Les Mystères de Saint-Pétersbourg/Épilogue/VI
VI
SOUS TERRE
Il est bon d’expliquer comment un pareil évènement avait pu se produire dans la cabane de Darius.
Deux jours auparavant, comme sept heures allaient sonner à l’église de l’Ascension, un jeune homme et une jeune fille suivaient lestement la longue avenue bordée d’arbres qui se déroulent entre la ville de Kronstadt et les forts qui défendent, du côté sud, l’entrée du golfe de Finlande.
Après avoir dit quelques mots à l’oreille de sa compagne qui s’adossa contre un arbre comme quelqu’un résigné à attendre, le jeune garçon passa devant la sentinelle en chantonnant, de l’air le plus insouciant du monde, et continua de longer le fort jusqu’à l’endroit où la muraille, faisant un coude brusque, descendait en serpentant vers la mer.
Arrivé là, il jeta un coup d’œil en arrière, tourna à gauche, et, longeant toujours le fort, il atteignit bientôt une sorte de cul-de-sac étroit et sans issue, qui était comme une coupure dans la masse de pierres, et s’y engagea sans hésitation.
Cependant le chemin se rétrécissait de plus en plus, et, en contemplant ces hautes murailles sans ouverture, on se serait demandé avec étonnement ce qu’allait faire là cet étrange promeneur.
Mais, tout à coup, le jeune homme s’arrêta. S’étant assuré que personne ne pouvait le voir, il se baissa vivement, écarta les hautes herbes qui croissaient en cet endroit, et découvrit un soupirail garni de barreaux de fer.
Puis, s’étant accroupi sur le sol, il approcha son visage de l’ouverture et fit entendre un petit susurrement assez semblable au babil d’un oiseau.
Presque aussitôt la tête d’un homme apparut de l’autre côté des barreaux.
— Oh ! monsieur Tiépolo, j’ai cru que vous ne viendriez pas, dit d’une voix tremblante d’émotion l’homme qui était à l’intérieur, voilà une demi-heure que je vous attends.
— Que voulez-vous, capitaine, le débarquement a été dur. Il ne fallait pas éveiller les soupçons, et quinze hommes ne se dissimulent pas comme un billet doux.
— Êtes-vous bien sûr qu’on ne vous a pas vu ? Il fait encore jour…
— Soyez tranquille, dit Tiépolo, j’ai pris toutes mes précautions.
Puis il ajouta plus bas :
— Tout est-il prêt ?
— Oui, dit celui que Tiépolo avait appelé capitaine, j’ai fait ce que vous m’avez demandé.
— Le passage sera-t-il assez large ?
— Tous les barreaux sont sciés et cette pierre est descellée.
— À merveille !
— J’ai dû travailler toute la nuit.
— Bon. Avez-vous les doubles clés de la poudrière.
— Les voici.
— Parfait. Le maître sera content de vous. Je vais vous remettre les cent mille roubles qui vous ont été promis. Quant à votre future position, vous pouvez compter sur la reconnaissance de celui qu’on acclamera bientôt.
— Que Dieu le protège !
— Et maintenant, capitaine, achevez votre ouvrage. Enlevez ces barreaux ; il me tarde de voir le passage libre.
— Bah ! ce ne sera pas long, voyez.
En effet, d’un vigoureux effort, le capitaine arracha la grille qui n’était plus retenue que sur un point, puis, introduisant l’extrémité d’une pince dans l’interstice de la muraille, il fit tomber une pierre qui avait déjà été fortement ébranlée.
L’ouverture était suffisante pour livrer passage à un homme.
Alors, tendant une liasse de billets de banque à l’officier, Tiépolo dit :
— Voici l’argent, capitaine, le poste que vous ambitionnez ne se fera pas attendre. À présent, je vais vous envoyer les hommes, recevez-lez.
Après avoir dit ces mots, Tiépolo revint sur ses pas et, parvenu à l’angle de la forteresse, il s’assit sur une borne.
