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Les Paraboles cyniques/La Statue brisée

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Les Paraboles cyniquesAthéna (p. 191-193).
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XXXIX

La Statue brisée.

— Pourquoi n’écris-tu pas tes pensées ?

— C’est peut-être pour être plus sûr de continuer à penser.

— Que signifient ces paroles ?

Mais, au lieu de répondre, Psychodore se demandait :

— Où donc ai-je lu cette parabole ?

Un élève de Phidias avait fait une statue d’Aphrodite que le maître trouva digne de louange. À partir de ce jour le jeune homme cessa d’étudier, et il passait son temps à regarder son œuvre et à la vanter.

Quand son maître lui disait :

— Travaille, ô mon fils…

— Je ne sais, répondait l’élève, de quoi les autres sont capables. Pour moi, quand j’examine mon Aphrodite, je ne lui trouve nul défaut, et je ne me sens pas en état de faire mieux. Or pourquoi consentirais-je à faire moins bien ou même aussi bien ?

Phidias ne répondait point.

Mais, un matin, comme le jeune sculpteur venait, selon sa coutume, faire le sacrifice de son temps à la déesse, ou plutôt à sa propre vanité, il trouva que son chef-d’œuvre était brisé.

— Quel jaloux, s’écria-t-il, a commis un tel crime contre moi ? Quel impie a insulté ainsi une grande déesse ? Quel barbare a eu le courage de détruire une beauté aussi parfaite ? Aphrodite, toi qui le connais, frappe-le dans ses yeux, plus coupables encore que ses mains ; et, puisqu’il est déjà aveugle comme une bête, rends-le aveugle comme un aveugle.

Phidias dit doucement :

— Tu as prononcé des imprécations contre ton maître. Heureusement les seuls dieux auxquels je crois sont ceux qui sortent de mes mains, et ces fils majestueux mais immobiles respecteront leur père.

— Que dis-tu ? balbutia le jeune homme étranglé par l’étonnement. Ce serait toi ?…

— Je veux que tu fasses mieux que tu n’as fait. Reprends ton ciseau, mon fils, et surpasse-toi. Se surpasser est la loi de l’homme. Mais, si aujourd’hui ne peut surpasser hier, que du moins il le renouvelle librement.

— Faut-il donc détruire ce qui a été fait de beau ? ricana l’élève. Et m’ordonnes-tu d’aller briser ton Zeus ou ton Athéné ?

— Ton geste serait inutile. Car j’ai brisé ces œuvres dans mon esprit ; je veux dire que je les ai oubliées afin de pouvoir en faire de nouvelles avec une intelligence aussi libre que mes mains.

Phidias continua :

— Tu ne travailles pas en tenant dans tes mains une statue déjà faite. Or l’esprit du sculpteur est semblable à sa main : il ne peut à la fois caresser hier et travailler aujourd’hui ; mais beaucoup de sculpteurs ne savent point ces choses.