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Le service photographique de la Salpêtrière

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Le service photographique de la Salpêtrière
Archives d’électricité médicale, 78,  (p. 282-296).

LE SERVICE PHOTOGRAPHIQUE DE LA SALPÊTRIÈRE


Par Albert LONDE[1]


C’est en 1882 que nous fûmes présenté à M. le Dr Charcot, médecin de la Salpêtrière, et autorisé, comme chimiste, à lui prêter notre modeste concours. Sur la demande du maître, l’Administration avait accordé, en 1878, sur le chapitre Musées et Collections, une somme de 3,500 francs, qui avait permis de créer un atelier de moulage et un laboratoire de photographie. Les documents recueillis devaient prendre place dans un musée qui existe toujours et qui renferme des documents de la plus haute valeur sur la pathologie nerveuse. MM. Bourneville et Regnard s’occupèrent, dans les débuts, de la partie photographique, et c’est de cette époque que date l’Iconographie de la Salpêtrière, publication destinée à accompagner les observations médicales de tous les documents susceptibles de les compléter, en mettant sous les yeux du praticien la reproduction des cas observés. Cette publication, à laquelle M. Charcot attachait une très grande importance, cessait néanmoins bientôt par le départ de ses auteurs, amenés à quitter la Salpêtrière par suite des nécessités de la carrière médicale.

Le service de photographie est alors confié à M. Loreau qui s’occupait déjà de l’atelier de moulage.

Admis par M. Loreau à l’exécution des photographies, nous pûmes immédiatement faire bénéficier le laboratoire des connaissances spéciales que nous avions acquises comme amateur. Nous étions, en effet, à une époque de transition, et le procédé du collodion humide encore généralement employé. Notre premier soin fut d’introduire pour la photographie médicale le procédé au gélatino-bromure d’argent qui avait une sensibilité bien supérieure, considération capitale lorsqu’il s’agit de reproduire des sujets dont on ne peut pas toujours exiger l’immobilité nécessaire. Nous faisons à cette époque des essais de photographie à la lumière du ruban de magnésium, afin de pouvoir opérer dans les sombres journées d’hiver ou dans les salles quand les malades ne sont pas transportables.

En 1884, la direction du service de photographie (fig. 74) nous est donnée à la suite du départ de M. Loreau. Une indemnité de 1,200 francs nous est accordée annuellement, et, le service de moulage ne fonctionnant plus, faute de titulaire, nous avons eu pendant plusieurs années la presque totalité du crédit dont il a été question précédemment. C’est à cette circonstance que nous avons dû de pouvoir outiller le laboratoire de la Salpêtrière d’une façon très complète. Au lieu d’une chambre noire préhistorique, qui datait du temps du collodion humide, d’un objectif dont les dimensions respectables n’excluaient pas l’insuffisance, nous avons fait établir sur nos plans un modèle de chambre double, qui est d’une utilité indiscutable lorsqu’il s’agit de la catégorie de malades qui sont monopolisés à la Salpêtrière dans un service de nerveux. Cet appareil est composé de deux chambres juxtaposées et munies de deux objectifs de même foyer. L’un de ceux-ci est muni d’un obturateur et l’autre sert en quelque sorte de viseur, c’est-à-dire que, la plaque étant démasquée d’un côté et l’obturateur armé, on suit le malade de l’autre, on le maintient au point, et, lorsqu’il se présente dans les conditions voulues, on n’a qu’à appuyer sur la détente. Ce dispositif est particulièrement précieux pour saisir les crises, les attaques et, en général, tous les malades qu’on ne peut pas maintenir dans un plan déterminé.

Fig. 74. Plan du laboratoire de photographie de la Salpêtrière.

Les difficultés que nous rencontrions à chaque pas, nous ont conduit à nos études sur les obturateurs de cette époque datent nos premières épreuves sur les tics, les spasmes, la chorée, les attitudes, les démarches pathologiques. Si les épreuves instantanées avaient déjà une grande valeur, elles étaient insuffisantes pour faire l’analyse complète d’un phénomène que l’œil ne pouvait percevoir que d’une manière incomplète. Nous faisons alors construire un premier appareil, dit photoélectrique (fig. 75) qui nous permet de faire neuf épreuves successives à des intervalles de temps rapprochés. Il nous sert, avec notre collègue Paul Richer, pour conserver les variations des attitudes chez les hystériques sous l’influence du passage du courant faradique, pour noter la version de la tête dans le torticolis spasmodique, etc. Mais les documents que nous obtenions ne nous satisfaisaient pas complètement à cause de leurs dimensions un peu trop réduites. Nous faisons alors établir un autre appareil beaucoup plus perfectionné, qui peut donner douze épreuves successives de format très lisible (fig. 76). Cet appareil a comme caractéristique de permettre de répartir uniformément les douze images sur la durée du phénomène à observer, quelle qu’en soit la durée, depuis une fraction de seconde jusqu’à une ou plusieurs minutes. Il est en service d’une manière régulière. C’est avec lui que nous avons obtenu tous les documents qui ont servi à M. Paul Richer pour l’exécution de son bel ouvrage sur la physiologie artistique. Après avoir analysé les variations de la forme dans le mouvement, nous avons enregistré la marche normale, puis les démarches pathologiques dans les maladies du système nerveux. Pour ces expériences, qui impliquent des durées d’exposition très courtes, il est nécessaire d’opérer en très belle lumière et, par suite, en plein air et à l’abri des regards indiscrets ; grâce à une subvention spéciale du Conseil municipal de Paris, nous avons pu installer une piste en plein air qui est utilisée pendant la belle saison. Malgré cette installation pour l’analyse des mouvements, qui est, croyons-nous, la plus complète qui existe dans les services hospitaliers, il n’en reste pas moins acquis que, pendant plus de la moitié de l’année, ces études spéciales sont interdites par suite de l’insuffisance de la lumière du jour et par l’impossibilité d’opérer sur le nu, sauf par les jours de très grande chaleur.

