Rutebeuf - Œuvres complètes, 1839/Les ordres de Paris

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Texte établi par Achille Jubinal Chez Édouard Pannier (1pp. 158-169).


Les Ordres de Paris [1].


Mss. 7633, 7615.


Séparateur



En non de Dieu l’esperité
Qui treibles est en unité
Puissé-je commencier à dire
Ce que mes cuers m’a endité ;
Et ce je di la vérité,
N’uns ne m’en doit tenir à pire.
J’ai coumencié ma matire
Sur cest siècle, qu’adès empire,
Où refroidier voi charité ;
Ausis s’en vont sans avoir mire
Là où li diables les tire
Qui Dieu en a désérité.

Par maint samblant, par mainte guise
Font cil qui n’ont ouvraingne aprise
Par qu’il puissent avoir chevance ;
Li un vestent coutelle grise[2]
Et li autre vont sans chemise[3] :

Si font savoir lor pénitance.
Li autre par fauce samblance
Sont signeur de Paris en France ;
Si ont jà la cité pourprise.
Diex gart Paris de meschéance
Et la gart de fauce créance,
Qu’ele n’a garde d’estre prise !

Li Barré[4] sont près des Béguines :
Xxix.[5] en ont à lor voisines
(Ne lor faut que passer la porte),
Que par auctorités devines,
Par essamples et par doctrines
Que li uns d’aus à l’autre porte,

N’ont povoir d’aler voie torte.
Honeste vie les desporte
Par jeûnes et par deceplines,
Et li uns d’aus l’autre conforte :
Qui tel vie a ne s’en ressorte,
Quar il n’a pas gite sans signes[6].

L’ordre as Béguines est légière[7] ;
Si vous dirai en quel manière :
En s’an ist bien por mari prandre ;
D’autre part qui baisse la chière
Et a robe large et plenière,
Si est Béguine sans[8] li randre ;
Si ne lor puet-on pas desfandre
Qu’eles n’aient de la char tandre

S’eles ont .i. pou de fumière :
Se Diex lor vouloit pour ce randre
La joie qui est sans fin prandre,
Sains Lorans l’acheta trop chière[9].

Li Jacobin sont si preudoume
Qu’il ont Paris et si ont Roume,
Et si sont roi et apostole,
Et de l’avoir ont-il grant soume.
Et qui se muert, se il ne’s noume
Pour exécuteurs, s’âme afole[10] :
Et sont apostre par parole.
Buer fu tés gent mise à escole :
N’uns n’en dit voir, c’on ne l’asoume :
Lor haïne n’est pas frivole.
Je, qui redout ma teste fole,
Ne vous di plus mais qu’il sont home.

Se li Cordelier pour la corde

Puéent avoir le Dieu acorde,
Buer sont de la corde encordé[11].
La Dame de miséricorde,
Ce dient-il, à eus s’acorde,
Dont jà ne seront descordé ;
Mais l’en m’a dit et recordé
Que tés montre au disne cors Dé
Semblant d’amour qui s’en descorde :
N’a pas granment que concordé
Fu par un d’aux et acordei
Un livre dont je me descorde[12].

L’ordre des Sas est povre et nue,
Et si parest si tart venue
Qu’à envis seront soustenu[13].

Se Dex ot teil robe vestue
Com il portent parmi la rue,
Bien ont son habit retenu :
De ce lor est bien avenu.
Par un home sont maintenu[14] ;
Tant comme il vi vra Dex aiue !
Se mors le fet de vie nu,
Voisent lai dont il sont venu :
Si voist chascun à la charrue[15].

Li Rois a mis en .i. repaire,
Mais ne sai pas bien por quoi faire,
Trois cens aveugles route à route[16].

Parmi Paris en vat trois paire ;
Toute jour ne finent de braire
Au .iij. cens qui ne voient goute.
Li uns sache, li autre boute :
Si se donent mainte sacoute,
Qu’il n’i at nul qui lor esclaire.
Se fex i prent, se n’et pas doute,
L’ordre sera brullée toute ;
S’aura li Rois plus à refaire[17].

Diex a non de filles avoir[18],
Mais je ne puis onques savoir
Que Dieux éust fame en sa vie.
Se vos créez mensonge à voir
Et la folie pour savoir,
De ce vos quit-je ma partie.
Je di que ordre n’est-ce mie,
Ains est baras et tricherie
Por la fole gent decevoir.
Hui i vint, demain se marie ;
Li lignaiges sainte Marie

Est plus grant que ne fu ersoir[19].

