Les Paraboles cyniques/L’Enfantement
XXI
L’Enfantement.
Les disciples vinrent auprès de Psychodore et lui dirent :
— Plusieurs parmi les paraboles que nous avons entendues de toi nous sont restées obscures. Ne veux-tu point nous découvrir leur sens secret ?
— Non, répondit Psychodore.
— Pourquoi ?
— Afin que vous conserviez quelque chance de les comprendre.
— Maintenant encore tu dis une énigme. Consentiras-tu, du moins, à nous en donner le mot ?
— Soit, dit Psychodore. Mais ce sera par une parabole :
Dans les douleurs d’un premier enfantement, une jeune femme criait avec lâcheté. Parmi ses cris et ses sanglots, elle reprochait à l’homme qui allait devenir père :
— Puisque tu avais la fantaisie de voir un enfant dans ta maison, tu pouvais bien — au lieu de m’imposer la longue gêne que j’ai traversée et la souffrance dont peut-être je sortirai par la mort — adopter un orphelin.
L’époux, quand elle pleurait ou criait la consolait par de vagues exhortations. Mais quand elle répétait le blâme, il ne répondait point. Même, une fois, elle s’irrita parce qu’elle croyait l’avoir vu sourire.
Quand l’enfant fut venu, les servantes emportèrent le petit corps pour le laver. Puis elles revinrent et le posèrent, criant et éclatant de vie, entre les bras maternels.
La jeune femme sortait de l’abattement qui avait suivi son agitation et ses cris. Elle regarda l’enfant, et son visage rayonna d’une grande joie.
Alors l’époux, rompant un long silence, demanda :
— Si j’avais amené dans la maison un enfant tout fait l’aimerais-tu comme celui-ci et, comme celui-ci, l’adopterais-tu d’un élan heureux ?…
Ce fut au tour de la jeune femme de ne point répondre et de sourire.