Fig. 75. Appareil photo-électrique A. Londe.

Il serait, par suite, très intéressant de combiner une installation à la lumière artificielle qui permettrait d’opérer en lieu clos et à n’importe quel moment. Les résultats que l’on obtient à l’heure présente avec l’éclair magnésique sont susceptibles de conduire, au point de vue médical, à des installations tout à fait différentes de celles qui existent actuellement. Nous ne parlons pas ici de la question de dépense, car il est certain que, dans un service important comme celui de la Salpêtrière, la photographie à la lumière artificielle entraînerait à des frais journaliers beaucoup plus considérables ; mais ce procédé permet à tous les médecins de pouvoir opérer sans atelier vitré et dans un endroit quelconque. Il permet même, dans une certaine mesure, de régler la durée d’exposition, ce qui est, d’ailleurs, une des grandes difficultés de la photographie et exige des opérateurs capables. Dans le nouveau procédé on peut être fixé au bout de quelques expériences et savoir dans chaque cas déterminé la quantité du mélange éclairant qu’il faut employer : on opérera ainsi à coup sûr. Le seul inconvénient de la photographie à l’éclair magnésique, c’est de produire tant soit peu de fumée après l’opération on évitera cet inconvénient en faisant partir l’éclair dans une sorte de hotte dont le devant sera vitré et la partie supérieure en communication avec l’air extérieur. Ce dispositif, que nous avons installé dans l’atelier de M. Richer, fonctionne parfaitement bien.

En étudiant les applications de la lumière artificielle à la photographie médicale, nous avons reconnu la nécessité qu’il y avait à ne produire que des éclairs de très courte durée, et ceci principalement avec les hystériques ; on sait, en effet, que cette catégorie de malades est très sujette a l’influence des ondes lumineuses subites : immédiatement la catalepsie se produit ; avec un éclair magnésique d’une certaine durée, la malade est saisie pendant le passage de l’état de veille à celui de catalepsie ou même lorsqu’elle est déjà dans cet état. Au contraire, avec un éclair de très courte durée, la photographie est faite avant que le sujet n’ait eu le temps de réagir. Cette observation est également importante, même avec des sujets nullement nerveux ; en effet, la lumière produite est tellement vive que les yeux se ferment instinctivement ; par suite, si l’éclair a quelque durée, les yeux seront reproduits dans l’occlusion ; avec l’éclair rapide il en est tout différemment.

Fig. 76. Appareil chromophotographique de A. Londe. A. Platine portant les objectifs et les obturateurs avec leurs déclenchements électriques ; B. Crémaillère de mise au point ; C. Logement du châssis négatif ; D. Corps de la chambre ; E. et F. Dispositif à broches amenant le courant aux 12 obturateurs ; G. Cable à 12 conducteurs relié au distributeur de courants.

Dans certaines études, la photographie ne rend pas suffisamment l’effet perçu par l’examen direct ; il sera alors tout indiqué d’utiliser la stéréoscopie, qui donne des reliefs saisissants ; pour certains malades, pour les pièces anatomiques, pour les cerveaux, on obtiendra des résultats de toute beauté.


Une question très importante est celle de la photomicrographie, et nous avons tenu à développer dans notre laboratoire cette application si importante. Dans cet ordre d’idées, nous avons publié, avec le Dr Blocq, un Traité d’anatomie pathologique de la moelle épinière qui a été couronné par l’Académie de médecine et la Faculté de Paris. Dans les services où l’on fait beaucoup de coupes histologiques, la photographie devrait être employée d’une façon régulière, car on sait que ces préparations n’ont qu’une durée limitée, et il serait cependant important, dans certains cas, d’en assurer la conservation et de pouvoir les publier.

Une des qualités les plus précieuses de la photographie, c’est de permettre une large diffusion qui est des plus profitables pour l’enseignement professionnel ; c’est cette considération qui a fait renaître l’Iconographie de la Salpêtrière sous la direction de MM. Gilles de la Tourette, Paul Richer et nous-même ; depuis 1888, cet organe se développe et fait bénéficier tout le monde de richesses qui ne profitaient qu’à quelques-uns.

La photographie est également d’une aide puissante pour le professeur qui, au moyen des projections lumineuses, peut illustrer ses cours de la façon la plus claire et la plus profitable. Notre laboratoire est organisé pour faire ces projections, et une installation de lumière électrique permet de les montrer avec tout l’éclat désirable.

