dessus n. 10.
29. C’est, je pense, ainsi qu’il faut lire, et non pas « dümeke, fuhrman, » comme fait Grimm. Je n’ai pu malheureusement trouver le livre de Praetorius, de suspecta poli declinatione (Leipzig, 1675).
30. Le conte de Caroline Stahl (Wien, 1819) analysé par Grimm, K. M., t. III, p. 332, ne semble pas populaire et n’a d’ailleurs aucun trait intéressant pour notre sujet.
31. Il s’agit ici de la province autrichienne d’Esclavonie, entre le Danube, la Save et la Drave. Ces contes ont été publiés en allemand, et l’éditeur, Vogl, paraît avoir beaucoup délayé les récits sur lesquels il se fondait. — Je dois une copie de ce conte extrêmement prolixe à l’obligeance de mon ami R. Koehler, bibliothécaire de Weimar.
32. Analogue mais plus court dans Birlinger.
33. Il est probable que cette histoire ne se rapporte pas originairement à la naissance de Poucet, mais à celle d’un peuple de nains, comme les légendes du même genre qu’on retrouve en Inde et en Grèce.
34. Il n’est pas besoin de faire remarquer l’analogie de ce récit singulier avec l’histoire de la naissance d’Orion.
35. Je donne le conte roumain à part, parce qu’il se comporte d’une façon bizarre. Il a conservé le caractère merveilleux de la naissance du héros, mais ce qui était d’abord divin est devenu diabolique, au moins de nom, car le récit demeure aussi innocent que les autres. « Un homme et une femme qui étaient mariés n’avaient pas d’enfants et voulaient à toute force en avoir un. Ils se mirent en route pour se chercher un enfant ; l’homme allait d’un cité de la route, la femme de l’autre. L’homme alla, alla, et vit sur le chemin une souris. Il la prit, et bientôt rencontra sa femme. Il lui demanda : N’as-tu rien trouvé ? — Non, dit la femme ; et l’homme lui montra la souris et dit : Moi j’ai trouvé quelque chose. Là-dessus ils rentrèrent chez eux, et prirent plaisir à la souris comme à un bel enfant. » — Et plus tard : « Or la souris n’était autre que le diable lui-même, et il se changea tout à coup de souris en un garçon gros comme le poing. » Il est évident que le diable et la souris sont introduits là postérieurement, et que le conte n’est pas bien caractérisé par le titre que lui a donné M. Staufe : « Le petit diable. »
36. Haug, 200 Hyperbein auf Herrn Wahls ungeheure Nase (Brunn, 1822).
37. Anthologia latina, éd. Riese (Leipzig, 1869), t. I, p. 151.
38. Les Touches du Seigneur des Accords (éd. de Rouen, 1648), p. 64 ss. Tabourot dit avec raison au lecteur (p. 13) en terminant son petit groupe d’hyperboles : « Regarde ce que j’ai dit, Et que les Grecs ont escrit ; Tu diras, comme je croy, Qu’ils sont plus menteurs que moy. »
39. « D’une feuille on fit son habit… Le chat l’a pris pour une souris… Dans ma paillasse il se perdit, etc. »
40. Le conte souabe sépare tout à fait l’absorption de Poucet par la vache de son labourage et transporte cet incident à un autre endroit. Il a gardé ce trait ancien, en commun avec l’albanais, que le loup (alb. renard), ayant avalé Poucet avec l’estomac de la vache, n’a plus de repos : « Il se mit à crier : Le loup arrive ! le loup arrive ! jusqu’à ce que le loup se sauvât. Mais les gens prenaient ce loup pour le diable et n’osaient pas l’attaquer. Enfin pourtant ils le tuèrent. » La manière dont le renard meurt dans l’albanais est ici attribuée (bien que défigurée) au chevreuil qui a avalé Poucet après le loup : « Il cria de toutes ses forces : Au chevreuil ! au chevreuil ! tant que le chevreuil prit peur et s’enfuit. Dans sa terreur, il sauta par dessus un rocher et se tua. Mais Poucet y perdit aussi la vie, et ainsi le petit Poucet mourut pour savoir trop crié. » Ce dénouement ne se trouve dans aucun autre conte et est tout à fait moderne. Le petit Poucet ne meurt pas : j’ai déjà dit plus haut que c’est un dieu.