Li Rois a filles à plantei[20],
Et s’en at si grant parentei
Qu’il n’est n’uns qui l’osast atendre[21].
France n’est pas en orfentei ;
Se Diex me doint boenne santei,
Jà ne li covient terre rendre
Pour paour de l’autre deffendre :
Car li Rois des filles engendre,
Et ces filles refont auteil.
Ordres le truevent Alixandre,
Si qu’après ce qu’il sera cendre
Serat de lui .c. ans chantei.

La Trinitei pas ne despris[22] :

De quanqu’il ont l’année pris
Envoient le tiers à mesure
Outre meir raembre les pris.
Ce ce font que j’en ai apris,
Ci at charitei nete et pure ;
Ne sai c’il partent à droiture.
Je voi desai les poumiax[23] luire
Des manoirs qu’il ont entrepris.
C’il font de la teil fornesture.
Bien oeuvrent selonc l’Escriture :
Si n’en doivent estre repris.

Li Vaux des escoliers[24] m’enchante

Qui quièrent pain et si ont rente
Et vont à chevaul et à pié.
L’Universitei la dolante,
Qui se complaint et se démante[25],
Trueve en eux petit d’amistié,
Ce ele d’ex éust pitié,
Mais il se sont bien aquitié
De ce que l’Escriture chante :
« Quant om at mauvais respitié,
Trueve[26] l’an puis l’anemistié ;
Car li mauz fruiz ist de male ente. »

Cil de Chartrouse sont bien sage,
Car il ont lessié le bochage
Por aprochier la bone vile[27].
Ici ne voi-je point d’outrage :

Ce n’estoit pas lor éritage
D’estre toz jors en iteil pile.
Nostre créance tourne à guille,
Mensonge devient Évangile,
N’uns n’est mais saux sans béguinage ;
Preudons n’est créux en concile,
Nès que .ij. genz contre .ij. mile :
A ci douleur et grant damage.

Tant com li Guillemin esturent[28]
Là où li grant preudome furent
Sà en arrière comme rencluz,
Itant servirent Deu et crurent ;
Mais maintenant qu’il se recrurent,
Si ne les dut-on croire plus.
Issu s’en sont comme conclus :
Or gart uns autres le rendus
Qu’il en ont bien fet se qu’il durent.
De Paris sunt .i. pou en sus :
S’aprocheront de plus en plus ;

C’est la raisons por qu’il s’esmurent[29].


