Les Misérables (1908)/Tome 4/Reliquat des Misérables

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Texte établi par Gustave SimonImprimerie Nationale ; Ollendorff (p. 347-366).

RELIQUAT
des
MISÉRABLES.




Ce Reliquat n’a pas de lien direct avec le roman proprement dit ; c’est plutôt, pour la majeure partie, une étude sur la situation politique en 1830-1831, étude qui devrait ouvrir la quatrième partie : Quelques pages d’histoire.

En révisant son œuvre, Victor Hugo a donné une grande extension au portrait de Louis-Philippe, de quelques lignes il a fait un chapitre ; il s’est donc résigné, pour ne pas trop ralentir l’action, à sacrifier une grande partie de son développement historique.

D’autres considérations ont sans doute motivé ce travail d’amputation.

En 1848, quand Victor Hugo écrivait le livre I de la quatrième partie, l’évolution de son esprit, au point de vue politique, n’avait pas encore atteint son apogée ; s’il n’admettait plus le pouvoir absolu, autoritaire, de la monarchie ou de l’empire, il préconisait encore la monarchie pourvu qu’elle fût renouvelée, rajeunie, accessible au progrès, et cela tout en glorifiant la démocratie ; il était encore, comme Marius lui-même, « nuance gris de souris rassurée ».

Cette profession de foi un peu éclectique qui, néanmoins, accusait des tendances plutôt hostiles au principe électif devait, nécessairement, vers 1862, paraître rétrograde à Victor Hugo. Elle porte sa date ; c’est pourquoi Victor Hugo, après avoir essayé de la modifier dans le sens de ses idées nouvelles et définitives, l’écarta à l’époque où il publiait les Misérables et où il avait, depuis treize ans, choisi définitivement sa voie.

En 1848, il l’avoue, son parti n’était pas pris sur la forme sociale définitive ; or c’est à cette époque qu’il écrivait les pages qu’on va lire ; mais après juin 1849, il le déclare dans Actes et Paroles, la clarté se fit dans son esprit ; il devint républicain ; avait-il un grand effort à faire ? La façon dont il juge, dans la deuxième partie de ce Reliquat, le parti républicain nous ferait penser qu’il penchait déjà vers «ce groupe extraordinaire». Révisant son œuvre en exil, il rectifia le commencement de sa quatrième partie selon les idées qu’avait développées en lui 1849, idées qu’il défendit jusqu’à sa mort.

Victor Hugo se serait sans doute servi des fragments suivants pour un livre, resté à l’état de projet et annoncé dans la préface d’Actes et Paroles[1] sous ce titre : « Histoire des révolutions intérieures d’une conscience honnête ».

Dans la même préface, il dit très nettement qu’il a été tout ce qu’a été le siècle : « illogique et probe, légitimiste et voltairien, chrétien littéraire, bonapartiste libéral, socialiste à tâtons dans la royauté… » mais il a raison de le déclarer hautement : il a été de bonne foi toujours et « dans tout ce qu’il a écrit, jamais on ne trouvera une ligne contre la liberté ».

Nous avons divisé la partie politique de ce Reliquat en cinq fragments formés par cinq petits dossiers, se rapportant tous au livre : Quelques pages d’histoire.

Le premier dossier ne portait comme titre que cette date : 1831-1832. Nous y trouvons, tout à fait semblables aux premières pages du livre I (ive partie) deux feuillets, l’un bleu, l’autre blanc, qui paraissent faire partie d’un autre début de ce même livre ; Victor Hugo y met en scène des personnages passés sous silence dans le texte publié, et nous montre l’attitude du parti républicain en face du gouvernement de juillet.

[I]


Le pouvoir fondé en août 1830 était donc en présence de deux faits : au dehors l’Europe défiante, au dedans la nation inquiète. On entendait gronder sourdement les masses, remuées à la fois par le travail extérieur des partis et par le travail intérieur des systèmes, double action qui mène les colères jusqu’à l’émeute et les réformes jusqu’aux révolutions. Situation compliquée et grave qui s’offrait comme une énigme à la tristesse des penseurs.

La royauté tombée laissait derrière elle, comme un temple écroulé qui laisse deux colonnes, deux hommes imposants qui l’avaient soutenue, deux personnages majestueux qui tous deux l’avaient fidèlement et sévèrement aimée, et qui représentaient aux yeux des générations nouvelles, avec une sorte de grandeur idéale, l’un le chevalier, l’autre le bourgeois de l’ancien régime : M. de Chateaubriand et M. Royer-Collard.

La révolution de juillet, cette nouveauté où entrait la France, apparut à ces deux grands vieillards comme la pente profonde et sombre de l’inconnu. Pente fatale avec l’imprévu pour précipice. M. de Chateaubriand s’arrêta court ; M. Royer-Collard conduisit la patrie quelques pas plus loin.

C’était l’ombre en effet qu’on avait devant soi. Il était impossible de reculer. Il n’y avait que deux partis à prendre : s’y précipiter ou y avancer à tâtons. Les prudents disaient :

— Doucement. Il importe d’abord de rassurer l’Europe. L’Europe est accoutumée à voir la France passer d’une révolution à la guerre. Détrompons les rois en ne bougeant pas.

Sans doute le but de la France au dix-neuvième siècle, c’est l’affermissement national, c’est l’établissement continental des grandes idées que la révolution française a dégagées. Ces idées doivent être en Europe comme dans leur cité, en France comme dans leur forteresse.

De là, elles rayonneront sur le monde.

Aujourd’hui on les appelle les idées françaises, dans cent ans on les appellera les idées européennes. Oui, c’est là ce qu’aucune couronne ne doit méconnaître, ce qu’aucune couronne ne doit oublier, en Europe elles sont chez elles. Elles sont là où est la sociabilité humaine. Mais elles n’ont besoin pour vaincre que de la paix et du temps. La guerre avec ses chances peut leur être mauvaise et les retarder. Ce qu’il leur faut, c’est qu’on ne les trouble pas. Pour cela il suffit de faire remarquer aux cabinets européens qu’elles contiennent autant de dangers que de bienfaits ; que, si on les attaque, elles se défendront jusqu’à refaire la barbarie autour d’elles, que, si on les laisse faire, elles feront la civilisation. Car elles sont formidables et pacifiques ; elles découlent de la révolution et de l’évangile ; elles tiennent à la fois de Robespierre et de Jésus.

Restons donc en repos. N’agitons rien, ne provoquons pas, ne remettons aucun point du passé en question. Attendons l’avenir qui est évidemment pour nous, et en attendant, faisons la révolution de juillet bonne personne. D’ailleurs, pas de finances, pas d’arsenaux, pas de flotte, pas d’armée, un contre dix, quelle guerre ferions-nous ?

Les impatients hardis répondaient :

— Quoi ! Après avoir chasse Charles X, après avoir balayé les Bourbons, les vieilleries, l’arbitraire, l’ancien régime, au moment où les peuples pleins de joie et d’enthousiasme ont les yeux sur nous et disent : Voilà la grande France qui recommence les grandes choses, reculer ![2]                     le bât de l’Europe, subir les traités de Vienne, accepter la frontière que nous a faite 1815, ne pas reprendre le Rhin, la Belgique, le Piémont, ne pas rentrer dans nos limites naturelles, ne pas tendre la main à la Pologne, à la Lombardie, à Naples, à l’Espagne et à l’Irlande par-dessus la tête de l’Angleterre, manquer aux espérances des peuples, mentir à notre mission, mettre le drapeau tricolore dans notre poche, respecter le lion de Waterloo, prendre des biais, baisser la voix, mettre les pouces, patienter, fléchir, plier, trembler ! ah !