41. Voyez l’introduction de M. Carew Hazlitt à son édition dans les Remains of the early popular poetry of England (London, 1864 ss.), t. II, p. 167 ss.
42. Je ne vois de populaire que les trois pence que Tom Thumb gagne à la cour, et qu’il rapporte à son père, courbé sous le faix et suant d’ahan, afin de l’enrichir pour toujours (cf. ci-dessus le kreuzer du conte allemand).
43. Daum (Daümchen Daümling Daumenlang Daumesdick Dümke etc, — Tommeling Tommdiden — Thumb Thumbkin) est le nom de notre héros dans toutes les langues germaniques. Il est clair que c’est à une époque relativement récente que ce nom a été augmenté d’un prénom. Il y en a deux, le prénom anglais Thomas, peut-être venu d’une vague assimilation à Thumb, — et le prénom allemand Hans, qui se retrouve dans plusieurs récits, surtout du sud de l’Allemagne. Ainsi Schmeller (Baier. Wb., 2e éd. p. 508) cite « un vieux conte très-populaire » en Bavière qui débute ainsi : « il y avait une fois un paysan, et il avait un fils, et il s’appelait Hans, et il n’était pas plus grand qu’un fort pouce. » — Schmid (Schwæb. Wb., Stuttg. 1831), cité par Grimm dans le Dictionnaire allemand ou mot Daümling, nomme aussi Hans Daümerling. — Le chevalier de Lang, dans ses amusants Mémoires, parlant des contes que les paysans lui racontaient dans son enfance, cite celui de Hans Daümerling ; « Son pire, un jour qu’il travaillait aux champs, le mit dans l’oreille de son cheval de labour » (t. I, p. 34). — Le héros d’un conte tyrolien cité par Grimm (Wb., s.v. daümling) s’appelle der daumlange Hansel ; voy. aussi le titre du livre autrichien cité p. 26 ; et pour l’Allemagne du Nord, n. 28.
44. Popular Tales of the West Highlands, orally collected, with a translation, by J. F. Campbell. Vol. III (Edinburgh, 1862, p. 114-115).
45. « Ye are there a seeking me
Through smooth places and moss places ;
And here am I a lonely one
Within the-brindled bull. »
46. Ce cri, dont le sens précis n’est pas connu, est encore usité, dit M. Campbell, par les gardeurs de troupeaux dans les Highlands.
47. J’y joindrai un conte catalan, El hijo menor, dans Milà y Fontanals, Observaciones sobre la poesia popular (Barcelona, 1853), p. 182, et un conte indoustani récemment publié, la première partie de Punchkin dans Old Deccan Days, or hindoo Fairy Legends by M. Frere (London, 1868). Sur ce recueil, et spécialement sur le conte dont il s’agit, voy. Rev. crit., 1868, t. II, art. 130.
48. Ce ne serait pas le seul cas dans Perrault d’un désaccord entre le récit et le titre qu’il porte : le seul de ses contes qui n’ait presque rien de populaire et qui soit essentiellement de son invention, c’est Riquet à la Houppe, et ce nom, que rien ne justifie dans le récit, porte au contraire le cachet évident des dénominations populaires. Certains traits, et notamment la houppe, peuvent faire penser à un personnage identique à Auberon ; sur « la houppe d’Auberon, » cf. Revue Germanique, t. XVI (1861), p. 381.
49. Voy. Grimm, t. 111 1 p. 26 ; Bechstein, Mærchenbuch, 24* édit. [Leipzig, 1868), p. 141, etc. Cependant plusieurs de ces contes, et notamment celui de Bechstein, n’ont certainement pas d’autre source que le conte de Perrault lui-même, dont le charmant livre a longtemps été le seul recueil de contes populaire dans toute l’Europe.
50. Remarquez la ressemblance frappante avec le conte gaélique.
51. Ces noms de Plein Poignet, Gros d’un poing, qui se retrouvent en roumain (voyez ci-dessus, note 35), ont un rapport frappant avec le nom grec des Pygmées. Y aurait-il eu d’abord en Grèce un πυγμαῖος par excellence, dont le nom serait devenu celui d’un peuple, comme on dirait « les Poucets ? »
52. M. R. Kœhler a déjà signalé la ressemblance du conte forézien avec le récit grec (Jahrbuch für romanische Literatur, t. IX, 1868, p. 402).
