Les Excentricités du langage/Édition Dentu, 1865/R

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E. Dentu (p. 273-290).
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Rabibocher : Raccommoder. V. Collant. — « N’en parlons plus ! Il faut que je me rabiboche avec vous. » — E. Sue.

Rabiot : Temps pendant lequel le soldat peut être forcé de rester à son corps après sa libération. Il y eut plus d’un rabiot en Crimée. — Restant de soupe laissée au fond de la gamelle (De Vauvineux).

Raboin : Diable (Vidocq). V. Abadis.

Raclée : Rossée. C’est plus qu’une frottée. — « Ça lui procura de leur part quelques belles raclées. » — L. Desnoyer.

Raclette : Ronde de police. — Elle racle les gens sans aveu sur son passage. V. Balai.

raccourcir : Guillotiner — La perte de la tête raccourcit. Mot de création républicaine ainsi que les synonymes ci-joints : — « La louve autrichienne va être à la fin raccourcie… — Jusqu’à ce qu’ils aient tous craché dans le son… — Pour faire mettre promptement la tête à la fenêtre à la louve autrichienne… — Ses bons avis à la Convention pour qu’elle fasse promptement jouer le général Moustache à la main-chaude… — Qu’il fasse promptement passer sous le rasoir national le traître Bailly. » — 1793 Hébert.

Le rasoir national est le fatal couperet. — Cracher dans le sac montre la tête coupée sautant avec un jet de sang dans le sac de son.
Mettre la tête à la fenêtre et jouer à la main-chaude font allusion à l’attitude du supplicié. — La fenêtre, c’est la lunette où passe la tête du supplicié qui à genoux, mains liées derrière le dos, attend le coup comme à la main-chaude.

Rade, Radeau : Comptoir, Tiroir. — Allusion aux radis qu’on y met. — « La rade est le comptoir du marchand de vin. Le radin c’est l’argent du comptoir, par abréviation le radi. On dit n’avoir pas un radi pour n’avoir pas un sou. — A. Monnier.

Radin, Radis : Argent monnayé. — Corruption da maravédis. — « En vain je cherchai dans ma poche, Il ne m’restait plus un radis. » — Hardy, Chansons. — Faire un radin : Voler l’argent du comptoir. V. Fête, Demi-Aune.

Raffale : Misère. — Mot expressif — Raffalé : Misérable, dépouillé par la raffale de la mauvaise fortune. — « Tous les hommes sont des raffalés, des pingres. » — Lynol.

Rafiau : Bâtiment léger. — «J’vas joliment gréer notre rafiau, tu verras. » — Phys. du Matelot, 1843.

Ra-fla : Notes rudimentaires de la batterie du tambour. — « Le tambour-major bat la mesure des ra et des fla. » — M. Saint-Hilaire.

Rafraîchir d’un coup de sabre (Se) : Se battre. — Allusion à la sensation du froid qu’on éprouve en sentant la lame pénétrer dans les chairs. — « Un officier lui demanda s’il voulait se rafraîchir d’un coup de sabre. » — Ed. Lemoine.

raide, rude : Eau-de-vie qui gratte le gosier. On dit par analogie : C’est un peu raide, c’est d’une exigence difficile à supporter. — « Comme dit le proverbe un peu de raide fait grand bien. » — L. Bardas.

Être raide, Raide comme la justice : Être ivre sans vouloir le paraître, se redresser avec affectation. — « Dis donc Jules tu as bien dîné. — Il est raide. » — Monselet.
Raide comme balle : Rapide comme un projectile. — « Il a filé son chemin raide comme une balle. » — Vidal 1833.

Raille : Police, agent de police. — Du mot égrailler : racler. Le raille vous engraille, comme la raclette vous racle. — « La raille maron te servira pour un deuxième gerbement. » Vidocq. — V. Cigogne.

raisiné : Sang. — Allusion de couleur. — « Tu es sans raisiné dans les vermichels. » — Balzac. — V. Dariole.

Raleur : Les bouquinistes de Paris appellent ainsi ceux qui ont l’habitude de lire à leurs étalages sans rien acheter.