Faire la révolution de juillet petite, c’est une faute ! faire la France lâche, c’est un crime ! Nous n’avons pas d’armée, mais nous avons les peuples, nous n’avons pas de finances, mais nous avons la révolution. Pour marcher il suffit d’avoir des pieds, il n’est pas nécessaire d’avoir des souliers. La jeune armée d’Italie l’a prouve sous Bonaparte. D’ailleurs les rois sont pris au dépourvu comme nous, autant que nous, plus que nous ! Avançons, ils recaleront. Prenons ce qui est à nous et donnons à tous les peuples ce qui est à eux. Dans tout cela il n’y aura que les rois de dépouillés. Tout le monde gagnera, excepté les couronnes. Nous avons pour nous, à défaut d’armée organisée, une immense force morale, la sympathie universelle, l’enthousiasme, l’espérance, la confiance des nations, l’attente des opprimés. Nous ne serons pas les étrangers, nous serons les libérateurs. La marche sur Rambouillet, recommençons-la, faisons-la sur Milan et sur Vienne. Nous n’avons qu’un pas à faire. Les rois céderont et lâcheront pied. Quoi ! laisser échapper cette occasion de redevenir la grande et fière et puissante France, centre des peuples, foyer des idées, appui des faibles, assez forte pour délivrer l’Europe et assez haute pour la dominer ! Quoi ! les rois sont là tout pâles autour de nous ! Ce sont eux qui tremblent et c’est nous qui avons peur !


Le deuxième fragment, développant les objections que le parti libéral monarchique opposait au parti républicain, est la suite, inédite, de la version écrite en 1848 et dont le commencement se trouve page ii de ce volume.

Pour utiliser ces feuillets qui résumaient ses opinions passées, Victor Hugo en fit guillemeter chaque alinéa en 1860, attribuant ainsi aux «théoriciens de la demi-révolution de 1830 », sous forme de citations, le plaidoyer personnel qu’il avait écrit en 1848. Au milieu du manuscrit, les guillemets, les atténuations même cessent brusquement : Victor Hugo a renoncé définitivement à adapter aux Misérables ce réquisitoire contre la République. Il semble qu’alors il ait pensé à le publier séparément en le présentant au lecteur comme une étude prise sur le vif, écrite au jour le jour, peu après 1830. Voici ce qui justifie cette supposition :

Victor Hugo cite, dans un ajouté en marge, le temps écoulé entre la promulgation des Droits de l’Homme et le moment où il écrit :

Pour qui relit après cinquante-cinq années écoulées

Ceci au moment où ce fragment devait faire partie des Misérables, en 1848, Plus tard Victor Hugo raye le nombre cinquante-cinq et le remplace par : ces trente-sept années.

Cette modification attribuait le texte à l’année 1830.


[II]


En 1830, Charles X tombé, une sorte d’acclamation née de ce grand instinct et de ce grand bon sens que la nécessité développe au cœur des peuples poussa au trône le chef de la famille d’Orléans. Les maisons royales ressemblent à ces figuiers de l’Inde dont chaque rameau en se courbant jusqu’à terre y prend racine et devient un figuier. Chaque branche peut devenir une dynastie. À la seule condition de se courber jusqu’au peuple.

De quelque façon qu’on le considère, Louis-Philippe d’Orléans fut un grand choix du sort. Prince remarquable, homme rare ; préparé à la couronne par les vicissitudes, par l’exil, par l’infortune, même par la misère ; portant la triple empreinte de la vieille race royale qui l’avait produit, de la république révolutionnaire qui l’avait éprouvé, et de la bourgeoisie qui le couronnait. L’heure où l’histoire parle avec son accent vénérable et libre n’a pas sonné pour le roi Louis-Philippe. Le penseur réserve son jugement, salue et passe.

Une fois le serment prêté par le roi à la nation et par la nation au roi, auguste échange de paroles, frisson de deux cœurs qui n’en doivent plus faire qu’un, le pouvoir se constitua. La résistance naquit le lendemain. Peut-être même était-elle née la veille[3].

..........................

Les partis donc commencèrent sur-le-champ à taire la vie dure au gouvernement de juillet. Il dut, né d’hier, combattre aujourd’hui.

De tous les partis qui se dressaient en face du pouvoir nouveau, le parti républicain[4] était le plus redoutable, parce qu’il s’appuyait sur une certaine logique fière qui est ce qu’il y a de plus vivace et de plus profond dans l’homme.

Ce parti, de quelque manière qu’on le jugeât d’ailleurs, avait une grande physionomie. Il était peu nombreux, mais dense, compact, solide, plein d’unité, quoique pénétré d’anarchie[5]. Il pensait comme une foule et marchait comme un homme.

Sincère, loyal, vibrant, habituellement injuste avec un éternel fond d’équité[6] ; indifférent, presque ennemi, aux lettres et aux arts, c’est-à-dire à ce qui fait la puissance la plus durable et la plus humaine des peuples 5 mettant sur la même ligne la probité et l’austérité, ce qui est une erreur, car l’excès est possible à l’austérité et ne l’est pas à la probité ; pas assez indigné des abominables fureurs de 93 ; faisant parfois la faute d’admirer Brutus plus que Caton et Marat plus que Brutus ; faisant aussi l’autre faute non moins grave de se montrer haineux aux supériorités naturelles autant qu’aux supériorités sociales ; fanatique dans le scepticisme universel, farouche au milieu de la douceur des mœurs ; ayant du reste d’admirables instincts et des lueurs magnanimes, profondément épris de toutes les grandeurs collectives de la France, déployant en toute occasion une témérité qui faisait à la fois sa gloire et sa perte ; assez héroïque dans le combat pour faire croire qu’il aurait pu être chevaleresque dans la victoire, le parti républicain faisait dans la nation un groupe extraordinaire.

Nous ne confondons pas avec le vrai et grand parti républicain une minorité imperceptible dans le parti même, qui exagérait les exagérations, faisait de l’horreur à froid, n’aimait dans la révolution que la terreur, et admirait la guillotine. Ce petit parti, dont il ne reste plus de trace aujourd’hui, voulait être formidable et parvint à être ridicule. Il se déclarait enfanté par la montagne ; soit. Nous eûmes la souris[7].

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le pouvoir et la législation ont maîtrisé le parti républicain, mais, nous n’hésitons pas à le dire, nous sommes de ceux qui regrettent que la loi lui ait imposé silence. C’est à notre sens une injustice compliquée d’une maladresse. On ne fait jamais complètement taire une opinion. Si on la comprime du côté de la théorie, elle s’échappe du côté de la polémique. Son raisonnement demeure bâillonné, mais sa colère trouve moyen de prendre la parole[8].

