Les Orientales/Le Derviche

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Les OrientalesOllendorf24 (p. 676-677).

XIII

LE DERVICHE.


Ὅταν ἦναι πεπρωμένος,
Εἰς τὸν οὐρανὸν γραμμένος,
Τοῦ ἀνθρώπου ὁ χαμός,
Ὅ, τι κάμῃ, ἀποθνήσκει,
Τὸν κρημνὸν παντοῦ εὑρίσκει.
Καὶ ὁ θάνατος αὐτός
Στὸ κρεϐϐάτι τοῦτον φθάνει,
Ὡσὰν βδέλλα τὸν βυζάνει,
Καὶ τὸν θάπτει μοναχός.
Panago Soutzo.
Quand la perte d’un mortel est écrite dans le livre fatal de la destinée, quoi qu’il fasse il n’échappera jamais à son funeste avenir ; la mort le poursuit partout ; elle le surprend même dans son lit, suce de ses lèvres avides son sang, et l’emporte sur ses épaules.


Un jour Ali passait : les têtes les plus hautes
Se courbaient au niveau des pieds de ses arnautes ;

Tout le peuple disait : Allah !

Un derviche soudain, cassé par l’âge aride,
Fendit la foule, prit son cheval par la bride,

Et voici comme il lui parla :


« Ali-Tépéléni, lumière des lumières,
Qui sièges au divan sur les marches premières,

Dont le grand nom toujours grandit,

Écoute-moi, vizir de ces guerriers sans nombre,
Ombre du padischah qui de Dieu même est l’ombre,

Tu n’es qu’un chien et qu’un maudit !


« Un flambeau du sépulcre à ton insu t’éclaire.
Comme un vase trop plein tu répands ta colère

Sur tout un peuple frémissant ;

Tu brilles sur leurs fronts comme une faulx dans l’herbe,
Et tu fais un ciment à ton palais superbe

De leur os broyés dans leur sang.


« Mais ton jour vient. Il faut, dans Janina qui tombe,
Que sous tes pas enfin croule et s’ouvre la tombe ;

Dieu te garde un carcan de fer

Sous l’arbre du segjin chargé d’âmes impies
Qui sur ses rameaux noirs frissonnent accroupies,

Dans la nuit du septième enfer !


« Ton âme fuira nue ; au livre de tes crimes
Un démon te lira les noms de tes victimes ;

Tu les verras autour de toi,

Ces spectres, teints du sang qui n’est plus dans leurs veines,
Se presser, plus nombreux que les paroles vaines

Que balbutiera ton effroi !


« Ceci t’arrivera, sans que ta forteresse
Ou ta flotte te puisse aider dans ta détresse

De sa rame ou de son canon ;

Quand même Ali-Pacha, comme le juif immonde,
Pour tromper l’ange noir qui l’attend hors du monde,

En mourant changerait de nom ! »


Ali sous sa pelisse avait un cimeterre,
Un tromblon tout chargé, s’ouvrant comme un cratère,

Trois longs pistolets, un poignard ;

Il écouta le prêtre et lui laissa tout dire,
Pencha son front rêveur, puis avec un sourire

Donna sa pelisse au vieillard.


8 novembre 1828.