La Cithare (Gille)/Les Heures

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Librairie Fischbacher (Collection des poètes français de l’étranger) (pp. 43-45).

Les Heures


 
Sous les portiques blancs de l’Olympe neigeux,
Au seuil des augustes demeures,
Auprès des Immortels qui contemplent leurs jeux,
Veille le chœur brillant des Heures.

Elles s’offrent la main, dansent, et tour à tour,
La chevelure dénouée,
Après la sombre Nuit font resplendir le Jour,
En chassant l’épaisse nuée.


Dans une aube de gloire, en groupe vigilant,
Portant chacune un noble insigne,
Elles tiennent l’épi, l’acacia tremblant
Et le flexible cep de vigne ;

Et leur nom est celui de la jeune beauté,
De la grâce naïve et pure,
Qui, renaissant sans cesse au retour de l’été,
Pare et réjouit la nature.

O Filles de Thémis d’où sort l’ordre divin,
Vierges de guirlandes parées,
Le feuillage et les fruits qu’allume le matin
Forment vos couronnes dorées ;

Avec vous refleurit le printemps parfumé,
Avec vous la blonde Harmonie,
Dans le vallon qu’un vent plus tiède a ranimé
Foule la terre rajeunie.

Quand vous dansez parmi les prés, les alcyons
Elèvent leurs voix amoureuses,
Et sous vos tendres pieds jaillissent les rayons
Comme des roses lumineuses.


Alors l’homme ravi par ces charmes nouveaux,
Lorsque la blanche Aurore attelle
A son char de clarté ses rapides chevaux,
Chante votre gloire immortelle.

Il dit que vous avez, dans l’île de Kypros,
Où le flot embrasé palpite,
Sur le sable d’argent, revêtu du péplos
La belle déesse Aphrodite ;

Que c’est vous qui, semant les fleurs et les baisers,
Aux sons des hymnes grandioses,
Sur les monts et parmi la forêt conduisez
Dionysos couvert de roses.

Venez et saluez l’universel réveil,
Nobles Vierges à l’âme fière ;
Voici qu’à l’horizon s’élève le soleil
Dans la splendeur de la lumière.