^ici, sommairement, quelques-unes des objections que le parti libéral monarchique, par les voix d’ailleurs sincères de ceux qu’on pourrait appeler les théoriciens de la demi-révolution de 1830, opposait au parti républicain :

« Par suite de ce besoin de traditions qui est dans la nature humaine et que subissent même les partis les plus résolus à rompre avec le passé et les hommes les plus déterminés à ne point avoir d’aïeux, le parti républicain de 1831 s’est replacé sur le terrain de 92, de 93 et de 94, et s’est borné pour toute œuvre à proclamer de nouveau les généralités grandioses de la convention ; entre autres la fameuse déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Or, à notre sens, ce n’est plus la question.

« D’une part, ces grands documents qu’on pourrait appeler les actes héroïques de la pensée révolutionnaire ne sont ni oblitérés ni prescrits ; d’autre part, ils ne sont plus à l’ordre du jour immédiat.

« Ce sont désormais des faits acquis à la philosophie sociale ; les uns comme fondements réels du droit, les autres comme renseignements pour les révolutions futures ; la civilisation est maintenant occupée à élaborer d’autres faits. C’est ce que le parti républicain semble méconnaître.

« Le principal titre de grandeur de la Révolution française, ce qui démontre sa réalité profonde et sa nécessité, c’est qu’elle a stipulé pour l’univers, et que, dans ses déclarations démesurées adressées au genre humain tout entier, elle a paru presque oublier la France. La révolution eut des idées immenses qui dépassaient la frontière ; elle enfanta des principes d’une telle stature qu’ils durent, dès le premier jour, s’appuyer, non sur le génie propre d’une nation, mais sur l’esprit humain tout entier. Elle engendra de tels résultats qu’aucun peuple, si grand qu’il fût, n’eût suffi à les contenir. Elle fut désintéressée, ce fut sa gloire. Elle se dévoua à la propagation des idées pures[9]. Elle n’eut même pas ce grand égoïsme de la nationalité. La révolution d’Angleterre fut une révolution anglaise ; la révolution de France fut une révolution de l’humanité.

« La révolution d’Angleterre fonda une liberté insulaire, une religion insulaire, un schisme insulaire, et ne jeta pas une idée générale au continent. La révolution française mit le feu dès le premier jour à toute la pensée humaine à la fois, et éblouit subitement le monde par l’embrasement magnifique des vérités universelles. Pendant quatre ans tout l’horizon fut en feu.

« Aujourd’hui encore la réverbération de ce prodigieux foyer d’idées, séparé de nous par près d’un demi-siècle et sur lequel est tombée déjà la cendre de quarante[10] années, suffit pour donner à toute la France aux yeux de l’Europe un flamboiement étrange, sinistre pour les uns, sublime pour les autres.

« La révolution anglaise n’était que la réforme ; la révolution française, c’est la liberté.

« La révolution française est une révolution mère. On trouvera des dérivés de cette révolution dans toutes les langues que parlera désormais la pensée des peuples.

« Notre révolution donc, considérée dans son effet moral et dans son résultat philosophique, est une grande modification à la civilisation humaine.

« Au sommet où se place la philosophie de l’histoire, ce qui n’est que local et transitoire dans cette révolution immortelle disparaît, et l’on n’aperçoit même plus deux choses qu’il ne faut pourtant jamais oublier, car l’une est son mérite et l’autre est son crime, le territoire héroïquement défendu, la place publique affreusement ensanglantée.

« Oui, et c’est sur ce point qu’il faut insister, la première révolution étant révolution mère, a eu la signification d’une révolution générale : 93 est l’éruption colossale de toutes les haines, des esclaves contre les maîtres, des petits contre les grands, des pauvres contre les riches, des envieux contre les enviés, des misérables contre les heureux, des opprimés contre les oppresseurs, amoncelées dans la profondeur et l’obscurité des âmes depuis huit siècles. C’est le bouillonnement de l’univers dans le grand cratère français. La convention, quand on considère sa figure formidable et ses proportions monstrueuses, n’apparaît plus à l’esprit comme rassemblée d’un peuple, mais comme le concile violent du genre humain furieux. Les personnes disparaissent devant cette assemblée géante ; il ne reste plus que des idées.

« Cela ne ressemble ni à un sénat, ni à un aréopage, ni à une chambre, ni à un parlement ; cela a d’autres dimensions ; ces hommes effrayants qui s’agitent là dans les ténèbres sont parfois au-dessus, parfois au-dessous de l’humanité, toujours au delà. Les principaux d’entre eux semblent appartenir à cette race fabuleuse de monstres qui étaient en même temps des demi-dieux. La convention est tantôt un panthéon, tantôt un pandœmonium. C’est là, à notre avis, la suprême originalité de cette assemblée unique ; les vrais personnages qui luttent dans cette enceinte et qui s’y prennent corps à corps, ce sont des idées. De ces bancs couverts d’ombre et pleins de tumulte, de ces sièges où s’agitent, bras nus et coiffés du bonnet rouge, des législateurs en sabots, de cette tribune qui semble par moments disparaître dans les nuées et les éclairs, de cette Gironde, de cette Montagne, il sort des abstractions qui s’en dehors à la clarté du ciel, sous les yeux du peuple entier, exterminer d’autres abstractions. Le régicide anglais, c’est la décapitation d’un roi ; le régicide français, c’est la décapitation de la royauté.

« Pour la révolution d’Angleterre, Charles ier était un obstacle ; pour la révolution de France, Louis XVI est un prétexte. On dresse l’échafaud dans les deux cas.

« Seulement, il nous est impossible de ne point faire en passant cette remarque, la convention s’est trompée ; la convention, effarée et comme aveuglée par les fantasmagories vertigineuses qu’elle avait devant les yeux, n’a pas su clairement ni vu distinctement ce qu’elle faisait. De même qu’elle appelait l’anarchie liberté, elle a appelé la royauté tyrannie. En réalité, elle n’a pas plus décapité la royauté qu’elle n’a jugé Louis XVI. Elle a le 21 janvier, le même jour, sur le même échafaud, mis à mort un roi agneau et décapité la tyrannie. En menant à fin l’œuvre fatale du régicide, elle a accompli tout ensemble et mêlé dans la même action une grande et terrible justice et une abominable iniquité ; elle a du même coup châtié quelque chose et assassiné quelqu’un.

« Quant à la royauté, la convention ne lui a fait aucun mal. Un roi est un homme, la tyrannie est un abus ; on peut les tuer. La royauté est un principe comme la liberté elle-même ; or les principes sont immortels, et il n’est pas plus donné à l’anarchie de tuer la royauté qu’à la tyrannie de tuer la liberté.

« Tous les actes de notre révolution, les actes frénétiques comme les actes grandioses, ont cet aspect d’universalité. Tous veulent atteindre à la fois quelque chose chez tous les peuples et chez tous les hommes, soit pour édifier, soit pour détruire. La révolution n’anéantit les individus que pour l’idée qu’ils représentent. On vient de le voir pour Louis XVI ; cela n’est pas moins vrai pour les prêtres et pour les nobles. La massue de septembre écrase la superstition, la guillotine tue la noblesse.

« Jamais rien de local, jamais rien de personnel, dans l’intention du moins. Marat est de bronze, Robespierre est de marbre. L’un est la haine, l’autre est l’envie. Ni l’un ni l’autre ne sont des êtres humains. Ce sont des passions vivantes et faites chair, mais n’ayant ni cœur ni entrailles ; ce sont des esprits terribles qui offrent des exemples aux nations.