Pour réaliser ces diverses applications, nous possédons un atelier vitré (fig. 74, A) de vastes dimensions, de façon à pouvoir y amener les malades, même sur un brancard. À côté se trouve le laboratoire de développement D, puis une pièce réservée à la microphotographie, aux agrandissements, aux projections, etc.

L’installation ne laisse donc rien à désirer ; nous n’en dirons pas autant des ressources annuelles qui, loin de suivre une marche ascensionnelle en rapport avec les progrès accomplis, ont été, au contraire, constamment en diminuant. La création de la clinique des maladies du système nerveux et des nombreux laboratoires de recherche qui étaient nécessaires à son fonctionnement, n’a laissé depuis longtemps qu’une somme de 850 francs à notre disposition. Inutile de faire remarquer que cette somme est absolument insuffisante ; nous avons donc dû prendre à notre charge toutes les dépenses relatives aux recherches nouvelles et toutes les constructions d’appareils originaux.

Quelque peu découragé, nous pensions à abandonner l’œuvre que nous avions entreprise et dans laquelle nous ne nous sentions pas assez soutenu, lorsque la découverte du prof. Rœntgen est venue donner un nouvel essor à la photographie médicale. Celle-ci, il faut bien l’avouer, avait une grande importance au point de vue didactique et elle profitait surtout aux médecins, mais le malade, qui avait servi de sujet d’observation, n’en profitait nullement. Un service de ce genre devrait être plutôt subventionné par les Facultés qui ont surtout pour but l’enseignement professionnel, que par les municipalités ou les villes, qui n’ont en vue que le traitement des malades et leur guérison. Contrairement à ce qui devrait être, la Faculté s’est toujours désintéressée, au point de vue financier, de ce laboratoire qui, pourtant, a toujours été exclusivement à la disposition de la clinique et lui rend des services journaliers.

Aussitôt l’apparition du mémoire original du prof. Rœntgen, nous nous procurons à nos frais le matériel nécessaire et nous nous mettons en mesure de répéter les expériences si curieuses du savant allemand. La technique de la nouvelle découverte était entièrement à créer, et nous joignons nos efforts à ceux de tous les chercheurs que la question intéressait. Dès le 10 février 1896, nous communiquons à l’Académie des sciences une radiographie qui synthétise en quelque sorte les principales applications de la découverte de Rœntgen aux sciences médicales elle représentait un aileron de faisan tué à la chasse ; on distinguait très nettement la fracture de l’os, le projectile et une esquille. Nous signalons dans la même note la manière dont se comportent les différentes préparations photographiques aux rayons X ; la conclusion de cette observation est qu’il est nécessaire d’employer les préparations les plus sensibles, celles-ci se comportant aux radiations spéciales comme à la lumière ordinaire. Peu après (2 mars 1896), nous présentons des épreuves faites sur des animaux entiers (rat, pigeon, lapin). Le 25, nous soumettons à l’Académie, par l’intermédiaire de M. Pierre Delbet, plusieurs radiographies obtenues sur le vivant 1° une main dans laquelle on aperçoit une balle de revolver qui s’est divisée en deux en frappant un des métacarpiens ; 2° une fracture de la jambe, le péroné présentant un fragment intermédiaire d’environ 15 centimètres ; 3° un coude réséqué. En juin 1896, nous communiquons, avec le Dr Brissaud, la première radiographie qui ait été faite en France sur la recherche d’un projectile dans le crâne.

À partir de cette époque et bien que les temps de pose fussent encore démesurément prolongés, nous soumettons à la radiographie tous les malades qui nous sont envoyés soit par la clinique des maladies du système nerveux, soit par les divers hôpitaux. Nous n’avons pas voulu qu’il soit dit qu’un malheureux ne pût pas bénéficier d’une nouvelle découverte de la science dans un laboratoire régulièrement installé par l’Administration. Mais nous avons été obligé de prendre toutes ces nouvelles dépenses à notre charge personnelle, les crédits accordés au service de photographie étant déjà bien insuffisants, ainsi que nous l’avons dit précédemment. Nous aurions passé ce fait sous silence si nous n’avions été violemment pris à partie par un journal spécial, qui a prétendu que nous avions cherché à accaparer les malades des hôpitaux pour tuer par avance la création d’autres laboratoires qui pourraient être créés dans les hôpitaux. On a même avancé que nous rêvions la création d’un laboratoire central de radiographie, à notre profit bien entendu. Nous n’avons pas pris la peine de répondre à ces insinuations, les projets qu’on voulait bien nous prêter étant en désaccord complet avec nos actes et nos écrits. Si les questions d’intérêt avaient eu quelque prise sur nous, nous n’aurions pas consacré seize ans de notre jeunesse pour défendre la cause de la photographie médicale. En ce qui concerne la création des laboratoires de radiographie, nous avons exposé nos idées personnelles dans la préface de notre Traité pratique de radiographie et de radioscopie. Nous sommes d’avis qu’il y a un grand intérêt à multiplier ces services spéciaux autant que le permettront les ressources de l’Administration, mais à une condition expresse, c’est que ces laboratoires soient bien outillés et aient les ressources nécessaires au point de vue financier et au point de vue du personnel.

