Les Excentricités du langage/Édition Dentu, 1865/A

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abadis : Foule, rassemblement (Vidocq). — Vient du vieux mot de langue d’oc : abadia : forêt de sapins. V. Du Cange. — L’aspect d’une multitude ressemble à celui d’une forêt. On dit : Une forêt de têtes. — « Pastiquant sur la placarde, j’ai rembroqué un abadis du raboin. » — Vidocq.

Abatis : Pieds, mains. — Allusion aux abatis d’animaux. — Abatis canailles : Gros pieds, grosses mains. — « Des pieds qu’on nomme abatis.» — Balzac.

Abbaye de monte à regret : Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.

abéquer : Nourrir. — Abéqueuse : Nourrice (Vidocq). — De l’ancien mot abêcher : donner la becquée. V. Roquefort.

Abloquir : Acheter en bloc (Vidocq). — Bazarder a, au point de vue de la vente, le même sens. — Du vieux mot bloquer : arrêter un marché. V. Lacombe.

abouler : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler. V. Roquefort. — « Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera. » — Labiche. — Notre langue a conservé éboulement.

Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un : — « Mais quant aux biscuits, aboulez. » — Balzac.
Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir.
Aboulage : Abondance.

Absorption : Repas offert chaque année aux anciens de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennité. — « Lorsque le taupin a été admis, il devient conscrit et comme tel tangent à l’Absorption. Cette cérémonie annuelle a été imaginée pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement. » — La Bedollière.

Accent : V. Arçon.

Accroche-cœurs : Favoris (Vidocq). — Allusion aux accroche-cœurs féminins, petites mèches contournées et plaquées prétentieusement sous la tempe.

Accrocher : Mettre au Mont de Piété, c’est-à-dire au clou. Ce dernier mot explique le verbe. — « Ah ! les biblots sont accrochés.» — De Montépin.
Accrocher : Consigner un soldat, c’est-à-dire l’accrocher à son quartier, l’empêcher d’en sortir.

S’accrocher : Combattre corps à corps, en venir aux mains, ou, pour mieux dire, aux crocs. De là le mot.

achar (D’) : Avec acharnement. V. Autor.

Addition : Carte à payer. — « C’est l’addition même de l’un de ces repas-là. » — Delvau.

Ce néologisme fort juste s’explique de lui-même.

Aff : Abrév. d’Affaire. — V. Débiner.

affaire (Donner ou Faire son) : Tuer. — « L’un d’eux doit m’faire C’te nuit mon affaire. » — Désaugiers.

Avoir son affaire : Être ivre-mort. — « Je propose l’absinthe… Après quoi j’avais mon affaire, là, dans le solide. » — Monselet.
Avoir ses affaires : Avoir ses menstrues. V. Anglais.

Affranchir : Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales. — « Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler. » — Vidocq.

Affurage, Affure : Profit. — Affurer : Gagner (Vidocq). — De l’ancien mot furer : dépouiller. V. Du Cange. — « Eh vite ! ma culbute, quand je vois mon affure, je suis toujours paré. » — Vidocq.

Afut (Homme d’) : Malin, roué. — Vient du vieux mot affuster : viser, coucher en joue.

agonir, Agoniser : Insulter. C’est l’ἀγωνίζειν des Grecs. — « Je veux t’agoniser d’ici à demain, ». — Ricard. — « Si bien que je fus si tourmentée, si agonie de sottises par les envieuses. » — Rétif, 1783.

agrafer : Arrêter. — « Le premier rousse qui se présentera pour m’agrafer. » — Cauler.

Agrafer : Consigner. Même sens qu’accrocher. — « J’ai jeté la clarinette par terre, et il m’a agrafé pour huit jours. » — Vidal, 1833.

Aide-cargot : Valet de cantine. — « Aide-cargot, un dégoûtant troupier fait semblant de laver la vaisselle. » — Wado.

aile, leron : Bras. — « Appuie-toi sur mon aile, et en route pour Châtellerault. » — Labiche. — « Je suis piqué à l’aileron, tu m’as égratigné avec tes ciseaux.» — E. Sue.