« Du reste l’œuvre qu’ils accomplissent est formidable. Eux-mêmes sont promis à l’exemple. Ils ont excédé leur mission, ils ont souillé leur principe, ils seront châtiés. Ils ont décrété la fraternité, puis ils ont décrété l’échafaud, ils ont proclamé la concorde et réalisé la mort ; ils donneront l’exemple de l’expiation. Les hommes de révolutions déroulent une longue chaîne et la font tomber dans l’abîme. À chaque chaînon est liée une victime. Ils regardent dans une sorte de triomphe effrayant la chaîne descendre et toutes ces têtes, l’une après l’autre, s’enfoncer en hurlant dans les ténèbres. Tout à coup, ils poussent un cri terrible, ils se sentent tirer vers la chute, ils s’aperçoivent avec épouvante que c’est à leur pied que le dernier chaînon est attaché. Ils reculent, ils se débattent, il est trop tard, le poids de ce qu’ils ont fait les emporte, toute la chaîne est dans le précipice et les entraîne avec elle.

« Ne rouvrons pas ces temps redoutables.

« Ainsi, dans cette époque offerte par la providence à la contemplation du monde entier, tout, jusqu’à l’expiation, a la dimension titanique[11].

« Ce caractère de généralité colossale, ce caractère de cosmopolitisme propre à la révolution française, n’est nulle part peut-être plus profondément marqué que dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen présentée par Robespierre à la convention. Cette déclaration se développe et se déploie en trente-huit articles, on pourrait dire en trente-huit versets. On y trouve des choses d’une grandeur extraordinaire qui, si elles étaient plus calmes, si elles n’avaient pas je ne sais quel accent irrité et sauvage, sonneraient presque comme des affirmations de la conscience humaine. Ainsi le paragraphe 28 :

» 28. Il y a oppression contre le corps social lorsqu’un seul de ses membres est opprimé. »

» Il y a oppression contre chaque membre du corps social lorsque le corps social est opprimé. »

« Ainsi encore les paragraphes 35, 36, 37, 38 :

» 35. Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entr’aider, selon leur pouvoir, comme les citoyens du même état.

» 36. Celui qui opprime une nation se déclare l’ennemi de toutes.

» 37. Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme doivent être poursuivis partout, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.

» 38. Les rois, les aristocrates, les tyrans quels qu’ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l’univers, qui est la nature.

« Qui ne sent que dans ces hautes paroles toute nationalité s’évanouit ? Ici le sentiment local se dissout complètement dans le sentiment cosmopolite. Dans la politique et dans la vie, les intérêts propres des nations veulent être étudiés de plus près. Pour qui relit, après ces trente-sept années écoulées, le mémorable document initial de la révolution française, ce n’est point l’homme d’état qui parle, c’est le philosophe, c’est le poëte, c’est le penseur, c’est le rêveur. Mérite immense le premier jour d’une révolution, immense défaut le lendemain.

« Car, et c’est là qu’il faut bien en venir, un tel langage, qui est presque génésiaque, convient à l’aurore des mouvements sociaux et populaires ; mais plus tard, ce haut langage manque de propriété, et ne se superpose plus ni aux idées, ni aux hommes, ni aux événements de la seconde période.

« Les révolutions vraies se rapprochent, le premier jour, de l’humanité, le deuxième, de la nationalité.

« Le premier jour, dans cet enivrement qui accompagne la promulgation, et ce qu’on pourrait appeler la découverte des grands principes, les yeux remplis des sombres éblouissements de l’avenir, on peut ne plus rien savoir du passé, nier l’histoire, rompre la tradition, raturer au hasard les anciens titres de tout un peuple, construire à la hâte sur le vieux sol européen, comme si l’on était sur la terre vierge d’Amérique, une république qui ne tient à rien autour d’elle, oublier qu’en Amérique une république ne lutte que contre les sauvages et qu’en Europe elle lutte contre la civilisation ; on peut enfin tout tenter, tout essayer, tout recommencer, tout refaire à neuf, la législation, la constitution, les mœurs, l’état.

« Le deuxième jour on doit se rappeler tout ce qu’on avait oublié le premier, rentrer dans la pratique et dans l’application, étudier la réalité, tenir compte de l’histoire, des faits, des traditions, des nécessités, des habitudes sociales, des préjugés, des mœurs, du bien et du mal, de tout ce qui constitue l’originalité d’un peuple et la forme séculaire d’un empire ; on doit accepter enfin son pays tel qu’il est et en tirer le plus de parti possible.

« Or la révolution de 1830 est le second jour de la révolution de 1789.

« Voilà ce qu’ont le tort d’oublier ceux qui après 1830 promulguent une seconde fois la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

« Ils adorent une forme, morte selon les uns, immortelle selon les autres, mais une forme, au lieu d’étudier et de féconder le fond vivant. Ils refont le second jour l’œuvre du premier. Ils ne sont pas de leur temps.

« Et puis, ce qui importe à la grandeur d’un peuple, ce n’est pas la forme république ou la forme monarchie, c’est l’unité de la nation. En soi, à la seule condition qu’elles se produisent selon leur loi locale et naturelle, la monarchie et la république se valent ; la république est capable de pouvoir, la monarchie est capable de liberté.

« Seulement une fois qu’une nation a trouvé la forme sous laquelle son unité se développe le mieux, il faut qu’elle s’y tienne. La forme républicaine, six siècles de puissance et d’accroissement continus le prouvent, était celle qui convenait à Rome ; le jour où la république romaine est devenue empire romain, c’est-à-dire le jour où elle s’est faite monarchie, sa décadence a commencé. La forme monarchique, huit siècles de puissance et d’accroissement continus le prouvent, est celle qui convient à la France ; le jour où la France se ferait république, il lui arriverait ce qui est arrivé à Rome se faisant monarchie. Elle commettrait, en la retournant, la même faute. Un romain monarchique, un français républicain, c’est le même homme qui se trompe de la même façon.

« La décadence commencerait. Ceci est tellement vrai que, pour n’indiquer en passant qu’une preuve entre mille, le lendemain du jour où la république fut établie, la fédération se déclara. Or qu’est-ce que la fédération ? la première phase du démembrement. Qu’est-ce que le démembrement ? la mort. Jamais la monarchie n’avait eu besoin de se proclamer une et indivisible.

« L’unité d’une nation est un fait de végétation mystérieuse, et résulte du sol, du climat, des circonstances, surtout du génie propre de la nation elle-même, de son espèce, pourrait-on dire.

« Telle nation vient république, telle autre monarchie. Telle nation se forme du groupe de plusieurs unités et pousse forêt comme l’Allemagne, comme l’Italie au moyen-âge, comme la Grèce dans l’antiquité ; telle autre nation naît et grandit dans son isolement, prend tout le terrain ou tout l’espace autour d’elle et devient un grand chêne comme Rome, comme l’Angleterre, comme la France. Quand le fait est produit, il est fatal. N’y touchez pas. L’unité, c’est l’absolu. Vouloir refaire autrement cette forme sociale que Dieu a faite ainsi, ce serait attaquer la vitalité même de cette nation. Il n’y a pas d’orthopédie qui redresse et façonne les peuples à la fantaisie des utopistes. D’une monarchie toute venue on ne peut pas plus faire une république ; et réciproquement, qu’on ne pourrait faire un tilleul d’un orme ou un cèdre d’un sapin.

