Les Pères de l’Église/Tome 1/Épître aux Smyrniens (saint Ignace)

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

ÉPÎTRE AUX SMYRNIENS.

Smyrne était située sur le bord de la mer, dans la province d’Ionie. Saint Ignace écrivit de Troade à cette Église ; il avait aussi à payer aux Smyrniens la dette de sa reconnaissance pour les soins et les consolations qu’il en avait reçus ; mais il ne néglige pas l’occasion de les instruire. Il travaille surtout à les prémunir contre les hérétiques qui prétendaient que Jésus-Christ n’avait paru sur la terre et souffert qu’en apparence et d’une manière fantastique. « Vaines apparences, eux-mêmes, s’écrie-t-il ! purs fantômes qui appartiennent à l’esprit de ténèbres ! » Il déclare qu’il a vu Jésus-Christ : « Je l’ai connu dans sa chair, après sa résurrection, et je crois à son corps. » Rien de plus formel que son langage sur l’Eucharistie : « C’est la chair même de Jésus-Christ, celle qui a souffert pour nos péchés, celle qui a été ressuscitée. » On peut juger de la ferveur de cette Église par les éloges qu’il lui donne dans le début de cette épître.


Ignace, surnommé Théophore, à l’Église de Dieu le père, et de Jésus-Christ son fils bien-aimé, riche de tous les dons de la miséricorde, remplie de foi et d’amour, comblée de toutes sortes de grâces, à l’Église de Smyrne en Asie, toute divine, source de sainteté : salut et abondantes bénédictions par l’Esprit saint et le Verbe de Dieu.


Je rends gloire à Jésus-Christ de ce qu’il vous a donné la sagesse ; car je sais que vous êtes de vrais disciples par la constance de votre foi, attachés comme vous l’êtes de cœur et d’esprit à la croix de notre Seigneur, affermis dans la charité par son sang, pleinement convaincus qu’il est Dieu, véritablement du sang de David selon la chair ; que, fils de Dieu, il est véritablement né d’une vierge d’après la volonté et par la puissance de Dieu, son père ; qu’il a été baptisé par Jean, pour accomplir toute justice ; qu’il a été véritablement crucifié pour nous en sa chair, sous Ponce-Pilate et sous le tétrarque Hérode.

C’est de lui, véritable fruit de vie, que nous sommes sortis par sa passion toute divine. Par sa résurrection, il a élevé sa croix comme un étendard sur tous les siècles pour réunir tous ses saints, tous ses fidèles, soit Juifs, soit gentils, en un même corps qui est l’Église.

Tout ce qu’il a souffert, il l’a enduré à cause de nous, pour nous procurer le salut. Il est véritablement mort comme il s’est ressuscité lui-même, véritablement et non en apparence, ainsi que le disent certains incrédules, vaines apparences eux-mêmes. Leur destinée sera semblable à leur doctrine. Ce sont de purs fantômes qui appartiennent à l’esprit de ténèbres. Pour moi, je l’ai connu dans sa chair après sa résurrection, et je crois à son corps.

Lorsqu’il vint vers ceux qui étaient avec Pierre, que leur dit-il ? « Portez là vos mains, touchez et voyez que je ne suis pas un pur esprit sans corps. »

À l’instant ils le touchent et croient, ils ne doutent plus de la réalité de sa chair unie à son esprit.

Et pleins de foi, ils bravent la mort, ils se montrent supérieurs à la mort même.

Et en effet, après sa résurrection, n’a-t-il pas bu, n’a-t-il pas mangé avec ses disciples, pour montrer qu’il était chair, en même temps qu’il demeurait par l’esprit uni à son père ?

J’insiste sur ce point, bien que je sache que telle est votre foi ; mais je veux vous prémunir contre certaines bêtes à figure humaine, que vous devez non-seulement bannir de chez vous, mais encore éviter de rencontrer, s’il est possible.

Tout ce que vous pouvez faire en leur faveur, c’est de demander qu’ils se convertissent, chose pour eux bien difficile, il est vrai, mais possible à Jésus-Christ, qui est la vie.