De cet endroit, d’où il dominait la longue avenue, il pouvait aussi, rien qu’en tournant la tête, plonger son regard jusqu’au fond de l’impasse qu’il venait de quitter.
Dès qu’il fut installé, le jeune homme tira un mouchoir de sa poche et se le passa sur le front, en l’agitant peut-être un peu plus qu’il n’était nécessaire.
Presque aussitôt la jeune fille qui était adossée contre le mur, à deux ou trois cents mètres de là, tira également son mouchoir et répéta le même geste.
Alors il se passa une chose étrange. Depuis quelques temps, un homme, vêtu d’une houppelande brune, se promenait à pas lents, dans la petite rue qui débouche devant l’entrée principale du fort Constantin.
Au geste, que fit la jeune fille, cet homme traversa l’avenue, et, toujours avec la même lenteur, il longea la forteresse.
Lorsqu’il fut arrivé auprès de Tiépolo, ce dernier prononça rapidement ces mots :
— À gauche, au fond du cul-de-sac !
Sans avoir paru l’entendre, l’homme à la houppelande se dirigea cependant vers l’endroit indiqué.
Un instant après il avait disparu. Tiépolo agita son mouchoir.
La jeune fille l’imita.
De nouveau, un homme, vêtu comme le premier, traversa l’avenue et disparut à son tour.
Ce manège se répéta quinze fois.
Lorsque le quinzième individu se fut comme évanoui dans la muraille géante, le jeune homme et la jeune fille se levèrent enfin et, protégés par la nuit qui était venue, ils s’enfoncèrent dans le cul-de-sac.
Quelques minutes plus tard, guidés par le capitaine qui les avait introduits, ces singuliers visiteurs suivaient un long couloir souterrain. À la lueur des torches qui mettaient des lueurs rouges sur les murs humides, la petite troupe avançait silencieusement, glissant sur le sol visqueux et faisant fuir des bandes de gros rats.
Au bout de vingt minutes, le capitaine s’arrêta.
— Nous sommes arrivés, dit-il. Voici la poudrière, dont je vous ai remis les clés, et le lieu où nous sommes est la galerie dont je vous ai parlé. Vous trouverez là tous les outils et les instruments dont vous pouvez avoir besoin. De plus, je vous garantis que vous n’avez à craindre aucune surprise. Maintenant, c’est à vous d’agir.
— Bien, dit Tiépolo, vous avez tenu votre parole jusqu’au bout, capitaine, merci.
Puis, se tournant vers les hommes en houppelande, il dit à l’un d’eux qui était déjà occupé à prendre des mesures sur un plan de la forteresse qu’il tenait déplié contre le mur.
— Frère Jean, c’est désormais à vous de commander ici, en qualité d’ingénieur. Voici les ordres écrits du maître :
« Pénétrez dans le fort Constantin et préparez tout, dans la poudrière, de façon à faire sauter le fort au premier signal.
» Percez une galerie souterraine depuis le fort jusqu’à la mer.
» Cette galerie devra aboutir à l’endroit précis, de la jetée, où a lieu l’embarquement des hauts personnages, les jours de revue. »
— Compris, dit frère Jean qui, ainsi qu’on l’a deviné, était un moine du couvent de Saint-Séverin.
— Vous, frère Urbain, reprit Tiépolo, vous vous entendrez avec le capitaine, au sujet des vivres.
Puis, s’adressant à tous, Tiépolo continua :
— Et maintenant, mes amis, préparez les pelles et les pioches : la tâche est pénible, mais la récompense sera magnifique. À l’œuvre !
— À l’œuvre ! crièrent tous les hommes parmi lesquels Gog, le géant, et Magog, le nain, se firent remarquer par la puissance de leurs voix.
Une heure après, sur les indications du frère Jean qui avait achevé de prendre ses mesures, les quinze hommes aux houppelandes brunes commencèrent à percer l’épaisse maçonnerie sur laquelle reposaient les casemates dont on aperçoit les meurtrières, au bas des remparts, du côté de la mer.
Ce percement nécessita de longs efforts.
