Les Mabinogion/Introduction

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Traduction par Joseph Loth.
Fontemoing (tome 1p. 11-80).



LES MABINOGION


ET AUTRES ROMANS GALLOIS



INTRODUCTION


Sous le titre général de Mabinogion, je comprends comme l’auteur du Livre Blanc de Rhydderch, M. Gwenogvryn Evans, un certain nombre de récits en prose, merveilleux ou romanesques, de nature et d’origine diverses. En réalité, seuls, les quatre premiers récits de cette collection ont droit à ce titre. À la fin de chacun d’eux, se trouve la formule : Ainsi se termine cette branche du Mabinogi [1]. Mabinogi et son pluriel Mabinogion, ont été diversement interprétés. Mabinogi a pris au xive siècle, la signification d’Enfance au sens que ce mot avait en français au moyen âge. C’est ainsi, comme je l’ai fait remarquer (Mabin. I, p.357, note à la page 8-9), que Mabinogi Jesu-Grist doit se traduire l’Enfance de Jésus-Christ [2]. Il équivaut au mot mabolyaeth, enfance, employé dans la version galloise du même texte dans le manuscrit 5 de Peniarth, qui est de la première moitié du xive siècle, pour la partie qui contient ce texte [3]. Mais il est incontestable que Mabinogi dans le sens d’enfance est un terme qui ne saurait s’appliquer aux récits qui précisément portent ce titre. S’il avait le sens de récit pour les enfants, pour la jeunesse, récit amusant, on ne s’expliquerait plus pourquoi les rédacteurs de récits analogues conservés dans les mêmes manuscrits réservent ce nom aux quatre dont nous venons de parler : par exemple dans le manuscrit de Peniarth, pour Peredur, c’est le terme de Historia ; pour Gereint et Enid, pour la Dame de la Fontaine, c’est le terme courant de Chwedl, récit, conte, nouvelle. Le titre du roman si parfaitement gallois de Kulhwch et Olwen est : Mal y kavas Kulhwch Olwen : Comment Kulhwch obtint Olwen.

Comme je l’établis plus bas (p. 27), ce fait est d’autant plus important, que la mise par écrit du roman du Kulhwch est au moins aussi ancienne que celle des quatre branches du Mabinogi. Si on ne lui a pas appliqué ce nom, c’est que Kulhwch est un roman personnel et une composition littéraire, tandis que le Mabinogi représente un genre consacré et en quelque sorte classique, dans lequel ne rentraient que des récits traditionnels, depuis longtemps fixés, au moins dans leurs grandes lignes. On se trouve ainsi amené à préférer le sens proposé par John Rhys [4]: le Mabinog ou Mebinog serait un apprenti littérateur, un aspirant barde, et les Mabinogion comprendraient l’ensemble des connaissances formant le bagage littéraire du Mabinog [5], Malheureusement le mot avec ce sens ne se trouve dans aucun texte ancien. Quant à Mabinogi, il ne dérive nullement de maban, enfant, mais bien de mebin, dérivé de mab. Dans le Livre noir de Carmarthen, dans un poème de la première moitié du xiie siècle, un personnage puissant est célébré comme ryvel vebin, maître dans l’art de la guerre, professeur de guerre (F. A. B. 11, p. 6, vers 22) ;

Ruthur uthur auel, rynaut uvel, ryvel vebin.

« Toi qui a l’élan effrayeur de la tempête, l’agitation de la flamme, professeur de guerre ? » Un poète de la seconde moitié du xiie siècle, Gwalchmai, dit que ses louanges s’adressent habituellement au mebin à la lame superbe, (valch lavn vebin ; Myv. Arch., 149, 2). Le sens ici est moins net. Il est en revanche clair dans le dérivé mebindod, qui paraît dans une collection en prose de proverbes et d’aphorismes mis sous le nom de Catwg Ddoeth ou Catwg le Sage. La collection repose sur un manuscrit du xviie siècle, transcrit par Jolo Morganwg en 1799 (Myv. Arch. 754 ; 787.1) : Llyma gynghorion y rhoddes Cattwg Ddoeth i Arawn vab Cynvarck brenin y Gogledd pan ai gollynges ev o i vebindawd : « Voici les conseils que donna Catwg le Sage à Arawn, fils de Cynvarch, roi du Nord, quand il lui laissa quitter son collège. » Mebindawd d’après le contexte (p. 754.2 — 755.1 ; 776.1) paraît avoir le sens que je lui donne et être équivalent à congrégation et école. Il pourrait aussi bien signifier apprentissage.

Comment avec un suffixe en -no-, map a-t-il pu prendre ce sens, c’est vraiment difficile à dire. Il est possible que d’abord mebin ait eu un sens abstrait : endroit pour les adolescents, où ils étaient instruits. Le Mebinog ou Mabinog est celui qui relève du Mebin ou est en Mebindod. Le pluriel Mabinogion ne peut régulièrement s’expliquer que dans le sens de disciples, et tel paraît avoir été son sens. (V. plus haut, page 13, note 2.) Dans les recueils du Livre Rouge et du Livre Blanc, il n’apparaît comme pluriel de Mabinogi qu’à la fin de la branche de Pwyll et il est dû vraisemblablement à une faute du scribe. Le singulier mabinogi comprend en effet les quatre romans ou branches de Pwyll, Branwen, Manawyddan, Math : à la fin des trois derniers, on n’a, dans la même formule, que le singulier mabinogi. Ce qui de plus achève de dénoncer une faute de scribe dans le pluriel, c’est qu’en tête de Pwyll où il se trouve, on lit : Llyma dechreu mabinogi : « Voici le commencement du Mabinogi [6]. » Mabinogi aurait le sens de récit imposé au Mabinog ou apprenti lettré.

Un mot à rapprocher de mebin, c’est mebydd, d’une dérivation plus claire. Il a le sens non de célibataire que lui donne, je ne sais pourquoi, le dictionnaire d’Owen Pughe, mais clairement celui de professeur [7].

Les deux seules sources manuscrites importantes des Mabinogion sont le Livre Rouge de Hergest et le Livre Blanc de Rhydderch (Roderick) du nom d’un de ses anciens possesseurs. Hergest est un nom de lieu : Hergest Court, demeure de la famille des Vaughan, est près de Knighton en Radnorshire, et le Livre Rouge, ainsi nommé à cause de la couleur de sa couverture, fut probablement compilé pour eux. Le manuscrit fut donné par Thomas Wilkins de Llamblethian en 1701 au Collège de Jésus, à Oxford, dont il est aujourd’hui encore la propriété. C’est une sorte de Corpus de la littérature galloise [8]. Il remonte, en grande partie, à la fin du xive siècle. La partie qui renferme nos Mabinogion a été publiée par John Rhỹs et Gwenogvryn Evans, en 1887 ; c’est une édition diplomatique, et, comme telle, irréprochable [9].

Le Livre Blanc ne comprend, en réalité, que les manuscrits 4 et 5 de la bibliothèque de Peniarth [10], anciennement de Hengwrt, près Towyn en Merionethshire, manuscrits réunis sous la même reliure ; mais sous ce titre, M. Gwenogvryn Evans a compris, en outre, des fragments des manuscrits 6, 7, 14 et 16 de la même bibliothèque [11].

Le manuscrit 4 qui seul nous intéresse sort du même archétype que le Livre Rouge. Il donne le texte des quatre premiers mabinogion, de Peredur, du Songe de Maxen de Gereint ab Erbin : en entier. Il contient, en outre, un court fragment de l’Aventure de Lludd et Llevelys [12], deux fragments d’Owein et Lunet ou la Dame de la Fontaine [13], et un fragment notable de Kulhwch et Olwen [14].

La partie du manuscrit qui contient les mabinogion (au sens général admis pour ce mot) est de la fin du xiiie siècle [15].

Le texte manuscrit le plus ancien des mabinogion nous est donné par le manuscrit 6, parties I et II, de Peniarth ; malheureusement, il se réduit à un court fragment de Branwen (2 pages), et de Manawyddan (2 pages) [16]. Cette partie du manuscrit a été écrite vers 1225.

La partie III du même manuscrit a été écrite vers 1285. On y trouve deux fragments (2 folios) de Gereint et Enid [17] ; le texte est d’accord avec celui de la partie IV, qui contient la plus grande partie du roman de Gereint [18]. Le texte en a été publié par M. Gwenogvryn Evans dans la Revue celtique, 1887, p. 1-29 ; il est accompagné d’une traduction avec notes qui m’est due : cette partie du manuscrit serait de 1275.

Les manuscrits 7 et 14 (de Peniarth) ont seulement une partie du roman de Peredur [19]. Le manuscrit 7, dans son ensemble, est du xive siècle, mais les colonnes qui intéressent Peredur appartiennent à une main plus ancienne, qui serait du xiiie siècle.

Le manuscrit 14 est de différentes mains ; la partie qui contient le fragment de Peredur est de la seconde moitié du xive siècle [20].

Les trois premières parties du manuscrit 6 ayant, d’après l’étude que j’en ai faite, la même orthographe, les mêmes caractères linguistiques, doivent être considérées, quoique écrites à différentes époques, comme remontant à une source écrite du premier tiers du xiiie siècle. La partie IV a été rajeunie orthographiquement, mais présente les mêmes particularités de langue.

Le manuscrit 4 appartient à la même source que le texte du Livre Rouge ; les manuscrits 7 et 14 sont étroitement apparentés et représentent une source commune, assez différente de la première [21].

Dans ma première traduction (p. 17), j’avais conclu de certaines fautes du scribe du Livre Rouge, qu’il copiait un manuscrit plus ancien, vraisemblablement de la fin du xiie ou du commencement du xiiie siècle. Il en est de même de Peniarth 4. Je me bornerai à relever les traits suivants :

u pour w ou б : p. 9 : y vely pour y wely (fréquent) ;

e pour y : [22] p. 14 ewrthaw y wrthaw ; p. 391 : yned (ynyd), etc.

w pour v : p. 295 ; vawr (vawr : mawr).

б pour v : p. 6 : a бei (a vei) ; p. 7 : бal (val) ; p. 13, ryбedaut (ryvedaut) ; p. 14 : бarch (varch), etc. au pour aw (fréquent) ; p. 4 (dyrnaut).

Pour les consonnes, le trait caractéristique, c’est t pour d spirant : p. 3 haut (hawd) ; p. 393 itaw (idaw) ; p. 395 metwl (medwl) etc.

U pour w, б se trouve jusqu’au milieu du xiiie siècle, au moins [23]. E pour y n’est caractéristique du xiie siècle et du commencement du xiiie, que lorsqu’il se rencontre fréquemment. De même au pour aw. En revanche, w [24] pour v rappelle l’orthographe du Livre Noir de Carmarthen ; б pour w indiquerait un manuscrit de la fin du xiie siècle ou de la première moitié du xiiie siècle ; ce signe se montre dans le fac-similé du Book of Llandav (éd. Rhys-Evans), manuscrit du xiie siècle : c’est un u avec un trait prolongeant à gauche la première moitié supérieure de cette lettre : il est frappant et très net au mot gбr du fac-similé de la page 121, à la deuxième colonne. Ce caractère, dès le début du xiiie siècle, dans plusieurs manuscrits, a été systématiquement employé pour u (ou français), voyelle ou consonne [25].

T pour d spirant est régulièrement employé dans le Livre Noir, dont le manuscrit est de la fin du xiie ou du commencement même du xiiie siècle. On le trouve sporadiquement dans le Black Book of Chirk, écrit vers 1200. Il est employé régulièrement à la finale et à l’intérieur du mot, dans les parties I, II et III du manuscrit 6. C’est aussi un trait saillant de l’archétype de la Myvyrian Archœotogy of Wales pour les poèmes du xiie et du commencement du xiiie siècle de cette collection [26].

À relever dans le manuscrit 7 : u pour w ou б (p. 613 gur ; 626 y lleu ; 608 marchauc (au pour aw fréquent) ; t pour d spirant (une fois) : yssyt (yssyd). L’orthographe de ce manuscrit, en général, n’a rien de caractéristique.

Dans Peniarth, 16, e pour y est fréquent (p. 90 henne, pour hynny ; e dyd (y dgd) ; ell deu (yll deu) ; et même den (dyn). On rencontre fréquemment aussi au pour aw, et uy de temps en temps pour wy (p. 91 gwydbuyll).

Il n’est pas inutile de remarquer que le K est usité dans tous ces manuscrits. Or, il n’a guère été en usage en Galles, que dans la seconde moitié du xiie siècle. On le trouve dans le manuscrit 28 de Peniarth, qui est de cette époque, et dans le Black Book of Chirk écrit vers 1200.

Si, d’après ces remarques, la rédaction des Mahinogion ne peut être postérieure au premier tiers du xiiie siècle, trouve-t-on dans les formes des mots des arguments permettant de les faire remonter plus loin, et d’établir que les scribes copiaient un manuscrit antérieur, sensiblement plus ancien ? On peut le démontrer pour le Gorchan Maelderw, poème contenu dans le Livre d’Aneurin dont le manuscrit n’est que de la fin du xiiie ou du commencement du xive siècle ; il est sûr que le manuscrit primitif devait être en vieux gallois, c’est-à-dire remonte au xe ou au commencement du xie siècle. On peut en dire autant des lois de Gwynedd, dans le Black Book of Chirk.

On trouve quelque chose d’analogue dans le texte de Kulhwch et Olwen. On peut citer Catbritogyon au lieu de Catvridogyon (White Book, p. 429) ; Twr Bliant, à lire Twrb Liant, ibid., ms. 4, p. 464) mot à mot Tumulte des flots. Le scribe du Livre Rouge n’a pas compris l’expression et l’a modernisée en Twryw vliant ; il en est de même, ce qui est plus curieux, du scribe de Peniarth 4, dans le mabinogi de Pwyll : ce qui donne le sens plus qu’étrange de tumulte, tapage de bliant (toile fine). Mais la forme la plus probante est genhym pour genhyv dans l’épisode de Kulhwch où le héros se trouve en conflit avec le portier Glewlwyd. Ce dernier va en rendre compte à Arthur qui lui demande : Chwedleu parth genhyt « y a-t-il du nouveau à la porte ? » Glewlwyd répond : Yssydynt genhym, « Oui, j’en apporte (oui il y en a avec moi [27]).» On pourrait citer encore : a mab pour a vab, ô fils (qui se trouve dans la même colonne), mais ces négligences dans les mutations syntactiques ne sont pas rares ailleurs. En revanche, genhym pour genhyv est une forme vieille galloise. Les formes de ce genre se trouvent mêlées encore à des formes plus modernes, à des formes caractéristique du moyen-gallois, dans la langue de transition du xie siècle, par exemple dans le texte gallois des Privilèges de l’Église de Llandav.