Raleuses : Les raleuses sont des racoleuses ou courtières lâchées par les marchands (du Temple) sur le gonze pour le forcer à acheter. » — Mornand.

Rama : « Des riens constituent chez certaines classes parisiennes un esprit drolatique dans lequel la bêtise entre comme un élément principal et dont le mérite consiste particulièrement dans le geste et la prononciation. Cette espèce d’argot varie continuellement. La plaisanterie qui en est le principe n’a jamais un mois d’existence. Un procès en cour d’assises, une chanson des rues, les farces d’un acteur, tout sert à entretenir ce jeu d’esprit. La récente invention du Diorama qui portait l’illusion de l’optique à un plus haut degré que dans les panoramas avait amené dans quelques ateliers de peinture la plaisanterie de parler en rama. » — Balzac. — « Eh bien ! monsieur Poiret, dit l’employé, comment va cette petite santérama ? » — Id.

Ramasser : Arrêter. — « Ce qu’elles craignent par dessus tout, c’est d’être ramassées sous le cruel prétexte de vagabondage. » — M. Waldor.

Se ramasser : Se relever après une chute.

Ramastiqueur : Filou ramassant à terre des bijoux faux perdus par un compère et les cédant à un passant moyennant une prime qui dépasse leur valeur réelle.

Rambuteau : Guérite-urinoir — Du préfet qui en a doté la voie publique.

Rampe (Lâcher la) : Mourir. — Mot à mot : dégringoler l’escalier de la vie. — « Ton oncle s’est laissé mourir ? — Le pauvre cher homme ! Il vient de lâcher la rampe.» — Tintamarre.

Rapiat : Auvergnat, avide, avare. — Dhautel. (1808) fait venir ce mot de Rapiamus. — V. Flanelle.

Rapin : « Ce joyeux élève en peinture qu’en style d’atelier on appelle un rapin.» — Balzac.

Rapioter : Rapiécer. — « Monsieur, faites donc rapioter les trous de votre habit.» — Mornand.

Rappliquer : Revenir (V. Flacul), Répliquer (V. Suage).

Raser : Railler. Jadis on disait faire la barbe. — « Pour aviser au moyen de faire la barbe à la municipalité de Paris. »" — 1793, Hébert. — « On a commencé à dire des blagueurs. Aujourd’hui, on dit des raseurs.» — Gazette de Paris.

Raseur : « Le raseur est l’individu qui croit vous intéresser infiniment par le récit des choses les plus ennuyeuses dont sa mémoire est ornée. — Une fois qu’il tient votre bras, le raseur ne vous quitte plus.» — A. Scholl, 1853.

Raspail : Liqueur de Raspail, eau-de-vie. — « Ami, prends un sou de raspail, Pour rincer de tes dents l’émail.» — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

rat : « Le rat est un des éléments de l’Opéra, car il est a la première danseuse ce que le petit clerc est au notaire… — Le rat est produit par les portiers, les pauvres, les acteurs, les danseurs. Il n’y a que la plus grande misère qui puisse conseiller à un enfant de huit ans de livrer ses pieds et ses articulations aux plus durs supplices, de rester sage jusqu’à dix-huit ans uniquement par spéculation et de se flanquer d’une horrible vieille comme vous mettez du fumier autour d’une jolie fleur… — Un rat à onze ans est déjà vieux. Dans deux ans elle peut valoir 60,000 francs, être rien ou tout, un nom célèbre ou une vulgaire courtisane. — Roqueplan. 1841.

Rat : Bougeoir bougie mince et tortillée dont le brin rappelle la queue du rat. — « Je vous demanderai la permission d’allumer mon rat. » H. Monnier.
Rat : Avare, pauvre. — « Je vous dénonce mon propriétaire qui est un rat fini. " — Bertall.
Rat : « Petits pégriots qui se cachaient à la brune sous un comptoir afin d’ouvrir la nuit la porte du magasin à leurs collègues. Il paraît qu’on ne fermait qu’au pène les boutiques dans ce temps-là. Aujourd’hui le rat qui restera en vedette chez un marchand de vin aurait besoin de ses amis du dehors pour le délivrer. » — A. Monnier.
Rat : « Cette expression s’applique à tout retardataire de l’École polytechnique. Quiconque après son examen de sortie est exclu par son rang des ponts et chaussées est rat de ponts ; le rat de soupe est celui qui arrive trop tard à table. » — La Bédollière.
Rat de prison : Avocat. — Allusion aux visites qu’il rend aux prisonniers.
Mon rat : Terme d’amitié.
Rat : Caprice, fantaisie trottant comme un rat dans la cervelle. V. Dhautel, 1808.
Courir le rat : Voler la nuit à l’auberge (Vidocq).