53. Cf. Tom Thumb, v. 32 ss. :
« And in fowre minutes grew so fast,
That he became so tall
As was the plowmans thumbe in height. »
54. Πεντήκοντ́ ἀγέλης ἀπετάμνετο βοῦς ἐριμύκους,
Πλανοδίας δ́ ἤλαυνε διὰ ψαμαθώδεα χῶρον,
Ἴχνη ἀποστρέψας· δολίης δ́οὐ λήθετο τέχνης,
Ἀντία ποιήσας ὁπλάς, τὰς πρόσθεν ὄπισθεν,
Τὰς δ́ὄπιθεν πρόσθεν (v. 74 ss.).
55. Διὸς δ́ἐριούνιος Ἑρμῆς
Δοχμωθεὶς μεγάροιο διὰ κλήϊθρον ἔδυνεν.
56. Dans plusieurs de ces contes il a été emporté par des voleurs ou se trouve plus ou moins volontairement associé avec eux. — On le voit en relation avec des voleurs dans un conte forézien (Gras, p. 204), mais Gros d’in pion remplace ici un autre héros, à qui ce récit est attribué dans plusieurs contes.
57. En citant Prætorius (voy. ci-dessus, p. 17, et n. 29), Grimm emploie l’expression de diebsdaum, mais on ne voit pas clairement si elle est de lui ou de son auteur. Je n’ai pu m’en assurer.
58. Athénée, IX, 76 (éd. Schweighaùser, t. Il l, p. 515). De même dans l’hymne homérique il est appelé βοῶν ἐλατήρ (v. 14, 265), qui veut dire peut-être « voleur » plutôt que « conducteur » de bœufs. Cf. Ἑρμῆς βοηλάτης, « voleur de bœufs (en lat. abigeus, abactor) », dans l’Anthologie, XI, 176.
59. Voy. ci-dessus, notes 10 et 18.
60. Τότε δὴ κρατὺς Ἀργειφόντης
Οἰωνὸν προέηκεν ἀειρόμενος μετὰ χερσίν,
Τλήμονα γαστρὸς ἔριθον, ἀτάσθαλον ἀγγελιώτην. (v. 294 ss.).
61. ...... Ἐκ χειρῶν δὲ χαμαὶ βάλε κύδιμον Ἑρμῆν.
62. « So giengen sie bis es dæmmerig ward, da sprach der kleine : Hebt mich einmal herunter, es ist nœthig. — Bleib nur droben, sprach der Mann, auf dessen Kopf er sass ? ich will mir nichts draus machen, die Vœgel lassen mir auch manchmal was drauf fallen.— Nein, sprach Daumesdick, ich weiss auch, was sich schickt ; hebt mich nur geschwind herab. » — L’homme ôte son chapeau, et dépose à terre Poucet, qui s’échappe ainsi.
63. Un riche boyar a acheté le petit diable à son père, et l’emporte dans sa poche : « Aber den Teufel kam in der Tasche die Noth an ; und er liess Kügelchen fallen ; darauf schlüpfte er heimlich aus der Tasche, etc. » Il est clair que primitivement cette action de Poucet devait lui servir pour sa délivrance. — Ce trait a dû exister dans le conte esclavon, où Poucet, acheté de même, s’échappe de la botte que son propriétaire porte dans sa poche ; il aura été supprimé par l’éditeur, qui nous avertit qu’il ne s’est « permis d’autres changements que ceux qui lui paraissaient indispensables. »
64. Voy. Pauly, Encyclopédie, IV, p. 1846. — L’hymne homérique n’est pas la seule source où nous puissions puiser ce mythe ; mais la plupart l’offrent moins pur, ou les circonstances qu’elles ajoutent au récit de l’hymne sont sans intérêt pour notre sujet. Ainsi Philostrate (Imagg. I, 25, éd. Didot, p. 359) et Apollodore (Biblioth., III, 10, éd. Heyne, p. 310) n’apportent rien de nouveau, si ce n’est la preuve que la légende d’Hermès voleur était localisée en Arcadie. Le récit qui a le caractère le plus populaire est celui d’Antonius Liberalis (23, éd. Xylander p. 151), appuyé sur diverses autorités plus anciennes et perdues pour nous. La manière dont Hermès efface les traces des pas des bœufs, en leur attachant des broussailles à la queue, paraît entre autres plus ancienne et plus claire que les vers 80 ss. de l’hymne.