Les trois englyn (sorte d’épigramme) de Math ab Mathonwy concernant LLeu Llaw Gyffes (v. traduction, plus bas, note, et notes critiques) ne prouvent pas, comme l’a avancé Gwenogvryn Evans, que le manuscrit dont disposait le scribe de Math avait été écrit en vieux gallois, c’est-à-dire remontait, au plus tard, au x-xie siècle. En admettant même, ce qui est fort douteux, que le mot oulodeu fût pour aelodeu, membres, comme il le croit, on ne pourrait en tirer qu’une conclusion : c’est que le manuscrit pourrait être de l’époque de transition que représentent certaines chartes et textes, comme ceux dont nous venons de parler, les Privilèges, les délimitations de champs du Livre de Llandav, c’est-à-dire du xie siècle [28]. Il semble, en revanche, que ces englyn représentent une orthographe assez archaïque. Le manuscrit original avait sûrement fréquemment e pour i (y) et eu, régulièrement, semble-t-il, pour ew aussi bien que eu. Il n’est pas douteux que le scribe n’ait mal interprété la graphie Lleu, nom du héros principal du mabinogi avec Gwydyon ; il l’a transformé en Llew, tandis qu’il faut sûrement lire Lleu ; il n’a pas davantage compris eu pour geu, mensonge, et l’a transformé en ev (ef)[29]. Si deulenn, dans le second englyn devait être maintenu, comme llenn (llynn) étang, lac, est féminin, on serait obligé de supposer que le scribe avait devant lui non dou, masculin, mais une forme doi, doy pour dui, duy féminin : il l’aura confondue facilement avec dou [30]. Cette forme pourrait remonter au x-xie siècle (doy ne pourrait être que du xie).

Le premier rédacteur de Math et du Mabinogi n’est pas le même que celui de Kulhwch et Olwen ; il y en a d’autres preuves, comme je l’établirai plus bas.

Certaines graphies, surtout en construction syntactique, n’ont pas de valeur au point de vue chronologique quoiqu’elles soient, en apparences, archaïques ; par exemple : ym penn, ym blaen, se trouvent dans des textes, en réalité, plus récents que d’autres qui présentent ym henn, ym laen.

De même fynnawn paraît plus récent que fynhawn : or, finnaun se trouve dans le Book of Llandav, dans des manuscrits anciens de Nennius ; cimer, apparaît au ixe siècle dans les notes marginales de l’évangéliaire de St Chad à Lichfield, tandis qu’au xiie et au xiiie siècle on a cymher.

De même, la présence d’occlusives sourdes intervocaliques au lieu de sonores, que l’on considère généralement comme un trait du vieux gallois (L. Rouge : clwyteu pour clwydeu), peut n’être qu’un trait dialectal : aujourd’hui encore l’occlusive suivant immédiatement une voyelle accentuée, dans l’Est du Glamorgan, est nettement sourde ; seule, l’occlusive intervocalique en syllabe prétonique est sonore. Il est très vraisemblable que la prononciation des occlusives intervocaliques, sur bien des points du pays de Galles, aux xiie-xiiie siècles, n’était pas encore nettement sonore.

La langue même fournit quelques utiles indications. Peniarth 4 est, en général, plus fidèle à l’archétype ancien que le Livre Rouge. Il conserve plus fidèlement et plus régulièrement les formes du présent-futur 1re pers. du sg. de l’ind. en -haf, du subj. en -ho, du futur second en -hei, du subj. passif en -her [31].

L’emploi de la particule ry qui est en plein déclin au xiiie siècle, en prose et même en poésie dans la seconde moitié de ce siècle, est plus fréquent [32].

Peniarth 6, même la partie IV, dont l’orthographe a été systématiquement rajeunie, est également plus archaïque que le Livre Rouge en ce qui concerne les formes en h- [33].

Çà et là, on rencontre aussi dans le Livre Blanc des formes plus archaïques ou plus galloises : Pen. 4 corunawc (L. R. 2.24 coronawc) dérivé de corun de corôna, tandis que coronawc a été fait sur le moderne coron ; Pen. 4, page 5 : ystewyll, plur. ancien de ystavell (v. gallois stebill) au lieu de ystavelloed (L. R. 4, 2) ; godiwawd (L. R. 20, 17 : gordiwedawd) ; à signaler aussi à plusieurs reprises les formes du prêt. plur. en -sant : Pen. 4, p. 128: a gymersant (L. R. a gymerassant).

Peniarth 6, Part 3 (White Book, p. 280) a seul conservé une trace de l’ancienne règle, encore observée en partie dans la poésie du xiie siècle, d’après laquelle, après la négation en position relative, les occlusives sourdes deviennent sonores : peth ny gavas erioed, chose qu’il n’a jamais eue auparavant (Pen. 4 : ny chavas ; L. Rouge : nys kavas[34].

Au point de vue de la langue, c’est la version de Kulhwch et Olwen de Peniarth 4 qui offre le plus d’intérêt et se rapproche le plus de la poésie archaïsante du xiie siècle. On peut y signaler : 1° un verbe qui ne se trouve nulle part ailleurs : amkawd [35], il dit ; 2° l’emploi de Kwt, où, mot rare qui ne se trouve qu’en poésie au xiive siècle ; 3° l’emploi des formes passives en -awr : (Livre Blanc, 479 : nyn yscarhawr, 475 nyn lladawr ; 4° la construction de la comparaison avec la particule noc, no [36] (cette particule y est en tête) : p. 476, no broun alarch guynn, oed gwynnach y dwy vron (3)) ; 5° l’emploi de la copule oed avant l’attribut : oed melynach y fenn ; oed gwynnach y chnaud : oed gwynnach [37]… Ces faits joints à ceux que j’ai relevés au point de vue des formes permettent de placer avec sûreté la rédaction de ce roman vers la fin du xie siècle. Il me paraît également probable que les autres ont dû être rédigés au plus tard à la fin du xiie siècle ; les quatre Branches plus tôt.

Il y a trace parfois de la tradition orale, ou de la prononciation : Pen, 4 : Annwn (L. Rouge 84-25 : A nnu vyn). C’est particulièrement remarquable dans Peniarth 7 : p. 612 y dwawt pour y dywawt : c’est la forme la plus fréquente ; i dwen (dwy en) ; p. 614 athiasbedein (ath diasbedein) ; p. 616 'varglwyd (vy arglwyd) ; p. 623 twllodrus (twyllodrus) ; 609, 611 gwassaneth (gwassanaeth) ; p, 619 ath iarleth' ; 624 marchogeth.

Les textes en prose qui sont le plus près de la langue et de l’orthographe des Mabinogion, sont le Brut Tysilio et le Brut Gruffydd ab Arthur, surtout dans le texte dont la Myv, Archæology nous a conservé les variantes sous le titre de nodiadau (notes). Le Brut de Gruffydd ab Arthur est une version galloise de l’Historia de Gaufrei de Monmouth.

Par l’histoire on arrive à des conclusions analogues sur la date de la rédaction des Mabinogion.

Le Songe de Rhonabwy semble avoir été composé du vivant de Madawc ad Maredudd, roi de Powys, qui mourut en 1159, ou peu après sa mort. Il y est question de lui et de son frère.

Il y apparaît un personnage qui a dû vivre vers la même époque : Gilbert, fils de Katgyffro, c’est-à-dire Gilbert de Clare, comte de Pembroke en 1138, fils de Gilbert Fitz-Richard, le conquérant du pays de Cardigan, qui mourut en 1114. (V. plus bas, note à Katgyffro.) Ce récit romanesque était populaire au xiiie siècle : un poète que l’on fait vivre de 1260 à 1340, Madawc Dwygraig, dit qu’il n’est qu’un rêveur comme Rhonabwy.

Dans Kulhwh et Olwen, il est fait mention de Fergant (Flergant) roi de Llydaw (Armorique). C’est peut-être un souvenir d’Alain Fergent, duc de Bretagne de 1081 à 1109.

La version du Livre Rouge de l’Aventure de Lludd et Llevelys se rattache étroitement à celle qui se trouve dans le Brut Gruffydd ab Arthur, et est incontestablement postérieure, dans sa rédaction, à l’œuvre de Gaufrei de Monmouth (v. plus loin, traduction, note à Lludd et Llevelis). Il a existé, suivant un poème de Taliessin qui ne peut être, d’après sa métrique et le contexte, postérieur à la première moitié du xiie siècle, des traditions assez différentes sur la famille de Beli, dont Lludd et Llevelis étaient fils (Livre de Tal., Four anc. Books of Wales, II, p.282, 10). L’Aventure elle-même appartient à l’ensemble des vieilles traditions celtiques ; il est fait une brève allusion à l’entente de Lludd et Llevelis dans un autre poème de Taliessin antérieur à l’œuvre de Gaufrei (F. a. B. II, p, 214. 9).

Le Songe de Maxen porte des traces irrécusables de l’influence de Gaufrei. Il semble, d’après une allusion du poète Cynddelw (Myv. Arch. 162. 1) à Maxen, que cette composition fût connue dans la seconde moitié du xiie siècle.

D’un autre côté, la géographie politique du Mabinogi proprement dit, dont les quatre branches Pwyll, Branwen, Manawyddan, Math, ne peuvent être séparées, ne nous permet pas de mettre la composition de ces récits plus tard que la fin du xiie ou le commencement du xiiie siècle. C’est ainsi que les États de Pwyll ne comprennent que sept cantrevs ; or si Dyvet n’en avait que sept au xiie siècle, comme le dit Giraldus Cambrensis (Hin., 1. 12 ; Cf. Cynddelw, Myv, Arch. 166. 1 : seith beu Dyved) [38], au xiiie, il en comptait huit (Myv. Arch., p. 737). Le Mabinogi de Math ab Mathonwy attribue sept cantrevs à Morganhwc (Glamorgan), auquel la Myv. arch. n’en donne que quatre (Myv. Arch., p. 747). Or, c’est exactement l’étendue du royaume de Iestin ab Gwrgant, qui régna de 1083 à 1091 (voir plus bas, traduction).

Math donne à Lieu Llaw Gyffes le cantrev de Dunodic et le copiste ajoute que cette division porte de son temps les noms d’Eiwynydd (Eivionydd) et d’Ardudwy. Or, le cantrev de Dunodic a été supprimé par Edward Ier : il n’apparaît pas dans les statuts de Bothélan (Rhuddlan), par lesquels ce roi remania, en 1284, les divisions administratives du pays de Galles. Des deux kymmwd dont il se composait l’un, celui d’Eivionydd, passe sous la domination du vicomte de Carnarvon ; l’autre, celui d’Ardudwy, sous celle du vicomte de Meirionydd ou Merioneth (Ancient Laws of Wales, II, p. 908). La glose du copiste se trouvant dans le manuscrit de Peniarth 4 comme dans le Livre Rouge, établit en revanche que le manuscrit a été écrit après 1284, peu de temps après vraisemblablement.

Le Livre Noir de Garmarthen, le Livre de Taliessin, dans des poésies qui ne peuvent être postérieures au milieu du xiie siècle, et sont même probablement antérieures à la rédaction la plus ancienne que nous puissions atteindre des Mabinogion, renferment des allusions très claires et parfois même la substance d’épisodes caractéristiques des récits purement gallois [39]. Un guerrier légendaire nous dit dans Le Livre Noir (F. A.B. II, p. 55. 14) qu’il a été là où fut tué Bran, le fils de Llyr. Kei a les honneurs de tout un poème où il apparaît sous les mêmes traits redoutables que dans Kulhwch et Olwen. Le poème débute aussi par un dialogue rapide entre Arthur et le célèbre portier de la cour d’Arthur, Glewlwyd Gavaelvawr (ibid., p. 50-53). Manawyddan ab Llyr y figure aussi (p. 51), ainsi que Mabon ab Modron,et Bedwyr. Le nom du cheval de Kei nous est donné dans un autre morceau (ibid., p. 10) ; l’auteur connaît aussi les noms des chevaux d’Owein ab Urien, de Gwalchmai, de Caswallawn. Il sait où sont enterrés : Pryderi, Kynon, Bedwyr, Owen ab Urien, Alun Dyved (ibid., p. 28- 33).

On trouve même dans le Livre Noir un poème malheureusement très court et d’un texte tronqué consacré à Tristan : à en juger par quelques vers, il appartient à une tradition très différente de celles que nous ont conservées les romans français. (Ibid., p. 55, poème XXXIV.) Les poèmes XXXIII et XXXV sont particulièrement instructifs. Ce sont des dialogues, le premier entre Gwynn ab Nudd et Guyddneu Garanhir, l’autre entre Taliessin et Ugnach mab Mydno. Ces poèmes étaient probablement accompagnés de récits en prose. On y trouve des allusions à certains personnages des Mabinogion et aussi l’écho de traditions pour nous malheureusement perdues. Les traditions si curieuses du Mabinogi de Math ab Mathonwy étaient familières à l’auteur des poèmes VIII et XVI du Livre de Taliessin [40]. Il en est de même de celles du Mabinogi de Branwen [41]. La barque d’Arthur, Prytwenn [42], joue un rôle extraordinaire dans des épisodes du cycle d’Arthur que nous ne connaissons que par le poème XXX du Livre de Taliessin (F. a B. II, pp. 181-182). La chasse du porc Trwyth (mieux Trmyt) [43] est connue de Nennius ; il y est fait allusion dans le Gorchan Kynvelyn, poème du Livre d’Aneurin dont la rédaction est sûrement antérieure au xie siècle (F. a. B. II, pp. 94-95).

On trouvera ça et là dans les notes explicatives des citations de poètes gallois du xiie et du xiiie siècle prouvant combien les légendes de nos Mabinogion étaient répandues à cette époque.

L’étude de la composition, du caractère des éléments dont se composent ces récits, les procédés et le ton des narrateurs nous permettent de faire un pas de plus : la rédaction de Kulhwch et Olwen est nettement antérieure à celle des deux Songes et de l’Aventure de Lludd et Llevelis ; elle est également moins archaïque dans la mise en œuvre des matériaux, leur agencement et l’esprit qui y règne que celle des Quatre Branches du Mabinogi ; et cependant, d’après ce qui a été dit plus haut, elle leur est probablement antérieure.