Rata : Abréviation de ratatouille. — « Pour le rata : faites bouillir de l’eau, prenez des pommes de terre, jetez le légume choisi dans la bassine, ajoutez 3 kilogr. de lard par cent hommes, remuez et servez. » — La Bédollière.

Ratichon, Rasé, Raze, Razi : Prêtre. — Mot à mot : ratissé, rasé. — Allusion à sa tonsure et à sa figure rosée. V. Momir.

Ravageurs : « Ils travaillent un instant après la pluie. Alors l’eau a charrié dans les rigoles ménagées par le pavé tous les morceaux de clous et de ferraille qu’elle a pu emporter en passant… La besogne faite, ils vendent un sou la livre leur misérable butin. » — Berthaud, 1846. — La police a fait cesser cette exploitation. — Les Mystères de Paris montrent cette industrie s’exerçant en grand sur les ports de la Seine : S’avançant dans l’eau aussi loin qu’il peut aller, le ravageur puise à l’aide d’une longue drague le sable de rivière sous la vase, puis il le lave comme un minerai et en retire une grande quantité de parcelles métalliques. » — E. Sue.

Ravignolé : Récidive. — « Je n’ai pas coqué mon centre de taffe du ravignolé ; ainsi si vouzailles brodez à mezigue, il faut balancer la lazagne au centre de Jean-Louis Laurant, au castuc de Canelle (Caen). »

Razzia : Rafle rasant tout sur son passage. — Le mot date de notre guerre d’Afrique. En France au quinzième siècle on disait dans le même sens reize — « Il exerçait de véritables razzias à l’endroit des tasses de chocolat. » — A. Second.

Réac : Réactionnaire. — Date de 1848. — « Il s’agira seulement d’applaudir nos orateurs — et d’aplatir les réacs. » — Chenu.

Réaliste : Artiste ou romancier s’appliquant à reproduire dans toute leur vérité les scènes de la vie réelle sans rien idéaliser. Bien qu’employé à la fin du dix-huitième siècle par Rétif, le mot est nouveau mais l’école est de haute antiquité.

Rebâtir : Tuer. — Équivoque. — Pour rebâtir il faut démolir. V. ce mot. — « Si tu consens à nous laisser rebâtir le ratichon et sa larbine nous irons pioncer dans le sabri du rupin de ton villois, à cinquante paturons de la chique de la daronne du mec des mecs. » — Vidocq.

Réchauffer : Ennuyer (Vidocq). — On trouve une analogie dans l’acception de bassinoire. — C’est du réchauffé : Cela ne vaut plus rien.

Reconnobler : Reconnaître (id.). V. Parrain.

Refaire : Tromper. V. Faire. — « Dindonné, ce que nous appelons refait au même. » — Balzac.

Refaiter : Prendre un repas. — Vieux mot. — V. Pavillonner. — Refaite du matois : Repas du matin — Refaite de coni : Viatique, repas de mourant.

Refiler : Donner un vol nourri, suivre.

Refroidir : Tuer. — On dit glacé par la mort. — V. Suage.

Régence : Digne des roueries galantes de la cour du régent. — « C’est régence, c’est Louis XV, Œil-de-bœuf ! C’est très-bien. » — Balzac.

Regon : Dette. — Regonser : Devoir (Bailly).

Regout (Faire du) : Être arrêté. — « Poissons avec adresse mezières et gonzesses sans faire de regout. » — Vidocq.

