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Les Paraboles cyniques/Les Cothurnes

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Les Paraboles cyniquesAthéna (p. 211-212).

XLV

Les Cothurnes.

— Quel dommage, dit Eubule, que tu n’aies pas entendu Excycle. Il a parlé magnifiquement, deux heures peut-être, touchant l’égalité d’âme et la modération du sage.

— Le sujet qu’il avait choisi, sourit Psychodore, aurait pu l’engager à un peu plus de discrétion.

— Depuis quelques jours, remarqua Théomane, Excycle se précipite, pour les motifs les plus futiles, aux colères les plus violentes. Mais, après le fracas et le bouillonnement de sa fureur, — tel un fleuve après une cascade, — il se répand et s’étale en discours sur la douceur et en vastes éloges du calme. De sorte que je m’étonne…

— Tu as toujours été facile à étonner, ô Théomane… Cependant, mes fils, entendez une parabole :

Je connais un satrape du grand roi extraordinairement vaniteux, même pour un satrape. Or, dans une expédition militaire, il dut marcher longtemps sur la neige et il arriva qu’il eut les pieds gelés.

Depuis, lui qui auparavant restait volontiers dans son palais étendu sur des coussins, on le rencontre tout le jour qui, par les rues de la ville, appuyé sur deux esclaves robustes, fait semblant de marcher. Ses pieds morts, poids inutile, sont alourdis encore et entravés de cothurnes magnifiques. Faites d’une étoffe d’or et ornées de perles et de gemmes, ces chaussures dont les semelles sont de la plus belle pourpre mise en plusieurs doubles, forment la partie la plus riche de son riche costume. Jadis sa longue robe tombante cachait ses pieds. Maintenant, relevée par une ceinture et par des agrafes, elle laisse voir comme deux gloires les cothurnes éclatants.