Le Songe de Ronabwy, le Songe de Maxen, sont des œuvres d’imagination d’un conteur du xiie siècle, des compositions purement littéraires, qui ne manquent pas d’originalité et témoignent d’un rare talent descriptif, le Songe de Ronabwy surtout. Le héros du récit s’endort, et, en rêve, il est transporté au temps d’Arthur, à son époque la plus brillante, où les héros paraissent avec des proportions surhumaines. Il assiste au défilé des troupes d’Arthur, dont il dépeint l’aspect, l’équipement et la marche avec une incroyable richesse et précision de détails ; le cadre est habilement choisi et l’idée maîtresse véritablement originale. Tout le début est d’un réalisme étrange, empreint de couleur locale, que l’on dirait moderne. Il y a dans ce Songe l’écho de fort anciennes traditions, en particulier dans l’épisode des Corbeaux d’Owen. (V. plus bas, traduction).

L’Aventure de Lludd et Llevelis, par certains traits, par le ton et la conception de l’histoire chez l’auteur, indique pour sa rédaction l’époque de Gaufrei de Monmouth quoiqu’elle ne lui soit pas empruntée. Il est même remarquable que dans l’adaptation galloise de l’Historia, le Brut Tysilio, et sa traduction, le Brut Gruffydd ab Arthur [44] l’aventure figure tandis qu’on la chercherait vainement dans l’Historia elle-même. Les traditions populaires qui en forment la partie essentielle sont incontestablement anciennes et bien antérieures à l’époque de la composition.

Kulhwch et Olwen occupent une place à part et proéminente à certains points de vue parmi nos récits. Ce qui frappe tout d’abord quand on les compare au Mabinogi, c’est que, comme dans le songe de Ronabwy, Arthur est la figure dominante : c’est à lui qu’on a recours ; c’est lui qui par son pouvoir, appuyé sur des guerriers et serviteurs aussi remarquables par leurs pouvoirs magiques que par leur audace, mène à bien la plus difficile des quêtes. Sa cour est le centre du monde : elle réunit tout ce que le narrateur connaît de peuples : Bretons d’Angleterre, Anglo-Saxons, Irlandais, Normands, Bretons d’Armorique, Français. Beaucoup plus encore que dans Ronabwy, Arthur est le maître d’un monde fantastique nettement celtique, mœurs et traditions. Sa cour ne ressemble en rien à celle de l’Arthur des romans français du xiiie siècle, où règnent l’amour courtois, les manières raffinées, le langage élégant, la bonne tenue qui distinguent les chevaliers de la Table Ronde. C’est une assemblée incohérente de personnages disparates, d’êtres fantastiques et surnaturels, pris de droite et de gauche dans des traditions de toute espèce, et groupés artificiellement autour du héros national devenu surtout un personnage de féerie.

C’est là ce qui constitue l’originalité propre de ce roman et lui donne une place intermédiaire entre le Mabinogi et les romans français. Tous les cycles sont mis à contribution et mêlés au profit d’Arthur. Aucun personnage historique du xiie siècle n’y apparaît, ce qui n’est pas le cas, comme nous l’avons vu, pour le Songe de Ronabwy. Le roman est sûrement antérieur (je l’ai prouvé plus haut) aux romans français. Il est évident que si l’auteur les avait connus, il n’eût pas hésité à introduire à la cour d’Arthur, les Sagremor, les Calogrenant, etc. Sa géographie est purement galloise et aussi précise et détaillée que celle des romans gallois d’origine ou d’adaptation française l’est peu. Kei n’a rien du Keu de ces romans ; c’est toujours le guerrier redoutable, à moitié fabuleux du Livre Noir et de certaines poésies de la Myv. Archaeol. Et le fait est d’autant plus digne de remarque, que la note ironique y apparaît ; on y sent déjà la parodie, comme dans le morceau irlandais connu sous le nom de Festin de Bricriu, ou encore dans Cuchulain malade et alité [45].

La liste des saints gallois était interminable. Les dieux ou héros qui ne s’étaient pas trop compromis dans l’Olympe païen ou qu’il eût été inutile ou dangereux de noircir dans l’esprit des populations christianisées, avaient été, en général, convertis et étaient passés au rang des saints. Pour tout abréger, on les avait divisés, semble-t-il, en trois grandes catégories : ils descendent soit de Kaw, soit de Cunedda, soit de Brychan ; notre auteur favorise la famille de Kaw et l’enrichit. Il y introduit entre autres : Dirmye, mépris ; Etmyc, admiration ; Konnyn, roseau ; Mabsant, saint patron ; Llwybyr, sentier ; Kalcas, Chalcas, enfin Neb, quelqu’un ! L’intention satirique ou plaisante est également marquée dans certains noms de l’invention de l’auteur, comme Nerth fils de Kadarn, Force fils de Fort ; Llawr fils d’Erw, Sol fils de Sillon [46] ; Hengroen, Vieille Peau, cheval de Kynnwyl ; dans les noms des chevaux, des femmes, des filles et des fils de Cleddyv Diwlch (plus bas, trad.) [47].

Les mœurs ne sont pas atteintes par la civilisation française du xiie siècle. On sent cependant quelque changement dans la conception que se font les guerriers de leur chef. Les compagnons d’Arthur paraissent choqués à la pensée qu’il va se colleter avec la sorcière : ce ne serait pas convenable. Ils trouvent aussi qu’il est au-dessous de lui d’aller à la recherche de certains objets de trop mince importance, et le renvoient poliment à sa cour de Kelliwic en Kernyw (Cornouaille anglaise). Ses officiers commencent à rougir de certains emplois qui leur paraissent compromettants pour eux et de nature à faire tort à la réputation de générosité d’Arthur : Glewlwyt fait remarquer qu’il veut bien faire les fonctions de portier au premier de l’an, mais que le reste de l’année ce sont ses subordonnés qui remplissent ce rôle : trait de mœurs remarquable qui se retrouve dans Owen et Lunet ou la Dame de la Fontaine [48] : Glewlwyt fait l’office de portier ou plutôt d’introducteur des étrangers, mais de portier, il n’y en avait point. Dans le poème du Livre Noir consacré à Kei, Glewlwyt au contraire, se présente nettement comme portier.

Quoique les mœurs soient païennes, l’influence chrétienne paraît parfois ; c’est ainsi que Nynniaw et Pebiaw ont été transformés en bœufs pour leurs péchés. Le porc Trwyth est un prince que Dieu a puni en le mettant sous cette forme. Le conteur a été visiblement embarrassé pour Gwynn ab Nudd. Gwynn, comme son père Nudd, est un ancien dieu des Celtes insulaires. (V. plus bas, note à Gwynn.) Les prêtres chrétiens en avaient fait un démon. Le peuple s’obstinait à le regarder comme un roi puissant et riche, le souverain des êtres surnaturels. Notre auteur a eu une idée originale : il l’a laissé en enfer où le christianisme l’avait fait définitivement descendre, pendant que son père Nudd conservait une place honorable dans l’Olympe chrétien, mais pour un motif des plus flatteurs pour lui : Dieu lui a donné la force des démons pour les dominer et les empêcher de détruire les hommes de ce monde : il est indispensable là-bas.

L’armement de Kulhwch est plus complètement celtique que celui des guerriers du Songe de Ronabwy. Comme Eocho Rond, dans le morceau épique irlandais de l’Exil des fils de Doël[49], il porte deux javelots, une lance et, à sa ceinture et au côté, une épée à poignée d’or. Les deux javelots sont caractéristiques de l’armement des anciens Celtes. Il ne rappelle en rien celui des chevaliers d’Owen et Lunet, de Peredur et de Gereint et Enid.

Un autre trait de mœurs archaïques, c’est l’évaluation de la valeur des pommes d’or du manteau de Kulhwch et de l’or de ses étriers et de ses chausses en vaches. (V. traduction et note.) Chacune des pommes vaut cent vaches. C’est encore la façon de compter dans les lois galloises rédigées au cours du xe siècle.

Si on rapproche ces observations des particularités archaïques de langue relevées plus haut, on arrive à placer la rédaction de ce roman dans la seconde moitié du xie ou le début du xiie siècle. On ne saurait la faire remonter plus haut. Un emprunt significatif suffirait à le prouver : au lieu de gwayw on y remarque gleif, lance, emprunté au français glaive qui avait aussi ce sens. (V. plus bas, trad., note à Kulhwch.) Or, le contact entre la civilisation française et la civilisation galloise n’a guère eu lieu avant la dernière partie du xie siècle. Il n’est pas sans intérêt de rappeler qu’Alfred Nutt (The Mabinogion, p. 342) a signalé certains points de ressemblance de Kulhwch et Olwen et aussi du Songe de Ronabwy avec des compositions irlandaises du xie siècle, comme la Destruction de la maison de dá Derga, l’Ivresse des Ulates ou hommes d’Ulster, le Festin de Bricriu. Quoiqu’il y ait dans Kulhwch des héros irlandais comme Cnychwr map Ness (Conchobar mac Nessa) et d’autres, l’influence des conteurs irlandais ne me paraît pas sensible. Il y a eu à toute époque des relations de guerre et d’amitié entre Gaëls et Brittons[50]. Elles ont été particulièrement actives pendant l’existence si troublée du roi de Nord-Galles, Gruffydd ad Cynan (1075-1137). Fils d’Irlandaise, il avait passé sa jeunesse en Irlande ; c’est en partie avec des forces irlandaises qu’il avait conquis sa couronne ; chassé de nouveau, c’est en Irlande qu’il avait cherché un refuge et c’est d’Irlande, avec l’appui des Irlandais, qu’il put retourner en Galles et triompher définitivement de ses ennemis. C’est probablement pendant son règne, que certaines légendes comme celles de Cúroi mac Daere furent empruntées par les bardes gallois aux chanteurs irlandais[51].

Au point de vue littéraire, Kulhwch est hors pair. Il dépasse en intérêt aussi bien le Mabinogi que les trois romans d’Olwen et Lunet, Peredur, Gereint et Enid, par la variété des épisodes, le merveilleux des aventures, le coloris des descriptions et surtout par la poésie de la langue. L’expression est poétique et vigoureuse ; la construction plus souple, plus nerveuse, moins alourdie de liaisons surtout que dans les romans d’origine française. Il mérite l’attention aussi au point de vue de la composition. C’est le plus considérable des romans purement gallois ; il est même sensiblement plus long qu’aucun des trois romans, notamment qu’Owen et Lunet. Or, malgré quelques incohérences dues au copiste sans doute, il surpasse sûrement en unité de composition Peredur et même les deux autres romans. L’auteur dans le Livre Blanc a mis cette unité parfaitement en relief par son titre même : Comment Kulhwch obtint Olwen. Cette constatation suffit à réduire à néant une théorie très répandue surtout parmi les romanistes, et qui a particulièrement cours au sujet de Tristan : c’est que si les épisodes dans les romans arthuriens sont celtiques, si la matière est bretonne, la mise en œuvre ne l’est pas : la trame des romans serait française et les Français seuls auraient été capables de donner une unité plus ou moins accentuée à des épisodes, on dit volontiers des lais, indépendants les uns des autres. Kulhwch prouve que les Brittons de Galles n’avaient nul besoin d’aller à l’école des conteurs français ou de s’inspirer de modèles français pour arriver à composer des romans d’aussi longue haleine et au moins aussi bien ordonnés.

Les quatre branches du Mabinogi représentent mieux la pure tradition des conteurs indigènes et le type ancien des compositions celtiques. Les quatre morceaux forment pour l’auteur un tout, un seul Mabinogi ; or, le lien qui existe encore entre la ' branche de Branwen et celle de Manawyddan, est insignifiant entre celles de Manawyddan et de Math. On peut, à la vérité, distinguer dans le Mabinogi et ses branches, des cycles qui se sont mêlés et confondus [52] ; mais il n’y a cependant là rien de comparable au bouleversement de la plupart d’entre eux et à leur groupement au profit du seul cycle d’Arthur qui frappe dans Kulhwch. La Matière de Bretagne n’y paraît pas encore entièrement dominée par la légende arthurienne telle que nous la trouvons développée dans l’île de Bretagne et sur le continent, dans la seconde moitié du xiie siècle. Le mouvement était commencé : Kulhwch le prouve. Quoique Kulhwch ne doive rien à Gaufrei et qu’il soit antérieur à l’Historia [53], il appartient à une période caractérisée par des tendances analogues. Comme il est sûr que la rédaction de Kulhwch est au moins aussi ancienne, plus ancienne probablement que celle du Mabinogi,il n’est pas douteux que l’auteur de ce dernier cycle ne fût parfaitement au courant des traditions arthuriennes de son temps. S’il ne s’est pas laissé influencer par les tendances à la mode si puissantes à une époque d’exaltation nationale, c’est que les récits qu’il mettait par écrit appartenaient à une tradition orale depuis longtemps formée, qu’il n’était pas permis d’enfreindre ni de transformer : c’est une œuvre classique, comme je l’ai fait remarquer plus haut (p. 12), et impersonnelle ; Kulhwch est une œuvre nouvelle et personnelle.

Si la rédaction du Mabinogi ne peut guère être postérieure à la première moitié du xiie siècle, elle doit cependant se placer après la conquête normande. Certains termes de vénerie rappellent les termes de vénerie française. Le mot pali, vieux français paile et pali, est un emprunt fait à la civilisation française [54], qui s’est fait sentir sur les marches galloises et même dans l’intérieur du sud du pays de Galles, dans la seconde moitié du xie siècle.

Y a-t-il eu modification du caractère primitif celtique dans Branwen par suite d’influences germaniques ou, pour mieux dire, scandinaves, comme l’a cru Alfred Nutt (The Mabinogion, p. 332) ? Faut-il supposer un contact avec le cycle romantique qui nous raconte le Deuil de Gudrun-Kriemhild [55] et le Destin de ses enfants, l’enlèvement et la reprise de Hilde-Gudrun ? À priori, l’hypothèse n’est pas insoutenable. Les Scandinaves ont fait du ixe au xie siècle de fréquentes descentes sur les côtes du pays de Galles et du Cornwall, et même des établissements durables dans le pays de Pembroke. Mais on pourrait tout aussi bien soutenir que s’il y a eu emprunt, c’est du côté Scandinave.