Mais une fois ce résultat obtenu, les farouches mineurs rencontrèrent un terrain sablonneux qui offrait peu de résistance, et l’ouvrage avança désormais avec une grande rapidité.
Et c’était un spectacle bizarre et effrayant tout à la fois que celui de ces hommes sombres, s’enfonçant toujours plus avant dans les entrailles de la terre et s’agitant sans bruit, ainsi que des fantômes, à la lueur fantastique des torches fumantes.
Le frère Jean, Tiépolo et le capitaine avaient pénétré dans la poudrière, et maintenant ils revenaient, déroulant une longue mèche, préparée de façon à se consumer instantanément, et destinée à faire sauter la forteresse au premier signe.
Cela fait, Tiépolo alla s’agenouiller aux pieds de la jeune fille qui, assise dans un coin, paraissait plongée dans une profonde méditation.
— Nadèje, murmura doucement le jeune homme, à quoi songes-tu ? À lui, à Darius, toujours, toujours !
La jeune fille inclina légèrement la tête et, comme pour consoler le jeune homme dont les yeux s’étaient remplis de larmes, elle lui prit la main et le regarda avec bonté.
Tiépolo poussa un profond soupir.
Doux, résigné, il appuya sa belle tête sur les genoux de la pâle fille et, avec une voix pleine de tristesse et d’amour, il dit :
— Bien, Nadèje, j’attendrai encore, toujours. Depuis trois ans, je ne t’ai pas quittée un seul instant, je n’ai pas cessé de t’adorer.
Oui, oui, tu m’aimes, je le sais. Mais je ne suis pas parvenu encore à te faire oublier celui que tu regrettes toujours, celui qui est mort sans doute. Oh ! il viendra ce jour, ce jour où ton âme sera mienne, et où mon amour sera comme un mur brillant qui te cachera le passé ! Alors je t’emmènerai dans mon pays qui est toujours ensoleillé, toujours plein de fleurs. Tu verras comme il fait bon s’aimer là-bas. Le maître nous rendra riches, nous passerons pour des seigneurs. Et tout le monde enviera mon bonheur, car tu es devenue belle comme une madone et gracieuse comme une demoiselle.
La pauvre muette écoutait et souriait doucement, suivant avec des yeux pleins d’une pensée indéfinissable la troupe des mineurs, qui s’enfonçait, de plus en plus, dans la galerie souterraine.
Pendant soixante heures, on travailla sans relâche ; une dévorante activité régnait parmi ces hommes, enterrés à plusieurs pieds au-dessous du niveau de la mer.
Vers le milieu de la deuxième nuit, le frère Jean éleva la voix :
— Arrêtez, dit-il, nous ne pouvons aller plus loin. La mer est à quelques pas de nous, il serait dangereux d’avancer davantage, le moindre trou, la moindre crevasse qui se produirait de ce côté, amènerait l’inondation immédiate du souterrain.
Les hommes reculèrent avec une sorte de terreur.
— Maintenant, reprit le moine, il s’agit de percer la voûte au-dessus de nos têtes, en nous ménageant des gradins dans le sol.
Certains de se reposer bientôt, les travailleurs se remirent à l’ouvrage avec ardeur, dès que le frère Jean leur eût indiqué les précautions à prendre pour éviter les éboulements.
Déjà, d’après les calculs du moine, l’on devait être sur le point d’atteindre le niveau du sol, lorsque Magog, qui se trouvait au premier rang, cria tout à coup :
— Du bois !
— Du bois ? dit frère Jean étonné.
— Oui, une charpente.
— C’est impossible !
— Si vraiment. Tenez, voyez ces grosses poutres.
— Me serai-je trompé ? dit le moine, se hissant jusqu’à Magog.
Puis, après un court examen :
— Il n’y a point de doute, nous sommes sous une maison de bois, une cabane de pêcheurs, probablement.
— Diable ! fit Tiépolo, voilà qui ne fait pas notre affaire.