« Une fois qu’elles sont formées, respectons ces grandes unités monarchiques ou républicaines qui sont la figure même des nations. N’y portons pas la hache par la raison étrange qu’un autre feuillage nous conviendrait mieux.

« Acceptons d’un cœur reconnaissant et pieux l’ombre que nous donne ce grand arbre, ne l’abattons pas. — Ce grand arbre, c’est la patrie.

« Dans tous les cas, que ceux qui avec un esprit élevé, une raison loyale, une volonté droite, une fermeté honnête et généreuse, imaginent de pareilles transformations, en soient avertis ; elles sont impossibles. La France de l’avenir doit se composer des mêmes éléments que la France du passé et la France du présent ; éléments modifiés, mais conservés ; améliorés, mais reconnaissables. La France doit continuer d’adhérer avec elle-même sous peine de n’être plus la France. À la place de cette monarchie, vous voulez une république. Soit. Mais êtes-vous résignés à ceci : ce n’est plus la France. C’est la plantation d’un autre arbre.

« Et puis d’une vieille monarchie de quatorze siècles, cœur, âme, centre, clef de voûte de l’antique continent monarchique européen, faire une toute jeune république soutenue par l’enthousiasme, suspendue dans l’idéal, isolée dans l’azur, quel beau rêve, mais quel rêve !

« En France donc, en admettant qu’au point de vue de la spéculation pure et de l’utopie, la république ait pour elle la logique, la monarchie a pour elle la raison. »




Le troisième fragment est curieux ; si Victor Hugo défend toujours le principe monarchique, néanmoins il repousse la légitimité : « À quoi bon se faire une petite patrie quand on en a une grande ? à quoi bon être de la Vendée quand on est de la France » ; lui, fils d’une vendéenne, il veut une monarchie plus moderne, rajeunie, admettant la souveraineté du peuple, et s’il ne voit dans les formes de gouvernement que « des machines politiques », la démocratie lui apparaît comme le fait éternel parce qu’elle admet toutes les constitutions, pourvu qu’elles soient libérales.


[III]


Avant d’aller plus loin[12], faisons toute réserve, et qu’il soit bien entendu que nous ne contestons ici aucun des inconvénients attachés aux dynasties, à la royauté et aux pouvoirs héréditaires, inconvénients moindres sans doute, mais tout aussi réels que les dangers inhérents aux présidences révocables, aux consulats à vie et aux suprématies électives. Ceci dit une fois pour toutes, nous continuons.

Une nation s’incarne parfaitement dans une dynastie et voici pourquoi : — Ce qui constitue une nation, c’est son unité j or l’unité se compose de deux éléments, l’indivisibilité et la perpétuité. Ces deux éléments, la famille les contient ; on peut dire même absolument qu’elle s’en compose. L’unité d’une famille peut donc se superposer étroitement à l’unité d’une nation, et représenter dans la réalité la plus concrète, évidente à tous les points de vue, soit qu’on l’examine selon la philosophie, soit qu’on l’examine selon l’histoire, l’indivisibilité des peuples par l’individualité royale, et leur perpétuité par l’hérédité. Il est visible qu’ici, et autrement la monarchie est mal comprise, ce sont les familles régnantes qui sont subordonnées aux nations, que les dynasties existent pour le peuple et non le peuple pour elles, et que le jour où elles cessent leurs fonctions, le jour où elles deviennent une gène ou un péril, elles doivent être remplacées, c’est-à-dire retirées de la politique et reléguées dans l’histoire, absolument comme on installe dans un musée des outils qui ont fait leur temps, des machines hors d’usage ou des armures hors de service.

Ceux-là n’ont pas bien étudié la monarchie et son jeu naturel qui proclament et érigent en principe la nécessité de telle ou telle famille royale. Au point de vue de la politique et de la raison, il n’y a de nécessaire que la civilisation pour l’humanité et la nationalité pour le peuple. Ce qui constitue l’homme d’une part, ce qui constitue le citoyen d’autre part, voilà toute la nécessité politique, voilà le fondement, voilà la base. La monarchie se concilie avec tous ces besoins, avec toutes ces nécessités, et c’est pour cela qu’elle est bonne, mais à la condition de certains renouvellements climatériques qui la rajeunissent et qui donnent, quand l’heure est venue, une jeune sève à son vieux tronc.

Sans doute les familles royales veulent être ménagées et gardées, cultivées avec soin, émondées avec respect, touchées avec précaution^ dans l’intérêt de tous il est bon qu’elles durent longtemps ; leur longévité même est une image de la longévité nationale. Mais il ne faut jamais oublier qu’elles ne sont qu’utiles, et que c’est la nation qui est nécessaire. La croyance contraire a été, avant et après 1830, l’erreur de tout un parti, fidèle, brave, convaincu, généreux, chevaleresque, mais qui a compromis la monarchie en l’exagérant. La légitimité est à l’hérédité ce que la superstition est à la religion. Ce parti y a perdu, il s’est amoindri et s’est pour ainsi dire retiré à la fois du siècle et de la nation. Erreur fatale et qui doit surtout faire réfléchir les nouvelles générations du vieux royalisme ! À quoi bon se faire une petite patrie quand on en a une grande ? À quoi bon être de la Vendée quand on est de la France ?

C’est un événement grave, difficile, délicat, redoutable, mais qui se reproduit souvent dans l’histoire, que la greffe d’une dynastie sur une monarchie. Cet événement est nécessairement toujours précédé de l’abattement d’une branche royale, d’autant plus nuisible qu’elle est plus décrépite, d’autant plus vénérable qu’elle est plus vieille. Laissons faire la providence. Dieu est le bûcheron de ces grands coups de cognée.

Comme on peut déjà le pressentir d’après tout ce qui vient d’être dit, la monarchie n’exclut en aucune façon la souveraineté du peuple.

La monarchie, la théocratie, l’oligarchie, la république, ne sont que des formes de nations. Or la souveraineté ne peut être dans la forme. La souveraineté est dans l’unité, en d’autres termes, dans la nation. La souveraineté, c’est l’attribut nécessaire, fatal, essentiel, de l’unité. La liberté pour le citoyen, la souveraineté pour le peuple, c’est le même fait, c’est-à-dire la possession de soi-même. Quand les petites unités sont libres, la grande unité est souveraine ; quand la grande unité est souveraine, les petites unités sont libres ; cela ne saurait être autrement, depuis que l’évangile a émancipé l’intelligence humaine. Désormais la grandeur des états se composera de plus en plus de la dignité des individus. Sparte était une nation souveraine formée de citoyens esclaves ; Sparte n’était possible qu’avant Jésus-Christ.

Disons-le donc, la monarchie, loin d’exclure la souveraineté du peuple, l’admet et s’y appuie. Les dynasties vivent de la communication immédiate de cette souveraineté, et elles sortent du peuple comme d’une racine.

Tout existe dans la nation et se résume dans la dynastie. Ainsi que nous l’avons dit déjà, l’unité de celle-ci figure l’unité de celle-là. L’une rayonne, l’autre reflète. Pouvoir, puissance, autorité, dignité, indépendance, majesté, grandeur, tout vient du peuple et tout retourne au peuple. Les nations sont, les dynasties représentent.

Le roi n’est et ne doit être autre chose que la nation faite homme.

