Les Géorgiennes/Acte III

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A. Lemerre (p. 64-80).

ACTE TROISIÈME.


Une porte de ville en état de siége ; au troisième plan, le mur d’enceinte, défendu par un petit bastion qui se perd dans la coulisse de gauche. À droite, la porte de la ville fermée par un pont-levis qui, lorsqu’il s’abaisse, livre passage à l’extérieur. À gauche, premier et deuxième plans, le commencement d’un camp. À droite, un ouvrage avancé surmonté d’une pièce de canon dominant le mur et menaçant la campagne, qu’on découvre au dehors des murs d’enceinte. Nuit.




Scène PREMIÈRE.

FEMMES endormies, puis RHODODENDRON et BOBOLI.
CHŒUR DES FEMMES, rêvant.
––––––––––Guettez bien tous,
–––––––––––Garde à vous !
––––––L’ennemi peut-être veille
––––––––––Tout près de nous ;
––––––Guettez de l’œil et de l’oreille.
–––––––Déjouons habilement
–––––––Tout perfide événement !
(Rhododendron et Boboli entrent avec précaution.)
RHODODENDRON.

Nous approchons ?

BOBOLI.

Oui, seigneur.

RHODODENDRON.

Et tu me réponds que toutes les sentinelles…

BOBOLI.

Ne s’éveilleront pas avant le jour ; en ma qualité d’infirmier chef, ayant la pharmacie à ma disposition, j’ai administré un soporifique à toute la garnison, depuis la générale jusqu’au simple soldat.

RHODODENDRON.

À merveille !

BOBOLI.

Ah ! si on découvrait ma trahison, je serais pendu.

RHODODENDRON.

Oui ; mais, si tu me trahissais, moi, revenu ici en maître, je te ferais empaler.

BOBOLI.
––––––Empalé, moi, miséricorde !
––––––J’aimerais encor mieux la corde.
RHODODENDRON.
––––––––Si ce destin fatal,
––––––––T’attend, il est égal
––––––––Que ce soit, au total,
––––––––Ou la corde ou le pal.
––––––––Sache qu’en général
––––––––Tout supplice fait mal,
––––––––Qu’il soit horizontal
––––––––Ou qu’il soit vertical.
––––––––Pour toi, le principal,
––––––––Sous le rapport moral,
––––––––C’est qu’un agent légal,
––––––––D’un ordre spécial,
––––––––Doit, au premier signal,
––––––––Et c’est le but final,
––––––––Frapper d’un coup brutal
––––––––Ton principe vital.
––––––––Or, dès qu’en général
––––––––Tout supplice fait mal,
––––––––Qu’il soit horizontal
––––––––Ou qu’il soit vertical,
––––––––Si ce destin fatal
––––––––T’attend, il est égal
––––––––Que ce soit, au total,
––––––––Ou la corde ou le pal.
BOBOLI.

Mais je m’aperçois que nous sommes arrivés… Voici la poterne.

RHODODENDRON.

Enfin !

BOBOLI.

J’ai cru un moment que nous allions échouer ; d’abord, pour avoir la clef, j’ai dû la prendre à la ceinture de la générale, qui n’en finissait pas de s’endormir.

RHODODENDRON.

Ma pensée combattait peut-être la vertu de ton soporifique… Moi, un pacha puissant et redoutable, mis au violon, avec un archer pour me garder… ! Allons… il faut finir… et mettre à exécution le plan que j’ai conçu pour m’emparer de la belle Férosa et de ses compagnes… Ah ! cette Férosa a jeté le trouble dans mes passions violentes.

BOBOLI.

Ah ! Nani ! Ah ! cette femme m’a jeté du vague à l’âme.

RHODODENDRON.

Oui… en effet… cette Nani est croustillante. Je n’en ferai pas ma sultane Validé…, mais elle aura la deuxième place dans mon cœur.

BOBOLI.

Hein ? comment, seigneur…, vous ne me laisserez pas même Nani pour récompense ?

RHODODENDRON.

Qui ? toi ?… (Riant.) Ah ! ah ! ah ! le drôle est amusant.

BOBOLI.

Mais, seigneur…

RHODODENDRON.

Allons, je t’en donnerai la valeur en argent, gaillard ; ainsi c’est entendu, tu as bien retenu tout mon plan.

BOBOLI., à part d’un air sombre
Oui, je l’ai retenu ton plan.
RHODODENDRON.