Réjouissance : Os glissé par les bouchers dans la viande pesée à leurs pratiques. — « Pour mieux les embêter dans le poids et la réjouissance. » — Cabarets de Paris, 1821.

reluit : Jour, œil. V. Coquer, Luisant, Chasse.

Reluquer, Rembroquer, Remoucher, Remouquer : Remarquer, examiner. V. Chasse, Temps, Moucharde, Bonne, Abadis, Béquille, Bayafe. — Rembrocage de parrains : Confrontation.

Renard (Piquer un) : Vomir. — On a commencé par dire écorcher le renard. — Le renard est une bête si puante qu’on s’expose à vomir de dégoût en voulant l’écorcher. — « Et tous ces bonnes gens rendoient leurs gorges devant tout le monde, comme s’ils eussent escorché le regnard. » — Rabelais. — Le voyageur Jacques Lesaige dit en faisant allusion aux effets du mal de mer : « Loué soit Dieu ! J’avons bon apétit car je n’avois fait que escorchier le regnart. (1518) » — V. Gaz.

Queue de renard : Longue trace de vomissement. — « Un homme sans éducation qui a fait une queue de renard dans le plat de son voisin. » — Cabaret de Paris, 1811.
Renarder : Vomir. — « Je suis gris… Vous me permettrez de renarder dans le kiosque. » — Balzac — On disait autrefois renauder. V. Roquefort.

Renard : « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti, plus tard tu passeras renard ou aspirant. » — Biéville. — V. Chien.

Renauder : Renâcler (Vidocq). — Signifiait jadis vomir. V. Roquefort. — « Quand elle quête, merci ! Chacun renaude ou détale. » — Léonard, parodie 1863.

Rencontre (Vol à la) : « Variété du vol à la tire. Il est opéré par deux compères : le premier heurte un passant dont il détache la chaîne qui est aussitôt remise au second ; puis il s’éloigne en s’excusant et se laissant fouiller, si on découvre le vol. » — Canler.

Rêne (Saisir la troisième) : S’accrocher à la crinière d’un cheval sur lequel on ne peut se maintenir.

Renfoncement : Forte bourrée. — « On l’accabla de renfoncements, il lui fut impossible de s’expliquer. — Chenu.

Rengracier : Devenir honnête, rentrer en grâce de la société. — « Jamais tu ne rengracieras. Plutôt caner en goupinant. » — Vidocq.

Renifler : Sentir deviner (Vidocq). V. Pante.

Renifler : Refuser d’aller plus avant. — « Si ce n’avait pas été l’heure, j’aurais reniflé. » — Monselet.

Renquiller : Rentrer. De quille. V. Pavillonner.

Repiger : Rattraper. — « Attends toi ! si je peux te repiger un jour. » — Moinaux.

Repiquer : Recommencer, reprendre le dessus, se tirer d’une mauvaise passe. — « On repique son chaste cancan. » — 1846 P. d’Anglemont.

Reporter : V. Liquid.

repoussant : Fusil. — Il repousse l’épaule.

Retourne (De quoi il) : Ce qui se produit de nouveau. Terme de jeu de cartes où la retourne de l’atout indique en effet l’apparition d’une couleur inattendue. « Voici de quoi il retourne pour le quart d’heure. — E. Texier.

Revenir sur l’eau : Sortir d’un mauvais pas. — « Le voilà qui revient sur l’eau, cet agneau adoré. » — L. Reybaud.

Reste (Donner son) : Accabler, tuer quelqu’un. — « Mais zeste ! Lowendal leur ficha son reste. » — Vadé 1750. — Ne pas demander son reste : Rester anéanti.

Retapé : Mis proprement — « Elle est joliment retapée et requinquée le dimanche. » — Vidal.

Retappe (Faire sa) : Raccrocher. — « C’est moi qui lui ai donné l’idée de faire sa retappe avec un costume décent et un carton à chapeau à la main. » — Cinquante mille Voleurs de plus à Paris, Paris, 1830 in-8. — Vient de l’argot des voleurs qui disaient aller à la retape, pour : s’embusquer sur le grand chemin. — Mot à mot : attendre l’occasion de retaper sur les passants.