65. Sur Hermès βουκόλος, νόμιος , cf. (outre l’article de Pauly) Guigniaut, de Ἑρμοῦ seu Mercuri mythologia (Paris, 1835), p. 11.
66. Est-ce par une attribution purement fortuite qu’Hermès, dans la fable 37 de Babrios, est représenté comme conduisant un char par le pays ?
67. Je n’ignore pas qu’on explique autrement le mythe du vol des bœufs, et qu’on reconnaît dans les larcins d’Hermès un trait distinctif de sa nature équivoque et crépusculaire. Il n’est pas impossible que cette interprétation soit vraie en partie et que le mythe du bouvier céleste n’ait cependant été rattaché à Hermès que beaucoup plus tard.
68. C’est-à-dire, en admettant que le mythe d’Hermès enfant se rapporte à cette étoile considérée comme conduisant les bœufs célestes, que les Grecs, quand ils eurent changé les sept bœufs en un char à timon, oublièrent le rôle de cette petite étoile, et imaginèrent un autre conducteur.
69. Ni Homère ni Hésiode ne mentionnent ce récit ; mais l’Odyssée (XIX, 395 ; XXIV, 24) et peut-être l’Iliade (V, 390) connaissent déjà Hermès comme un dieu voleur. Hésiode attribue aussi à Hermès la protection du bétail (Theog. 444). — L’attribution d’un récit à un nom auquel il ne se rattachait d’abord aucunement doit être considérée comme le fait le plus fréquent de la mythologie ; il faut le regarder comme toujours possible et ne jamais le perdre de vue. Au reste, l’hymne homérique a tous les caractères d’un récit altéré et à peine compris par le poète, — tout populaire et charmant qu’en soit le ton. Je crois donc que les récits sur le petit voleur de bœufs n’ont été mis sous le nom d’Hermès que quand sa mythologie était d’ailleurs déjà constituée. — Quant à l’invention de la lyre, rattachée dans l’hymne à la vie bucolique d’Hermès, je ne sais si elle était rapportée anciennement à ce dieu : Homère ne semble pas le connaître comme musicien.
70. Il est possible toutefois que depuis la fusion du mythe du bouvier céleste avec celui d’Hermès, la Grande-Ourse se soit appelée Ἕρμοῦ ἅμαξα, Mercurii plaustrum (cf. ci-dess., p. 45, et n. 65) ; c’est ce qui expliquerait le nom de « char de Wuotan. »
71. On sait que c’est une loi mythologique que l’activité qu’on s’est d’abord représentée comme éternelle ou du moins se reproduisant périodiquement au ciel devient par la suite une action unique, qui est censée s’être passée une fois sur la terre. La même action s’est ainsi souvent historicisée, pour ainsi dire, de vingt, cent, mille manières différentes, et localisée dans autant d’endroits divers. — Dans cette transformation, le caractère des personnages et surtout les motifs de leurs actes changent parfois considérablement et se modifient sans cesse avec les temps et les lieux. Il en est de même de leur nom, comme je l’ai dit plus haut.
72. On voit que je n’attache pas au nom de Poucet (Daümling, Paleç) en lui-même une importance particulière : c’est, comme les autres dénominations du petit dieu, une simple manière d’exprimer sa petitesse. Quelques explications de la légende de Poucet, qui sont basées sur son nom, me paraissent donc sans véritable raison d’être. Voyez par exemple Grimm, D. M. p. 420, et Liebrecht, Otia Imperialia, p. 156. — M. Simrock voit dans Poucet le représentant de Thor, parce que ce dieu passa une nuit, d’après un récit eddique, dans le pouce du gant du géant Skrymir ; ce géant se retrouverait dans l’ogre du conte français et des récits pareils, et ainsi les contes si différents qui portent le nom de Poucet auraient leur unité primitive dans l’aventure de Thor (Simrock, D. M., 3e éd., Bonn, 1869, p. 246, 259). On voit que cette explication, très-ingénieuse d’ailleurs, ne s’appuie que sur le nom du héros, et ce nom n’a pas a mes yeux la portée que lui attribue le savant auteur.
73. Le Conte gaélique vient de l’anglais. Je ne sais même si aucun idiome celtique désigne la Grande-Qurse comme un char. D’ailleurs l’idée du char céleste, à elle toute seule, ne suppose nécessairement ni un conducteur, ni le conte de Poucet.
