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Les Paraboles cyniques/Borée et Auster

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Les Paraboles cyniquesAthéna (p. 105-107).
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XIX

Borée et Auster.

Excycle, parmi de grands cris, agitait désespérément ses bras. Et des larmes, roulant au long de ses joues, se suspendaient comme une rosée aux poils de sa barbe naissante.

Psychodore lui demanda :

— Est-ce pour une trahison de femme ou pour une piqûre de tarentule que tu danses à toi seul tout un chœur tragique ?

— Hélas ! hélas ! hélas ! répondit Excycle.

— Mais, reprit le philosophe, tu danses un chœur laid et désordonné. Tu aurais dû d’abord prendre ta lyre.

Le jeune homme trembla et frémit tout entier sous les frôlements et les piqûres de mille impatiences. Puis, d’une voix qui s’irrite déjà et qui pleure encore :

— Je n’ai besoin ni de lyre ni de conseils. Ceci n’est pas un jeu. Ceci est une agonie, une agonie sans remède. Ma douleur, plus forte que moi, plus forte que l’univers…

— Être excessif et impuissant que le flot superficiel des choses ballotte toujours d’une folie à une folie ! Aujourd’hui tu gémis comme l’enfant qui a cassé son jouet ; demain, tu riras et tu bondiras comme l’enfant qui a gagné aux osselets. Cependant, si tu veux, entends une parabole.

— Je ne puis rien entendre. Ta voix arrive à moi insignifiante et vaine comme, parmi les fracas de l’orage, un chant d’oiseau inconscient. Mon cœur est une vaste mer tout entière soulevée par la plus noire des tempêtes.

Psychodore sourit. Et il approuva :

— Ô mon fils, combien tu avais raison de fermer tes oreilles à mon inutile parabole. Car voici que tes lèvres, avant mes lèvres, l’ont dite.

Mais Excycle, ému de curiosité :

— Je croyais n’avoir dit aucune parabole.

— Laisse-moi donc ouvrir devant toi la parole que tu m’as donnée touchant la plus noire des tempêtes. Peut-être ce coffret, qui te paraît banal, renferme un trésor imprévu :

Borée dit un jour à Auster :

— Ta puissance est faible. Sous ton souffle, la mer change à peine de couleur : elle reste verdâtre ou d’un bleu foncé. Mais, si c’est moi qui la pénètre et la soulève, les ondes étonnées se cabrent, troupeau soudain de cavales noires.

— Il est vrai, répondit Auster. Mais les noires cavales que tu suscites, hennissantes, jusqu’aux nuages, dès que tu cesses de souffler, elles disparaissent comme une troupe menteuse de rêves et, en un rien de temps, la surface de la mer, qui ne se souvient plus, s’étend et s’unit comme une glace. Mais moi, si mon impétuosité moins brusque a bouleversé l’océan, longtemps après que mes baisers et mes violences se sont endormis, regarde, tu aperçois toujours une fermentation dans les flots qui ne parviennent pas à m’oublier et un trouble qui ne s’apaise point.

Auster continua, glorieux et railleur :

— Ô Borée, semblable à un caprice d’amour ou à la douleur sauvage qui hurle et qu’une nuit calmera, je change moins que toi les apparences premières et mon choc paraît d’abord moins senti. Mais je suis pareil à l’amour qui durera. Ou, si tu préfères, cette douleur me ressemble qui s’enfonce, et qui se cache, et qui ronge le cœur avec des dents inaperçues et tenaces.

Dès que Psychodore se fut éloigné, Excycle recommença ses lamentations. Et il protestait que sa vie serait, après un tel événement, une coupe toujours débordante d’amertume.

Mais, une heure plus tard, parmi des compagnons nombreux, il parlait avec animation. Et son visage rayonnait d’un plaisir de fou. Et sa bouche, tout à l’heure tordue de douleur et de cris, était ouverte largement pour laisser passer le rire inharmonieux qui secoue tout le corps et qui éclate.