Pour mettre en œuvre la radiographie, il faut non seulement l’outillage électrique, mais encore une installation photographique : il était naturel que l’Administration, ayant déjà un laboratoire de photographie médicale, le complétât par l’adjonction d’un service de radiographie. C’est dans cet ordre d’idées que, sur la proposition de M. A. Berthelot, une première subvention de 1,500 francs est accordée au laboratoire de la Salpêtrière en 1896.

Les locaux dans lesquels était installée provisoirement la Radiographie étant absolument insuffisants, l’année suivante, à la date du 31 décembre, et sur la proposition également de M. Berthelot, une nouvelle subvention de 10,000 francs est votée pour l’aménagement d’un laboratoire municipal de radiographie rattaché au service de photographie de la Salpêtrière existant déjà. Le Conseil municipal de Paris nous laissait toute latitude pour établir les plans et faire l’installation la plus convenable. C’est cette installation, terminée depuis peu, que nous allons décrire avec tous les détails nécessaires, afin qu’elle puisse servir de guide dans des installations similaires.

Afin de faciliter nos explications, nous donnons un plan d’ensemble avec l’emplacement des différents appareils (fig. 77). Voici, d’abord, la désignation des différentes pièces : A. salle d’attente pour les malades ; B. salle de radioscopie et bureau du chef de laboratoire ; C. salle de radiographie ; D. vestibule d’entrée du cabinet de photographie ; E. cabinet de photographie (chargement des châssis et développement) ; F. salle des machines et des accumulateurs. Toute la construction
Fig. 77. — Plan du laboratoire de photographie, de radiographie et de radioscopie de la Salpêtrière.
est faite en bois à doubles parois (système des constructions économiques Pombla) et repose sur un massif en maçonnerie qui l’élève suffisamment du sol. La voûte inférieure est également en bois cintré et recouverte d’un toit en tuiles. Les boiseries extérieures sont peintes les intérieures sont huilées et vernies.

Voici les dimensions respectives des différentes pièces :

Pièce A 2m 80 x 3m 10
Pièce B 3m 10 x 3m 10
Pièce C 7m 95 x 6m
Pièce D 1m 45 x 2m 50
Pièce E 4m 50 x 2m 50
Pièce F 6m 35 x 2m 50

Nous avons été un peu limité par les dimensions du terrain mis à notre disposition et par la question d’économie. L’usage nous a montré que cette installation était très convenable, mais qu’il serait imprudent de faire plus petit.

Installation électrique. — Nous n’avons pas pu utiliser le courant du secteur, la distance de notre laboratoire à la porte de la Salpêtrière étant trop considérable l’établissement de la ligne et l’obligation d’avoir des appareils spéciaux pour transformer le courant alternatif en courant continu auraient occasionné une dépense trop considérable. Nous avons pris le parti de fabriquer nous-même notre électricité ; à cet effet, nous avons fait installer un moteur à gaz de 2 chevaux (moteur Crossley Pierson) (15) ; ce moteur actionne une dynamo (16) Volta donnant 110 volts et 15 ampères.

Le courant de la dynamo est utilisé pour charger une batterie de trente-deux accumulateurs disposés dans une armoire spéciale (17). Le tableau de distribution, très habilement exécuté par M. Gaiffe, permet de charger soit la batterie en entier, soit telle ou telle partie isolément ; il peut charger également des batteries portatives. Du tableau partent cinq lignes qui se rendent dans le laboratoire l’une est réservée pour l’éclairage électrique, les autres pour le fonctionnement des divers appareils. Grâce à une disposition très simple de cordons souples et de fiches métalliques, on peut envoyer dans une ou plusieurs de ces lignes des courants de voltage différents ou pareils. En un mot, on peut, pour chaque expérience et à tout endroit du laboratoire, prendre un courant de l’intensité nécessaire.

Comme bobines (5 et 6), nous nous servons généralement d’une bobine de M. Ducretet donnant 25 centimètres d’étincelle. Nous possédons également le grand modèle de M. Radiguet, qui donne 40 centimètres d’étincelle. Nous nous sommes servi fréquemment aussi d’une bobine complètement noyée que MM. Clément et Gilmer ont construite sur nos indications. Le grand transformateur de M. Rochefort nous a donné également d’excellents résultats, mais nos ressources ne nous ont pas encore permis d’en faire l’acquisition. La plus grande partie des travaux que nous avons faits ont été exécutés avec la bobine de 25 d’étincelle, et nous n’avons pas d’opinion définitive sur l’utilité des bobines plus puissantes. Nous faisons donc de ce côté toutes nos réserves.

Une question qui est capitale, c’est celle de l’interrupteur. Dès le début de nos expériences, nous avons reconnu, contrairement à une opinion généralement admise, l’importance de la fréquence rapide de l’interrupteur, et nous indiquons l’utilité qu’il y a à réduire le plus possible les périodes de rupture du courant et à augmenter, au contraire, les périodes de passage. Nous proposons alors un interrupteur à grande vitesse commandé par un moteur électrique ou une petite dynamo (fig. 78) ; nous réglons le régime en intercalant une résistance variable dans le circuit et les durées respectives des passages et des ruptures du courant par la plongée plus ou moins considérable de la tige, qui est animée par le moteur d’un mouvement alternatif, dans le godet de mercure ; celui-ci, à cet effet, est susceptible d’être monté ou descendu à volonté.

