Les Blasphèmes/Le Tourmenté

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Les Blasphèmes
G. Charpentier et Cie, éditeur (p. 218-219).

LE TOURMENTÉ

— C’est donc toi qui te dis athée et qui t’en vantes ?
— C’est moi. J’ai blasphémé tous les noms de ton Dieu.
J’ai regardé l’envers des faces décevantes.
J’ai dit à la statue en bois : tu n’es qu’un pieu.

— Je trouerai d’un fer chaud cette langue insensée.
— Ce qu’elle a dit est dit. Fais donc ce qu’il te plaît.
Ton Dieu ne rira pas de ma langue percée ;
Car de ce trou saignant je peux faire un sifflet.

— Si je te gonflais d’eau l’estomac, comme une outre ?
— Mais, quand tu m’emplirais encore comme un muid,
Une fois plein, ton eau ne pourrait passer outre ;
Et si ton Dieu versait, je vomirais sur lui.


— Tu n’es qu’un chien. Je vais te ployer comme viorne.
— La viorne se redresse, et vous serez déçus.
Puis, si je suis un chien, ton Dieu n’est qu’une borne ;
Je lèverai la patte et pisserai dessus.

— Des entrailles qu’on voit dévider sont charmantes.
— Oui, c’est un de vos jeux, je sais. Quand tu voudras
Commence. Je prendrai mes entrailles fumantes
Et vous en cinglerai la gueule à tour de bras.

— Il faudra te tuer afin que tu sois sage.
— Soit ! je mourrai. Mais quoi ! réfléchis, pauvre oison.
Parce qu’un homme meurt, Dieu vit-il davantage ?
Tu ne prouveras pas que je n’ai pas raison.