Explicit le Dit des Ordres

  1. Cette pièce n’a pas de titre dans le Ms. 7633. Elle est imprimée dans le recueil de Barbazan et Méon, t. II, p. 293, édit. de 1808. (Voyez, pour une pièce sur le même sujet, la note T, à la fin du volume.)
  2. Les Cordeliers, qui étaient habillés de gros drap gris, avec un capuchon et un manteau de même couleur.
  3. Les Jacobins. (Voyez la 10e strophe de la pièce intitulée Le Dit des Jacobins, p. 177, et, dans le 1er volume du nouveau recueil de Méon, faisant suite à son édition revue et augmentée des Fabliaux de Barbazan, Le Dis de la vescie à prestre.)
  4. Ancien mon donné aux Carmes, parce que leurs habits étaient divisés par bandes blanches et noires, ou barres transversales. J’ajouterai que ces religieux tirent leur premier nom d’un monastère considérable qui existait sur le Mont-Carmel. Ils furent établis en France par saint Louis, en 1254, au retour de son premier voyage en Terre-Sainte, ainsi que le prouve une lettre de Philippe de-Bel de l’an 1322, à laquelle on pourra désormais ajouter les vers de Rutebeuf, Les Barrés demeurèrent d’abord à l’endroit qui fut nommé plus tard les Célestins, et qui est aujourd’hui une caserne. C’était alors un lieu fort étroit, avec une église fort basse, un cimetière et quelques petits jardins. Ils en sortirent au bout de 58 ans, après avoir démontré à Philippe-le-Long qu’ils étaient trop loin de l’Université, dont ils ne pouvaient suivre les leçons, et que chaque hiver leur communauté, qui était située sur le bord de la rivière, courait risque d’être emportée par les eaux. Ils furent transportés à la place Maubert ; mais jusque-là, selon la maligne expression de Rutebeuf, on put dire d’eux : Li Barré sont près des Béguines, car ces religieuses demeuraient alors à côté d’eux, dans l’endroit qui en 1461 fut nommé l’Ave-Maria, et dans lequel la reine Charlotte, deuxième femme de Louis XI, introduisit le tiers ordre de Saint-François.
  5. Ms. 7615. Var. Lxx.
  6. Ms. 7615. Var. Sines.
  7. « De toutes les congrégations et communautés séculières, dit le Père Hélyot dans son Histoire des ordres monastiques, il n’y en a pas de plus ancienne que celle des Béguines ; car, soit qu’on rapporte leur origine à sainte Begghe, soit qu’on leur donne pour fondateur Lambert-le-Bègue, elles ont précédé toutes les autres. » Pierre Coens, chanoine d’Anvers, auquel on doit un petit livre intitulé Disquisitio historica de origine Beghinarum (1629), dit qu’elles se divisèrent d’abord en trois ordres, dont l’un vivait sans être astreint à aucune règle particulière, et tenait le milieu entre la vie séculière et la vie monastique. Il est probable que les Béguines établies à Paris par saint Louis on 1258 se rattachaient à cet ordre. Pierre Coens dit d’elles en effet : « Virgines vestales romanæ umbram quamdam exhibent Beghinarum ; ad perpetuam enim castitatem non erant astrictæ, sed, evoluto certo tempore, licebat eis recedere et matrimonium inire. Plus loin il se demande si les Béguines jouiront dans la vie éternelle de l’auréole de gloire, et il n’ose répondre affirmativement, quod institutum Beghinarum non requirat votum aut propositum perpetuæ castitatis, sed solum quo tempore erunt Beghinæ. Ces paroles expliquent très-bien les reproches de Rutebeuf, et prouvent que les Béguines n’étaient pas, comme on l’a cru, un ordre de vierges.
  8. Ms. 7633. Var. Pour.
  9. On sait que ce saint, qui était diacre et trésorier de l’Église sous le pontificat de Sixte II, en 258, lors de la persécution de Valérien, fut déchiré à coups de fouet par les mains du bourreau, et attaché ensuite à un gril de fer sous lequel on plaça des charbons ardents. C’est par allusion au genre de mort qu’il souffrit que Mme la duchesse de Berry, lors de son arrestation en Vendée, dit à ceux qui l’avaient découverte : « Vous m’avez fait une guerre de saint Laurent. » (Voyez, pour d’autres détails sur les Béguines, la pièce qui porte leur nom.)
  10. Ms. 7633. Var. Est fole. — Ces vers de Rutebeuf viennent confirmer une allégation dont on n’était pas très-certain : les Jacobins, dès leur arrivée à Paris, furent accusés d’un esprit d’intérêt et d’avidité fort grand. Crevier, dans son Histoire de l’Université, dit : Ils s’attiroient la confiance des mourants, : legs pieux, droits même de sépulture, tout étoit pour eux. » Duboullay a écrit aussi la même chose, Rutebeuf, dans Le Dist des Jacobins, revient encore sur ce reproche. Voyez également les notes sur Guillaume de Saint-Amour, à la fin du volume, et la note 2, page 105.
  11. Le cordon de saint François, fondateur des Cordeliers, est devenu proverbial.
