Les Gaietés/La Relique de saint Nicolas

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Les Gaietés Aux dépens de la Compagnie (pp. 31-33).


LA RELIQUE DE SAINT NICOLAS,

CHANSON POUR UNE FÊTE DE GARÇONS OÙ SE TROUVAIENT DES FILLES.


Air du Curé de Pomponne.


S’il est un grand saint, moi, je crois,
Qu’après Dieu c’est le nôtre ;
Sa relique vaut mieux cent fois
Que celle d’un apôtre.
Mesdames, à juger le cas,
Votre ferveur s’applique,
Quand de saint Nicolas,
Dans vos draps,
Vous tenez la relique.


Elle est le trésor d’un garçon,
Et sous les courtes-pointes
Fille lui fait son oraison,
Sans avoir les mains jointes.
Que de beautés, près des béats,
Dévotes par pratique,
Du bon saint Nicolas,
Dans leurs draps,
Ont baisé la relique !

D’un tel crédit, Satan, jaloux,
Fit tant, malgré l’Église,
Qu’à peine nous sommes époux,
La relique se brise.
Avant d’en venir aux contrats,
Tendrons d’humeur pudique,
Du bon saint Nicolas
Dans vos draps,
Usez bien la relique.

Angélique épouse un mari,
Et, faisant maigre chère,
Vient un garçon jeune et fleuri,
Fort sur le reliquaire ;
L’époux redevient gros et gras :
Mais qu’a fait Angélique ?
Du bon saint Nicolas,
Dans ses draps,
Elle a mis la relique.


Certaine dame du grand ton,
Qui prêche l’adultère,
Parle des saints, le croira-t-on,
Comme en parlait Voltaire ?
Mais, la nuit, abjurant tout bas
L’esprit philosophique,
Du bon saint Nicolas,
Dans ses draps,
Elle prend la relique.

L’on vit, par un scandale affreux,
Bien loin de nos pensées,
Les reliques des bienheureux
En France renversées.
Mesdames, qui ne voudrait pas,
Ferme et vrai catholique,
Du bon saint Nicolas,
Dans vos draps,
Relever la relique ?