Enfin, si Jésus-Christ n’a rien fait qu’en apparence, je n’ai donc en ce moment que des apparences de chaînes. Et pourquoi donc me suis-je dévoué à la mort, au feu, à l’épée, aux bêtes ? Mais, je le sais, on est près de Dieu quand on est près du glaive ; on est avec Dieu quand on est dans l’arène.

Aussi est-ce uniquement en son nom, et pour souffrir avec lui, que je supporte tout ; et ma force, je la trouve en lui-même, qui fut homme parfait. Ceux qui ne le connaissent pas le rejettent ; mais il les a rejetés d’avance lui-même, ces hommes qui soutiennent une doctrine de mort au lieu d’embrasser la vérité ; ces hommes que n’ont pu jusqu’alors persuader ni les prophéties, ni la loi de Moïse, ni les progrès de l’Évangile, ni les tortures des martyrs. Ils pensent de nous comme de Jésus-Christ ; mais quand ils me loueraient, quel prix attacher à leurs éloges, s’ils blasphèment mon Dieu en refusant de reconnaître qu’il s’est revêtu d’une chair véritable ?

Nier cette vérité, c’est nier Jésus-Christ, c’est n’être soi-même qu’un cadavre.

Comme ces hommes sont des infidèles, je n’ai pas jugé à propos de vous livrer leurs noms, et je me garderai bien de les nommer jamais, à moins qu’ils ne se convertissent et ne croient à la passion de Jésus, gage pour nous de la résurrection.

Que personne ne s’y trompe, et les puissances célestes, et la glorieuse milice des anges, et les principautés visibles et invisibles, si elles ne croient au sang de Jésus-Christ, auront elles-mêmes à subir un jugement. Comprenne qui pourra.

Que l’intelligence de ces vérités n’enfle personne ; tout est ici foi et amour, et rien ne l’emporte sur ces deux vertus.

Voyez ces hommes dont l’étrange doctrine vient s’opposer à la grâce de Jésus-Christ répandue sur nous ; combien leur conduite s’éloigne de l’esprit de Dieu ! Ils sont entièrement dépourvus de charité ; ils ne s’occupent ni de la veuve, ni de l’orphelin, ni de l’opprimé, ni du prisonnier, ni de celui dont la liberté est exposée aux tourments de la soif et de la faim.

Ils s’abstiennent de la prière et de l’Eucharistie, parce qu’ils ne veulent pas reconnaître que l’Eucharistie est la chair même de Jésus-Christ, cette chair qui a souffert pour nos péchés, cette chair que la bonté de Dieu le père a ressuscitée.

Que gagnent-ils, ces hommes qui s’élèvent ainsi contre le don du Seigneur, et soutiennent cette lutte contre lui ? Ils meurent. Que n’aiment-ils ! ils auraient la vie.

Retirez-vous de leur société ; ne leur parlez pas, ni en public, ni en particulier ; mais attachez-vous aux prophètes et surtout à l’Évangile, où la passion nous est montrée, où nous voyons la résurrection accomplie. Fuyez les divisions comme la source de tous les maux.

Imitez tous ensemble l’évêque comme Jésus-Christ imite son père ; suivez les prêtres comme les apôtres eux-mêmes ; respectez les diacres comme l’ordre de Dieu le prescrit.

Dans tout ce qui regarde l’Église, ne faites rien sans l’évêque. Ne connaissez de véritable action de grâce que celle qui se fait avec lui ou celle qu’il autorise.

Où est l’évêque que là soit la multitude ; comme l’Église catholique se trouve où est Jésus-Christ.

Point de baptême, point d’agapes, sans la permission de l’évêque.

Ce qu’il approuve est la seule chose agréable à Dieu, la seule voie sûre et certaine.