Air (Se donner, se pousser de l’, jouer la Fille de l’) : Fuir. — Les deux premiers termes font image ; le troisième a été enfanté par la vogue de la Fille de l’Air, une ancienne pièce du Boulevard du Temple.

« La particulière voulait se donner de l’air. » — Vidal, 1833. — « Dépêchez-vous et jouez-moi la Fille de l’air avec accompagnement de guibolles. » — Montépin. — « Allons, môme, pousse-toi de l’air » — Id.
Vivre de l’air du temps : Être sans moyens d’existence. Terme ironique. — « Tous deux vivaient de l’air du temps. » — Balzac.
Être à plusieurs airs : Être hypocrite, jouer plusieurs rôles à la fois.

Alentoir : C’est alentour avec changement arbitraire de la dernière syllabe, procédé très-commun en argot.

Aller où le roi ne va qu’à pied : Ce rappel à l’égalité est de tous les temps. On disait au dix-septième siècle : « C’est à mots couverts le lieu où l’on va se décharger du superflu de la mangeaille… » — Scarron, qui n’a pas dédaigné de donner l’hospitalité à cette métaphore éminemment philosophique, ajoute : « C’est ce qu’on nomme à Paris, chez les personnes de qualité, la chaise percée ; car depuis environ vingt ans la mode est venue de faire ses nécessités sans sortir de sa chambre, et cela par un pur excès de propreté. »

Allez donc ! : Locution destinée à augmenter dans un récit la rapidité de l’acte dont on parle. — « J’avais mon couteau à la main… et allez donc !… j’entaille le sergent, je blesse deux soldats. " — E. Sue.

S’allonger : Faire une dépense qui n’entre pas dans ses habitudes. De là sans doute se fendre. — Voyez ce superlatif qui serait alors un terme d’escrime.

Allumer : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très-ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange. — « Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu. » (Almanach des Prisons, 1795).

Allumer : Déterminer l’enthousiasme. — « Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique. » — Reybaud.
Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet. — « Allume ! allume ! » — H. Monnier.
Allumé : Échauffé par le vin. — « Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ? » — Montépin.
Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente. — « Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.» — La Correctionnelle, journal.
Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse.
Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Altèque : Beau, bon, excellent (Vidocq). — Du vieux mot alt (grand, fort, élevé) accompagné d’une désinence arbitraire, comme dans féodec. V. Roquefort. — Frangine d’Altèque : Bonne sœur. — Frime d’altèque : Charmante figure. V. Coquer.

Amant de cœur : Les femmes galantes nomment ainsi celui qui ne les paie pas ou celui qui les paie moins que les autres. La Physiologie de l’Amant de cœur a été faite par Marc Constantin en 1842. Au dernier siècle, on disait indifféremment Ami de cœur ou greluchon. Ce dernier n’était pas ce qu’on appelle un souteneur. Le greluchon ou ami de cœur n’était et n’est encore qu’un amant en sous-ordre auquel il coûtait parfois beaucoup pour entretenir avec une beauté à la mode de mystérieuses amours. « — La demoiselle Sophie Arnould, de l’Opéra, n’a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très-aisé dans son état, est devenu l’ami de cœur et le monsieur. » (Rapports des inspecteurs de Sartines). — Ces deux mots avaient de l’avenir. Monsieur est toujours bien porté dans la langue de notre monde galant. Ami de cœur a détrôné le greluchon ; son seul rival porte aujourd’hui le non d’Arthur.

Amateur : Homme s’occupant peu de son métier. — À l’armée revient surtout l’usage de ce mot. Un officier cultivant les lettres, les arts, les sciences même avec le plus grand succès, ne sera jamais qu’un amateur.

Amateur sert aussi dans l’armée d’équivalent au mot de bourgeois. Un officier dira : Il y avait là cinq ou six amateurs ; comme un soldat ou un sous-officier dira : Il y avait là cinq ou six particuliers.
Un clerc amateur travaille sans émoluments.
Amateur : Rédacteur qui ne demande pas le paiement de ses articles. — 1826, Biographie des Journalistes.

ambier : Fuir (Vidocq). — Du vieux mot amber : enjamber. V. Roquefort.

