Les Lamentations de Tardu

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Écho du Raincy
Les Lamentations de Tardu
9 mars 1884



Voyez là-bas dans la buée
Ce journaliste cuisinier
Que sa prose est bien épicée !
Qu’il fait bien les sauces Chénier !

Quand sa cuisine est allumée,
Quand le cuivre rougit au feu
On entend sa voix éplorée
Répétant les larmes aux yeux :

Il a quitté notre patrie
Le tabellion ! C’est des ingrats.
L’huissier s’est mis de la partie ;
Je reste seul avec mes plats.

Pourtant je tiens la renommée
Des excellents pieds de mouton
Et mon enseigne armoirée
Est connue dans tout le canton.

Voyez-vous, c’est notre conseil
Qui m’a mis dans cet embarras.
Oncques vit-on rien de pareil ?
Mais celui qui vivra verra !

Sur la colonne vespasienne
Dont les Livryens sont si fiers,
Je ferai graver par Etienne
Le nom de l’adjudant, du maire,

Et l’on complètera la liste
Par ceux des autres conseillers
Qui du maire suivent la liste
Leurs dix noms formeront collier

Oui, mais après ? J’aurai beau faire
Ils sont partis ! C’est pour toujours
Je ne verrai plus le notaire !...
Pauvre Tardu, que peux-tu faire ?

Va, retourne à tes fours.