La sagesse veut qu’on rentre en soi-même et qu’on revienne à lui par la pénitence, lorsqu’on le peut encore. Ne voyez que Dieu et l’évêque, et vous voilà dans le vrai chemin. Dieu comble d’honneur celui qui honore l’évêque. Agir secrettement sans l’évêque, c’est porter son hommage au démon. Que tous les dons de la grâce se répandent sur vous ! vous méritez ce bonheur. Vous m’avez soulagé de toutes les manières. Puisse Jésus-Christ vous soulager de même dans tous vos besoins !

Absent comme présent, j’ai été l’objet de votre tendresse ; vous en recevrez de Dieu la récompense. Supportez tout pour lui ; vous le posséderez un jour lui-même.

Vous avez accueilli comme de véritables ministres de Jésus-Christ, Philon, Rhée, Agathopode, qui m’ont suivi pour prêcher la parole de Dieu ; vous avez saintement agi. Ils rendent grâces à Dieu pour vous de tous les secours que vous leur avez prodigués. Rien ne sera perdu de tout le bien que vous avez fait. Puisse le Seigneur accepter ma vie pour la vôtre, et de plus le mérite de mes chaînes ! Vous ne les avez pas vues avec dédain ; vous n’en avez pas rougi.

Jésus-Christ, si fidèle dans ses promesses, ne rougira pas non plus de vous.

Le bienfait de votre prière s’est étendu jusque sur l’Église d’Antioche en Syrie. Chargé de chaînes glorieuses pour la cause de Dieu, je salue tous ceux qui la composent ; assurément je n’étais pas digne d’appartenir à leur Église, d’être admis parmi eux, moi le dernier de tous.

Si j’ai mérité cet honneur, c’est à la volonté de Dieu que je le dois ; certes ce n’est point à mes vertus, mais bien à sa grâce. Je désire la recevoir dans toute sa plénitude, afin d’arriver plus tôt à lui avec le secours de vos prières.

Voulez-vous que votre œuvre soit parfaite au ciel et sur la terre ? Faites ce qu’exige ici la gloire de Dieu. Que votre Église choisisse un saint ambassadeur et l’envoye en Syrie pour féliciter les fidèles de la contrée de ce qu’ils ont recouvré la paix et avec elle leur grandeur ; de ce que, chez eux, l’unité du corps s’est recomposée. Oui, il leur faut envoyer quelqu’un chargé d’une lettre, la circonstance me paraît le demander, afin que vous glorifiez tous ensemble le Seigneur du calme qu’ils ont recouvré après la tempête, et de leur bonheur d’avoir gagné le port par vos prières.

Parfaits comme vous l’êtes, n’ayez d’amour que pour les choses parfaites.

Le seul désir de bien faire trouve Dieu prêt à nous récompenser.

Vos frères de Troade, d’une charité si tendre, vous saluent. Je vous écris de là par Burrhus, que vous m’avez envoyé avec vos frères d’Éphèse, et qui m’a procuré tous les genres de consolation. Puissiez-vous tous l’imiter, lui le modèle de ceux qui exercent le saint ministère ! Que la grâce le récompense de tout le bien qu’il a fait !

Je salue votre évêque, si digne de Dieu, et vos prêtres, si agréables au Seigneur, et les diacres, fidèles compagnons de mes travaux ; je salue chacun des fidèles et tous ensemble, au nom de Jésus-Christ, de sa chair, de son sang, de sa passion, de la résurrection spirituelle et corporelle, lien d’union avec Dieu et entre vous.

Que la grâce, la miséricorde, la paix, la patience, soient à jamais avec vous !

Je salue les familles de mes frères, leurs femmes et leurs enfants, ainsi que les vierges appelées parmi vous du nom de veuves.

Soyez toujours forts dans l’esprit du Seigneur. Philon, qui est avec moi, vous salue ; je salue Tavie et toute sa maison ; je désire qu’elle s’affermisse dans cet esprit de foi et de charité qui embrasse tout à la fois le corps et l’âme. Je salue Alcé, dont le nom m’est si cher, et l’incomparable Daphné, Eutecnus, et tous les fidèles en particulier. Fortifiez-vous dans la grâce du Seigneur.