L’état, c’est moi, disait le roi qui a été le plus roi. Le roi est un abrégé utile du pays, une chair qui doit saigner de toutes les blessures faites à la chose publique, un être intelligent et pensif qui doit avoir un immense cœur par lequel passe et repasse soixante-dix fois par minute tout le sang du peuple.

On le voit, l’idée monarchie ne rejette en aucune façon l’idée démocratie. C’est une erreur de confondre comme on le fait souvent ces deux mots, république et démocratie, et de leur donner le même sens. La république est une machine politique, la démocratie est un fait éternel. La république est acceptable ou contestable, bonne ici, mauvaise là, passagère, périssable, possible ou impossible, selon l’heure et selon le lieu ; la démocratie, c’est l’avenir, c’est la réalité d’aujourd’hui, la nécessité de demain, le but de tout gouvernement intelligent, le fond de la politique humaine.

l’œuvre lente, mystérieuse et juste de l’évangile, la construction même de Jésus-Christ. Discuter la démocratie, chicaner la démocratie, barrer le chemin à la démocratie, c’est discuter le rocher qui se minéralisé, chicaner l’astre qui tourne, barrer le chemin à la marée qui arrive. Le peuple s’éclaire absolument comme le vallon, parce que le soleil monte, parce que l’intelligence humaine s’élève. Cette lumière qui se fait, c’est le gouvernement de la démocratie qui commence, car être éclairé, c’est être intelligent, c’est gouverner. Qui redoute la démocratie a peu réfléchi ou voit dans ce mot ce qui n’y est pas. Bouleversement ? démolition ? ruine ? catastrophe ? écroulement ? non. L’avènement de la démocratie n’est pas une chute, c’est une ascension. Le fait démocratique n’est autre chose que le fait social complètement épanoui. La démocratie se concilie et se conciliera avec la hiérarchie et avec l’hérédité, hérédité du pouvoir, hérédité de l’illustration, hérédité de la propriété, hérédité politique, hérédité sociale, parce que la hiérarchie et l’hérédité sont invinciblement dans la nature comme la démocratie elle-même, et que le propre des grands faits éternels de la nature, c’est de vivre en bon voisinage et de s’admettre les uns les autres. La démocratie peut circuler au dedans de toutes les formes politiques et les féconder et les nourrir comme la sève nourrit et féconde toutes les végétations.

Il faut donc distinguer et distinguer profondément entre l’idée république et l’idée démocratie. Il y a des républiques despotiques, il y a des monarchies démocratiques.

Terminons par une considération qui ne sera comprise aujourd’hui peut-être que d’un petit nombre d’esprits, mais qui résulte pour nous de la contemplation assidue des linéaments confus de l’avenir.

Tout marche à l’unité de l’Europe, chemins de fer, suppression des douanes, mélanges des peuples, circulation des idées, croisement des nationalités. La fusion de l’Europe dans l’esprit français, voilà l’avenir évident, l’avenir désirable. C’est-à-dire plus de chocs de nations, plus de sang versé, un tribunal d’amphictyons, les querelles des peuples jugées et leurs haines conciliées, les luttes de l’esprit remplaçant les luttes de la force, la paix inébranlable substituée à l’antique guerre inextinguible. Qui ne sent que la France république, ravivant toutes les animosités et toutes les défiances européennes, retarderait cet avenir, et que la France monarchie y aidera ? Or, nous le demandons aux républicains eux-mêmes, quel est le plus beau résultat pour la révolution française, d’aboutir à la république en France, ou d’aboutir à la fraternité en Europe ?

Pour résumer dans un dernier mot notre pensée entière, l’avenir des sociétés n’est dans aucune forme politique, il n’est ni dans la royauté, ni dans la présidence élective, il est dans la démocratie, qui, bien comprise, admet toutes les formes sociales, toutes les constitutions pourvu qu’elles soient libérales, et n’exclut pas plus la monarchie que la république. La démocratie est le complet développement, aidé et garanti par l’état, de toutes les facultés de chacun ; à chaque intelligence toute la place que son envergure réclame, voilà la vraie égalité. Le jour où la sphère d’action de l’un pénètre et trouble la sphère d’action de l’autre, le despotisme paraît et l’oppression commence. Le progrès définitif de la civilisation humaine est dans la combinaison intelligente et providentielle de ces deux axiomes également évidents et qui ne se contredisent qu’en apparence :

Tous les hommes sont égaux.
Tous les hommes sont inégaux.



Le quatrième fragment offre un tableau comparatif de la souveraineté des trois pouvoirs : la royauté, la chambre des pairs, la chambre des députés.


[IV]


À parler absolument, la souveraineté, c’est la solitude. Dieu est seul.

C’est là l’idéal de la vieille monarchie. Partout où elle est pure, absolue, divine, le prince est seul. Solitude double ; seul dans sa puissance, seul dans son palais. Ainsi tous les antiques souverains de l’Asie, le lama, le mogol, l’empereur de la Chine. Ainsi en Europe, le sultan, le pape, et le roi d’Espagne, cette espèce de calife catholique, ce prince plutôt oriental qu’européen, presque africain par les mœurs, presque asiatique par l’étiquette.

De la solitude naissent, en théorie du moins, l’inviolabilité et l’irresponsabilité. Ces trois éléments composent essentiellement et constituent politiquement la souveraineté.

De ces trois éléments l’idée moderne de monarchie n’a admis que les deux derniers. Elle a substitué à la solitude le partage.

Voici de quelle façon :

L’ancienne monarchie prenait pour point de départ la famille ; la nouvelle prend pour point de départ la nation. L’ancienne reposait sur la souveraineté du père ; la nouvelle proclame la souveraineté du peuple.

Or trois choses… — ce nombre trois est au fond de tout ; Dieu lui-même se décompose en trois. — Je reprends :

Trois choses constituent un peuple : son unité, qui fait qu’il est lui-même et non un autre ; sa forme, qui se complique nécessairement de haut et de bas et qui fait qu’il a des sommets toujours lumineux ; sa vie enfin, c’est-à-dire le mouvement de ses idées, la lutte de ses passions, la circulation de ses intérêts.

Dans la monarchie moderne, l’unité de la nation est représentée par le roi héréditaire ; la forme de l’état, par la pairie, qui devrait être aussi partout héréditaire, et qui se compose de tous les sommets ; la vie du peuple, c’est-à-dire ses idées, ses passions, ses intérêts, par la chambre des députés ou des communes. Trois faits, trois droits, trois pouvoirs.

Chacun de ces trois pouvoirs a sa part de souveraineté, part inégale comme la fonction.

La royauté est souveraine ; elle est inviolable et irresponsable. Le roi se confond absolument avec la royauté. Son inviolabilité et son irresponsabilité le placent dans tous les cas au-dessus de la loi. En cas même de délit ou de crime personnel qui serait commis par lui comme homme, la loi ignore et nie, et ne l’atteint pas. Le roi ne peut commettre ni crime, ni délit.

La chambre des pairs est souveraine 5 elle est inviolable et irresponsable. Le pair, inviolable et irresponsable, est politiquement souverain. Il se confond avec la chambre ; seulement, il peut commettre des crimes et des délits 3 alors son inviolabilité et son irresponsabilité cessent. La loi le saisit, et la chambre se sépare de lui pour le juger.

