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Les Paraboles cyniques/Les Dipsades

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Les Paraboles cyniquesAthéna (p. 221-222).

XLVIII

Les Dipsades.

— Qu’est-ce qu’un plaisir ? disait Excycle. Le sentiment d’un besoin qu’on satisfait. Si donc je multiplie ingénieusement mes besoins, par là-même j’élargis ma capacité de plaisirs.

— Cherche une tarentule, dit Psychodore en riant. Elle t’enrichira du besoin de danser. Ou, puisque nous sommes au bord d’un fleuve, fais-toi piquer par une dipsade.

— Qu’est-ce qu’une dipsade ? demanda Eubule.

— Je crois, ricana Excycle, que, sans nous prévenir, Psychodore commence une parabole.

— Une parabole ? Si vous voulez. Elle est facile. Mais peut-être Excycle sera assez ingénieux pour ne pas l’entendre.

Comme j’allais de la Libye en Égypte, tandis que je traversais les rochers qu’on nomme la grande Syrie, je rencontrai un tombeau battu des flots de la mer. Et je regardai avec étonnement les statues qui le surmontaient.

Au centre du groupe, un homme allongé sur le ventre. À son pied s’entortillait un serpent de la taille d’une vipère. L’homme semblait boire avidement et des femmes l’environnaient qui versaient de l’eau sur lui.

L’épitaphe expliquait l’étrange composition. Elle disait : « Passant, prends garde à la dipsade des sables. Une dipsade piqua celui-ci : tandis qu’il boit haletant et que les nymphes de sept fleuves versent sur lui toute la fraîcheur de leurs urnes, il meurt de soif et de chaleur. »

Et je sus par un indigène que la dipsade est un serpent qui vit dans les déserts de la Libye méridionale. Celui qui en est piqué sent d’abord une soif qui n’est pas désagréable. Mais, à mesure qu’il boit, sa soif grandit et s’exaspère. Chaque gorgée fait couler dans sa bouche, dans son gosier, dans sa poitrine, dans ses entrailles, un grand feu ardent. Il se baigne et, comme l’huile nourrit un incendie, l’eau le brûle avec une violence à chaque instant plus intolérable. Le malheureux meurt enfin comme dans les flammes d’un bûcher.

Autrefois, ajouta le Libyen, on obéissait aux demandes, murmurées d’abord, bientôt rugies, du malade. On lui donnait à boire et, comme sur une maison qui brûle, on versait sur son corps des eaux abondantes. Parfois même on le plongeait dans un fleuve. Aujourd’hui, instruits par l’expérience, les médecins l’enferment pendant neuf jours et on refuse à ses prières et à ses cris toute boisson. Ceux qui n’ont rien bu entre le moment où ils furent piqués et le moment où ils furent enfermés, on les guérit. Mais celui à qui son infortune a fait rencontrer la moindre goutte d’eau, celui-là meurt dans les plus effroyables tortures.