Si on compare les quatre branches du Mabinogi à certains récits irlandais appartenant au même groupe de traditions vieilles celtiques, comme ceux qui concernent les Tuatha Dé Danann (peuples de la déesse Danu) et parmi eux Lir et son fils Mamannan (c’est le Gallois Llyr et son fils Manawyddan), il apparaît clairement, comme l’a fait remarquer Alfred Nutt, que le caractère mythique primitif, encore reconnaissable cependant parfois dans les romans gallois, est beaucoup moins marqué que dans les sagas irlandaises, traitant de sujets analogues. Il est incontestable que ce sont les Irlandais qui ont le mieux conservé la tradition celtique primitive.

Je ne saurais, par contre, attribuer la supériorité des Gallois, dans ces quatre branches, sur les Irlandais, au point de vue narratif et littéraire, à quelque vague influence de la culture plus raffinée des Français introduite en Angleterre par des compagnons de Guillaume et leurs descendants. C’est une hypothèse dénuée de tout fondement. La littérature française du xie et du commencement du xiie siècle ne nous offre rien qui ait pu, avec quelque vraisemblance, inspirer ou influencer les auteurs de nos romans. L’art incontestable qui s’y montre est tout aussi indigène que celui des poètes lyriques gallois, si parfaitement national et si raffiné ; or, ce sont sûrement des bardes ou des lettrés appartenant à la même école littéraire qui ont mis ces traditions par écrit [56].

Les trois romans d’Owen et Lunet, Peredur ab Evrawe, Gereint et Enid, nous transportent dans un monde différent : mœurs, culture, civilisation matérielle, armement, tout y porte la marque de la civilisation française du xiie siècle. Ces trois romans sont très près des romans français : Le chevalier au Lion [57], Erec et Enide, Le conte du Graal [58], œuvres de Chrétien de Troyes [59], le célèbre trouvère du xiie siècle. Le Perceval a été laissé inachevé ; l’œuvre de Chrétien s’arrête au vers 10.601. Un inconnu l’a continuée jusqu’au vers 21.916 : il traite surtout des aventures de Gawain. Puis vient Wauchier de Denain [60], dont la part s’arrête au v. 34.934. L’ensemble fut terminé par Manecier qui écrivait entre 1214 e 1225, et par Gerbert (1220-1225). L’ensemble comprend 63.000 vers.

L’Yvain ou le Chevalier au Lion avait été publié par lady Charlotte Guest à la suite de sa traduction d’Owen et Lunet, d’après un seul manuscrit de la Bibliothèque nationale, d’une façon si défectueuse que le texte en est à peu près inintelligible [61].

On a d’Yvain une version allemande de Hartmann von Aue [62], qui écrivait au xiie siècle, et une version norvégienne [63] qui a servi de base à un poème suédois et à un poème norvégien.

Ivain a été l’objet de nombreux travaux critiques. Parmi les plus importants et les plus récents, je citerai ceux de : Goossens [64], Baist [65], Arthur Brown [66], Ahlström [67], Nitze [68], E. Philipot [69].

Pour Perceval, on attend encore une édition critique du cycle français. Les versions étrangères sont importantes. La plus célèbre est le Parzival de Wolfram von Eschenbach, poète allemand qui écrivait au commencement du xiiie siècle : il est plus court, moins diffus que le Conte du Graal : l’auteur offre un poème complet [70]. Le Sir Percyvelle of Galles [71] représente une version qui ne ressemble aux autres que par les enfances du héros et ses premières aventures. Le Perceval hollandais [72] est une partie du grand poème de Lancelot ; il n’est pas sans intérêt, car l’original français qu’il traduit est perdu. La saga norvégienne est une traduction du Perceval de Chrétien [73].

Parmi les nombreux travaux de critique sur ce difficile sujet, je me contenterai de renvoyer à ceux d’Alfred Nutt [74], W. Golther [75], Baist [76], Weston [77], Mary Rh. William [78], Brown [79].

Erec et Enide a joui aussi de la faveur des littératures étrangères. La plus célèbre des versions est celle d’Hartmann von Aue qui écrivait vers la fin du xiie siècle et le commencement du xiiie siècle, [80]. Il existe aussi une version scandinave [81]. Les travaux spéciaux les plus important sur ce sujet sont ceux de : Bartsch [82], Othmer [83], Dreyer [84], Hagen [85], Philipot [86], Piquet [87], R. Edens [88].

La comparaison des trois romans gallois et français soulève divers problèmes qui peuvent se ramener à trois principaux :

1° Les romans gallois sont-ils des traductions ou des adaptions des romans français, ou, dans les parties communes, remontent-ils à une source commune ?

2° La source commune immédiate est-elle française ou celtique, et dans quelle mesure ?

3° Le fonds de ces romans est-il celtique ?

En dehors de l’école de Foerster dont le plus remarquable tenant est W. Golther, on ne voit plus dans les romans gallois une traduction des romans français. Les différences sont trop considérables pour qu’on puisse s’arrêter à une pareille hypothèse. Une adaptation des romans gallois aux français, dans certains épisodes, serait plus soutenable. Néanmoins, là même où il y a presque identité, à certains traits [89], il est facile de reconnaître que l’auteur gallois ne traduit pas. Il suffit de se reporter aux traductions galloises certaines de romans français, comme Bown o Hamlwn (Beuves de Hampton), Y Greal (Le Graal), pour être fixé sur ce point. Y a-t-il eu adaptation partielle ? L’auteur gallois a-t-il connu Chrétien ?

Il me semble difficile qu’à l’époque de la rédaction en gallois de ces romans, les œuvres de Chrétien aient pu être connues en Galles : Erec a été composé vers 1168 ; Yvain, vers 1173 ; Perceval en 1117-1175 [90].

L’épisode du lion, dans Yvain, serait un argument décisif, s’il était prouvé qu’il est de pure origine française, qu’il a été inspiré en France, par l’aventure de Gonfier de la Tour, comme l’a ingénieusement supposé M. Gaidoz [91]. Ce chevalier aurait sauvé un lion d’un serpent, et le lion l’aurait ensuite suivi et servi.

E. Philipot [92] fait remarquer que les documents qui ont conservé le souvenir de cette aventure sont du xiiie et du xive siècles. Arthur Brown [93], d’après Paul Meyer (Chanson de la Croisade contre les Albigeois, II, p. 378-380) constate que l’aventure de Gonfier se trouve dans une chronique de 1188, et qu’elle a pu être connue assez tôt pour être accessible à Chrétien. Il ne faut pas oublier cependant, comme l’a justement dit Philipot, que le héros est du Midi. De plus, ce thème du lion serviteur de l’homme est fort répandu. On en a des exemples dans des vies de saints anciennes. Arthur Brown renvoie pour le lion sauvé du serpent et suivant son sauveur à Holland (Chrétien von Troie, pp. 161-164), à Guy de Warwick (éd. Zupitza), au Roman de Hum. Enfin dans un opuscule postérieur à son Ivain (The knight of the lion, p. 688), Brown lui-même signale dans le morceau irlandais Tochmarc Emere (Recherche en mariage d’Emer) qui est antérieur à 1050, le rôle important joué par un lion (un animal semblable à un lion). Il n’est donc pas le moins du monde établi que l’épisode du lion soit de source française.

Les versions galloises paraissent plus simples dans l’ensemble, moins chargées d’épisodes que les versions françaises. L’idée maîtresse du Peredur, qui paraît bien être une histoire de vengeance, apparaît plus clairement que dans le Perceval.

Chrétien a dû accentuer la note courtoise, le ton de modération, l’esprit de bonne tenue de ses héros et renchérir sur son original.

Dans les romans gallois, en effet, les mœurs qui contrastent si singulièrement avec la rudesse et même la barbarie atténuées cependant des personnages de Kulhwch, sont moins policées et moins courtoises dans la forme que chez l’auteur français.

En revanche, si on repousse l’idée d’une adaptation de Chrétien, il n’y a pas de doute que pour la plupart des épisodes, pour la trame et l’ensemble des trois récits, les romans gallois ne remontent à une source immédiate française [94].

La géographie de ces romans est vague, même pour le pays de Galles, le Cornwall, et la Bretagne insulaire celtique ; elle contraste avec la précision et le luxe de détails géographiques dans les romans purement gallois. Cependant elle est encore supérieure à celle de Chrétien. Quand Gereint quitte Caer-Lleon-sur-Wyse pour retourner en Cornwall, il arrive sur les bords de la Severn. Les nobles de Cornwall l’attendent sur l’autre rive [95]. Chrétien l’envoie chez son père Lac, à Carnant dont il ne connaît nullement la situation ; plus tard il l’enverra couronner à Nantes. Chrétien confond les deux Caer-Lleon, la ville du sud et celle du nord. Il met dans Yvain (vers 2.680) la cour d’Arthur à Cestre (Chester), tandis que dans le Livre Rouge (p. 283) elle est alors même à Kaer-Lleon-sur-Wysc dans le Sud-Galles. Or Cestre c’est également Kaer-Lleon (Castra Legionum). Ceci tendrait à prouver que l’original français antérieur dont se servait Chrétien a été composé en Angleterre. Chrétien ne connaît pas davantage la forêt où se passe la première chasse dans Erec : c’est dans Gereint, la forêt de Dena. Les mœurs sont françaises, avec des traits nettement celtiques de temps en temps ; on se sent en pleine civilisation française du xiie siècle, telle que nous la connaissons en France et en Angleterre. Les demeures sont des châteaux de seigneurs féodaux, avec quelques anachronismes trahissent un fond vieux celtique [96].

Le tournoi dans Owen et Lunet suffirait à dénoncer une source française. C’est un sport inconnu des Gallois ; le mot même (twrneimeint) est emprunté. Les tournois n’ont d’ailleurs guère été tolérés en Angleterre que sous Richard Ier.

L’armement est français. Il contraste avec celui de Kulhwch, et même avec celui des guerriers du Songe de Ronabwy, ce dernier contemporain de très près de l’époque de la composition des trois romans français [97].

Certains emprunts gallois dénoncent une source écrite française, par exemple geol, prison (Peredur, Livre Rouge, p. 238, l. 2 ; Cf. traduction). D’après l’orthographe galloise de toute époque, une forme geol se prononcerait en français aujourd’hui gueol (gu comme gu dans guerre) ; la forme orale geole (jeole) eût été écrite ieol ou jeol : la forme française la plus ancienne est jaiole.

Un autre passage dans Owen et Lunet ne peut guère s’expliquer que par une méprise de l’auteur gallois. Lunet, raconte à Owen qu’elle a été emprisonnée, pour avoir défendu sa réputation, dans un vase de pierre (llestyr o vaen) : l’expression se trouve dans le Livre Rouge et dans Peniarth [98]. Dans Chrétien, c’est une chapelle, et tout justement la chapelle qui se trouve près de la fontaine enchantée. Le roman gallois ne mentionne pas de chapelle à cet endroit : il doit y avoir eu erreur des deux côtés. Il n’y a qu’un mot qui puisse l’expliquer, c’est chapele, le vieux français chapele qui a à la fois les deux sens de lieu secret, prison et de vase. (Cf. Godefroy. Dictionnaire de l’ancienne langue française.) L’auteur gallois aura pris le second sens ; Chrétien aura employé chapele dans son sens ordinaire. Il n’est pas impossible aussi que les deux auteurs aient eu sous les yeux quelque forme latine qu’ils auront comprise diversement. Gröber (Grundriss der roman Phil, II, p. I, p.303) est d’avis que Chrétien a dû utiliser pour Perceval une source latine. De même Nitze (The castle of Grail, p. 39), suppose une source latine intermédiaire entre l’original celtique et les descriptions de Chrétien-Wofram pour le château.

Les noms des héros dans les trois romans gallois sont encore nettement celtiques. On trouvera dans les notes explicatives tous les renseignements utiles à leur sujet. Chrétien les a souvent défigurés. Il a changé Gereint en Erec, Peredur en Perceval [99].

Pour Erec à la place de Gereint, la cause paraît claire. Erec représente Guerec en construction ; c’est le nom d’un comte de Nantes, fils d’Alain Barbe-Torte, mort en 990, et celui du fondateur de l’État breton du Vannetais au vie siècle, État qui portait son nom : Bro-Weroc, puis Browerec et Bro-erec [100].

La famille de Champagne, comme je le montre plus bas, était apparenté aux princes bretons. Chrétien a voulu lui faire sa cour. C’est aussi pour cette raison qu’il fait couronner Erec à Nantes, le transportant brusquement en Bretagne, sans même lui faire passer la mer, tandis que dans le roman en prose, Erec est couronné à Londres par l’archevêque de Cantorbire (Cantorbery). L’épisode du couronnement n’existe pas dans Gereint et a sûrement été ajouté à l’original. Les noms du portier et de ses étranges serviteurs dans Gereint se retrouvent tous dans Kulhwch, et ce n’est pas trop s’avancer que d’en conclure que le rédacteur gallois de Gereint connaissait le roman de Kulhwch.

Les sources de Chrétien sont sûrement anglo-normandes. De bonne heure, dès la seconde moitié du xie siècle, en Galles, et, immédiatement après la conquête, en Cornwall, les Français se sont trouvés en contact avec les populations celtiques de l’île. Quand leurs conteurs vinrent à connaître les traditions brittoniques, ils s’intéressèrent naturellement surtout aux récits héroïques et merveilleux, à ceux qui mettaient en scène un vaillant guerrier triomphant de monstres et accomplissant de merveilleuses quêtes [101], faisant la cour à de belles dames. Ces récits, ils les racontent à leur façon ; comme le dit très bien Alfred Nutt (The Mabin., p. 753), le champion celtique devint un chevalier contemporain ; le chef celtique se mua en baron féodal ; les noms brittoniques aussi gênants pour eux que les noms de lieux gallois actuels pour les journalistes anglais, furent transformés ou remplacés ; la topographie primitive disparut.

Le féérique et le merveilleux ont été évidemment pour nos conteurs un des principaux attraits des légendes celtiques. Or, tous les récits gallois en sont pénétrés. S’ils ont préféré certains d’entre eux et laissé de côté, par exemple, le Mabinogi, c’est ou bien qu’ils ne les connaissaient pas ou qu’ils ont trouvé dans d’autres plus de scènes guerrières ou d’aventures héroïques. On ne saurait, en effet, comme l’a fait A. Nutt, opposer chez les Gallois, les récits héroïques aux récits mythiques. Si le caractère mythique est encore à la rigueur, parfois reconnaissable dans le Mabinogi, si la comparaison avec l’épopée irlandaise et certains traits particuliers permettent de reconnaître dans quelques personnages de ce groupe des dieux ou demi-dieux vieux celtiques, les héros sont des hommes au même titre qu’Owen, Peredur ou Gereint, vivant comme eux dans un monde à moitié surnaturel. Outre le motif donné plus haut, il est fort probable que si leur préférence est allée à des romans comme ceux de Peredar, Owen et Lunet, Gereint et Enid, Tristan', c’est qu’ils les ont trouvés sous une forme plus appropriée à leur goût, et voisine vraisemblablement de compositions du genre de Kulhwch. Ils ont sûrement trouvé des romans déjà formés qu’ils ont modifiés suivant leur tempérament et auxquels ils ont ajouté.