Fig. 78. Interrupteur radiographique A. Londe. A. Godet à mercure ; B. Bielle de la tige plongeante ; C. Dynamo ; D D D D, Bornes ; E. Commutateur du primaire ; F. Commutateur du moteur ; G. Rhéostat du moteur.

Cet appareil, qui est en service régulier à la Salpêtrière et qui a fait ses preuves au point de vue de la résistance, est construit par MM. Clément et Gilmer. Le principe que nous avons posé était exact, car beaucoup des interrupteurs d’autres constructeurs dérivent plus ou moins du nôtre.

Nous avons combiné également un autre interrupteur sans mercure et fonctionnant métal sur métal (fig. 79). Dans cet appareil, un axe entraîné par une dynamo fait décrire un mouvement circulaire à un balai qui se déplace sur le fond du godet composé de secteurs métalliques et isolants ; les rapports respectifs des passages et des ruptures du courant sont déterminés par les rapports des parties conductrices aux parties isolantes. Le godet est rempli d’huile lourde de pétrole.

Nous utilisons également l’interrupteur métal sur métal de M. Radiguet et celui à lame vibrante de M. Rochefort.

Fig. 79. Interrupteur rotatif métal sur métal A. Londe.

En fait d’ampoules, pour Un travail régulier, nous pensons qu’il faut écarter les types trop délicats ; nous avons toujours obtenu de bons résultats avec les ampoules dites bi-anodiques, et parmi celles-ci nous préférons les moyens modèles qui donnent plus de finesse. Nous avons obtenu de bons résultats aussi avec les ampoules dites réglables et, en particulier, avec l’ampoule à osmose de M. Villar, construite par M. Chabaud. Nous pensons, cependant, que ces appareils sont bien délicats pour la pratique hospitalière, et que leur prix, bien plus élevé que celui des bi-anodiques, en rend l’usage autrement coûteux.

Pour radiographier les malades commodément, nous avons fait établir un lit d’opération, dont nous donnons ci-contre le modèle (fig. 80). Il est fixé au sol de façon à être d’une stabilité parfaite on peut coucher le malade à même sur le bois ou sur un petit matelas mince. Un support spécial avec tiges de contention permet d’immobiliser la tête du sujet soit de profil, soit dans le sens antéro-postérieur ou réciproquement. À une certaine hauteur se trouvent deux glissières parallèles sur laquelle coulisse le support d’ampoule ; celui-ci est constitué par un système de tiges télescopiques qui se terminent par un étrier en bois recevant la pince destinée à maintenir l’ampoule. Avec ce dispositif, on peut amener l’ampoule sur un point quelconque du lit, la monter et la descendre à volonté, la déplacer d’un bord à l’autre du lit, lui faire prendre toute inclinaison voulue ; ce dernier mouvement est obtenu par la rotation de la pince de l’ampoule sur la tige inférieure de l’étrier. Depuis peu nous avons complété ce lit d’opération par l’adjonction de deux côtés mobiles qui, en se relevant, forment une sorte de caisse dans laquelle le sujet se trouve enfermé. Ces côtés, ainsi que le plancher du lit sont garnis d’une feuille métallique épaisse. On place alors par-dessus le tout une autre planche également garnie de métal, sauf dans la partie centrale qui est percée pour le passage des radiations. On règle le diamètre de cette ouverture par l’apposition de diaphragmes en plomb. On réalise ainsi facilement la caisse métallique qui a été vivement recommandée par divers opérateurs pour éviter le voile de la plaque et les effets de dissémination de rayons X. Nous avouons sincèrement que nous n’avons pas encore pu, par une expérience suffisamment nette, trancher la question de l’utilité des écrans dorsaux ou latéraux. Nous ne les employons jamais pour les radiographies de crânes, et les résultats sont aussi satisfaisants que possible. En tout cas, si l’amélioration est encore controversée, il parait certain que les écrans dorsaux ou latéraux n’ont aucune action perturbatrice, par conséquent on peut les employer sans crainte.

Fig. 80. Lit d’opération. A. Dispositif pour la radiographie des têtes ; S. Support télescopique de l’ampoule.

Comme châssis radiographique, nous avons fait faire un modèle dont la plaque de fermeture est en aluminium mince (fig. 81). Au point de vue de l’antisepsie, le métal vaut mieux que le papier ou le carton sur les côtés de ce châssis nous pouvons fixer des lanières destinées à immobiliser le membre si cela est nécessaire. Par suite des considérations que nous exposions il y a un instant, il est garni intérieurement d’une feuille de plomb ou de zinc. La plaque reposant sur une surface bien plane résiste très bien, et le malade peut être étendu dessus sans crainte de rupture.

Fig. 81. Châssis radiographique.

Comme plaques photographiques, après avoir employé pendant un certain temps les plaques radiographiques spéciales, qui avaient de réels avantages pour les expositions de longue durée que l’on était obligé de donner, nous nous contentons aujourd’hui des plaques ordinaires du commerce en choisissant les plus rapides et de bonne marque.

