Les Oiseaux de passage (Ségalas)/Départ

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Les Oiseaux de passage : PoésiesMoutardier, libraire-éditeur (p. 263-268).


DÉPART.


Adieu ma maison blanche, à l’ombre du noyer.

Lamartine. —


. . . . . . . . . . . . . les longues causeries,
L’hiver, où nous rêvions de printemps ; de ciel bleu
La tête sur le marbre et les pieds dans le feu.

Lesguillon. —




Voilà Paris bien loin ! j’ai vu fuir tant de villes,
Tant de bornes de pierre, et tant d’ormes ombreux,
Et de hauts peupliers, rangés en longues files
Sur le chemin poudreux.
Déjà la Loire, au fond, dans les plaines désertes,.
Déroule ses replis ; et le fleuve argenté
Semble, à le voir de loin, avec ses îles vertes
Un serpent tacheté !


Et plus rien de Paris ! partout la solitude !
J’ai donc fui la maison que j’aime, où je trouvais
Dans les moindres objets une douce habitude ;
La maison, où j’avais
Ma mère, mes amis ; leurs regards, leur sourire ;
Où j’assemblais toujours, à l’intime foyer,
Des âmes pour m’aimer, des voix pour me le dire,
Des bras pour m’appuyer !


Tous ceux que j’ai quittés que font-ils ? Oh ! sans doute,
Souvent mon nom se mêle à leurs tristes discours ;
Ils songent aux adieux, aux ennuis de la route,
Ou bien comptent les jours !
Et, lorsque vient la nuit, pensifs et l’œil humide,
Au foyer de famille ils retournent s’asseoir,
En jetant un regard sur cette place vide
Dans le cercle du soir.


Et moi je vois toujours fuir des champs sur la rive,
Des villes, où parfois on suspend son chemin
Où les petits enfans, faisant la voix plaintive,
Viennent tendre la main ;
Des flots que le pêcheur assouplit sous sa rame,
Des bois où le soleil a peine à se glisser,
Des villages déserts, où quelque pauvre femme
Vous regarde passer.