  12. Allusion à l’Évangile éternel, qui avait été prêché publiquement par les Cordeliers et qu’on attribuait à Jean de Parme, leur général. (Voyez La Complainte de Constantinoble, et la note P, à la fin du volume.) Jean de Parme, afin d’éviter le scandale qui aurait flétri son ordre, lors de la condamnation du livre (ce qui fait croire qu’il en pourrait bien être l’auteur) fut obligé de se défaire de son généralat. Luc Wading, dans ses Annales de l’ordre des Franciscains, a cherché à le disculper du premier de ces faits en disant que l’auteur de l’Évangile éternel était un Jean de Parme autre que le général de l’ordre ; mais cette raison est d’autant moins convaincante qu’il n’allègue aucune preuve en sa faveur.
  13. L’ordre des Sacs, ou des Frères-Sachets, en latin ordo Saccorum, Fratres de Sacco, Saccati, etc., fut établi à Paris par saint Louis, en 1261, dans la paroisse Saint-André-des-Arcs. Ce prince donna même au curé de cette paroisse, pour le dédommager des droits qu’il perdit en accordant aux Frères le droit d’avoir une église, 66 sous parisis de rente sur la prévôté. L’origine de cet ordre est fort obscur ; mais ce qui prouve qu’il ne remontait pas bien haut, c’est que Mathieu Paris, à l’année 1257, en parle comme d’un ordre de nouvelle création et jusque-là inconnu en Angleterre. (Ignotus et non prœvisus.) Le moustier des Frères aux Sas, comme dit la pièce intitulée Les moustiers de Paris (Méon, t. II, pag. 291), était situé à l’endroit où furent plus tard les Augustins après la dispersion des Sachets, ce qui serait à peu près aujourd’hui le bout du Pont-Neuf.
  14. Ms. 7615. Var. Soustenu. — L’homme dont parle le poëte est le roi.
  15. Rutebeuf répète à peu près cette idée dans La Chanson des Ordres qui suit, page 172, 4e strophe.
  16. Ms. 7615. Var. Toute à rote. — Vers 1258 saint Louis fonda l’hôpital des Quinze-Vingts dans une pièce de terre qu’il acheta exprès aux environs de la rue Saint-Honoré et de celle du Roule. Cette maison, ainsi nommée du nombre de ses habitants (quinze fois vingt, ou trois cents), était déjà construite en 1260. En 1270 saint Louis dota cet hôpital de 30 livres parisis de rente sur son trésor, et ordonna que le même nombre d’aveugles y serait toujours conservé. Il honora plusieurs fois ce lieu de sa présence, et y assista à l’office que l’on y faisait faire solennellement le jour de saint Remi. Belleforest et plusieurs autres écrivains ont prétendu que saint Louis fonda cet hôpital pour trois cents chevaliers à qui les Sarrasins avaient crevé les yeux pendant sa captivité ; mais personne avant eux n’avait parlé de ce fait, ni Guillaume de Nangis, ni Robert Gaguin, ni Paul-Émile, ni Joinville, qui cependant mentionnent la fondation de l’hôpital. Fauchet, qui, ayant été possesseur du Ms. 7615, connaissait la pièce de Rutebeuf, dit dans son livre intitulé Recueil de l’origine de la langue et poésie française, page 161, que la strophe de notre trouvère lui fait soupçonner « que ceux que saint Louis amassa aux Quinze-Vingts ne furent chevaliers, ains quelques pauvres gens, car cestuy-cy les fait mendians.
  17. Comme on voit, Rutebeuf attribue cet établissement (et peut-être fait-il de même pour les autres fondations de saint Louis) moins à une véritable charité qu’à un besoin d’agitation. Je ne crois pas qu’il faille prendre ses critiques à la lettre. On voit dans Le dit crieries de Paris que les aveugles allaient criant par les rues : « Du pain à cels de Champ-porri ! » Ainsi s’appelait en effet l’emplacement où ils furent établis.
  18. Comme on donnait anciennement aux hôpitaux les noms d’Hotel-Dieu et de Maison-Dieu, on appelait aussi ceux qui y demeuraient Filles-Dieu et Enfants-Dieu. Saint Louis fonda sous ce nom une maison à Paris, où il mit plus tard deux cents religieuses en leur assignant 400 livres parisis tous les ans sur son trésor. Cette maison était hors de la ville, entre Saint-Lazare et Saint-Laurent. Les vœux que prononçaient les Filles-Dieu n’étaient point irrévocables.
  19. Ersoir, hier soir. — Le Ms. 7633 saute ce vers, et donne pour celui qui vient après la leçon suivante :
    Est hui plus gratis qu’il n’ière arseir.
  20. Outre les Filles-Dieu de Paris, saint Louis fit encore de grands biens à celles de Rouen, d’Orléans, de Beauvais, etc. : c’est probablement ce qui fait dire à Rutebeuf que ce prince a des filles à plantei, c’est-à-dire : en quantité, à profusion.
  21. Ms. 7615, Var. Que nus ne l’oseroit atendre.