La pénétration des deux éléments celtique et français, a été profonde et durable en Galles. L’aristocratie française recherchait fort les alliances avec les Gallois encore indépendants à la fin du xie siècle, et restés tels, pour une partie notable du pays, jusqu’à la fin du xiiie, tandis que les Saxons étaient courbés sous le joug ; il faut y ajouter l’auréole de noblesse et d’ancienneté qui s’attachait dans des légendes, à la race brittonique. David, fils du vaillant et redoutable roi de Nord-Galles, Owein Gwynedd, épouse une sœur de Henri II ; Llewelyn ab Jorwerth, roi de Gwynedd lui aussi, épouse Jeanne, sœur du roi Jean ; Gerard de Windsor épouse Nest, fille du roi Rhys ab Tewdwr ; Bernard de Neumarch épouse Nest, fille de Trahaearn ab Caradoc ; Robert Fitzhamon, Nest, fille de Jestin ab Gwrgant ; John de Breos, Margaret, fille de Llewelyn ab Jorwerth ; Reynold de Bruce, une autre fille de ce roi. Gruffydd ab Rhys se marie à Matilda, fille de William de Breos ; Rhys Gryg, son frère, à une fille du comte de Clare ; Kadwaladr ab Gruffydd ab Kynan, à une fille de Gilbert, comte de Clare, etc. [102]. La génération sortie de ces unions fut plus galloise souvent que française. C’est très probablement par eux ou sous leur influence, par leurs ménestrels, que les traditions celtiques se propagèrent en Angleterre. Sur le rôle du Cornwall dans la transmission de la matière de Bretagne, V. J. Loth, Contributions à l’étude des romans de la Table Ronde.

Ce contact avec la civilisation la plus vivace et la plus avancée de l’époque ne fut pas non plus sans effet sur la société galloise. L’état social, la condition des terres en furent profondément modifiés.

En revanche, les bardes gallois n’avaient rien à apprendre des trouvères français, et de fait nulle influence française n’apparaît à aucun point de vue, dans leurs poésies. La poésie lyrique galloise est très supérieure à la poésie française. Il faut ajouter que si les alliances entre les deux aristocraties furent nombreuses, les luttes entre elles n’en furent pas moins ardentes et souvent terribles. À aucune autre époque, les luttes intestines entre les chefs gallois, les guerres avec les rois d’Angleterre ou leurs représentants, ne furent plus acharnées et plus incessantes. Devant les dangers qui menaçaient jusqu’à l’existence du pays, les bardes exaltaient le passé des ancêtres, multipliaient les prophéties annonçant l’apparition des sauveurs. Jamais le sentiment national n’atteignit à un degré d’exaltation comparable. C’est sans doute sous l’empire des sentiments nationaux, qu’on se mit à populariser par écrit les récits traditionnels, les glorieuses archives du passé mythologico-légendaire des anciens Brittons.

Sur le fond même des romans français, l’opinion générale aujourd’hui est qu’il est celtique. Le coup le plus rude qui ait été porté à la théorie contraire l’a été par la comparaison avec les épopées irlandaises dont un bon nombre nous est conservé dans des manuscrits antérieurs à la rédaction de ces romans, et qui sont manifestement pures d’influence étrangère. On a trouvé dans ces sagas nombre d’épisodes et de thèmes identiques à ceux des romans dits arthuriens, ou qui en étaient très rapprochés et remontaient évidemment à la même source vieille celtique[103].

Les travaux parus sur l’origine des romans arthuriens ou sur la matière de Bretagne se sont singulièrement multipliés depuis vingt-cinq ans. On trouvera les différentes théories soutenues sur ce sujet jusqu’en 1892, résumées et discutées dans mon travail : Des nouvelles théories sur l’origine des romans arthuriens[104].(Revue celtique, XIII, pp. 475-503.)

Aux travaux déjà cités, on peut ajouter, en français[105], ceux de Ferd. Lot[106], Bédier[107], Muret[108] ; en anglais : ceux d’Alfred Nutt[109], Arthur Brown[110], Schofield[111], Kiltredge [112], Newell [113], Lucy Allen Paton [114], Jessie L. Weston [115], Fletcher [116] ; en allemand, ceux de W. Golther [117], et de H. Zimmer [118].

On pourra facilement compléter cette bibliographie sommaire par celle beaucoup plus touffue dont récemment, un étudiant américain, Tom Peete Cross, a accompagné et quelque peu surchargé son travail paru dans la Revue celtique en 1910 (p. 413) sous le titre de : The celtic origin af the Lay of Yonec.

Si on peut avec quelque précision fixer la date approximative de la première rédaction par écrit des romans et mabinogion gallois, et même indiquer jusqu’à un certain point ; leur position respective, au-delà de la littérature écrite, au point de vue de la formation traditionnelle, il me paraît téméraire et en tout cas prématuré de chercher à établir une chronologie comparée des principaux thèmes ou données des romans formés de la matière de Bretagne. Il faudrait d’abord dégager chaque roman ou noyau de roman de tous les épisodes qui sont venus le grossir dans le cours des siècles, ou suivant le caprice des écrivains ; il serait nécessaire d’en fixer la forme vieille celtique, ce qui n’est possible que là où les documents irlandais offrent des points de contact. Puis, on se trouverait en face de l’océan sans bornes du Folklore. Il ne s’agirait plus de comparaison bornée à un groupe défini de langues et de littératures : ce serait un voyage aventureux à travers un monde encore mal exploré. Si on prend les trois romans gallois et leurs similaires français, on peut, par exemple, soutenir sans trop d’audace, que Gereint-Erec, si on ne prend que l’aventure de Gereint et Enid, est dans l’ensemble moins archaïque qu’Owen-Yvain et Peredur-Perceval. En revanche, on ne peut songer à se poser la même question pour ces deux derniers romans qu’après les avoir débarrassés des épisodes disparates qui les encombrant, les avoir dépouillés de leur vernis français, et précisé la donnée vieille celtique. En comparant Peredur-Perceval, on peut, avec quelque vraisemblance, supposer qu’il s’agit d’un récit de vengeance et d’expiation préhistorique ou vieille celtique [119]. Mais l’idée maîtresse d’Owen-Yvain est, en revanche, fort difficile à dégager. S’agit-il primitivement d’une histoire de féerie, d’amour entre mortel et créature surnaturelle, comme dans certains lais ; ou n’y a-t-il pas encore ici, une vengeance d’un autre genre, la vengeance de la Fontaine qui se défend, compliquée d’autres données ; ou mieux, fusion des deux thèmes ? Si on entre dans le détail des épisodes, on se trouve en présence de problèmes tout aussi difficiles, pour ne pas dire insolubles. Le roman de Kulhwch est relativement moderne, mais nombre de ses épisodes remontent à une haute et insaisissable antiquité.

L’épisode du porc Trwyt est sûrement vieux celtique ; celui de Mabon ab Modron avec son saumon est préhistorique. Comment expliquer que Bran se fasse couper la tête, avec ordre à ses compagnons de l’emporter avec eux pendant quatre-vingt-sept ans et de l’enterrer à Gwynn-Vrynn en face de la France ? N’y a-t-il pas là remaniement et confusion ? Un personnage ayant changé de forme est souvent délivré dans certains contes européens, si on lui coupe la tête. La même idée se retrouve chez les insulaires de Mabuia, dans le détroit de Torres [120].

Les recherches entreprises dans cette direction ont donné quelques résultats. On a pu, avec vraisemblance, mettre en relief le caractère mythique de certains personnages, mais on a trop généralisé. Il y a quelques années, tout était mythe solaire. Aujourd’hui, il n’y a plus rien d’humain ni de terrestre dans les légendes celtiques : tout est extra-naturel, other-world. Il semblerait que les anciens Celtes aient passé leur temps à rêver uniquement d’au-delà ou d’au-dessous. L’histoire et l’archéologie nous donnent une toute autre idée de cette grande famille, vive entre toutes, batailleuse, turbulente, avide de mouvement qui, du ive au ier siècle avant notre ère, a sillonné l’Europe dans tous les sens et l’a semée d’établissements dont beaucoup de noms de lieux témoignent aujourd’hui encore. Ils paraissent beaucoup plus occupés à envoyer leurs ennemis dans l’autre monde qu’à y rêver. En tout cas, il est parfaitement invraisemblable qu’il n’y ait que des personnages d’origine mythique dans les traditions d’un peuple héroïque entre tous et dont l’histoire même fournissait la plus abondante matière au merveilleux épique.

Le fond des romans arthuriens étant celtique et incontestablement d’origine brittonique, il resterait à fixer la part respective des trois groupes de cette famille dans leur transmission aux Français d’Angleterre et du continent. Ils y ont tous les trois collaboré dans des proportions difficiles à déterminer : à en juger par les trois romans français, ce sont évidemment les Gallois qui ont la principale part. Pour les lais, il ne semble pas qu’il en soit de même. Nul doute que les Bretons d’Armorique n’aient joué dans leur transmission et à un moindre degré, dans celle des romans, un rôle notable, en France et en Angleterre. Les deux courants, celui qui venait d’Angleterre et celui qui avait sa source en Armorique, semblent être venus se joindre en particulier à la cour de Champagne.

Depuis le mariage d’Alain Barbe-Torte avec une princesse de la maison de Blois, les rapports entre les princes bretons et les seigneurs de la famille de Blois furent fréquents et intimes. Ils continuèrent lorsque les comtes de Blois devinrent possesseurs de la Champagne. Le rapports des comtes de Champagne avec les rois d’Angleterre furent tout aussi intimes. Eudes II prit part à la conquête de l’Angleterre. Thibaut II de Champagne arma chevalier vers 1147-1151, Geoffroy second fils de Geoffroy Plantagenet, comte d’Anjou et duc de Normandie, plus tard comte de Nantes [121]. Si Chrétien a remplacé Gereint par Erec et imaginé le couronnement d’Erec à Nantes c’est probablement (V. plus haut) pour faire sa cour aux maîtres de son pays alliés à la famille ducale de Bretagne [122]. Mais il est de toute évidence que c’est en Angleterre surtout que s’est faite la communication des traditions celtiques, et leur élaboration par les écrivains de langue française [122]. Elle s’est faite dans des pays où les éléments celtiques, français et saxons se trouvaient en contact, c’est-à-dire, sur les marches du pays de Galles, et de bonne heure, au xiie siècle, dans l’intérieur du sud du pays, notamment en Glamorgan et en Pembrokeshire. Il est cependant très important de ne pas oublier que le seul pays d’Angleterre où les Français aient trouvé, à leur arrivée, les deux langues celtique et saxonne parlées concurremment, est le Cornwall. D’après le Domesday-Book tous les propriétaires, moins Cadoalant, Blethu et peut-être Griffin, étaient Saxons. Bon nombre de noms de lieux le sont déjà. La langue saxonne dominait complètement en Devon [123]. Il faut ajouter que plusieurs des nouveaux maîtres installés par Guillaume le Conquérant dans ce pays étaient bretons-armoricains. Iuthaël de Totenes, entre autres, était un des grands propriétaires du Devon et avait des possessions en Cornwall. Quand Eliduc part pour l’Angleterre, c’est à Totnes qu’il débarque et c’est chez le roi d’Excestre (Exeter) qu’il prend du service [124]. Pendant le xie et le xiie siècle, les Armoricains semblent avoir eu l’habitude de traverser la Manche pour chercher fortune dans le sud-ouest de l’île. C’est une habitude qu’ils avaient encore au xvie siècle. En Cornwall, ils étaient chez eux [125].

Il faut remarquer que les traditions brittoniques devaient s’être conservées chez des populations du Wessex entièrement saxonisées au point de vue de la langue mais où la fusion des éléments celtiques et saxons s’était faite pacifiquement, par exemple en Somerset, où le brittonique était encore parlé couramment au vii-viiiesiècle [126]. J’ai eu occasion d’ailleurs de montrer à plusieurs reprises que les rapports entre les Anglo-Saxons et les Brittons n’avaient pas eu le caractère d’implacable hostilité qu’on leur a trop souvent attribué [127].

La transmission s’est faite et oralement et par écrit, comme en témoignent les formes mêmes des noms propres. Les écrivains français ont dû trouver des romans déjà formés et non simplement des lais et des contes plus ou moins apparentés qu’ils auraient fondus ensemble.

Comme je l’ai établi plus haut, les Bretons insulaires, avant l’apparition des romans français, avaient mis sur pied des romans d’aussi longue haleine et aussi bien composés pour le moins que les romans français. Il est même remarquable que dans l’ensemble, Owen et Lunet, Peredur, Gereint et Enid sont supérieurs aux romans français correspondants. Au point de vue artistique, la supériorité des écrivains gallois est également incontestable. On ne peut que souscrire au jugement d’Alfred Nutt (The Mabinogion, p. 352). Comme il le dit, aucun écrivain français du temps de Chrétien, ni en France ni en Angleterre, ne saurait lutter contre les Gallois comme conteurs. Chez les Français, l’histoire se déroule lentement, terne, incolore, embarrassée de maladroites répétitions, de digressions oiseuses. Chez les Gallois, la narration est vivante, colorée, mettant en relief avec un sur instinct artistique, les traits de nature à produire un effet pittoresque et romantique [128].

Sur les principaux héros celtiques de nos romans, le lecteur trouvera dans les notes explicatives de ces deux volumes d’amples renseignements.

Le dialecte des Mabinogion et romans gallois de notre collection est celui du sud du pays de Galles [129]. Nous avons vu plus haut que les bardes du Glamorgan paraissent à l’époque de la rédaction du Mabinogi avoir été particulièrement renommés.