Pour régler la durée d’exposition, nous nous servons avec avantage du posomètre de M. Brandt cet appareil, très bien compris, permet à l’opérateur, après quelques essais, d’arriver à une certitude de travail très grande cet appareil, comme on le sait, est basé sur la fluorescence ; des numéros ajourés dans une lame métallique apparaissent les uns après les autres, au fur et à mesure que l’intensité de la source augmente. En notant dans chaque expérience le numéro visible, on sera assuré de réussir dans les mêmes conditions opératoires quand le posomètre indiquera le même numéro. Pour ne citer que notre expérience personnelle, nous savons que notre ampoule a son maximum d’activité lorsque nous apercevons très distinctement le 5 et que nous commençons à voir le 6. À ce degré nous avons reconnu qu’il nous fallait trois minutes pour faire un crâne, par exemple, autant pour un thorax, un peu plus pour un bassin ; pour une jambe, une minute ; trente secondes pour la main, etc. Nous opérons donc avec une absolue certitude, les résultats donnés par cet appareil sont assez précis pour que, dernièrement, dans une opération en ville, nous ayons pu réussir du premier coup une radiographie particulièrement difficile de la colonne vertébrale, avec un matériel et une ampoule que nous ne connaissions pas. Ces divers temps de pose paraîtront peut-être un peu longs à certaines personnes qui ont cru de bonne foi, d’après quelques articles sensationnels que l’instantané en radiographie était chose acquise. Il en est ici comme en photographie ordinaire dans certaines conditions bien déterminées, on peut réaliser des poses d’une brièveté extrême ; mais, dans les conditions habituelles de la pratique, il faut toujours se résigner à poser quelque peu et surtout lorsqu’on tient à la qualité des résultats. Pour notre part, nous préférons, toutes les fois que nous le pouvons faire, une pleine pose ; dans ces conditions, notre cliché viendra normalement sans être obligé d’employer tous les artifices de la technique qui sont destinés à tâcher de tirer quelque chose d’un négatif incomplet ; quelques secondes de plus d’exposition feront gagner des minutes au développement, et cette considération n’est pas à négliger dans un laboratoire où les malades se succèdent les uns aux autres.

À propos de cette question de la réduction des temps de pose en radiographie, question qui a une importance qu’on ne saurait dissimuler, nous avons étudié d’une façon très particulière le rôle des écrans dits renforçateurs que l’on a proposés pour augmenter la réduction de la couche photographique (Comptes rendus de l’Académie des sciences, 6 juin 1898). Nos conclusions ont été que certaines substances, indiquées comme renforçatrices, n’avaient aucun effet appréciable ; le platino-cyanure de baryum et le sulfure de zinc sont dans ce cas. Par contre, certains sulfures, comme le sulfure violet de Becquerel, ont un effet renforçateur indéniable ; ils peuvent donc permettre une réduction sérieuse de la durée d’exposition ils ont cependant un défaut capital, c’est d’apporter un trouble considérable à l’image par suite de la production d’un véritable halo analogue au halo que l’on a désigné en photographie sous le nom de halo par approximation. Cette variété de halo, qui croît avec la durée d’exposition, fait disparaître la netteté de l’image et dénature les contours des objets par suite de la réduction progressive qui, partant des plages les plus éclairées, gagne peu à peu les plages non éclairées. Nous avons pu, par une expérience très simple, séparer l’action des rayons X et celle des rayons fluorescents. L’emploi des écrans renforçateurs ne pourra donc être conseillé que pour des recherches spéciales dans lesquelles la question de détails est secondaire, la recherche des corps étrangers, par exemple. Le laboratoire de développement que nous avons installé dans notre nouvelle construction — car, à notre grand regret, nous n’avons pu la juxtaposer à l’ancienne — est disposé comme le laboratoire modèle décrit dans notre Traité de développement[2] et dans notre Photographie médicale[3]). Il n’offre rien de particulier si ce n’est que tout a été prévu pour le traitement des plaques de grande dimension (50/60). Comme révélateurs la radiographie n’exige pas de produits spéciaux. Les plaques se développent bien avec les bons révélateurs usuels. Celui que nous préférons à cause de sa facilité de maniement, c’est le développement au métol et à l’hydroquinone[4]. L’opération se mène comme d’habitude avec cette particularité qu’il faut pousser le développement jusqu’à fond. ÀÀ ce moment il est impossible de suivre par transparence la venue de l’image, et l’opérateur devra acquérir la pratique nécessaire. Il ne faudra pas oublier en effet que pour réussir, on devra être maître de la technique radiographique et de la technique photographique.

Nous arrivons maintenant à la question de la radioscopie, méthode particulière, qui consiste à regarder l’image recueillie sur l’écran fluorescent, au lieu de la fixer sur la plaque photographique. L’emploi de la radioscopie est très séduisant a priori parce que, en principe, le résultat peut être obtenu de suite ; en supprimant l’emploi de la photographie, on effectue une simplification, et l’on peut réduire les frais d’installation et d’entretien. En se basant sur ces considérations, on avait pensé à multiplier les services de radioscopie dont les frais d’installation eussent été plus faibles et les dépenses d’entretien beaucoup moins considérables qu’avec la radiographie.