Américain (Œil) : Œil investigateur. — L’origine du mot est dans la vogue des romans de Cooper et dans la vue perçante qu’il prête aux sauvages de l’Amérique. — « Ai-je dans la figure un trait qui vous déplaise, que vous me faites l’œil américain ? » — Balzac — « J’ai l’œil américain, je ne me trompe jamais.» — Montépin.

Œil américain : Œil séducteur. — « L’œillade américaine est grosse de promesses, elle promet l’or du Pérou, elle promet un cœur non moins vierge que les forêts vierges de l’Amérique, elle promet une ardeur amoureuse de soixante degrés Réaumur.» — Ed. Lemoine.

Américaine : Voiture découverte à quatre roues. — « Une élégante américaine attend à la porte de l’hôtel Rothschild. Un homme fort bien mis y monte, repousse un peu de côté un tout petit groom, prend lui-même les guides et lance deux superbes pur-sang au galop.» — Figaro.

Amour : Aimable comme l’Amour. — « Armée de son registre, elle attendait de pied ferme ces amours d’abonnés.» — L. Reybaud. — « Comme j’ai été folle de Mocker, quel amour de dragon poudré.» — Frémy.

anchois (Œil bordé d’) : Œil aux paupières rougies et dépourvues de cils. — « Je veux avoir ta femme — Tu ne l’auras pas. — Je l’aurai, et tu prendras ma guenon aux yeux bordés d’anchois.» — Vidal, 1833.

Ancien, Conscrit : Élèves de première et de seconde promotion à l’École polytechnique ou à l’École de Saint-Cyr.

andouille : Personne molle, sans énergie (Vidocq).

Andouilles (Dépendeurs d’) : On sait que les andouilles se pendent au plafond. Le peu d’élévation des planchers parisiens relègue en province ce terme, qui désigne un individu de grande stature.

anglais : Créancier. — Le mot est ancien, et nous sommes d’autant plus porté à y voir, selon Pasquier, une allusion ironique aux Anglais (nos créanciers après la captivité du roi Jean) que les Français se moquaient volontiers autrefois de leur redoutable ennemi. C’est ainsi que milord est employé ironiquement aussi. Nous en trouvons trace dans Rabelais. — « Assure-toi que ce n’est point un anglais. » — Montépin. — « Et aujourd’hui je faictz solliciter tous mes angloys, pour les restes parfaire et le payement entier leur satisfaire. » — Crétin.

Les anglais sont débarqués. — Dans une bouche féminine, ces mots sont un équivalent de : J’ai mes affaires V. ce mot. — L’allusion est sanglante pour ceux qui connaissent la couleur favorite de l’uniforme britannique. — « Il est aussi brave Que sensible amant, Des Anglais il brave Le débarquement.» — Chansons, impr. Chastaignon, Paris, 1851.

anguille : Ceinture (Vidocq). — Une ceinture de cuir noir gonflée d’argent ressemble assez à une anguille.

Anses (Panier à deux) : Homme qui se promène avec une femme à chaque bras. — De ce terme imagé découle l’expression offrir son anse : offrir son bras.

Antifler, Entifler : Marier (Vidocq). Vient du mot entifle : église. — Là se fait la célébration du mariage. Entifler est donc mot à mot : mener à l’église. — « Ah ! si j’en défouraille, ma largue j’entiflerai.» — Vidocq.

Antipather : Avoir de l’antipathie. — « Pas une miette ! Je l’antipathe.» — Gavarni.

Anthony. — « En 1831, après les succès d’Antony, les salons parisiens furent tout à coup inondés de jeunes hommes pâles et blêmes, aux longs cheveux noirs, à la charpente osseuse, aux sourcils épais, à la parole caverneuse, à la physionomie hagarde et désolée… De bonnes âmes, s’inquiétant de leur air quasi cadavéreux, leur posaient cette question bourgeoisement affectueuse : « Qu’avez-vous donc ? » À quoi ils répondaient en passant la main sur leur front : « J’ai la fièvre. » — Ces jeunes hommes étaient des Antonys.» — Ed. Lemoine.