Dans une heure je reviens le mettre à exécution, et j’espère vous trouver, toi et Cocobo, prêts à le servir ; baisse le pont-levis… Cordon, s’il vous plaît…

BOBOLI.

Voilà, seigneur.

(Il baisse le pont.)
RHODODENDRON, sortant.

Ah ! cette Férosa !… Ah ! ces femmes ! elles seront toutes à moi

(Il disparait.)

Scène DEUXIÈME.

BOBOLI, puis COCOBO.
BOBOLI.

Oui, je le connais ton plan… imprudent… Tu me l’as livré. (Ricanant d’un air diabolique.) Hé ! hé ! hé ! Je suis doux comme un mouton, je suis doux comme deux moutons (bêlant). Mais !… (À Cocobo qui entre.) Ah ! Cocobo.

COCOBO.

Seigneur ?

BOBOLI.

Aimes-tu le plaisir des dieux ?

COCOBO.

Je ne sais pas, je n’en ai jamais mangé.

BOBOLI.

Mais triple buse, ne sais-tu point que le plaisir des dieux, c’est la vengeance ? Eh bien, sache donc que cet affreux pacha, cet être hideux, boursouflé, ventripotent, ce ballon, ce pot à tabac, prétend enlever toutes les femmes, toutes ! jusqu’à ton Alita.

(Cocobo saute en l’air.)
BOBOLI.

Noble colère ! viens te venger de ton rival, suis-moi.

COCOBO.

Où allons-nous ?

BOBOLI.

Déjouer le plan du farouche Rhododendron.

(Il se dirige vers le pont.)
COCOBO, le suivant.

Allons déjouer le plan du farouche… — Quel plan ?

BOBOLI.

Mais son plan, animal.

COCOBO.

Ah ! bien, bien… ô vengeance !… Quel plan vais-je déjouer, mon Dieu !…

BOBOLI.

Passe devant.

COCOBO.

Je passe devant.

BOBOLI.

Et pas un mot !… la moindre indiscrétion pourrait éventer la mèche.

COCOBO.

Ah ! vous ne me connaissez guère, seigneur ; moi d’abord, quand je ne sais pas ce dont il s’agit, il n’y a pas de danger que j’évente la mèche.

BOBOLI.

Précieuse qualité !… Allons, marche !…

COCOBO, sortant.

Allons déjouer ce plan que j’ignore.

BOBOLI, sortant.

Allons goûter le plaisir des dieux.

(Ils sortent par le pont.)

Scène TROISIÈME.

Les mêmes, moins BOBOLI et COCOBO, puis NANI et ALITA.

Le jour point et grandit peu à peu. — Musique douce, puis croissante.

Un trompette s’étire, ouvre les yeux, regarde le ciel, puis se lève, et éveille un autre trompette couché près de lui.

1er TROMPETTE.

Eh ! camarade… camarade. (Il le secoue.)

2e TROMPETTE.

Hein ? quoi ? laisse-moi dormir.

1er TROMPETTE.

Dormir ? mais voici le jour, et il faut sonner le réveil.

2e TROMPETTE.

En effet… il fait jour ! Mais qu’est-ce que j’ai donc ?… mes paupières sont lourdes…

1er TROMPETTE.

Allons, sonnons la Diane !

2e TROMPETTE

Sonnons la Diane… (Ils sonnent. Les soldats se réveillent.)