Richelieu : Aussi roué que le galant maréchal de ce nom. — « Tout le benjoin d’une galanterie à 80 degrés Richelieu. » — Murger.

Richement laid : Aussi laid que possible.

Riflard : Parapluie. — D’une pièce de Picard, la Petite Ville (1801), où l’acteur chargé du rôle de Riflard paraît armé d’un énorme parapluie. — « Il pleuvait à verse ; elle était sous son riflard. » — Lubize.

Riffauder : Brûler. V. Flacul. — Rifle : Feu, flamme. — « Je remouche au coin du rifle un sinve qui roupillait. J’ai sondé dans ses profondes. » — Vidocq. — V. Coquer.

Rigolboche : Amusant drôle. — Diminutif de rigollot. — « C’était au Prado… La querelle allait son train… Les agents s’approchèrent… Laissez-les donc ! m’écriai-je, sans doute inspirée, c’est bien plus rigolboche ! — Le mot fut sur-le-champ acclamé. — Marguerite, me dit C., tu viens de créer un mot qui fera fortune. » — 1860, Mémoires de Rigolboche.

Rigolbocher : Cancaner à la façon de Rigolboche, danseuse dont les lignes précédentes expliquent le} nom et la vogue. — « Nous rigolbochons parfois à Bullier. » — 1860, Les Étudiants.

rigoler : Rire, se divertir. Vieux mot. — Dès 1373, Du Cange en cite des exemples au mot Rigolamentum. « Et frère Jean de rigouller, jamais homme ne feut tant courtois ny gracieux » — Rabelais. — « Qu’est-ce qui chante ? je veux de quoi rigoler ! moi. » — Champfleury. — V. Hariadan, Lansquiner.

Rigolot, rigolette : Homme ou femme de gai naturel. — « Rigolos et vous rigolettes, Gais enfants d’l’atelier. » — A. Joly, Ch. — On dit aussi dans le même sens : Rigolot pain de sucre. — C’est rigolot : C’est amusant.

Rincée : « Il a reçu une bonne rincée, il a été battu, étrillé comme il faut. » — 1808. Dhautel.

Rincer : Dévaliser. — «Des malfaiteurs crurent pouvoir rincer la caisse du juif. » — Balzac.

Rincer : Battre. — « Un général, fût-il un prince, Fond sur l’ennemi et vous le rince. » — Favart, — 1750. — « Tu m’as rincé, et personne ne peut se vanter de me mettre le pied sur la tête. » — E. Sue.
Rincer le gosier, le cornet, le sifflet, l’avaloir, la dalle : Faire boire. V. Sifflet. — « S’il cajole la cantinière, elle lui rince le gosier. » — Wado, Chansons. — « Tu peux te rincer le cornet, ça rend toujours un homme aimable. » — Cabassol. — « Quand vous rincez votre avaloir, Vous êtes prié de quitter le comptoir. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert. — « Avec ces messieurs j’bois. Oui, nous nous rinçons la dalle. » — Léonard, parodie.
Il a été bien rincé : « Il a été bien mouillé. » — 1808, Dhautel.

Riolle : Divertissement. — De rigoler. — « Pitanchon, faisons riolle, Jusqu’au jugement. » — Grandval, 1723.

Ripatonner : Raccommoder. — Mot à mot : réparationner. — « On ripatonne un livre en publiant une édition revue et corrigée ; on ripatonne un édifice en le recrépissant. » — La Bédollière.

Riquiqui : Eau-de-vie. — « Tiens ! pour te guérir, je t’apporte une goutte de riquiqui. » — La Femme comme on en voit peu, ch., 1789.

Rivancher : V. Tremblant. — Rivette : V. Tante.

Riz-pain-sel : « À l’armée, où les agents du service des subsistances distribuent les vivres aux compagnies, on leur donne le sobriquet de riz-pain-sel. » — La Bédollière.

Rober : Dérober (Vidocq). — Vieux mot.

Robert Macaire : Variété du cancan. — Allusion à la danse de Robert Macaire au premier acte de l’Auberge des Adrets. — « Magistrats et docteurs commencent leur carrière, En se faisant danseurs De la Robert Macaire. » — 1841, Phys. de la Chaumière. — V. Macaire.