La chambre des députés est souveraine ; elle est inviolable et irresponsable ; mais le député ne se confond pas avec elle. Il n’est inviolable que six semaines avant et six semaines après la session ; pour tous ses actes personnels, il relève de la loi pénale et de la juridiction commune ; enfin il peut cesser d’être député, et alors la chambre ne le connaît plus.

Je viens de le dire, la chambre des députés représente la vie, de là sa physionomie variable, multiple, mobile, tumultueuse. C’est là un rôle immense ; mais qu’on ne l’oublie pas, les deux autres pouvoirs n’ont pas une fonction moins nécessaire. Se représente-t-on la vie sans la forme, et la forme sans l’unité ?



Le cinquième fragment porte sur la doctrine du parti républicain et le principe électif. Victor Hugo reconnaît l’excellence de ce principe ; à ce titre le gouvernement républicain serait pour lui le meilleur si l’élection était dégagée de toutes les intrigues soustraite aux calomnies, affranchie des corruptions, et il conclut que l’hérédité et l’élection ayant leurs vices et leurs avantages, on peut admettre les deux modes ; c’est ce qui le conduit à adopter le gouvernement parlementaire.


[V]


Le parti républicain, confondant la souveraineté du peuple avec le principe électif, revendiquait le principe électif et repoussait le principe héréditaire. Quelques mots sur l’élection.

[13]Si l’élection était absolument bonne, c’est-à-dire infaillible, le gouvernement qui résulterait de l’élection à tous ses degrés depuis la base jusqu’au sommet, en d’autres termes le gouvernement républicain serait le meilleur de tous.

Or l’élection est-elle infaillible ? la théorie voudrait bien dire oui, mais l’expérience dit non.

L’expérience a prouvé que l’élection se trompe et a souvent la main malheureuse. Regardez : quel mode d’élection voulez-vous ? est-ce l’élection de bas en haut ? elle fonctionne dans les collèges électoraux et elle produit la chambre des députés. Êtes-vous satisfaits ? non. Est-ce l’élection à niveau ? elle fonctionne à l’Institut et produit les académiciens. Êtes-vous contents ? Pas davantage. Appelez pour remplacer l’Institut tous les lettrés indistinctement, les petits et les grands, les obscurs et les illustres, tous, depuis le dernier vaudevilliste qui aura sa voix jusqu’à Molière qui n’aura que la sienne ; mettez à la place des collèges électoraux le peuple tout entier, les bons et les mauvais, les savants et les ignorants, les travailleurs et les penseurs, les oisifs opulents et les fainéants déguenillés, les indigents et les riches, les maîtres et les ouvriers, tous, depuis votre portier, membre du souverain, jusqu’à Napoléon, membre de la foule ; ce changement fait, quel est le résultat ? l’élection meilleure ? non. Nous sommes de ceux qui se bornent à croire qu’elle ne sera pas pire. Dans tous les cas, l’élection sera telle quelle ; et, vu l’infirmité des choses humaines, si l’élection est passable, le résultat sera admirable.

Quel que soit le procédé, quel que soit le mécanisme, qui dit élection dit mise en jeu de toutes les intrigues, passions éveillées, calomnies aiguisées, coalition des médiocrités contre le talent, intimidation possible du faible par le fort, corruption probable du pauvre par le riche, exploitation certaine des simples par les habiles, l’intérêt personnel écouté, l’intérêt général oublié, troubles, nuages et visions devant les meilleurs yeux, convocation à jour fixe de toutes les malveillances, de toutes les jalousies, de toutes les ambitions, de toutes les prétentions, de toutes les vanités pour le service de la justice et de la vérité. Le principe électif a donc ses vices comme le principe héréditaire. L’un est incertain comme le hasard, l’autre est imparfait comme l’homme. D’excellence, point ; ni d’un côté ni de l’autre.

Ajoutons ceci qui semble bizarre au premier coup d’œil et qui est vrai à beaucoup d’égards, c’est que lorsqu’il s’agit de la désignation du chef suprême, l’hérédité est moins blessante pour la dignité humaine que l’élection. En effet, voyez : l’hérédité fait de cet homme le roi ; pourquoi ? parce qu’il s’appelle Bourbon, Bragance, Brunswick ou Orléans. Rien de plus. Ce n’est que la constatation d’un fait ; cela ne met moralement personne au-dessous du roi ; cela le réduit à l’état de principe, et maintient à tous les esprits supérieurs au sien, à toutes les vertus plus hautes que la sienne, le droit de saisir le pouvoir et de gouverner, lui présent. Dieu aidant ; car dans les monarchies constitutionnelles, il ne faut jamais l’oublier, le chef suprême est un chef nominal. L’hérédité, on le voit, laisse la suprématie réelle au concours, permet aux idées, aux lettres, aux conjonctures, de produire le véritable gouvernant, et par conséquent ne froisse en rien la fierté du citoyen. Elle se borne, nous le répétons, à dire : celui-ci s’appelle Bourbon, ou Orléans. Voyez l’élection, au contraire : l’élection fait de cet homme le président de la république, le chef de l’état, chef effectif cette fois et non plus simplement nominal. Pourquoi ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que cet homme est le plus capable, le plus honnête, le plus intelligent, le meilleur. L’élection affirme cela ou elle n’affirme rien. Or l’élection peut se tromper, et souvent elle se trompe. Quelle injure pour tous ceux qui sont vraiment meilleurs que le meilleur officiel, plus grands que le plus grand proclamé ! Quel affront pour la dignité de tous que cette exaltation d’une indignité !

Indignité à laquelle il faudra obéir, car la république non moins que la monarchie veut qu’on obéisse. S’en tirera-t-on comme aux États-Unis par l’obéissance sans le respect ? Chétive réaction, puérile vengeance de toutes les minutes contre la suprématie qu’on a faite. Mauvaise grâce risible de l’égalité bourrue et morose devant l’autorité qui vient d’elle. En outre sortez de ceci : ou le chef de l’état est digne de son élection, et alors il mérite le respect ; ou il est indigne de son élection, et alors il ne mérite pas l’obéissance.

En somme, il ne faut rejeter ni le principe électif, ni le principe héréditaire. Tous les deux ont leur racine dans le cœur même de l’homme, et les inconvénients de l’un et de l’autre ont cela de particulier que dans la plupart des cas ils se neutralisent en se combinant. Pour que tous les besoins et tous les instincts de l’homme civilisé soient satisfaits, il faut de l’élection et de l’hérédité dans l’état. Le gouvernement parlementaire remplit ce double objet.



Nous avons extrait des notes séparées ces quelques fragments, ébauches du portrait définitif de Louis-Philippe.

Les Misérables.

Louis-Philippe.

Quand on est, comme l’auteur de ce livre, hors de tout à jamais, on se sent au-dessus des interprétations et des conjectures, et l’on dit simplement ce qu’on a à dire. Au moment de la vie où est arrivé celui qui écrit ces lignes, le siècle présent lui apparaît presque comme lointain, et, dans ce qui éclaire cette époque à ses yeux, il y a déjà de la lumière du tombeau. Nous parlerons donc du roi Louis-Philippe avec l’accent de l’histoire et sans plus de gène que si nous parlions de Henri IV ou de Louis XII.

(Ici le Portrait. Critique mêlée d’éloge. L’éloge prévaut.)

Finir ainsi :

..........................