Dans l’état actuel de nos connaissances, cette solution ne saurait suffire dans la plupart des hypothèses ; en effet, si l’on voit bien sur l’écran au platino-cyanure de baryum lorsque le modèle ne présente qu’une faible épaisseur, il n’en est plus de même lorsque celle-ci augmente ; dans ce cas, l’image perçue est tellement sombre qu’il paraît difficile de se mettre à l’abri des erreurs d’interprétation. Elle n’a, d’ailleurs, jamais la finesse de celle fixée sur la plaque. Ceci tient, d’une part, ainsi que l’a démontré M. Parinaud, à l’imperfection de notre organe de vision ; de l’autre, à ce que la plaque photographique accumule les faibles impressions, de telle façon qu’elle arrive à enregistrer ce que notre œil ne pourra jamais voir. C’est ainsi qu’avec des durées de pose suffisantes, on arrive à radiographier les parties les plus épaisses du corps.

La photographie a, d’ailleurs, un avantage inappréciable, c’est de donner un document impersonnel que l’on peut conserver, étudier, comparer à d’autres et enfin publier. Ces qualités maîtresses de la photographie sont d’autant plus importantes que les conséquences d’un examen sur une image à peine entrevue peuvent être quelquefois particulièrement graves pour le malade. Ainsi, dans l’examen radioscopique, de ce que l’on ne voit pas quelque chose il faut bien se garder de conclure par la négative. Bien souvent, la plaque nous a décelé des corps étrangers qu’il nous avait été impossible de voir sur l’écran. Pour notre part, nous n’accordons actuellement qu’une confiance très limitée à l’examen radioscopique, et si nous pensons qu’il doit être pratiqué dans les limites assez étroites où il donne quelque chose, nous doutons fort qu’il puisse, dans tous les cas, supplanter l’examen radiographique qui aura toujours l’avantage de laisser une trace durable de l’observation faite.

En ce qui concerne la dépense d’installation première, il nous faut également faire quelques réserves, car si l’on peut faire d’excellentes radiographies avec une bobine de moyenne puissance, il paraît nécessaire, pour la radioscopie, d’avoir des transformateurs bien plus puissants et naturellement beaucoup plus coûteux.

Quoi qu’il en soit, nous avons outillé le laboratoire de la Salpêtrière pour l’examen radioscopique à cet effet, une baie a été ménagée entre la salle de radiographie et la salle de radioscopie (3). Sur un des côtés de cette baie se trouvent deux glissières verticales dans lesquelles se meut à frottement dur un coulisseau qui porte deux bras horizontaux et perpendiculaires à la baie l’un se trouve donc dans la salle de radiographie et l’autre dans celle de radioscopie. Ces deux bras sont destinés à porter le premier (3) l’ampoule, l’autre (2) l’écran. Lorsque l’on montera ou descendra le coulisseau pour amener l’écran à hauteur de la partie du corps à examiner, l’ampoule qui est solidaire se déplacera en même temps grâce à ce dispositif, on pourra faire successivement l’examen des diverses parties du corps, la source des radiations étant toujours dans la même position par rapport à l’écran. Un rideau noir ferme complètement la baie, et la salle de radioscopie étant plongée dans l’obscurité par la fermeture d’un store hermétique, l’opérateur peut faire son examen sans être gêné par la lumière du jour ni par l’éclat de l’ampoule. Celle-ci étant logée dans le laboratoire de radiographie, où se trouve l’interrupteur, un aide peut surveiller son fonctionnement avec la plus grande facilité.

Nous avons, d’ailleurs, disposé à portée de la main de l’opérateur, dans la salle de radioscopie, un contact à manette qui lui permet de fermer le primaire de la bobine et, par suite, d’allumer ou d’éteindre à volonté l’ampoule. L’écran peut se déplacer perpendiculairement à la baie, de façon à ce que, le malade étant placé contre le rideau noir, on puisse amener l’écran au contact de la partie opposée du corps. Nous nous servons, pour la radioscopie, de la grande bobine de 40 d’étincelle avec une ampoule de taille appropriée.

Pour nous permettre de mettre en fonction telle ou telle ampoule, soit pour la radiographie, soit pour la radioscopie, avec l’une ou l’autre de nos bobines, nous avons établi deux lignes parallèles qui règnent d’un bout du laboratoire à l’autre chacune de ces lignes est en rapport avec l’une des bobines.

En principe, chaque ampoule, suivant ses qualités, est à poste fixe sur l’appareil qui doit l’utiliser ; elle est munie de deux fils souples, terminés par des crochets qu’il suffit de fixer sur telle ou telle ligne, suivant la bobine que l’on veut employer. Avec ce dispositif très simple, on évite de faire et de défaire à chaque instant les connexions ; on ne risque pas de se tromper dans les pôles et, enfin, on peut envoyer dans la même ampoule, suivant son état, un courant plus ou moins puissant.