On ne connaît aucun de leurs auteurs. Il y en a eu plusieurs : il est évident que l’auteur de Kulhwch n’est pas le même que l’auteur ou le premier rédacteur du Mabinogi et qu’on ne saurait leur attribuer ni à l’un, ni à l’autre, ni le Songe de Ronabwy ni le Songe de Maxen ni l’Aventure de Lludd et Llevelis, ni à plus forte raison les trois derniers romans. Les Iolo manuscripts (p. 349), dont l’autorité est mince malgré l’intérêt et la valeur réelle parfois de certaines infirmations, donnent bien comme auteur des Mabinogion un certain Ieuan ap y Diwlith, mais il est probable qu’il ne vivait pas à la fin du xiie siècle comme le prétendent les biographes gallois ; il était en effet, fils de Rhys ab Rhiccert qui vivait vraisemblablement au xive siècle. Stephens [130] croit, avec raison, qu’il florissait vers 1380.

Un personnage beaucoup plus important, c’est le Bledhericus de Giraldus Cambrensis : famosus ille Bledhericus fabulator qui tempora nostra paulo prævenit. Thomas, qui écrivait en Angleterre vers 1170, auteur d’un Tristan dont il nous reste des fragments considérables, embarrassé par la variété des récits que colportaient les conteurs, fait appel, pour appuyer la version qu’il choisit, à l’autorité de Breri :

Seigneurs, cest cunte est mult divers
Entre cels qui solent cunter
E del cunte Tristran parler.
Il en cuntent diversement ;
Oï en ai de plusur gent ;
Asez sait que chescun en dit,
Et co qu’il unt mis en escrit
Mes sulum ço que j’ai oï
Nel dient pas sulum Breri,
Ky solt les gestes é les cuntes
De toz les reis, de toz les cuntes
Ki orent esté en Bretaigne [131].

Breri est sûrement le Bledhericus de Giraldus Cambrensis : il représente le nom bien gallois de Bled-ri, avec un d spirant. La graphie de Giraldus représente, en faisant abstraction de la terminaison analogique en icus, la prononciation galloise : il s’est introduit entre la spirantes d et r une voyelle de résonnance qui se retrouve dans d’autres transcriptions et finit par former syllabe : cf. Graëlen pour Gradlon en passant par Gradlen. Bledri est le nom d’un évêque de Llandav nommé à ce siège en 983, célèbre par son savoir et son zèle pour l’instruction [132]. On trouve son nom, dans l’appendice de l’édition Gwenogvryn-Evans-John Rhys, p. 303, sous l’intéressante forme Blethery.

Gaufrei de Monmouth signale aussi un Blegobred ou Blegabred comme le roi des chanteurs et des poëtes [133]. Ce nom n’a naturellement rien de commun que le premier terme (Blegobred est pour Bled-cabrel) avec Bledri.

Il n’est pas douteux qu’un Bledri (Breri) == Bledhericus n’ait existé, grand auteur et compilateur de récits légendaires, mais, comme je l’insinuais dans ma première traduction (p. 21), il n’est pas le moins du monde certain que Thomas se soit inspiré directement de lui. Il met simplement sa version sous le patronage de la meilleure autorité indigène. Récemment, miss Jessie L. Weston a fait connaître un nouveau document intéressant Breri (Blederi[134]. Le ms. add. 36614 du British Museum qui nous donne la continuation du Perceval de Chrétien par Wauchier de Denain, contient le curieux passage suivant ; décrivant le Petit Chevalier, qui garde le bouclier magique conquis par Gawain, l’auteur dit :

Deviser vos voel sa feiture
Si com le conte Bleheris
Qui fut nés et engenuis
En Gales dont je cont le conte
Et qui si le contoit au conte
De Poitiers qui aimoit l’estoire
E le tenait en grant mémoire
Plus que nul autre ne faisoit.

Le Bleheri gallois, évidemment le Breri de Thomas et le Bledhericus de Giraldus Cambrensis, aurait donc directement transmis son récità un comte de Poitiers. La famille de Poitiers a été longtemps en relations étroites avec la famille royale d’Angleterre. Miss Jessie L. Weston suppose qu’il s’agit plus spécialement de Guillaume III qui mourut en 1137. D’après le témoignage d’autres manuscrits qui, il est vrai, ne mentionnent pas Bleheris, la transmission se serait faite par écrit, et non oralement. Si l’on acceptait à la lettre l’assertion de Wauchier, il en résulterait que la transmission de la matière de Bretagne, pour un poème important, se serait faite directement d’un Gallois à un Français, par écrit, et qu’en outre, ce que j’ai d’ailleurs établi plus haut à propos de Kulhwch, il a existé des romans arthuriens gallois avant Thomas et Chrétien.

Wauchier qui écrivait, si on admet la date fixée par Jessie L. Weston à l’existence de Bleheris [135], plus d’un demi-siècle après son auteur, n’est probablement pas plus sincère ou mieux renseigné que Thomas. Il est de toute évidence que l’œuvre de Wauchier repose sur une source française : la forme des noms, les mœurs, tout le prouve. Que cette source française remonte pour une part importante à un certain Bledri qui a même été en relations avec un comte de la maison de Poitiers, c’est possible. En tout cas, si Jessie L. Weston s’exagère la valeur de ce témoignage, il n’en est pas moins digne de remarque.

Le commentaire naturel du Mabinogi et des romans gallois se trouve surtout dans les Triades, sortes de mementos du passé mythologico-historique des Brittons. La forme triadique remonte sûrement à une haute antiquité ; elle est aussi familière aux Irlandais qu’aux Gallois. Chez ces derniers, elle est devenue un genre littéraire fort piquant, moral, satirique, juridique, philosophique [136]. C’est un lit de Procuste où des lettrés ont fait entrer de force trois par trois, les personnages et les choses du passé. Nul doute que cette méthode n’ait contribué à fausser les traditions brittoniques, mais elle a l’avantage d’aider la mémoire. Les Triades servaient sans doute, comme les Mabinogion, à l’enseignement bardique ; tous les poètes gallois du xiie au xvie siècle en sont littéralement nourris ; les noms qui y figurent ; leur sont aussi familiers qu’aux poètes grecs les noms des dieux et des héros de l’Olympe homérique. On possède plusieurs versions des Triades, mais elles paraissent remonter en somme à trois sources : de l’une dérivent les Triades du Livre Rouge, celles d’un manuscrit de Hengwrt, du xiiie-xive siècle, publiées dans le Cymmrodor, VII, part. II, p. 99, p. 126 par Egerton Phillimore (celles de la Myv. Arch., p. 393-399, jusqu’au n° 60 sont celles du ""Livre Rouge"" même) ; la seconde a donné les Triades imprimées par Skene, en appendice, dans le tome II de ses Four ancient Books of Wales, d’après un manuscrit du xive siècle, et celles de la Myv. Arch. de la page 389, n° 5 à 391, n° 46, en exceptant les n° 18, 27, 42, 43, 44 ; une troisième a produit les Triades imprimées dans ce même recueil de la Myv. Arch., de la page 400 à la page 417 : il y en a 126 sur les 300 que contenait l’œuvre primitive. L’extrait de la Myv. Arch. a été fait en 1601 sur le livre de Jeuan Brechva, qui est mort vers 1500 environ et sur un autre manuscrit appelé très improprement le livre de Caradoc de Lancarvan, plus récent probablement que le premier. Ce sont donc les plus récentes de toutes ; ce sont elles qui ont aussi subi le plus de remaniements. En revanche, elles sont moins laconiques que les autres, et en forment parfois le commentaire. Malgré, des additions et des remaniements incontestables, le gros des Triades doit avoir été mis par écrit vers la fin du xiie siècle. Elles sont d’accord avec les Mabinogion et les citations des poètes de cette époque. Le fragment des Triades du Livre Noir est de la même source que les Triades des chevaux du Livre Rouge, et celles-ci n’en sont pas une copie.

Si les Triades ont une valeur historique des plus contestables, quoiqu’on y trouve l’écho d’événements certains sur lesquels l’histoire est muette, elles n’en sont pas moins très précieuses au point de vue de la mise en œuvre par des lettres des légendes et traditions des Brittons, précisément à l’époque où s’écrivaient les Mabinogion, ce qui pour nous en double le prix. Les Iolo mss[137] forment une collection fort disparate, d’inégale valeur et d’une autorité toujours douteuse, mais on y trouve d’utiles et suggestives indications ; au point de vue légendaire, ils ne sont pas inutiles à consulter. J’ai dépouillé aussi la plus grande partie des poésies galloises jusqu’au xve siècle. Les documents historiques n’ont pas été négligés, notamment les Bruts.

L’influence de Gaufrei de Monmouth se fait sentir dans un certain nombre de Triades. Elle n’apparaît pas dans le Mabinogi, ni dans les romans purement gallois, si on excepte quelques traits dans les compositions littéraires intitulées le Songe de Maxen et l’Aventure de Lludd et Llevelis. À l’occasion, j’ai renvoyé à ses écrits.

Pour les noms propres, suivant l’exemple de John Rhys et J. Gwenogvryn Evans, j’ai adopté un compromis entre l’orthographe des Mabinogion et l’orthographe moderne. La spirante dentale sonore (spirante interdentale) est exprimée dans les Mabinogion par d (et dans certains manuscrits par t) ; je lui ai substitué le dd moderne, afin qu’on ne confondît pas avec d, occlusive sonore. R sourd est exprimé aujourd’hui par rh ; j’ai conservé r parce que la graphie rh est à peu près moderne et ensuite parce que ce son n’existe pas en Glamorgan : ailleurs, comme l, r initiale est une sourde. J’écris aussi v pour la spirante labiale sonore (v français, en général) au lieu de f moderne ; f pour la sourde, analogue à f français. Les autres signes orthographiques sont ceux du gallois moderne : w voyelle == ou français ; w consonne == w anglais ; u exprime un son intermédiaire entre u et i français ; y dans les monosyllabes accentuées, et la dernière syllabe des polysyllabes, se prononce comme l’ancien i bref accentué et se rapproche beaucoup de ü avec un arrondissement moindre des lèvres, dans le Nord-Galles ; il est à peu près i dans le Sud, en général. Y en dehors de ces cas à la valeur de notre e français dans l’article le, dans petit. Ch, spirante gutturale sourde, a la valeur du c’h breton ; th est une spirante interdentale sourde ; mh, nh, ngh représentent mp (mb dans certains cas), nt (nd en certaine situation), nc : ce sont des sourdes ; ng représente la nasale gutturale sonore, gutturale ou palatale suivant les voyelles qui la flanquent, et remonte à ng vieux-celtique (cf. allemand ing, ung). L sourd est exprimé par ll : on peut prononcer ce son en pressant la pointe de la langue contre le palais, au-dessus des dents, et, en expirant fortement l’air des deux côtés, mais plus du côté droit.

J’ai donné les épithètes, même quand le sens en était certain, en gallois, quitte à les traduire quand il y a lieu et que leur interprétation est sûre : l’épithète est souvent plus significative et plus tenace que le nom. La forme galloise des noms peut servir d’indice et de point de repère dans l’étude de l’évolution des traditions brittoniques chez les autres peuples du moyen âge. La forme des noms d’origine celtique dans les romans arthuriens étrangers suffit à elle seule, souvent, pour établir si la source est galloise, cornique ou bretonne, si elle a été transmise par écrit ou oralement, et même à quelle époque.

J’ai fait suivre les Triades, en appendice également, des généalogies des chefs gallois de la fin du xe siècle (II), avec un court document sur l’Extraction des hommes du Nord ; la division du pays de Galles en cantrev et en cymmwd (p. 327) ; enfin, les Annales Cambriæ dans leur partie la plus ancienne, qui va jusqu’en 954. Tous ces documents sont d’une sérieuse valeur sur laquelle le lecteur sera renseigné par des notes, et de nature à aider à l’intelligence des romans arthuriens.