  22. Cette strophe ne se trouve pas au Ms. 7615. — L’ordre de la Trinité fut fondé en 1198, sous Innocent III, par Jean de Matha et Félix de Valois, que Philippe-Auguste protégea tous deux. Cet ordre fut établi afin de travailler à la rédemption des captifs. Deux ans après leur fondation, en 1200, les Trinitaires, dans une seule année, en tirèrent d’esclavage cent quatre-vingt-six. Comme ils avaient à Paris un couvent dont la chapelle était consacrée à saint Mathurin, on leur donna le nom de ce saint, et comme d’après leur première régle, qui était fort sévère, il leur était interdit de se servir de chevaux pour leurs quêtes et leurs voyages, le peuple les appela Mathurini asinorum. Un registre de la chambre des comptes, de 1330, nomme ceux qui habitaient à Fontainebleau les Frères des ânes de Fontainebliaut, et Rutebeuf dit, dans La chanson des Ordres (voyez la strophe 7e) : D’asnes ont fet roncin. En outre la pièce intitulée Les moustiers de Paris (voyez Méon, t. II, pag. 291) désigne leur ordre sous le nom de la Trinité aux asniers. Méon a donc eu tort de mettre en note : « On ne peut rendre compte de cette épithète asniers. » Il n’y a rien au contraire de plus facile. Les Frères de la Trinité finirent par posséder environ deux cent cinquante couvents divisés en treize provinces ; ils eurent pour armoiries huit fleurs de lis d’or, et l’écu timbré de la couronne de France supporté par deux cerfs blancs. (Voyez, dans les additions, la pièce intitulée La Descrissions des rélégions, par le Roys de Cambray, strophe 7e.)
  23. Poumiax, pommeau, sommet ; espèce de petite boule peinte qui surmontait le toit.
  24. Le Val-des-Écoliers (Vallisscholasticorum) était une congrégation de chanoines réguliers fondée vers 1200 par quatre professeurs en théologie, Guillaume, Richard, Evrard et Manassès. Elle fut établie d’abord dans une vallée, entre la Bourgogne et la Champagne, où ses adhérents, auxquels se joignirent un grand nombre d’écoliers, ce qui lui fit donner son nom, pratiquèrent la règle de saint Augustin. Cette congrégation fut confirmée par le pape Honorius III et vint s’établir à Paris vers 1228. Saint Louis la dota de 30 deniers par jour, d’un muid de blé à prendre tous les ans dans les greniers de Gonesse, de deux milliers de harengs le jour des Cendres, à la foire des Brandons, et de deux pièces d’étoffe de vingt-cinq aunes chacune ; la reine Blanche donna pour le bâtiment de l’église une somme de 300 livres.
  25. Ms. 7615. Var. Gaimente.
  26. Ms. 7615. Var. Puis i trueve-on.
  27. En 1257 les Chartreux, dont l’ordre existait depuis près de 280 ans, et que saint Louis avait fait venir à Gentilly, à une lieue de Paris, s y trouvant « incommodés par les fréquentes visites qu’ils y recevoient » (Grand Colas, Hist. de l’Université de Paris), et alléguant, selon Félibien, pour être transportés plus près de la capitale, que « la doctrine qui se répandoit de cette ville dans toute l’Église feroit refleurir leur ordres, » prièrent le roi saint Louis de leur accorder l’hôtel de Vauvert, qui était dans un lieu servant de retraite aux voleurs. On disait même qu’il était occupé par de malins esprits, ce qui faisait que personne n’y voulait loger. Saint Louis leur en ayant représenté les incommodités, ils lui firent répondre qu’il était plus convenable à leur état, qu’ils y recevraient moins de visites, et qu’ils espéraient que par leurs jeûnes ils en éloigneraient les démons qu’on disait y être. Josseran, leur prieur, avec sept religieux, y entra le 21 novembre 1258, et la communauté n’y fut pas plutôt établie que les mauvais esprits disparurent. « Leur but, dit Félibien, était probablement de s’attirer par la proximité de Paris un bon nombre d’excellents sujets de l’Université. Il paraît, du reste, que l’ordre des Chartreux, qui avait des règles très-sévères, était assez estimé au 13e siècle, car Rutebeuf ne leur adresse aucun reproche grave, et la Bible au seignor de Bèze (page 403, 2e vol. de Méon), dit en parlant d’eux :
    C’est une des ordres du mont
    Où l’en puet mains de mal noter,
    Se n’est de cuer et de pensser ;
    Mès aus œvres et aus semblant
    Pert-il qu’il soient bones gens.
    La Bible Guiot de Provins (Méon, même vol., page 350), s’étend beaucoup sur eux et ne les blâme que de leur dure manière de vivre, ce qui fait dire à Guiot que dès le premier jour il prendrait son congé s’il faisait partie de leur ordre, et que si on ne voulait pas le lui donner, il saurait bien trouver par où il ferait le saut.
  28. Voyez, pour la signification de ce vers et des suivants, la note de la dernière strophe de la pièce intitulée La Chanson des Ordres.
  29. Voyez, à la fin du volume, note V, la pièce intitulée Ci encoumence la Requeste des Frères Meneurs sus le septième Climent le Quint. Cette pièce, bien que postérieure à Rutebeuf puisqu’elle est de 1318, critique d’une façon analogue à la sienne les différents ordres religieux dont il est question dans la satire qu’on vient de lire et dans celles qui suivent : c’est ce qui nous a engagé à la joindre à notre recueil.