Au cours de nos expériences, nous avons constaté, comme un certain nombre de nos collègues en radiographie, les déformations des images qui se produisent lorsque l’ampoule, au lieu d’être dans la normale au point considéré, est dans une position plus ou moins oblique. Cette observation est capitale dans la recherche des corps étrangers, car le chirurgien qui se guide sur une radiographie ira chercher naturellement le corps étranger dans la perpendiculaire élevée au point où se fait son image. Si l’ampoule n’était pas dans la perpendiculaire passant par le corps cherché, ce qui ne peut être, d’ailleurs, qu’un effet de pur hasard, on aura une projection oblique, et l’erreur de l’opérateur sera inévitable. Nous avons donc posé en principe que, pour accorder confiance à une radiographie, il est nécessaire qu’elle soit orientée, c’est-à-dire que l’ampoule soit placée exactement dans la perpendiculaire passant par le point considéré ou le corps étranger que l’on recherche. Dans ce but, nous venons de faire construire par M. Radiguet un appareil auquel nous avons donné le nom de Radioscope explorateur (fig. 82). Cet appareil (voir les Compte rendus, 27 mars 1899, et la Nature, 29 avril 1899) permet en un instant de placer l’image du

Fig. 82. Radioscope explorateur A. Londe.

corps étranger dans la perpendiculaire abaissée du point d’émission à l’écran d’abord, puis à la plaque que l’on substitue à ce dernier. En procédant de cette manière, l’image du corps étranger sera exactement repérée par rapport aux parties squelettiques voisines, et l’épreuve radiographique, au lieu d’induire en erreur, ce qui arrivait généralement, deviendra un guide sûr et précis pour l’homme de l’art. Pour faciliter, en outre, la tâche de ce dernier, le radioscope explorateur imprime sur la peau du sujet deux repères qui correspondent à l’entrée et à la sortie de la perpendiculaire qui passe nécessairement par le corps cherché. En dernier lieu, notre appareil permet très facilement, sans calculs et par une simple lecture, de savoir la profondeur à partir de l’un ou l’autre repère. Le lecteur trouvera les détails du fonctionnement du radioscope dans les communications signalées plus haut.

Il nous reste à traiter la question des accidents opératoires ; ces accidents sont indéniables et nous-même, avec M. Paul Richer, avons présenté à l’Académie des sciences plusieurs observations concernant l’érythème radiographique (24 mai 1897). Il s’agissait de troubles graves constatés chez des industriels que les exigences de leur profession amenaient à exposer leurs mains fréquemment et à très courte distance de l’ampoule. Dans notre pratique de la Salpêtrière, nous n’avons jamais constaté un seul cas, même dans les débuts, où l’on était obligé de faire des expositions atteignant quelquefois deux heures et même davantage. Nous attribuons ce résultat à ce que nous n’opérons jamais à courte distance.

Nous aurons terminé la description du laboratoire de la Salpêtrière quand nous aurons dit que nous avons commencé, dès l’année dernière, à recueillir des vues cinématographiques sur les malades intéressants du service. Nous nous sommes procuré le matériel et avons fait les premières expériences à nos frais. Le Conseil municipal de Paris nous a bien accordé cette année une subvention de 6,000 francs, mais nous avons à faire face à des dépenses de première installation que nous désirons liquider avant d’entamer de nouveaux travaux. Comme personnel, nous demandons un aide et un garçon de laboratoire ; c’est le personnel strictement nécessaire pour pouvoir mener de front la radiographie et la photographie avec ses diverses applications aux sciences médicales. Nous demandons également que ce personnel soit payé convenablement afin qu’il puisse se consacrer entièrement à ses fonctions et que l’on puisse exiger de lui la présence et l’assiduité nécessaires. Dans un service hospitalier, la radiographie ne sera utile que si l’on peut y envoyer les malades à tout instant ; il est bien des cas où il sera urgent de faire l’examen avant tout traitement. C’est dans cet ordre d’idées que nous avons organisé le laboratoire de la Salpêtrière. Tous les jours, d’un bout de l’année à l’autre, on peut nous envoyer les malades, même sans nous prévenir ; dans les cas urgents, nous avons soin de renvoyer le malade soit avec le cliché, soit avec une épreuve que nous tirons séance tenante.

Nous avons fait tous nos efforts pour créer un laboratoire vraiment pratique, susceptible, par son outillage et son caractère de permanence, de rendre des services immédiats au personnel médical des hôpitaux ; nous espérons ainsi avoir répondu aux désirs du Conseil municipal de la ville de Paris.

  1. ↑ Au moment où la merveilleuse découverte du Prof. Rœntgen va nécessiter, dans les services hospitaliers, la création de laboratoires spéciaux, il est intéressant de voir ce qui a déjà été fait dans le domaine de la photographie médicale ; nous avons prié à cet effet M. A. Londe de faire pour nos Archives un travail d’ensemble sur le laboratoire qu’il dirige depuis tant d’années avec la compétence que l’on connaît, d’en retracer l’historique, d’en décrire le fonctionnement, d’en indiquer le rôle et même d’en signaler les lacunes. Cet exposé ne pourra être que profitable pour l’organisation des services analogues. N. D. L. R.
  2. ↑ Paris, Gauthier-Villars.
  3. ↑ Paris, Gauthier-Villars.
  4. ↑ Traité pratique de radiographie et de radioscopie. Paris, Gauthier-Villars.