— Au contraire ! s’écria le frère Jean en relevant la tête d’un air radieux. Tout est pour le mieux.
— Comment cela ?
— Écoutez bien. Je n’ai pas dû m’écarter de la ligne que j’avais à suivre, par conséquent la maison qui est au-dessus de nous doit se trouver fort près de l’endroit où nous voulions nous ouvrir un passage, passage que l’on aurait pu découvrir, d’ailleurs…
— Oh ! je comprends ! interrompit Tiépolo.
— Tandis qu’en pénétrant dans la maison même, nous y serons en sûreté.
— Précisément.
— Ah ! oui, mais…
— Quoi ?
— Les gens qui habitent là-dedans vont donner l’alarme.
— Oh ! quant à eux, dit Gog le géant, je m’en charge.
— En ce cas, dit le moine, prenez vos haches et attaquez le plancher.
Quelques minutes après, la troupe envahissait la maison.
Leur couteau à la main, Gog et Magog se ruaient contre la porte de la chambre où Darius s’était enfermé avec Daria et Marie Palkine.
À plusieurs reprises, on entendit la voix de Darius qui criait :
— Au nom du ciel, retirez-vous !… Je ne suis qu’un pauvre pêcheur.
Mais déjà, la porte craquait sous les épaules puissantes de Gog et de Magog, lorsque soudain, Nadèje farouche et terrible, une hache à la main, bondit comme une lionne sur les deux bandits, les repoussa violemment, et se tint menaçante et muette devant la porte.
Malgré eux, les bandits firent un pas en arrière et demeurèrent un instant immobiles stupéfaits.
Cependant Tiéopolo s’avança vers la jeune fille, en disant :
— Que fais-tu, Nadèje ?… Que t’importe la vie de ces gens ?…
Puis, voyant luire comme des flammes extraordinaires dans les yeux de la muette, dont il était parvenu à deviner jusqu’aux moindres regards, il s’écria :
— Quoi ?… serait-ce… Darius, peut-être ?
— Oui, fit comprendre Nadèje.
Le jeune homme laissa échapper une exclamation sourde, qui fut comme un cri de colère jalouse, en même temps qu’un gémissement de douleur.
Faisant un prodigieux effort pour contenir les sentiments tumultueux qui l’agitaient, il reprit :
— C’est bien. Il aura la vie sauve.
Puis se tournant vers les autres :
— Enfoncez cette porte !
Nadèje s’effaça.
Gog et Magog s’élancèrent sur la porte qui vola en éclats, et la bande terrible pénétra dans la seconde chambre où le plus touchant tableau s’offrit à tous les yeux.
Debout, dans le coin le plus reculé, Darius, le regard plein d’éclairs, entourait Daria de ses bras, et lui faisait un rempart de son corps. La jeune mère pressait désespérément le petit Ivan sur son sein.
Marie Palkine était devant eux, le visage tourné vers la porte, agenouillée, suppliante.
Il y eut un moment d’hésitation et de cruel embarras pour tous les acteurs de cette scène.
À la vue de ce groupe si simple, de cette famille si tendrement unie au milieu du danger, les hommes farouches sentirent leur cœur s’amollir et oublièrent pour un instant leur instinct de férocité.
Quant à Nadèje, d’un coup d’œil elle comprit tout.
Elle vit l’épouse, elle vit l’enfant.
Elle devina le bonheur de cet humble ménage, sa pauvreté, ses joies, son amour.
Et la pauvre fille, pâle, chancelante, dévorant des yeux ce spectacle qui la tuait, s’appuya contre le mur et soupira comme si elle rendait l’âme.
Tiépolo souffrait lui aussi !
Cependant ce fut d’une voix calme qu’il dit à Darius :
— Grâce à la volonté de cette jeune fille, il ne vous sera point fait de mal. Allez, vous êtes libres.
Les pauvres gens poussèrent un cri.
Ils allaient déjà vers la porte, lorsqu’un homme, se plaçant devant eux, les arrêta d’un geste impérieux.
C’était le frère Jean.
