Les Gaietés/Les Archers de l’Amour

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Les Gaietés Aux dépens de la Compagnie (p. 83-86).


LES ARCHERS DE L’AMOUR.

Air : Oh ! voilà la vie.


L’Amour sur son trône,
Dit à ses sujets :
« Sans fixer à l’aune
« Le prix des objets,
« J’exige qu’on tende
« Mon arc tour à tour.
« Archers, que l’on bande,
« L’on bande,
« L’on bande ;
« Archers, que l’on bande
« Cette arme de l’Amour !


« Montrez à ma mère
« Tout votre savoir ;
« Elle va vous faire
« Tirer dans le noir.
« C’est moi qui commande,
« Sans bruit ni tambour :
« Bien ferme qu’on bande,
« Qu’on bande,
« Qu’on bande ;
« Bien ferme qu’on bande
« Cette arme de l’Amour ! »

Lors, parmi les vierges
S’avance un vieillard.
« Qu’on le passe aux verges, »
Dit Vénus à part :
« Qu’il soit de ma bande
« Banni sans retour :
« Jamais il ne bande,
« Ne bande,
« Ne bande ;
« Jamais il ne bande
« Cette arme de l’Amour. »

Vient de Ganymède
Un amant damné.
Vénus crie à l’aide,
Se pince le nez,
Et dit : « Qu’il s’amende,
« Ou bien, nuit et jour,

« Sans tirer, qu’il bande,
« Qu’il bande,
« Qu’il bande ;
« Sans tirer, qu’il bande
« Cette arme de l’Amour ! »

Puis elle examine
L’arc et son ressort :
Sous sa main badine
Il se tend d’abord.
Sensible à l’offrande,
Vénus, en retour,
Fait tout pour qu’on bande,
Qu’on bande,
Qu’on bande ;
Fait tout pour qu’on bande
Cette arme de l’Amour !

Elle est toute nue,
Étalant aux yeux
Sa croupe charnue,
Son sein merveilleux.
Une ardeur si grande
Enflamme sa cour
Que partout l’on bande,
L’on bande,
L’on bande ;
Que partout l’on bande
Cette arme de l’Amour !


À l’archer qui touche
Offrant un tribut,
Vénus qui se couche
Dit : « Voilà le but…
« Que le trait s’y rende,
« Droit ou par détour.
« Tout va dès qu’on bande,
« Qu’on bande,
« Qu’on bande ;
« Tout va dès qu’on bande
« Cette arme de l’Amour ! »

Tous prenant le large,
Font dix coups de plus.
« Dieux ! quelle décharge !
« S’écria Vénus ;
« Mais, je le demande,
« Par quel mauvais tour
« Faut-il qu’on débande,
« Débande,
« Débande ;
« Faut-il qu’on débande
« Cette arme de l’Amour ? »