L.-P. devant l’histoire n’aura contre lui que deux choses : Premièrement l’objection radicale qu’on peut faire à tous les rois, et à laquelle se rattachent tous les faits du gouvernement intérieur et personnel reprochés à son règne ; deuxièmement, faute impardonnable, il ne connut pas assez la force de la France ; il fut modeste vis-à-vis de l’étranger.



C’était un roi à fond républicain.



L-P.

Les morts n’ont pas de complaisants. D’ailleurs ceux qui, comme l’auteur de ce livre, sont à jamais hors de tout, et n’attendent rien de la vie, auraient le droit de flatter une tombe.

Celui qui écrit ces lignes peut dire de ce roi le mot de Tacite : Nec beneficio, nec injuria ; il ne m’est connu ni par le bienfait, ni par le grief, car il ne saurait prendre au sérieux cette bizarre théorie, un moment soutenue par les passions du parti comme expédient de polémique, que des fonctions constitutionnelles et non salariées, conférées selon la loi par le roi à un citoyen, puissent, à quelque point de vue qu’on se place, être un service rendu par le roi au citoyen et une dette à payer. Lui-même, Louis-Philippe, dans sa probité constitutionnelle, eût été stupéfait si on lui fût venu dire qu’il était le bienfaiteur des pairs nommés par lui, et que la pairie était un bienfait obligeant le pair envers le roi, et non un devoir enchaînant le législateur au pays.



L.-P.

Comme Titus qui a sa souillure : Jérusalem saccagée, comme Trajan qui a la sienne : les chrétiens livrés aux bêtes, comme Henri IV qui a la sienne : les dix héros du pont de Charenton pendus, Louis-Philippe a sa tache : Blaye. Il y a un moment où pour l’œil de l’histoire, la main de Louis-Philippe touche la main de Deutz. C’est triste.



Ne faisons pas de mauvaises actions qui suivraient notre mémoire. Il est inutile de laisser derrière nous ces chiens pour aboyer contre la pierre de nos tombeaux. Croyez-moi, hommes, que ces hautes leçons de l’histoire nous servent. Être homme historique si l’on peut. Etre honnête homme toujours.



Enfin nous trouvons dans le dossier des Notes de travail plusieurs ébauches d’un plan inutilisé, d’après lequel les Amis de l’A B C, Enjolras en tête, réunis pour arrêter leurs dernières dispositions en vue de l’émeute prochaine, se rencontreraient, dans une carrière abandonnée, avec les bandits déjà présentés au livre : Patron-Minette.

Dans une note, datée du 1er octobre 1860, une ligne non rayée mentionnait la scène de la carrière ; c’est cette scène que nous allons essayer de reconstituer d’après les divers fragments retrouvés :

LA CARRIÈRE.

À l’ouverture d’en haut, par où, selon l’heure et la saison, passaient le soleil et la pluie, correspondait sur le sol un large cercle mouillé, mare en hiver, boue en été. Un jour de crypte tombait de cette crevasse dans la carrière. Au bout de quelques instants l’œil s’y faisait, et l’on finissait par distinguer les linéaments des rues souterraines, les gravois de la brèche intercalés çà et là par bandes horizontales dans la roche calcaire et les plissements lépreux de la pierre au plafond des galeries ; dans ce crépuscule, ces voûtes rugueuses ressemblaient à des ventres d’éléphants dont les pieds faisaient les piliers. À voir tous ces pieds monstrueux, immobiles dans l’ombre, on eût pu se croire sous un gigantesque troupeau de mastodontes pétrifiés.

Comme E.[14] achevait de parler, des faces vagues apparurent au fond de la pénombre. On entendit comme un bruit de pieds nus dans la boue. Les jeunes gens se retournèrent. Un nouvel auditoire faisait son entrée. Auditoire inattendu. Dans la partie la plus ténébreuse de la carrière, des yeux brillaient, quelques-uns ronds et phosphorescents ; des têtes étranges se mouvaient dans la lividité terreuse du souterrain ; plusieurs bâillaient comme si elles venaient de sortir du sommeil. Un demi-cercle de masques farouches s’ébaucha confusément dans la brume. Ces faces regardaient et approchaient. Cela était probablement des hommes.

— Qui êtes-vous ? demanda Enjolras.

Une voix, dans laquelle un agent de police eût reconnu l’accent assez correct de Babet, répondit :

— Nous sommes des protestants comme vous.

— Autrement que nous, dit Combeferre.

— Nous sommes vos amis et vos frères.

— Nos frères, oui ; nos amis, non, dit Enjolras.

Il y eut un silence.

Enjolras reprit :

— Je vois qui vous êtes.

— Nous sommes des voleurs, cria une autre voix, celle de Gueulemer.

— Vous êtes la maladie sociale, répliqua Enjolras. Nous voulons vous guérir. Nous vous avons vus. C’est bien. Allez-vous-en.

La voix qui avait parlé la première interpella de nouveau Enjolras.

— Citoyen, nous étions là. Nous vous avons entendu. Ce que vous avez dit est bien. Nous sommes, comme vous, les ennemis de ce qui existe. S’il y a quelque chose, si l’on remue les pavés, comptez sur nous.

Enjolras répondit :

— Vous êtes des victimes. Vous êtes les produits douloureux de la misère. Pas de misère, pas de vol ; pas d’abrutissement, pas de crime. Nous voulons une société nouvelle où il n’y aura plus d’hommes comme vous. Nous voulons que ces hommes comme vous soient pansés comme des blessés et non tués comme des ennemis. Nous voulons une patrie si heureuse que vous redeveniez honnête. Nous voulons vous sauver. Nous nous sentons émus jusqu’au fond des entrailles par votre malheur. Nous vous plaignons, nous pleurons sur vous, nous travaillons pour vous.

— Bravo ! cria le groupe sombre.

— Merci, dit celui qui semblait le chef.

— Maintenant, reprit Enjolras, j’ai une chose à vous dire. Si l’un de vous vient dans ma barricade, je le fais fusiller.

On se sépara. Les jeunes gens remontèrent au jour et ces hommes rentrèrent dans la nuit.


  1. Le Droit et la Loi.
  2. Mot surchargé, illisible.
  3. Le texte continue, presque identique le reste à la version publiée, jusqu’à : Les erreurs sont d’excellents projectiles. (Voir page 20.)
  4. À partir d’ici nous ne possédons que deux feuillets originaux sur quatorze dont se compose la seconde partie du Reliquat. Pour le reste nous n’avons qu’une copie, corrigée et quelquefois augmentée en marge par Victor Hugo, annotée au crayon souvent. Nous décrirons au fur et à mesure les particularités de ce fragment du Reliquat.
  5. Note en regard : Dire les fractions.
  6. Note en regard : Parti Carrel.
  7. Ce dernier alinéa est de la main de Victor Hugo
  8. Ici deux pages écrites par Victor Hugo en exil reproduisent la copie faite en 1848. Les « objections du parti libéral » sont seulement guillemetées.
  9. Ici la copie reprend.
  10. Texte primitif : soixante années.
  11. Ces trois derniers alinéas ont été écrits, en marge de la copie, de la main de Victor Hugo.
  12. À partir d’ici le texte n’est plus guillemeté sur le manuscrit.
  13. À partir d’ici commence la copie annotée par Victor Hugo.
  14. Enjolras.