Les Lettres d’Amabed/Lettre 7 d’Adaté

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Les Lettres d’AmabedGarniertome 21 (p. 452-453).
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SEPTIÈME LETTRE

D’ADATÉ.


Je l’ai revu, mon tendre époux ; on nous a réunis ; je l’ai tenu dans mes bras ; il a effacé la tache du crime dont cet abominable Fa tutto m’avait souillée ; semblable à l’eau sainte du Gange[1], qui lave toutes les macules des âmes, il m’a rendu une nouvelle vie. Il n’y a que cette pauvre Déra qui reste encore profanée ; mais tes prières et tes bénédictions remettront son innocence dans tout son éclat.

On nous fait partir demain sur un vaisseau qui fait voile pour Lisbonne : c’est la patrie du fier Albuquerque ; c’est là sans doute qu’habite ce vice-dieu qui doit juger entre Fa tutto et nous : s’il est vice-dieu, comme tout le monde l’assure ici, il est bien certain qu’il condamnera Fa tutto. C’est une petite consolation ; mais je cherche bien moins la punition de ce terrible coupable que le bonheur du tendre Amabed.

Quelle est donc la destinée des faibles mortels, de ces feuilles que les vents emportent ! Nous sommes nés, Amabed et moi, sur les bords du Gange ; on nous emmène en Portugal ; on va nous juger dans un monde inconnu, nous qui sommes nés libres ! Reverrons-nous jamais notre patrie ? Pourrons-nous accomplir le pèlerinage que nous méditions vers ta personne sacrée ?

Comment pourrons-nous, moi et ma chère Déra, être enfermées dans le même vaisseau avec le P. Fa tutto ? cette idée me fait trembler. Heureusement j’aurai mon brave époux pour me défendre ; mais que deviendra Déra, qui n’a point de mari ? Enfin nous nous recommandons à la Providence.

Ce sera désormais mon cher Amabed qui t’écrira : il fera le journal de nos destins ; il te peindra la nouvelle terre et les nouveaux cieux que nous allons voir. Puisse Brama conserver longtemps ta tête rase et l’entendement divin qu’il a placé dans la moelle de ton cerveau !

  1. Voyez tome XI, page 18 ; et tome XII, page 438.