Antonne : Église (Vidocq). — Diminutif du vieux mot antic : église. V. Du Cange. On donne de même à l’église le nom de priante.

Antroler : Emporter (Vidocq). — Des mots entre roller : rouler ensemble. V. Du Cange.

aplomb (Coup d’) : Coup vigoureux, tombant verticalement sur le but. — « Sus c’ coup là, je m’aligne. L’gonse allume mon bâton, J’allonge sur sa tigne Cinq à six coups d’aplomb. » — Aubert, chanson, 1813. — « Ah ! fallait voir comme il touchait d’aplomb. » — Les Mauvaises Rencontres, chanson.

Apôtre : Doigt (Vidocq). — Est-ce parce que les apôtres sont souvent représentés avec l’index levé ?

Appas : Seins. — « Madame fait des embarras, Je l’ai vu mettre en cachette Des chiffons pour des appas. » — Matt., Chansons.

Aquiger : Palpiter. V. Coquer.
Aquiger : Blesser, battre. — Aquiger les brèmes : Biseauter les cartes.

Araignée dans le plafond (Avoir une) : Être fou. Le cerveau serait ici le plafond et la monomanie y tendrait ses toiles.

Arbalète : Croix de cou, bijou de femme (Vidocq). — Allusion à la ressemblance d’une arbalète détendue avec une croix.

Arcasien, sineur : Celui qui monte un arcat.

Arcat (Monter un) : Écrire de prison à un provincial, et lui demander une avance sur un trésor enfoui dans son pays et dont on promet de lui révéler la place. La lettre qui sert à monter l’arcat s’appelle lettre de Jérusalem, parce qu’on l’écrit sous les verrous de la Préfecture. Vidocq assure qu’en l’an VI, il arriva de cette façon plus de 15,000 fr. à la prison de Bicêtre. — Vient d’arcane : mystère, chose cachée.

arche (Aller à) : Chercher de l’argent (Vidocq) — Du vieux mot arche (armoire secrétaire) qui a fait archives. Le secrétaire sert de coffre-fort aux particuliers.

arçon, accent : Signe d’alerte convenu entre voleurs. Du temps de Vidocq (1837) c’était un crachement et un C figuré à l’aide du pouce droit sur la joue droite. — Vient d’arçon : archet, petit arc. V. Roquefort. — La courbe du C représente bien la forme d’un arc. — Accent nous paraît de même une allusion au son du crachat.

Arguemine : Main. — « Je mets l’arguemine à la barbue. » — Vidocq.

Arcpincer : Arrêter quelqu’un. — Pincer au demi-cercle est très-usité dans le même sens. Il est à remarquer qu’arc et demi-cercle sont presque synonymes et qu’ils paraissent dériver de la même image.

aristo : Aristocrate. — « C’est vrai ! tu as une livrée, tu es un aristo.» — D’Héricault.

Ardents : Yeux. — Dict. d’argot moderne, 1844. — Le verbe allumer entraînait naturellement ce substantif.

Argot, Arguche. — Diminutifs d’argue : Ruse, finesse. V. Roquefort. — L’argot n’est en effet qu’une ruse de langage. V. Truc.

Arlequin : Rogatons achetés aux restaurants et servis dans les gargotes de dernier ordre. — « C’est une bijoutière ou marchande d’arlequins. Je ne sais pas trop l’origine du mot bijoutier ; mais l’arlequin vient de ce que ces plats sont composés de pièces et de morceaux assemblés au hasard, absolument comme l’habit du citoyen de Bergame. Ces morceaux de viande sont très-copieux, et cependant ils se vendent un sou indistinctement. Le seau vaut trois francs. On y trouve de tout, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux. » — P. D’Anglemont.