Robinson : Parapluie. — Usité depuis la représentation d’une pièce de Pixérécourt, où Robinson apparaissait avec son grand parasol.

Rocaille, Rococo : Dans le goût de l’époque de Louis XV. — « L’amour des rocailles, mot qui caractérise l’ameublement du règne de Louis XV. » — Roqueplan. — « La chambre de madame était meublée dans le genre rococo. » — Balzac.

Rococo : Suranné. — « Ce mot nouveau est celui de rococo, et me semble être appliqué, par la jeunesse innovatrice, à tout ce qui porte l’empreinte du goût, des principes ou des sentiments des temps passés. » — Trollope, 1835.

Rochet : Prêtre (Vidocq). — Allusion au rochet ou camail qui couvre ses épaules. V. Suage.

Rogneur : Fourrier. — Mot à mot : rogneur de portions. — Allusion aux vins et aux vivres de campagne sur lesquels un fourrier peu délicat prélève parfois une dîme indue. — « Gratte-papier, rogneur, traîne-paillasse, Hardi pillard aux deux galons d’argent, De vingt surnoms que sur lui l’on entasse, Le fourrier rit, et se moque en chantant. » — Wado, Chansons.

Romain : Claqueur. — Allusion aux Romains qui applaudissaient Néron. — « Sous le lustre avec les romains du parterre. » — P. Borel, 1833. — Romain : fantassin. — Allusion à la forme romaine du poignard d’infanterie.

Romanichels : « Voleurs exploitant l’Europe entière sous les allures de marchands forains. Ils se marient entre eux, voyagent constamment et se prêtent assistance en cas d’arrestation. » — Canler.

rond : Saoul. — « Descendant d’la guinguette, Un soir que j’étais rond. » — Les Amours de Jeannette, chanson, 1813.

Rond : Sou. — Le sou est rond. — « Aboule tes vingt ronds, bêta ! » — Montépin. — V. Balle, Roue.

Rondine : Bague. — Même allusion. V. Vague.

Rondiner : Battre à coups de bâton. — Mot à mot : de rondin. — « Qu’il est doux de pouvoir rondiner un ingrat. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Rondiner des yeux : Faire les yeux ronds à quelqu’un.

Rosse, Rossard : Homme mou, lâche. — « Quell’rosse qu’tu fais ! T’es mon ami tout d’même. » — Protat.

Rossée : Grêle de coups.

Rossignol : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le même nom aux étoffes passées de mode.

Rossignol : Fausse clé — « Après, j’ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.» — Festeau, 1832.

Rotin : Sou. — Diminutif de rond. — « Si par hasard ils se lâchent d’un déjeuner de vingt-cinq rotins. » — Lynol.

Roublard : Richard. — Mot à mot : homme à roubles. — S’il faut en croire le Figaro du 27 novembre 1858, on appelle aussi roublart un chevalier d’industrie extorquant des directeurs de jeux une somme qui lui. permette de regagner son pays, après une perte dont il exagère la valeur.

Rouchi : Personne méprisable. « Veux-tu te cacher, vilain rouchi. Tu reviendras quand tu seras blanchi. » — 1844. Catalogue poissard. — Du vieux mot rouchi : mauvais cheval. V. Roquefort.

roue de derrière, de devant : « Pièces de cinq, deux francs. » — Vidocq, 1837. — Allusion au diamètre respectif des roues de voiture. — « Roues de derrière… expression des cochers pour dire pièces de cinq francs. » — Cabarets de Paris, 1821. — « Je peux solir pour une roue de derrière ce qui m’a coûté cinquante ronds, c’est-à-dire vendre pour six francs ce qui m’a coûté cinquante sous. » — Avent. de J. Sharp, 1789.

Roué : Juge d’instruction (Vidocq) — Il doit l’être.

Rouge : Révolutionnaire acceptant le drapeau rouge.

Rouget : Cuivre. (Vidocq). C’est le cuivre rouge. Le cuivre jaune est le paillon.

Rouillarde : Bouteille (Vidocq). — Mot à mot : chose qui se roule.