— J’ignore, dit-il à Tiépolo, j’ignore quels sont les motifs qui vous poussent à cet acte de générosité. J’ignore quelles sont ces personnes que vous renvoyez emportant notre secret ; mais ce que je sais, c’est que nous risquons tous notre vie pour l’accomplissement d’une œuvre immense ; ce que je sais, c’est que la moindre indiscrétion peut compromettre notre existence à tous, et le but que nous poursuivons. Or, je vous le déclare, ces gens ne sortiront point d’ici vivants, s’ils n’appartiennent pas eux-mêmes, corps et âmes, à l’association des Innombrables.
— Les Innombrables ? dit Darius.
— Oui, dit Tiépolo, mais vous ignorez peut-être…
— Non, répondit Darius, je n’ignore pas qu’il se trouve en ce moment une conspiration formidable qui a pour but de renverser le tsar, et sans doute aussi de le faire mourir. Je sais cela parce qu’on a voulu me faire entrer dans cette association. Mais, je vous le dis, je ne serai jamais des vôtres, j’aime le tsar, je suis un fidèle sujet, jamais je n’attenterai à son pouvoir, encore moins à sa personne. Je comprends vaguement que vous préparez quelque chose de terrible ; une revue aura lieu après-demain, vous sortez d’un souterrain qui communique évidemment avec la forteresse… vous voulez tuer l’empereur. Eh bien, dût-il m’en coûter la vie, je vous préviens que je ne vous aiderai pas en ceci, même par mon silence.
Les hommes en houppelandes brunes firent entendre un murmure menaçant.
— Vous vous perdez, dit Tiépolo.
— Ma conscience me dicte mes paroles, répondit Darius.
Nadèje joignit les mains.
Daria et Marie Palkine se serrèrent contre le pêcheur.
Le frère Jean fronçait les sourcils d’une façon redoutable.
— Jeune homme, dit-il, vous m’avez peut-être mal compris. Non seulement, vous allez être tué sur-le-champ, mais encore ces deux femmes, votre femme et votre mère sans doute.
— Darius, cria Daria, ne tremble pas pour nous, fais ton devoir, nous saurons mourir avec toi.
— Femme, taisez-vous, dit le moine. Vous, dit-il à Darius, dépêchez-vous, le temps presse. Le courage avec lequel vous avez osé parler tout à l’heure fait que j’aurai confiance en votre parole. Jurez, sur les saintes images, que vous ne révélerez à personne le secret que vous avez surpris et je vous laisse partir. Jurez !
— Non, cria Daria.
— Non, dit Darius.
Le moine se tourna froidement vers Gog et Magog :
— Tuez ! dit-il.
Les deux monstres tirèrent leur couteau. Nadèje se jeta devant Darius.
Marie Palkine tomba aux genoux du frère Jean.
— Grâce ! monsieur, dit-elle, vous ne commettrez pas un crime aussi abominable. Nous sommes de pauvres gens, nous n’avons fait de mai à personne. Cette jeune femme, c’est Daria, c’est ma fille ; Darius, c’est son époux ; ce petit ange blond, c’est leur enfant, et nous sommes heureux, et vous voulez nous tuer ! Non, cela ne se peut pas. Et puis Darius n’a pas réfléchi, voyez-vous ; il n’a pas eu le temps. Mais je vais lui parler, et il fera tout ce que vous voudrez. Oh ! je vous en supplie, attendez pendant quelques minutes.
La pauvre femme proféra ces paroles avec des accents d’une douceur infinie ; sa voix caressait et persuadait.
Sublime d’amour maternel, sa tendresse était comme une barrière entre ses enfants et les bourreaux.
Tiépolo se mordait les poings.
— Écoutez, frère Jean, dit-il, ce jeune homme aime trop sa famille pour consentir à ce qu’on l’égorge sous ses yeux. Il reviendra sur sa décision. Laissez-le réfléchir pendant un quart d’heure.
— Soit ! dit le moine. Qu’on les mène dans le souterrain et qu’on ne les perde pas de vue !