CHŒUR.
––––––Quel bruit, quel esclandre,
––––––Vient se faire entendre ?
––––––––Qui donc ose ainsi
––––––––Nous troubler ici ?
NANI, accourant.
––––Ah ! mesdames, mesdemoiselles,
––––Tous les hommes se sont sauvés !
TOUTES.
––––––--Se sont sauvés !
ZAIDA, accourant.
––––Je vous apporte des nouvelles :
––––Les hommes se sont esquivés !
TOUTES.
––––––--Ils se sont sauvés.
ZAIDA, à Alita.
––––––C’est toi qui, je gage,
––––––Très-certainement,
––––––As ouvert la cage
––––––À ton cher amant !
–––––C’est vilain, mademoiselle,
––Pour un galantin s’éprendre d’un amour banal ;
–––––C’est vilain, c’est trop de zèle,
–––––C’est affreux, c’est immoral.
CHŒUR.
––––-C’est vilain, etc.
ALITA
––––––Moi, sur ta figure
––––––Je le vois très-bien,
––––––Tu fis, j’en suis sûre,
––––––Évader le tien.
––––-C’est vilain, etc.
CHŒUR.
––––-C’est vilain, etc.
MÉLANO.
––––––Ton époux, ma belle,
––––––Pourrait bien aussi
––––––Devoir à ton zèle
––––––D’être loin d’ici.
MILÉVA.
––––––Le tien est en route,
––––––Et j’atteste, moi, (bis.)
––––––Sans le moindre doute,
––––––Que c’est grâce à toi.
ZORA.
––––––Je crois que ton frère,
––––––À tes soins touchants,
––––––Peut-être, ma chère,
––––––Doit la clef des champs.
NADJI.
––––––Ton cousin, ma bonne,
––––––Il s’est évadé ;
––––––Mais je te soupçonne
––––––De l’avoir aidé.
TOUTES, se disputant.
–––––C’est toi, c’est toi, c’est toi.
NANI.
––––––Trêve à votre conte,
––––––Je cesse le mien ;
––––––Chacune a, sans honte,
––––––Protégé le sien.
–––––Ce n’est pas vilain, mesdemoiselles
––Agir autrement aurait été d’un cœur banal.
–––––Ce n’est pas vilain ; être rebelles,
–––––En ce cas, c’est très-moral !
(Roulement.)

Scène QUATRIÈME.

Les mêmes, FÉROSA.
FÉROSA.

Très-bien, mesdemoiselles, j’ai tout entendu ; ceci est un compte que nous réglerons plus tard… Quant à présent, un fait plus grave que l’évasion de ces poltrons, qu’en somme je ne voulais qu’effrayer, vient de m’être révélé : notre ennemi, le farouche Rhododendron, a disparu. Le garde qui le veillait est encore plongé dans un sommeil surnaturel ; moi-même j’ai subi je ne sais quelle influence, car la clef du pont m’a été soustraite pendant mon sommeil… et tenez… voyez… la poterne est encore ouverte. Voilà par où l’on s’est enfui.

TOUTES, criant.

C’est une horreur, une infamie !… Ah ! les brigands !… les vauriens !… les pendards !…

FÉROSA.

Mesdames, jurons de nous défendre nous-mêmes jusqu’à la mort contre le farouche Rhododendron, qui, n’en doutez pas, va revenir nous attaquer et nous enlever !

TOUTES.

Nous le jurons.

NANI.

Et, puisque tous les hommes nous ont abandonnées lâchement… à bas les hommes !…

TOUTES.

À bas les hommes !…

FÉROSA.

Vous avez raison. À bas les hommes et vivent les femmes !

AIR.
––––––Allons, femmes, serrons nos rangs
––––––Et marchons en vrais conquérants.
––––––––––À bas les hommes !
––––––Quittons l’aiguille et le fuseau,
––––––Tirons les glaives du fourreau.
––––––––––À bas les hommes
––––––Trop longtemps, faibles que nous sommes,
––––––Nous avons souffert lâchement.
–––––––––––En avant !
––––––Mais il est venu le moment
––––––Où finit le règne des hommes.
–––––––––Au son des clairons,
–––––––––Au bruit des canons,
–––––––––En avant, marchons,
–––––––––Hardis bataillons !
II.
––––––Les hommes sont tous des sans-cœur,
––––––Sans courage et sans nul honneur ;
––––––––––Vivent les femmes !
––––––Chez eux nulle sincérité.
––––––Rien que mensonge et lâcheté ;
––––––––––Vivent les femmes !
––––––Secouons le joug des infâmes :
––––––Levons-nous et crions gaîment
–––––––––––En avant !
––––––Car il est venu le moment
––––––Où vont enfin régner les femmes !
–––––––––Au son des clairons,
–––––––––Au bruit des canons ;
–––––––––En avant, marchons,
–––––––––Hardis bataillons !

Entrée de tambours précédés d’un tambour-major. — Évolutions militaires. – Férosa passe la revue de son armée. — Musique militaire. — Tambours.

FÉROSA.

Soldats, je suis contente de vous !

TOUTES.

Vive la Générale !

UNE SENTINELLE.

Alerte ! (Vive émotion.)

FÉROSA.
Qu’y a-t-il ?
ZAIDA, qui est allée voir.