Roulance : « Roulement général que font les ouvriers typographes à coups de composteurs sur leurs casses, à la rentrée d’un confrère qu’ils viennent de mystifier. » — Ladimir.

roulant, roulotte : Voiture. V. Dhautel, 1808. — « Tout ce maquillage ne te fera pas démarger en roulotte (Aller en voiture). » — Paillet. — V. Garçon. — Roulant vif : « La science change la face de la civilisation par le chemin de fer, l’argot l’a déjà nommé le roulant vif. " — Balzac. V. Chineur.

Rouler : Battre, vaincre. — Mot à mot : rouler à terre. — « Enfin je suis seul contre le gouvernement avec son tas de tribunaux et je les roule. » — Balzac. — Roulée : Vigoureuse correction.

rouler : Voyager. — Roulier est classique.

Ça roule : Je me porte bien, je fais de bonnes affaires. — Ça roule se dit aussi d’une manœuvre effectuée sans ensemble.

Rouleur : Trompeur. — « Cela ne serait pas bien : nos courtiers passeraient pour des rouleurs. » — Lynol. — De rouler : vaincre.

Rouleur : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C’est lui qui accompagne les partants jusqu’à la sortie des villes. » — G. Sand — De rouler : voyager.

Roulottier : « Il est, en quelque sorte, le cambrioleur de la rue. Au lieu de travailler en chambre, il travaille en voiture. Il saisit une malle, un colis sur un camion de roulage et s’éloigne avec sa proie. » — A. Monnier. — Roulottin : Charretier (Vidocq).

roupie : Punaise (Vidocq). — Elle a en effet la forme et la couleur d’une roupie de tabac.

Roupie de singe : Rien. — Roupie a ici le sens de monnaie. On dit monnaie de singe pour grimace.

Roupiller : Dormir. — « Il est bien temps de roupiller. » — 1750, Monbron, Henriade travestie. — V. Paumer, Pieu, Rifle.

Rouscailler bigorne : Parler argot. — Rouscailleur : Débauché, luxurieux.

Rousse, Roussins : Police, agents de police. — Du vieux mot rouchin : rosse, mauvais cheval. V. Roquefort. — Rousse est une abréviation. — « C’était l’agent de change que suivaient les roussins. » — Vidocq. — « Ils croient voir partout la rousse. » — Paillet. — « À quoi penses-tu ? tu bois avec des rousses. » — Chenu. — V. Butter, Agrafer, Cambrouse.

Roussiner : Péter sans façon, comme un rouchin.

Roustir : « La plupart des banquistes, pour me servir de leurs expressions, ont un truc pour roustir les gonzes, c’est-à-dire une supercherie pour attraper les bonnes gens. » — Avent. de J. Sharp, 1789.

Roustisseur : Voleur. — « On accuse donc c’te pauvre fille d’être une roustisseuse et d’avoir fait sauter l’argenterie. » — Voizo, Chanson.

Royale : « Louis XIII rasait bien, et un jour il coupa la barbe à ses officiers et ne leur laissa qu’un petit toupet au menton. » — Tallemant des Réaux. — De là sans doute ce mot, dit Monmerqué.

Rude : Remarquable. — « Eh ! mon vieux sabre, tu peux te vanter d’appartenir à un rude lapin. » — About. — V. Raide, Balle, Doux. — Rudement : Remarquablement.

Ruette au pain : Gorge. — « Au souper, je ne pus avaler une goulée, à croire que j’avais la ruette au pain barrée, par quelque accident. » — Delvau.

rup, rupart, rupin : Seigneur, élégant, riche. — « Madame, en v’là un rup ! il m’a dit de garder la monnaie pour moi. » — Jaime. — « Pour enfoncer un rupiné, Je sers d’exemple. Malheur à qui contemple Mon petit minois chiffonné. » — Mouret, Ch., 1846. — V. Rebâtir, Bigorne, Caloquet.

Se prend adjectivement. — « Tu étais dans une société assez rup. » — Montépin. — « Faisons un petit bout de toilette que chacun soit rupin. » — Chenu.

Rustique : Greffier. — Rustu : Greffe (Bailly).