  1. À la fin du premier, Pwyll, prince de Dyved, il y a le pluriel : ainsi se termine cette branche des Mabinogion.
  2. Feniarth 14 : la partie qui contient cette version du De Infantia Christi est de la seconde moitié du xive siècle, (Gwenogvryn Evans, Report on mss. in the Welsh Language, vol. I, Part. II, p. 332, 116).
  3. Ibid., p. 305, 309, XIII. Cf. The White Book Mobinogion, p. XXVI.
  4. The text of the Red Book Mabinogion, p. VIII.
  5. Ce sens est donné avec précision dans les Jolo manuscripts, p. 211, collection fort curieuse mais disparate et dont les sources sont fort troubles. D’après ce curieux passage, le barde ayant ses grades officiels, devait prendre avec lui trois disciples (mabinogion, mebinogion). Ils avaient à passer trois degrés avant de devenir bardes à chaire. Les études du mabinog comprenaient : l’étude du gallois (orthographe, syntaxe, formation et dérivation) ; la connaissance de la métrique (allitération consonnantique elvocalique, rime, pieds, strophes, avec des compositions originales) ; l’étude des généalogies, lois, coutumes, histoire. Taliesin se vante de ses connaissances bardiques, qui se rapportent justement à certaines traditions conservées dans nos Mabinogion. Les poètes gallois, au xii-xiiie siècle, se vantent parfois de la pureté de leur langue.
  6. En tête de Branwen : Lbyma yr eil gaine ôr mabinogi, voici la seconde branche du mabinogi (p. 26). En tête de Manawyddan (p. 44) : Hyma y dryded gaine or mabiwogi, voici la troisième branche du mabinogi ; en tête de Math (p. 59) : honn yw y bedwared geine or mabinogi, celle-ci est la quatrième branche du mabinogi.
  7. D’après les Jolo Mss., Blegywryd, archidiacre du Llandav (v. plus bas, p. 73) est le mebydd de ce monastère. Le sens est des plus évidents dans le composé cyn-vebydd, premier ou principal professeur. Les trois cyn-vebydd, d’après une triade (Myss. Arch., p. 409, triade 93) sont : Tydain Tadawen (père de l’inspiration), Mynw Hen et Gwrhir, barde de Teliaw à Llandav. Le surnom de tat-awen dans Nennius (tad-aguen) est donné à Talhaearn.
  8. La revue le Cambre-briton, vol. II, p. 75, contient un index complet de son contenu. Ce manuscrit se compose de 362 folios de parchemin à deux colonnes.
  9. The Text of the Mabinogion and other welsh tales from the Red Book of Hergest. Oxford, 1887. C’est le premier volume de la collection des Old welsh Texts.
  10. Cette bibliothèque a été généreusement donnée récemment par les héritiers de W. R. M. Wynne, à la Bibliothèque nationale galloise d’Aberystwyth.
  11. The White Book mabinogion: welsh Tales and Romances reproduced from Peniarth manuscripts : edited by J. Gwenogvryn Evans Pevllheli, 1907. C’est le volume 7 de la collection des Old welsh Texts.
  12. Du commencement jusqu’à la page 94, ligne 14 du texte publié du Livre Rouge.
  13. Le premier fragment correspond au texte du Livre Rouge, de la page 163, ligne 17, à la page 169, l. 21 ; le second, au texte de la page 184, l. 1, à la page 188, l. 23.
  14. Cf. Livre Rouge, de la page 100, l. 1, à la page 128, l. 11.
  15. Gwenogvryn Evans ; Report on manuscripts in the Welsh Language, vol. I, part II : Peniarth.
  16. Pour Branwen : cf. L. Rouge, p. 36, l. 25, p. 38, l. 18 ; Manawyddan : L. R. p. 49, l. 20, p. 51, l. 10.
  17. Cf. L. Rouge, de la page 280, l. 21, à la page 282, l. 18 ; de la page 294, l. 8, à la fin (p. 295).
  18. Cf. L. Rouge, de la page 261, l. 21, jusqu’à la fin.
  19. M. 71 : cf. L. Rouge, p. 193, l. 18-232, l. 6. — m. 14 : L. R. p. 193, l. 1-202, l. 14.
  20. Sur ces questions de texte, cf. Gwenogvryn Evans. Report ; cf. Préface du White Book Mabinogion. Il est regrettable que l’auteur n’ait pas donné d’une façon explicite, lorsqu’il n’y a pas de date précise, les raisons de sa chronologie.
  21. Cf. miss Mary R. Williams, Essai sur la composition du roman gallois de Peredur. Paris, 1909 : p. 30-37.
  22. e pour y (i bref) devait être fréquent dans l’archétype, ainsi : Peniarth 4, p. 20, donne Wynt pour le pays de Gwent (ar Wynt), tandis que le Livre Rouge a correctement Gwent (ar Went).
  23. J. Loth, L’élégie du Black Book of Chirk (Revue celt., 1911, p. 203).
  24. W pour u voyelle apparaît déjà dans la seconde moitié du xiie siècle. On ne le trouve pas dans les privilèges de l’Église de Llandav ; mais il apparaît dans le texte latin le plus ancien des Lois et le Black Book of Chirk.
  25. Dans la partie la plus ancienne de Peniarth 16 (Hengwrt 54), qui est au début du xiiie siècle et dont la calligraphie est identique à celle du manuscrit de Dingestow Court contenant le Brut Gruff Arthur, on trouve surtout dans les diphtongues ; б est aussi employé encore pour v (Report on welsh mss, n° 11, I, p. 377 ; The Bruts, p. 13, de même dans le mss. Peniarth 17.
  26. J. Loth. La principale source des poèmes des xiie-xiiie siècles dans la Myv. Arch. (Revue celt., XXII, p. 13).
  27. Livre Blanc p. 457; Le Livre Rouge, p. 104, n’a pas : yssydynt genhym. Pour les lecteurs peu familiarisés avec les caractères du vieux gallois, il est nécessaire de savoir qu’en vieux gallois, les occlusives sourdes p t c, les sonores b d (g parfois) m, intervocatiques, sont intactes dans l’écriture, tandis qu’en moyen gallois (plus ou moins régulièrement), p t c évoluent en h d g, et b m en v (d, dans l’écriture, est le plus souvent écrit d), vieux gallois genhim, moyen gall. genhyv (m est intervocalique en vieux celtique).
  28. White Book, Préface, p. XII. La graphie ou du pluriel pour eu se trouve encore à la fin du xie siècle, par exemple dans les quatre vers écrits par Johannes, fils de Sulgen, évêque de Saint-David en 1071-1089 (Archæol. Camb. 1874, p. 340) ; ou dans oulodeu, représenteraient ai, ae moderne. Cette hypothèse soulève plus d’une difficulté ; il me paraît plus probable que oulodeu est à rapprocher de ovlydu, se décomposer.
  29. V. plus loin, traduction et notes critiques au texte. J’ai rectifié le texte des englyn dans ma première traduction : I, p. 331, note à la page 78, I. I7, traduction, p. 148. Cf. J. Loth, Métrique galloise, II, 1re partie, p. 227.
  30. La graphie oi pour ui existe sporadiquement en vieux gallois : loinou, buissons, pour luinou ; toimn pour tuimn, etc. L’u de la diphtongue ou avait un son voisin de u français ou y gallois du xie siècle. Il n’est guère possible à cette date de supposer une forme dialectale analogue à celle qui est en usage près de Carnarvon : deu lo, les deux mains, pour dwy lo.
    On peut, il est vrai, supposer que deu lynn est pour deu glynn et dans le vers suivant, lire : awyr a llynn (pour un plus ancien awyr ac lynn).
  31. Pen. 3 (White Rook : p. 60 a gymerhaf ; 483 ny surha ; 124 a vynhaf ; 482 mwynha ; 122 a vynho ; 141 a blinho ; 151 a talho ; 163 a tynho ; 456 rotho ; 457 ranhwyf ; 135 tra barahei ; 174 mynhei ; 474 a delhei ; 136 kyweirher, etc…
  32. Pen. 4. White Rook : p. 22 rydodet (L. Rouge : a dodet) ; 145 ryderyw L. R. a deryw) ; 158 y ryvum ; rygael (L. R. y deuthum ; kaffael) ; 140 o ryllad (L. R. llad), 143 ar ladassei (L. R. ladassei) ; 474 rywascut (L. R., a wascut) ; 475 ryladawd (L.R. a ladawd), etc.
  33. Il présente (White B., p. 204) les deux intéressantes formes suivantes : ar neb a welhei y vorwyn yn y wisc honno, ef a welei… Peniarth 4 et L. Rouge ont au lieu de a welhei : welsei.
  34. Les proverbes gallois ont souvent conservé des tournures anciennes (il y en a qui remontent sûrement au xiie siècle, malgré des formes orthographiques modernisées). Je relève (Myv. Arch., p. 772-1) : ni elwir cywrain ni gynnydd ; on n’appelle pas habile celui qui ne prospère pas : ni gynnydd au lieu du moderne : ni chynnydd. Le recueil de Welsh Proverbs de H. Vaughan (London, 1809), n° 2560, en a conservé un autre exemple : nid ergyd ni gywirer, ce n’est pas un coup, celui qui n’a pas son effet.
  35. Cawd se trouve peut-être avec une forme en -s- dans le ri-ceus du 2e poème à Juvencus (ixe siècle).
  36. Cf. L, Aneurin, F. a.-B. of Wales, II, p. 97 : noc a dele
  37. Cf. la construction de la copule avec l’attribut en vieil irlandais (Vendryès, Grammaire du vieil irl., 55, 573).
  38. Cf. The Book of Llandav, éd. Rhys-Evans, pp. 247-249.
  39. Sur les vieux poèmes gallois, v. J. Loth, Revue Celtique, XXI, 28, 328 ; XXII, 438 ; XXIII, 203 ; XXVIII, 4. Métrique galloise, passim.
  40. V. plus bas, trad. et notes.
  41. V. trad. et notes : se référer à l’Index.
  42. Ibid., note à Arthur.
  43. V. plus bas, I, Kulhwch.
  44. Le manuscrit de Shirburn 18, de la première moitié du xiiie siècle et les manuscrits de la même classe de la version galloise de Gaufrei la donnent, mais elle manque dans le manuscrit de Dingestow Gourt et ceux de sa classe ; or le manuscrit de Dingestow est au commencement du xiiie siècle (Gwenogvryn Evans, The Bruts. Préface, p. XII-XV). On trouve quelques variantes de Shirburn 18 dans l’édition d’Ifor Williams du Cyfranc Lludd a Llevelis. Bangor, 1910.
  45. D’Arbois de Jubainville, L’épopée celt. en Irlande, pp. 80-149. On peut comparer dans Cuchulain malade (ibid., p. 179), la peinture des femmes d’Ulster et surtout celle de Cuchulainn irrité à celle de personnages grotesques de la cour d’Arthur. (V. plus bas, trad.)
  46. On attendrait Kadarn fils de Nerth, et Erw fils de Llawr.
  47. La parodie proprement dite ne se développe que beaucoup plus tard ; cf. J. Loth, Une parodie des Mabinogion, Revue celt. XIX 308.
  48. Il ne se trouve pas dans l’Yvain de Chrétien de Troyes.
  49. D’Arbois de Jubainville, L’épopée celtique en Irlande, p. 156. Dans le Perlesvaus (Potvin, I, p. 61, 62) Perceval a en mains trois javelots, ce qui est probablement une mauvaise interprétation. La mère de Perceval lui en fait enlever deux parce que ce serait trop gallois, c’est-à-dire barbare. (Voy. t. II, trad. note à Peredur. Cf. J. Loth. « Un trait de l’armement des Celtes », Revue celt., 1910).
  50. Il y a eu des établissements de Gaëls dans l’île de Bretagne, même après l’ère chrétienne, au iiie siècle par exemple ; il y en a eu également et de durables de la part des Brittons en Irlande, (J. Loth, « Bretons insulaires en Irlande » Revue celt., XVIII, 304 ; XXVIII, 417.) Les inscriptions oghamiques de Galles, de Cornawall (on en trouve jusqu’à Silchester), n’ont pas, à mon avis, du tout la signification qu’on leur attribue et n’indiquent nullement une conquête. Sur les rapports des Gaëls et des Brittons, cf. Kuno Meyer, Early relations between Gaël and Brython (y Cymmrodor, 1896). — John Rhys, Archaeolagia cambrensis, 1898 ; Celtic Follkore, p. 541 et suiv.Rev. Celt., XVIII, 344 ; XXXVIII, 417.
  51. Livre de Taliessin, F. a. B. of Wales, II, p. 198.
  52. On trouvera, à ce point de vue, quelques remarques suggestives dans le travail d’Anwyl : The four branches of the Mabinogi (Zeitschrift für celtische Philologie, I, p. 277 ; II, p. 124 ; III, p. 123).
  53. Kulhwch suffit à montrer que la légende arthurienne existait avant Gaufrei. Ce dernier a pétri, taillé à sa guise une matière qu’il n’a pas inventée. Il ne faut pas nier cependant qu’il n’ait commis de véritables faux.
  54. J’emploie français au lieu de normand ou anglo-normand ; c’est plus juste et plus exact ; de plus, les Gallois ignoraient à peu près complètement les Normands et ne connaissaient que les Français.
  55. L’épisode des Nichelungen où Kriemhild reconnaît le meurtrier de Siegfried parce qu’en sa présence le sang a jailli de ses plaies, paraît bien emprunté aux traditions arthuriennes : c’est là un trait qui ne s’est retrouvé jusqu’ici que dans l’Yvain de Chrétien et le Morien néerlandais. (V. plus bas, tome II, Owen). E. Philipot m’apprend que Lachmann déclare l’épisode des Niebelungen postérieur à Hartmann d’Aue, et qu’il y a une preuve de l’existence de la croyance à la cruentation en France. Elle paraît néanmoins populaire surtout en Angleterre et en Écosse (Carew Hazlitt, Dictionary of Faiths and Myth, 2 vol., 1909 : I: Blood-Portents).
  56. Les artistes, parmi lesquels au premier rang les bardes, sont mis sur le même pied que les fils de roi, dans Kulhweh (V. plus bas, trad.). Les bardes du Glamorgan paraissent aussi avoir été particulièrement appréciés. (Ibid. Math.)
  57. Le meilleure édition du Chevalier au Lion et d’Erec et Enide, est celle de M. Foerster, tomes 2 et 3 de son édition compléte des œuvres de Chrétien : Der Lôwenritter (Yvain) von Chrétien von Troyes, herausgegeben von Wendelin Foerster, Halle, 1887. Erec und Enide, Halle, 1890, 2e éd. en 1909.
  58. Perceval le Gallois (Le conte del Graal), édition Potvin, Mans, 1866-1871, 6 volumes : Pertevaux, roman en prose, forme le tome premier. Cf. Le saint Graal, éd. Hucher. Le Mans, 3 vol., 1875-1878.
  59. Sur Chrétien de Troyes, ce qu’on sait de sa vie et ses œuvres, voir surtout Gaston Paris, Journal des Savants, 1902.
  60. Jessie L. Western, Wauchier de Denain as a continuator of Perceval and the Prologue of the Mons ms. (Romania, XXXIII, p. 333).
  61. C’est le manuscrit 12.560, suppl. fr. 210, xiie siècle ; ms. G. de l’édition de Foerster (Der Löwenritter, Einleitung, VIII). Cf. G. Paris, Histoire litt. de la France, XXX, p. 170.
  62. L’édition la plus récente est celle de Bech, Leipzig, 1893.
  63. Edit. par Kölbing (Riddarasögur, 1872). Cf. Ivens saga. Halle, 1898. Cf. Foerster. Der Löwenr, Eint, Cf. XVII-XVIII.
