Les Œuvres de Mesdames Des Roches/Catherine des Roches/Fin des vers de Sincero à Charite : S'ensuivent ceux de Charite à Sincero

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page:Roches - Oeuvres.djvu/121 Page:Roches - Oeuvres.djvu/122

Qui d’une saincte amour sainctement nous assemble,
Mon cueur jure qu’il s’est pour le vostre changé
Et que luy seul vous tient à nostre amour rangé,
Ma bouche maintenant veut affermer pour elle.
Que si ce n’eust esté son gracieux accueil
Ny la force du cueur, ny la force de l’œil.
N’eussent peu arrester cette flame nouvelle.


Puis que le ferme nœud d’une amitié tant saincte,
Vous doit unir à moy, faictes vostre devoir
D’egaller voz vertus à vostre grand sçavoir
Et que ce ne soit point une aparence feinte.
Si vous estes meschant, las je seray contrainte,
De vous abandonner: car je craindroy d’avoir
Un amy vitieux , & je ne veux point voir
Mon honneste amitié compaigne de la crainte.
La vertu seulement rend l’homme bien-heureux,
Soyez donc s’il vous plaist de vertu desireux
Suivant de l’ypsilon la moins commune adresse.
Faictes que la raison commande à voz desirs,
En esperant de moy les honnestes plaisirs
Que l’on doit esperer d’une chaste maistresse.

Amy je ne sçaurois rompre ce doux lien,
Ce doux lien d’amour, dont vous me tenez prise,
Aussi ne veux-je point faire telle entreprise
Puis que tous mes efforts, n’y serviroient de rien.
Je vous ayme & honore, & voy assez combien
La troupe des neuf sœurs sur tout vous favorise,

Si je veux m'acquiter on ne me doit reprendre
De ce dont est repris le prodigue donneur,
Qui depend follement & richesse & honneur
Sans esperer le bien qu'il en pourroit attendre.
Recevant un amour, un amour je veux rendre
A vous mon Sincero, & confesse mon heur
D'avoir sçeu rencontrer un si rare sonneur
Pour nostre affection dignement faire entendre.
Or je doy vous aymer pour trois occasions,
Pource que vous m'aymez, pour voz perfections,
Pource que je vous suis liee de promesse :
Et vous payant ainsi je ne vous donne rien,
Que pourrois je donner, vous estes tout mon bien,
Vous estes mon honneur, mon plaisir, ma richesse.

Page:Roches - Oeuvres.djvu/125

Si je connois en vous une presomption,
Grande peste des cueurs que l’on met en servage,
Si je vous voy changer de mœurs & de langage,
Vous me voirrez bien tost manquer d’affection.
Si vous m’estes constant, je vous seray constante,
Si vous voulez changer, & bien j’en suis contente,
Cherchez une autre amie & moy un autre amy :
Cherchez une maistresse honneste, aymable, & belle,
Et moy un serviteur sage, accort, & fidelle :
Car je ne veux jamais que l’on m’ayme à demy.

Sincero mon doux feu, si j’ay peu attirer
De voz perfections, une amitié non feinte,
Et si j’ay doucement escouté vostre pleinte,
Craignant que vostre mal peut croistre ou empirer.
Dittes moy s’il vous plaist, qui vous peut retirer
De mon affection inviolable & saincte ?
Avez vous point senti quelque nouvelle atteinte,
Qui pour un autre amour vous face souspirer ?
Et que peut-ce estre donc qui de moy vous esloigne ?
Mais ne seroit-ce point que le Roy de Pouloigne,
Vous eut faict oublier vostre amoureuse foy ?
Ha mon Dieu que je crain que cet excellent Prince,
Pour honorer de vous sa nouvelle Province,
Vous derobe à la France, à l’amour, & à moy.

S’il est vray, Sincero, que la perseverance
Demeure dedans vous, si vous avez tousjours,
Dans la bouche mon nom, dans l’esprit mes amours,

Jamais mon Sincero, je ne prendray plaisir
De vous assujectir à des lois rigoureuses.
Ha ! vrayement je hay trop ces ames langoureuses
Qui sans cause d’espoir renforcent leur desir.
Je vous sçauray bon gré, s’il vous plaist, de choisir
Le temps le plus commode aux œuvres serieuses ;
Mais ne me racontez voz plaintes amoureuses
Sinon quand vous serez aux heures de loisir.
La plus grand part du temps demeurez à l’estude,
Puis quand vous serez las de votre solitude,
De raisonner en vous, & de penser en moi,
Allez voir le Palais, & la paume, & l’escrime,
Et les Dames d’honneur, de vertu, & d’estime,
Gardant tousjours l’amour, l’esperance, & la foy.