Un détachement d’êtres bizarrement vêtus s’avance vers nous.

(Toutes regardent.)
FÉROSA

En effet… Ah ! la singulière démarche. On dirait qu’ils dansent… ils s’agitent… se démènent… Mais je ne me trompe pas… C’est une troupe…

TOUTES, jetant un cri d’effroi.

Une troupe ?…

FÉROSA, riant.

Une troupe de femmes… des bohémiennes…

TOUTES, riant.

Ah ! ah ! ah !

NANI, air crâne.

Oh !… Elles ont peur des bohémiennes !… les lâches !

FÉROSA, lorgnant.

Et rien autre chose à l’horizon ?

ALITA.

Pas de traces d’ennemis ?…

FÉROSA.

Quel est votre avis, mesdames, devons-nous les laisser pénétrer ici ?

TOUTES.

Oui, oui.

NANI.

Puisque rien ne nous menace encore, un peu de distraction.

FÉROSA.

Alors, déposez les armes et laissez entrer.

TOUTES, regardant au dehors.
Les voilà !… les voilà !…
NANI.

Ah ! les drôles de créatures !

ALITA.

Comme elles sont fagotées !

ZAIDA.

Et comme elles sautillent !



Scène CINQUIÈME.

LES MÊMES, RHODODENDRON, BOBOLI, COCOBO ET UN QUATRIÈME (déguisés en bohémiennes, puis) JOL-HIDDIN, POTERNO ET DEUX HOMMES.
Les Bohémiennes entrent en sautillant. — Tout le morceau suivant en dansant.
ENSEMBLE.
––––––Nous sommes de pauvres Zingari,
––––––Dirirididi… Didirididi !…
––––––Nous venons de loin, bien loin d’ici,
––––––Didirididi… Didirididi…
––––––Nous payons en danse bouffonne
––––––L’hospitalité que l’on nous donne,
––––––––––--Alza ! Alza !
––––––––––Danse que j’aime,
––––––––––Bonheur suprême,
––––––––––De ton ardeur
––––––––––Charme mon cœur.
––––––Toujours sautant depuis Tarente,
––––––Nos pauvres corps sont disloqués ;
––––––Ils ont une fièvre dansante,
––––––De l’araignée ils sont piqués.
RHODODENDRON, à Boboli.
––––––Près de nous, tandis qu’on s’empresse,
––––––Que nous captivons les regards,
––––––Vite, introduis avec adresse,
––––––Tous mes soldats dans les remparts.
BOBOLI.
––––––Oui, je vais avec vigilance
––––––Introduire ici vos soldats ;

(À part.) C’est le moment de la vengeance,

––––––Elle ne m’échappera pas !
JOL-HIDDIN, POTERNO ET LES AUTRES, entrant.
––––––Nous sommes de pauvres Zingari,
––––––––––Etc, etc…
TOUS.
––––––––––Alza ! Alza !
––––––Par le plus étrange prodige,
––––––La tarentule, nuit et jour,
––––––Nous donne une fièvre, un vertige ;
––––––Et nous dansons, dansons toujours !
––––––––Danse que j’aime,
––––––––––Etc., etc…
JOL-HIDDIN, à Poterno.
––––––Nous voici venus à la place
––––––Des hommes de Rhododendron ;
––––––De l’habileté, de l’audace,
––––––Et nous vaincrons ce fanfaron !
POTERNO.
––––––Oui, sergent, mettons-nous en quatre ;
––––––La ruse, c’est dans mon emploi.
––––––Si l’on doit vaincre sans se battre,
––––––Certainement comptez sur moi.
––––––––Danse que j’aime…
RHODODENDRON.
––––––Voici le moment, allons, preste ;
––––––Sans plus tarder il faut agir :
––––––Des soldats introduis le reste,
––––––Et mon projet va s’accomplir.
BOBOLI.
––––––Oui, c’est l’instant où ma colère
––––––Va clandestinement agir ;
––––––Oui, c’est le moment, je l’espère,
––––––Avec toi, gredin, d’en finir.
––––––––Danse que j’aime.
NOUVEAUX HOMMES, entrant aussi en bohémiennes.
––––––Nous sommes de pauvres Zingari.
––––––––––Etc., etc.
TOUS.
––––––––––Alza ! Alza !

(Sur le devant, Rhododendron, Jol-Hiddin, Poterne et Boboli.)

