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Les Mains (Herter-Eymond)

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Les Mains
La Revue du Bien dans la vie et dans l'art, 6e année, N°4, avril 1906, p. 6.

LES MAINS

        Mains troublantes,
        Mains d’amantes,
        Mains d’amour,
        Mains d’un jour,
        Mains divines,
        Mains câlines,
     Mains de vierges, mains d’enfants,
     Mains de braves triomphants ;
     — Main, qui frappe ou main qui tremble —
     Mains !… vous qui, toutes ensemble,
   De la route fleurie ou du sombre ravin,
   Montez dans l’Inconnu sur un signe divin

     Toutes sont là, toutes chéries,
     Voulant caresses, flatteries,
     Cherchant, frôlant, bras étendu,
     Le bonheur toujours attendu.

        Ô toi, menotte rose,
        Chère et fragile chose,
        Doigts souples, caressants,
        Main douce des enfants.

     Petites mains, blanches, menues,
     Doigts tout peureux de l’ingénue,
     Vierges qui passez dans nos rangs
 Vos doigts pieux croisés, dessous un voile blanc ;

        Et vous, douces berceuses,
        Mains des mères heureuses,
 Mères qui nous montrez dans vos bras triomphants
 Avec un grand orgueil de tous petits enfants.

        Mains d’amants, mains de rêve
        Qui faites l’heure brève,
        Ô semeuse de fleurs,
        Semeuse de douleurs,
        Dormeuse de caresse,
        Main qui flatte et qui blesse,
 Vous qui luttez sans trêve, ô doigts bagués de pleurs,
 Contre la rude main du temps et du malheur !

        Mains, toutes de vaillance,
        Mains des soldats de France,
 Mains de fer qui fixez la hampe des drapeaux,
 Doigts brisés dans lesquels triomphent des lambeaux !

 Et vous, filles du Christ, de la Grande Patrie,
 Dont les mains ont tenu toutes les mains meurtries,
 Main de prêtre ou d’apôtre, ô main dont l’ostensoir
 Mêle au grain de l’encens la fleur de notre espoir ;
        Mains vieilles, frémissantes,
 Mains prêtes à l’assaut des dernières tourmentes,
        Doigts tremblants du vieillard
 Qui pressentant le ciel, écartez le brouillard :
Mains d’enfants, mains d’amants, mains de fous, mains de sages
 Vos doigts, faibles ou forts, tournent la même page,
 Menant sans le vouloir la foule des humains
 Vers la lointaine aurore où se joignent les mains.

JEANNE HERTER-EYMOND.