  64. Ueber Sage, Quellen und Kompasilion des Chevalier au Lyon des Crestien de Troyes, Paderborn, 1883. Ce travail mérite l’attention. Pour l’auteur, le noyau du récit est un conte populaire localisé en Bretagne armoricaine. Le sujet est une fontaine qui se venge sur son profanateur. Le châtiment est personnifié plus tard dans le chevalier Ivain. Chrétien a entendu ce récit d’un barde breton, et la version galloise repose sur une forme française du conte breton. Le roman était donc arrêté par les bardes dans ses grandes lignes. Chrétien y a ajouté, il a enrichi le dialogue, introduit les manières courtoises de son temps. Il n’a pas tout compris. (Cf. Brown, Ivain, p. 2).
  65. Die Quellen des Ivain (Zeitschr. f. rom. Phil., XXI, 1897).
  66. Ivain. A Study in the origins of Arthurian romances. (Studies and notes in Phil. and Lit. Harvard Univ., VIII, 1909).
  67. Sur l’origine du chevalier au Lion (Mélanges offerts à Carl Wahlund, 1896, pp. 289-304).
  68. The Fountain defended (Mod. Phil. VII, 14).
  69. Le roman du chevalier un Lion (Annales de Bretagne, VIII, 1892-1893).
  70. Parzival, éd. E. Martin. Halle, 1900. Il a été traduit en anglais par J.-L. Weston (Parzival of Wolfram von Eschenbach. 2 vol., London, 1894.
  71. Ed. J.-O. Halliwell (The Thornton romances, 1844). - J -L. Weston, The Legend of sir Perceval, 2 vol. Grimm Library, vol. XVII et XIX, 1906-1909).
  72. Lanceloet, éd.de Jouckbloet : Perceval, tome I, 36948-42540.
  73. Kölbing, Riddarasögur, I-IV, I.71.
  74. The Legend of the Holy Grail. Folk-Lore Society, XXIII, 1885.
  75. Chrestiens Conte del Graal in seiner Verhällung zum wälschen Peredur and zum englischen sir Perceval (Sitzungsber. d. Königl. bayr. Akad. der Wissensch., 1890. Philos. Hist. Klasse II. Parzival und der Gral, in deutscher Sage des Mittelallers und der Neuzeit, 1908. (Walhalla IV).
  76. Artur und der Graal. Zeitschr. f. r. Ph. XIX, 1895.
  77. The legend of sir Perceval : Studies upon its original scope and signification. London, 1898.
  78. Essai sur la composition du roman gallois de Peredur.(Thèse de doctorat de l’Univ. de Paris). Paris, 1909. Voir les comptes rendus de ce consciencieux travail : Revue Celt., 1910, p. 381. (Anwyl) Annales de Bretagne, 1910, p. 253. (J. Loth) ; Modern Language notes, december 1910 (Nitze).
  79. The Bleeding Lance, 1910 (repr. from the Public. of the mod. lang. Assoc. of America., XXV, I).
  80. Ed. Bech, Leipzig, 1893.
  81. Erec saga, éd. Cederchiöld. Copenhague. 1880.
  82. Ueber Chrestien von Troyes und Hartmann’s. Erec und Enide Germania, VII, 1862).
  83. Das verhältniss von Chrétiens Erec und Enide zu dem Mabinogi des roten Buches von Hergest, « Garaint ab Érbin ›, Köln, 1889 (G. Paris, Romania X et XII : compte rendu).
  84. Hartmann von Ane’s Erek and seine alfr. Quelle. Königsb. Prog. 1893.
  85. Zum Erec (Zeistschr. f. d. Phil. XXVII, 1894).
  86. Un épisode d’Erec et Enide (Romania XXV, 1896).
  87. Étude sur Hartmann d’Aue. Paris (Thèse pour le doctorat), 1898.
  88. Erec-Gereint. Der Chrétiensebe Versroman und das Wälsche Mabinogi. Inaug. Diss. Rostock, 1910. On y trouvera une comparaison minutieuse des deux romans.
  89. Voir par exemple (trad.) dans Peredur, l’épisode du jeu d’échecs.
  90. Gaston Paris, Histoire de la litt. française du moyen âge, éd. de 1890, p. 88 ; Journal des Savants, 1902, p. 304.
  91. Mélusine V, 217-224 ; 241-244 VI 74-75.
  92. Le roman du chevalier au lion (Annales de Bretagne, VIII, p. 56).
  93. Yvain, p. 132, note 3.
  94. C’est au fond l’opinion de Gaston Paris, développée dans divers écrits : Histoire littéraire de la France, XXX, p. 1-270 ; Romania, X, p. 465 et suiv. : XII, p. 459, etc. Cf. Histoire de la littérature française du moyen âge.
  95. Ce serait un souvenir de l’époque même du Gereint historique, roi de Dumnonia, c’est-à-dire du Devon et du Cornwall.
  96. Nitze, The castle of the Grail : an irish analogue (Repr. from. studies in Honour of A. Marshall Elliot, I, p. 39). Nitze démontre que la source des descriptions de Chrétien-Wolfram est celtique mais qu’il a dû y avoir un intermédiaire latin.
  97. Cependant il est d’une grande importance de relever une remarque du narrateur gallois de Geraint, à propos du chevalier accompagné d’un nain discourtois (Voir trad.) : il portait une armure étrangère qui ne laissait pas voir son visage. Voilà un trait qui assurément ne peut être français (Cf. J. Loth. Des nouvelles théories. Rev. celt. XIII, p. 498).
  98. L. Rouge, p. 187, l. 28 ; Livre Blanc, p. 256.
  99. Dans Perlesvaux on a la curieuse étymologie : perd le val. Si Perceval a été compris de même, ce serait une forme picarde : per(d)ce val au lieu de per(d) le val. Le sens de Peredur est inconnu.
  100. Ferd. Lot, Erec (Romania, XXV, p. 588) ; v. plus bas.
  101. On a prétendu que la conception de la chevalerie errante était étrangère aux Celtes. Alfred Nutt a fait remarquer à plusieurs reprises et établi que l’esprit de la chevalerie errante était au contraire dominant dans la littérature de l’ancienne Irlande et entretenu par des institutions tout à fait analogues — dans leur essence, à celles de la chevalerie du moyen-âge. Esprit et institution florissaient sûrement chez les anciens Brittons aussi bien que chez les Irlandais.
  102. Archæol. Cambr., XIX, 3e sér., p. 147. Cf. Stephens, Literature of the Cymry, p. 413.
  103. On trouvera un certain nombre de rapprochements de ce genre dans nos notes. Cf. J. Loth, Rapprochements entre l’épopée irlandaise et les traditions galloises. (Revue celtique, XI, 345.) On peut consulter particulièrement à ce point de vue, outre les ouvrages cités d’Alfred Nutt, Brown, Nitze et d’autres qui seront mentionnés plus bas. les ouvrages suivants de John Rhys : Lectures on the origin and Growth of religion as illustrated by celtic Heathendom, London, 1888 ; Arthurian Legend, Oxford, 1891 ; Celtic Folklore, welsh and manx, 2 vol., Oxford, 1901.
  104. J’ai publié depuis dans la Revue celtique divers articles sur ce sujet (Revue celtique, XXV, 94, 267 ; XXIII, 349 ; v. aussi Romania, XIX, 435 ; XXIX, 121 ; XVIII, 281). J’ai commencé récemment la publication d’une série de Contributions à l’étude des romans de la Table Ronde. Cinq ont paru : I Le drame moral de Tristan et Iseut est-il d’origine celtique ?II. Le bouclier de Tristan. — III. Les noms de Tristan et Iseut. (Revue celtique, XXX, 270 ; ibid., XXXII, 2° et 3° fasc.). — IV. Remarques diverses au Mabiu. — V. Le Cornwall et le Roman de Tristan. Revue Celt. 1912).
  105. Pour les travaux de Gaston Paris, v. plus haut., p 43, note 7 ; p. 51, note 2 ; p. 53. note 1 ; p. 55, note 1. Pour ceux d’É. Philipot, v. p. 48, note 1 ; 56, note 7.
  106. Celtica (Romania, XXIV, 321) — Études sur la provenance du cycle arthurien (ibid., XXIV, 417 ; XXV, 588) Nouvelles théories sur la provenance du cycle arthurien (ibid., XXVII, 529 ; XXVIII, 1, 21 ; XXX, 1) — Nouveaux essais sur la prov. du cycle d’Arthur (ibid., XXVIII, 1). Études sur Merlin, Rennes. 1900.
  107. Le roman de Tristan de Thomas, 2 vol., Paris, 1902.
  108. Le roman de Tristan de Béroul, Paris, 1903.
  109. Les derniers travaux allemands sur la légende du saint Graal (Revue Celt., XII, p. 181). Folklore Journal, II, IV, V etc. The voyage of Bran, son of Febail to the land of Living, an essay upon the irish vision of the happy Other-World and the celtic doctrine of Rebirth, 2 vol., London, 1895-1897.
  110. Welsh traditions in the Layamon’s. Brut (University of Chicago Press) — The round Table before Wace (Studies and notes, VII, p. 189). V. plus haut. p. 48, not. 3 ; p. 49, notes 9 ; 52, note 2 ;
  111. The lay of Guingamor (Harvard studies and notes, IV, 1895. V. 236 — The lays of Graelent and Lanval, and the story of Wayland (repr. from the public. of the modern Lang. Assoc. of America, XV, n° 2). Baltimore, 1900 — Chaucer’s Franklin’s. Tale (ibid., XVI, n° 3). Baltimore, 1901 — English litterature from the Norman Conquest to Chaucer, 1906 — Studies on the Li beaus Desconnens (Harvard studies, IV, 1895).
  112. Arthur and Gorlagon (repr. from the Studies and Notes in Phil. and Liter., VIII). Boston, 1903.
  113. The legend of the holy Grail. Cambridge, man. 1902. King Arthur and the Round Table, 2 vol., 1897). (Je cite à titre de document, les opinions de l’auteur étant insoutenables).
  114. Studies in the fairy mythology of Arthurian Romances, Boston. 1902.
  115. The Legend of sir Perceval, Studies upon its origin. development and position in the Arthurian cycle, 2 vol., London, 1906-1909. — Arthurian Romances unrepresented in Malory ; 4 vol., London, 1898-1902 (I. Sir Gawain and the Green Knight. II. Tristan and Iseult. III. Guingamor, Lanval, Tyolet, the Werewolf. IV. Morien : Tristan et Iseult est traduit de Gottfried de Strasbourg, les 4 lais sont traduits du français ; Morien est traduit du hollandais) — The legend of sir Lancelot du Lac. London, 1901.
  116. Arthurian material in the chronicles (Studies and notes X).
  117. Beziehungen zwischen französ und Kellische litter. in Mittelalter. Zeitschrift für vergl. Litterat. Geschichte, 1890. LII. Parzival und der Grall, München. 1908. V. plus haut., p. 49, note 5.Tristan und Isolde, in der Dichtungen des Mittelutters und der neuen zeit. Leipzig, 1907.
  118. Principalement : Bretonische Elemente in der Arthursage des Gollfried von Monmouth Zeitschr. für franzos. Spr. XII, 1) — Beiträge zur Namenforschung in den allfranzös. Arturepen (ibid., 189). Cf. Göting. gel. Anzeigen (10 juin 189O ; 1er octobre 1890). Nennius vindicatus, Berlin, 1893 (Cf. J. Loth, Revue celt., X. 357 ; XVI, 267).
  119. L’idée de le guérison du roi Pêcheur parla vengeance est profondément celtique. En vieil irlandais, l’idée de payement, acquittement d’une dette est exprimée par le même mot : iccaim signifie : je paye et je guéris ; de même iachau en gallois (Anc. L. I, p. 466).
  120. Hartland, Primitive paternity, 1909, tome I, p. 183.
  121. Sur ces questions, v. J. Loth, Des théorie nouvelles sur l’origine des romans arthuriens. Revue celt., XIII, p. 502-503.
  122. a et b D’après Cligès, Chrétien a fait un voyage en Angleterre. Gaston Paris n’est pas éloigné de croire qu’il en a fait deux. En tout cas, ce n’est pas dans la région où se placent les trois romans qu’il a voyagé. À part deux ou trois exceptions, il ne connait avec précision que le sud-est et les environs de Londres. Cf. G Paris, Journal des Savants, 1902, p.302.
  123. À remarquer que dans Gereint, il est dit que les Français et les Saxons appellent Gniffret, Guvffret Petit, et les Cymry (Gallois) y Brenin vychan, (le petit Roi). V. plus bas ; Cf. J. Loth. Des théories nouvellesRevue celt., XIII, p. 298-301.
  124. Eliduc (Aliduc) est connu de Gaufrei (Historia X, 146) qui le place à Tintagol. La forme Tintaiol (aujourd’hui on prononce Tintadjol), indique une source française ou anglaise.
  125. J. Loth, Cornoviana I. Revue celt., 1911 ; fascicule 3.
  126. J. Loth, Le brittonique en Somerset (Revue celt., XX, 349). Cf. mots latins, p. 17-18, 17, note 3 ; p. 32, note 1.
  127. J’en ai donné des preuves dans mon article : Des nouvelles théories… Revue celt., XIII, p. 485-488 ; cf. Les études celtiques. Revue Intern. de l’Ens. sup., 1911, p. 23. Dans un texte de 960 (B. of Landav, p. 219), deux des fils de Nogui portent des noms saxons : Birtulf et Britilm. Il y avait des esclaves saxonnes chez les Gallois. Riataf (ibid., p. 1857), du temps de l’évêque Berthguin, achète une terre pro XXIIII et saxonica muliere, etc.
  128. À l’appui, Nutt compare le début de la Dame de la Fontaine jusqu’à la fin du récit et Kynon, au début. de Chrétien. Il est certain que la comparaison est tout à l’avantage du conteur gallois. En revanche, il y a un passage charmant dans le Perceval de Chrétien qui manque dans Peredur : c’est la promenade matinale de Peredur adolescent dans la forêt. Cependant nulle part, le sentiment de la nature n’est aussi profond que chez les bardes gallois. D’ailleurs le conteur gallois n’exprime-t-il pas d’un mot ce qu’a développé Chrétien lorsqu’il nous montre ses héros partant dans la jeunesse du jour ?
  129. Silvan Evans, Llythyraeth y Cymry, p. 7.
  130. Literature of the Cymry, p. 408. Stephens, se fondant sur la description exacte, à ce qu’il paraît, de Cardiff dans Gereint et Enid, suppose qu’il était l’auteur du roman ; ce qui est impossible.
  131. Gaston Paris, Hist. litt. de la France, XXX, p. 10.
  132. The Book of Llandav, éd. Gwenogvryn Evans, avec la coopération de John Rhys, Oxford, 1893, p. 247-252 ; 312-352.
  133. Historia, IIL, 19. Ce nom peut être rapproché de celui de Blegywryd, architecte de Llaudav, jurisconsulte et savant éminent, qui fut chargé par Howel Dda, de la rédaction du code de lois qui porte son nom (Ancient Laws and Institutes of Wales, éd. Auneurin Owen, p. I, p.343). La forme du Book of Llandav est Bledecuirit et Bledcuvrit (p. 222, 230) : p. 219. Il est aussi qualifié de famosissimus ille vir Bledcuirit (année 960). La forme plus ancienne serait Bled-cobrit ou Bled-cowrit.
  134. Wauchier de Dennin and Bleheris, Romania, 1905, p. 1011-106.
  135. Sur l’identité de Bledri, v. Revue Celtique, 1911, p.5 et 1912.
  136. Cf. J. Loth, Triades humoristiques, morales et politiques des Gallois, texte et tradition, dans Annales de Bretagne, V, 506, 632.
  137. Iolo manuscrits, a selection of ancient welsh manuscripts, made by the late Edward Williams (Iola Morganwg), with english translation and notes, by his son, Taliesin Williams, Llandovery, 1838.