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Les Contes de Perrault (Édition illustrée 1941)/Cendrillon

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Pour les autres éditions de ce texte, voir Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre.


Il était une fois un gentilhomme qui épousa, en secondes noces, une femme la plus hautaine et la plus fière qu’on eut jamais vue. Elle avait deux filles qui lui ressemblaient en toutes choses. Le mari avait, de son côté, une jeune fille, mais d’une douceur et d’une bonté sans exemple.

Les noces ne furent pas plus tôt faites que la belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur : elle ne put souffrir les qualités de cette jeune enfant.

Elle la chargea des plus viles occupations de la maison : c’était elle qui nettoyait la vaisselle, elle couchait dans le grenier sur une méchante paillasse. La pauvre fille souffrait tout avec patience.

Lorsqu’elle avait fait son ouvrage, elle s’allait mettre au coin de la cheminée et s’asseoir dans les cendres, ce qui faisait qu’on l’appelait Cendrillon. Cependant Cendrillon, avec ses méchants habits, ne laissait pas d’être cent fois
Elle la chargea des plus viles occupations.
plus belle que ses sœurs, quoique vêtues très magnifiquement.

Il arriva que le fils du roi donna un bal et qu’il en pria toutes les personnes de qualité. Nos deux demoiselles furent aussi invitées car elles faisaient grande figure dans le pays. Les voilà bien aises et bien occupées à choisir les habits et les coiffures.

Elles appelèrent Cendrillon pour lui demander son avis, car elle avait le goût bon. Cendrillon les conseilla et s’offrit même à les coiffer. Elles disaient :

— Cendrillon, serais-tu bien aise d’aller au bal ?

— Hélas ! mesdemoiselles, vous vous moquez de moi.

— Tu as raison ; on rirait bien, si on voyait une Cendrillon aller au bal.


On rompit plus de douze lacets.
Elles furent près de deux jours sans manger, tant elles étaient transportées de joie. On rompit plus de douze lacets, à force de les serrer pour leur rendre la taille plus menue.

Enfin l’heureux jour arriva ; on partit, et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu’elle
Cendrillon apporta la ratière…
put. Lorsqu’elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer.

Sa marraine, qui était fée, la vit tout en pleurs et lui demanda :

— Tu voudrais bien aller au bal, n’est-ce pas ?

— Hélas ! oui, dit Cendrillon en soupirant.

— Eh bien, je t’y ferai aller. Va dans le jardin, et apporte-moi une citrouille.

Cendrillon alla cueillir la plus belle et la porta à sa marraine qui la frappa de sa baguette ; et la citrouille fut aussitôt changée en un carrosse doré.

Ensuite elle alla regarder dans la souricière, où elle trouva six souris toutes en vie. Elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la souriciére, et, à chaque souris qui sortait, elle lui donnait un coup de sa baguette, et la souris était changée en un beau cheval : ce qui fit un bel attelage de six chevaux.

— Je vais voir, dit Cendrillon, s’il n’y a pas quelque rat dans la ratière, nous en ferons un cocher.

Cendrillon apporta la ratière, ou il y avait trois gros rats La fée prit un des trois rats, et, l’ayant touché, il fut changé en un gros cocher.

Ensuite elle lui dit :

— Va dans le jardin, tu y trouveras six lézards derrière l’arrosoir ; apportez-les moi.

Elle ne les eut pas plus tôt apportés que sa marraine les changea en six laquais, qui montèrent aussitôt derrière le carrosse.


Ses habits furent changés en des habits chamarrés de pierreries…

La fée dit alors à Cendrillon :

— Eh bien ! voilà de quoi aller au bal.

— Oui, mais est-ce que j’irai avec mes vilains habits ?

Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et ses habits furent changés en des habits
La fée prit un des trois rats, et, l’ayant touché de sa baguette, il fut changé en un gros cocher.
d’or et d’argent, tout chamarrés de pierreries. Elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus jolies du monde.

Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse,
Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse.
mais sa marraine lui recommanda de ne pas passer minuit, l’avertissant que, si elle demeurait au bal un moment davantage, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des lézards et que ses habits reprendraient leur première forme.

Elle promit quelle ne
Le fils du roi la prit pour l’amener danser.
manquerait pas de sortir du bal avant minuit. Elle part, ne se sentant pas de joie.

Le fils du roi, qu’on alla avertir qu’il venait d’arriver une grande princesse qu’on ne connaissait point, courut la recevoir. Il la mena dans la salle où était la compagnie et ensuite la prit pour l’amener danser. Elle dansa avec tant de grâce, qu’on l’admira encore davantage. Elle alla s’asseoir auprès de ses sœurs et leur fit mille honnêtetés, ce qui les étonna fort, car elles ne la reconnaissaient point.

Soudain, Cendrillon entendit sonner onze heures trois quarts, elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie et s’en alla le plus vite qu’elle put.

Dès qu’elle fut arrivée, elle alla trouver sa marraine, et après l’avoir remerciée, elle lui dit quelle souhaiterait bien aller encore le lendemain au bal.

Comme elle était occupée à raconter à sa marraine tout ce qui s’était passé au bal, les deux sœurs heurtèrent à la porte, Cendrillon alla leur ouvrir.
Elle laissa tomber une de ses pantoufles de verre.

— Si tu étais venue au bal, lui dit une de ses sœurs, tu ne t’y serais pas ennuyée ; il est venu la plus belle princesse qu’on puisse jamais voir.

Cendrillon leur demanda le nom de cette princesse, mais elles lui répondirent qu’on ne la connaissait pas, que le fils du roi en était fort en peine et qu’il donnerait tout pour savoir qui elle était.

Le lendemain, les deux sœurs furent au bal, et Cendrillon aussi, mais encore plus parée que la première fois. Le fils du roi fut toujours auprès d’elle et ne cessa de lui conter de douces histoires, de sorte qu’elle oublia ce que sa marraine lui avait recommandé et quelle entendit sonner le premier coup de minuit, lorsqu’elle ne croyait point qu’il fût encore onze heures. Elle se leva et s’enfuit, laissant tomber une de ses pantoufles de verre.

Cendrillon arriva chez elle bien essoufflée, sans carrosse, sans laquais et avec ses méchants habits ; rien ne lui était resté de sa magnificence qu’une de ses petites pantoufles de verre.
Le gentilhomme approcha la pantoufle…

Quand les deux sœurs revinrent du bal, Cendrillon leur demanda si la belle dame y avait été ; elles lui dirent que oui, mais qu’elle s’était enfuie si promptement quelle avait laissé tomber une de ses petites pantoufles de verre, que le fils du roi l’avait ramassée, et qu’assurément il était fort amoureux de la belle personne à qui appartenait la petite pantoufle.

Elles dirent vrai ; car peu de jours après, le fils du roi fit publier, à son de trompe, qu’il épouserait celle dont le pied serait juste à la pantoufle. On commença à l’essayer aux princesses, ensuite a toute la cour, mais inutilement. On l’apporta chez les deux sœurs, qui firent tout leur possible pour chausser la pantoufle, mais en vain.

Cendrillon, qui reconnut sa pantoufle, dit en riant :

— Que je voie si elle ne me serait pas bonne.

Le gentilhomme qui faisait l’essai approcha la pantoufle de son petit pied, et vit qu’il y entrait sans peine. Là-dessus arriva la marraine qui, ayant donné un coup de baguette sur les habits de Cendrillon, les fit devenir magnifiques.

Alors les deux sœurs se jetèrent à ses pieds pour lui demander pardon. Cendrillon les releva et leur dit quelle leur pardonnait de bon cœur.

On la mena chez le jeune prince, parée comme elle était. Il la trouva plus belle que jamais ; et peu de jours après, il l’épousa. Cendrillon, qui était aussi bonne que belle, fit loger ses deux sœurs au palais, et les maria à deux grands seigneurs de la cour.