RHODODENDRON, bas.
––––––Tous et sans éveiller d’alarmes
––––––Vers les faisceaux dirigez-vous.
––––––Saisissez promptement les armes,
––––––Et des femmes emparez-vous !
JOL-HIDDIN.
––––––De notre victoire éclatante
––––––Voici l’instant, préparez-vous !
POTERNO.
––––––Il est seul, nous sommes soixante,
––––––Ne craignons rien et montrons-nous.
––––––––Danse que j’aime,
––––––––––Etc., etc.
(Entraînement général.)
Tout le monde danse. Les fausses bohémiennes s’élancent sur les faisceaux et s’emparent des armes.
RHODODENDRON.

Eh bien ! mesdames… Êtes-vous contentes ?

TOUTES.

Enchantées

RHODODENDRON.

Alors… (criant) lancez les armes par-dessus les remparts… (Retirant sa coiffure.) Rendez-vous, belle Férosa, et vous toutes, jolies Géorgiennes, vous êtes mes prisonnières !

FÉROSA.

Rhododendron !

TOUTES.

Trahison !… Et pas d’armes !

RHODODENDRON, riant.

Vos armes ?… Ah ! ah ! ah ! (Les bohémiennes rient.) Vos armes, belles Géorgiennes, ce sont vos jolis yeux, vos petits minois agaçants et fripons, tous ces attraits qui feront de moi votre esclave, tout en étant votre maître quant à vos armes de guerre, ne les cherchez pas, c’est inutile.

TOUTES, regardant.

Malédiction !

JOL-HIDDIN, bas à Rhododendron.

Je crois que la ruse a réussi : non, ne les cherchez pas vos armes : les voilà !

POTERNO, BOROLI ET COCOBO.

Nous les tenons ! (Ils distribuent des armes aux femmes.)

RHODODENDRON.

Enfer ! poignard et poison !… je suis retrahi !

JOL-HIDDIN.

Reconnaissez votre Jol-Hiddin.

TOUTES LES FEMMES.
Bravo !… Vive Jol-Hiddin !… vive Poterno !…
JOL-HIDDIN, à Rhododendron.

Nous voilà, une poignée de braves… armés jusqu’aux dents ;… tu es seul,… sans défense, — avance, si tu l’oses.

(Rhododendron s’élance vers eux. — Ils reculent effrayés.)
POTERNO.

Ah !… il ose, le lâche !

FÉROSA.

Allons, rendez-vous !…

RHODODENDRON.

Je me rends, belle Férosa. (À part.) Tous ces Géorgiens sont laids, je me connais… Ah ! les malheureux… je serai trop vengé !

JOL-HIDDIN.

Eh bien, nous sommes-nous réhabilités ?

TOUTES.

Oui !… oui !…

POTERNO.

Avez-vous vu notre attitude martiale ?

TOUTES.

Oui ! oui !…

NANI.

Superbes !… Vous en êtes récompensés par notre profond étonnement…

RHODODENDRON, bas à Boboli.

Décidément… je me fixe à Djégani… et j’ai dans l’idée que bientôt tu reprendras tes fonctions dans mon harem.

BOBOLI, soupirant.

Allons !… j’étais né pour le célibat !

FÉROSA.
Et maintenant, messieurs, en faveur de votre belle conduite, je résigne mes pouvoirs de générale en chef ; nous vous rendons nos armes, et nous disons : Vivent les hommes !
JOL-HIDDIN, galamment.

Non. Nous sommes braves, mais galants : Vivent les dames !

FÉROSA.
REPRISE DU CHANT DE GUERRE.
––––––Si vers nous l’ennemi jamais
––––––Osait se montrer désormais.
––––––Pour gagner encor la victoire,
––––––C’est vous qui courrez à la gloire.
––––––Tous ensemble serrez vos rangs,
––––––Et marchez en vrais conquérants.
––––––––––Vivent les hommes !
––––––Tirez les glaives du fourreau !
––––––De l’honneur suivez le drapeau.
––––––––––Vivent les hommes !
––––––Et, dignes de vous que nous sommes,
––––––Nous vous crierons dorénavant :
–––––––––––En avant !
––––––Et vous chanterez bravement,
––––––Comme doivent faire des hommes :
–––––––––Au son des clairons,
–––––––––Au bruit des canons,
–––––––––En avant, marchons,
–––––––––Hardis bataillons !
FIN.