Arme à gauche (Passer l’) : Mourir, militairement parlant. Aux enterrements, le soldat passe l’arme sous le bras gauche. — « Toute la famille a passé l’arme à gauche. » — Lacroix, 1832.

Il a reçu une volée que le diable en a pris les armes : Il a reçu une volée mortelle, telle que le diable aurait pu emporter son âme. — Arme est souvent pris pour âme au moyen âge.

Arnache : Tromperie (Vidocq). — Du vieux mot harnacher : tromper.

arpion : Pied. — C’est le vieux mot arpion : griffe, ongle (Lacombe). On a dit arpion comme on dit pattes. — « J’aime mieux avoir des philosophes aux arpions. » — E. Sue.

Arsonnement : Onanisme (Vidocq). — Du vieux mot arson : incendie. L’analogie est facile à expliquer. — On emploie le verbe S’arsonner.

arsouille : Anagramme du vieux mot souillart : homme de néant. La souillardaille était jadis la canaille d’aujourd’hui. V. Du Cange. — « C’étaient des arsouilles qui tiraient la savate. » — Th. Gautier.

Art (Faire de l’art pour) : Cultiver les arts ou les lettres sans y chercher uniquement une occasion de lucre. V. Métier (Faire du). — « Nous avons connu une école composée de ces types si étranges, qu’on a peine à croire à leur existence ; ils s’appelaient les disciples de l’art pour l’art. » — Murger.

Arthur : V. Amant de cœur. — « Quant aux Arthurs de ces Dames. » — Delvau.

Arthur : Homme à prétentions galantes. — « Un haut fonctionnaire bien connu, membre d’une académie, Arthur de soixante ans. » — De Boigne.

Article (Faire l’) : Faire valoir une personne ou une chose comme un article de commerce. — « Malaga ferait l’article pour toi ce soir. » — Balzac. — Examinez-moi ça ! comme c’est cousu ! — Ce n’est pas la peine de faire l’article. » — Montépin.

Être à l’article : Être à l’article de la mort, sur le point de mourir.
Porté, fort sur l’article : Enclin à la luxure.

Articlier : « C’est un articlier. Vernon porte des articles, fera toujours des articles, et rien que des articles. Le travail le plus obstiné ne pourra jamais greffer un livre sur sa prose. » — Balzac.

Artie, Arton : Pain. — « En cette piolle On vit chenument ; Arton, pivois et criolle On a gourdement.» — Grandval, 1723.

Artilleur à genoux : infirmier. — Allusion au canon du clystère et à la posture que réclame sa manœuvre. Ph. Le Roux (1718) nomme déjà mousquetaires à genoux les apothicaires. — On dit aussi : Canonnier de la pièce humide.

As de carreau : Havre-sac d’infanterie. — Allusion à sa forme carrée. — « Troquer mon carnier culotté contre l’as de carreau ou l’azor du troupier. » — La Cassagne.

As de pique (Fichu comme un) : Mal bâti, mal vêtu. Jadis on appelait as de pique un homme nul. — « Taisez-vous, as de pique ! » — Molière.

aspic : Calomniateur (Vidocq). — Grâce à leur venin, ces serpents ont toujours symbolisé la calomnie. L’aspic des voleurs n’est que la vipère des honnêtes gens.

Asseoir (S’) : Tomber, ironiquement : s’asseoir par terre.

Allez vous asseoir : Taisez-vous. — Allusion à la fin obligée des interrogatoires judiciaires. — Asseyez vous dessus : Imposez-lui silence. — En 1859, M. Dallès a fait deux chansons intitulées l’une : Allez vous asseoir, et l’autre : Asseyez-vous donc là-d’sus. — Un petit théâtre de Paris a également donné ce premier terme pour titre à une revue de fin d’année.

Astic : Tripoli, mélange servant à nettoyer les pièces de cuivre. — « Et tirant du bahut sa brosse et son astic, il se met à brosser ses boutons dans le chic. » — Souvenirs de Saint-Cyr.

astiquer : Nettoyer. — « Quand son fusil et sa giberne sont bien astiqués. » — 1833, Vidal.

Un troupier dira de bourgeois élégants : Ce sont des civils bien astiqués. La marine donne à ce mot de nombreux synonymes : — « Peste ! maître Margat, vous avez l’air d’un Dom Juan… — Un peu, que je dis ! on a paré la coque… On s’a pavoisé dans le grand genre ! On est suifé et astiqué proprement. » — Capendu.
Astiquer : Battre. — « Sinon je t’astique, je te tombe sur la bosse. » — Paillet. — Du vieux mot estiquer : frapper d’estoc ou de la pointe. V. Du Cange. — Nous croyons cette étymologie commune à l’autre sens. L’homme qui frappe droit exécute le même mouvement qu’un fourbisseur en exercice.

Asticot : Vermicelle (Vidocq). Calembour. Le vermicelli italien s’applique à un asticot, à un vermisseau, comme à une pâte alimentaire.

Atout : Coup grave. — « Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort. » — Balzac. — Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons.

Atout : Courage Vidocq). « Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout. » — E. Sue. — Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui.
Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.

attache : boucle (Vidocq). — Effet pris pour la cause. Une boucle sert à attacher. V. Chêne. — « J’engantais sa tocquante, ses attaches brillantes avec ses billemonts. » — Vidocq.

Attaque (D’) : Vivement, spontanément. — Un homme d’attaque est un homme d’action.

Attendrir (S’) — S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. Dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer. — « Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit. » — Th. Gautier.

Attriquer : Acheter (Vidocq). — Ce doit être un mot ancien, car Du Cange lui donne un pendant dans attrosser : vendre.

auber : Somme d’argent (Vidocq). — Calembour sur l’équivoque présentée par le vieux mot maille, qui signifiait en même temps monnaie et maille de auber ou cotte de mailles. V. Du Cange. — Au point de vue financier comme au point de vue militaire, l’auber a donc représenté la réunion d’un certain nombre de mailles. — V. Chêne.

Auteur : Père. — Abrév. d’auteur de mes jours. — « Il est impossible de voir un auteur (père) plus chicocandard. » — Th. Gautier.

autor (D’) : D’autorité. — Abrév. — Un coup d’autor et d’achar est irrésistible. On joint d’ordinaire ces deux mots. — « Et d’autor et d’achar Enfoncé le jobard. » — De Montépin.

Autan : Grenier (Vidocq). — Vient du vieux mot hautain : élevé, en bas latin altanus. V. Roquefort. — Un grenier occupe toujours le haut de la maison.

Autre (L’) : Nom donné à Napoléon I par ses partisans. Sous Louis XVIII, il avait une valeur exceptionnelle ; il signifiait : l’Autre souverain. — « M. de Saint-Robert était, du temps de l’Autre, officier supérieur dans un régiment de la vieille. » — Couailhac.

Autre côté (Femme de l’) : Les étudiants de Paris appellent ainsi les lorettes habitant la rive droite, c’est-à-dire l’autre côté de la Seine (pour le quartier latin). — « C’est Annette. C’est une femme de l’autre côté. » — Les étudiants, 1860.

auverpin : Auvergnat. V. Charabia.

avaloir : Gosier (Vidocq). — Inutile d’insister sur l’origine du mot. On voit que le gosier est ici dans l’exercice de ses fonctions.

Avantages, Avant-cœur, Avant-scènes : Seins. — « N’étouffons-nous pas un petit brin ? lui dit-il en mettant la main sur le haut du busc ; les avant-cœur sont bien pressés, maman. » — Balzac. — « C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset. » — Villemot.

azor : Sac d’infanterie. Son pelage lui a fait donner ce nom de chien. — Un fantassin en route dit qu’il part à cheval sur Azor. — « Le mauvais drôle avait vendu son havre-sac, qu’il appelait son Azor. — Vidal, 1833.

Appeler Azor : Siffler un acteur comme un chien. — « Dites donc, mame Saint-Phar, il me semble qu’on appelle Azor. » — Couailhac.